Skip to main content
Internet Archive's 25th Anniversary Logo

Full text of "Bulletin d'archéologie et de statistique de la Drôme"

See other formats


Google 


This  is  a  digital  copy  of  a  book  thaï  was  prcscrvod  for  générations  on  library  shelves  before  it  was  carefully  scanned  by  Google  as  part  of  a  project 

to  make  the  world's  bocks  discoverablc  online. 

It  has  survived  long  enough  for  the  copyright  to  expire  and  the  book  to  enter  the  public  domain.  A  public  domain  book  is  one  that  was  never  subject 

to  copyright  or  whose  légal  copyright  term  has  expired.  Whether  a  book  is  in  the  public  domain  may  vary  country  to  country.  Public  domain  books 

are  our  gateways  to  the  past,  representing  a  wealth  of  history,  culture  and  knowledge  that's  often  difficult  to  discover. 

Marks,  notations  and  other  maiginalia  présent  in  the  original  volume  will  appear  in  this  file  -  a  reminder  of  this  book's  long  journcy  from  the 

publisher  to  a  library  and  finally  to  you. 

Usage  guidelines 

Google  is  proud  to  partner  with  libraries  to  digitize  public  domain  materials  and  make  them  widely  accessible.  Public  domain  books  belong  to  the 
public  and  we  are  merely  their  custodians.  Nevertheless,  this  work  is  expensive,  so  in  order  to  keep  providing  this  resource,  we  hâve  taken  steps  to 
prcvcnt  abuse  by  commercial  parties,  including  placing  lechnical  restrictions  on  automated  querying. 
We  also  ask  that  you: 

+  Make  non-commercial  use  of  the  files  We  designed  Google  Book  Search  for  use  by  individuals,  and  we  request  that  you  use  thèse  files  for 
Personal,  non-commercial  purposes. 

+  Refrain  fivm  automated  querying  Do  nol  send  automated  queries  of  any  sort  to  Google's  System:  If  you  are  conducting  research  on  machine 
translation,  optical  character  récognition  or  other  areas  where  access  to  a  laige  amount  of  text  is  helpful,  please  contact  us.  We  encourage  the 
use  of  public  domain  materials  for  thèse  purposes  and  may  be  able  to  help. 

+  Maintain  attributionTht  GoogX'S  "watermark"  you  see  on  each  file  is essential  for  informingpcoplcabout  this  project  and  helping  them  find 
additional  materials  through  Google  Book  Search.  Please  do  not  remove  it. 

+  Keep  it  légal  Whatever  your  use,  remember  that  you  are  lesponsible  for  ensuring  that  what  you  are  doing  is  légal.  Do  not  assume  that  just 
because  we  believe  a  book  is  in  the  public  domain  for  users  in  the  United  States,  that  the  work  is  also  in  the  public  domain  for  users  in  other 
countiies.  Whether  a  book  is  still  in  copyright  varies  from  country  to  country,  and  we  can'l  offer  guidance  on  whether  any  spécifie  use  of 
any  spécifie  book  is  allowed.  Please  do  not  assume  that  a  book's  appearance  in  Google  Book  Search  means  it  can  be  used  in  any  manner 
anywhere  in  the  world.  Copyright  infringement  liabili^  can  be  quite  severe. 

About  Google  Book  Search 

Google's  mission  is  to  organize  the  world's  information  and  to  make  it  universally  accessible  and  useful.   Google  Book  Search  helps  rcaders 
discover  the  world's  books  while  helping  authors  and  publishers  reach  new  audiences.  You  can  search  through  the  full  icxi  of  ihis  book  on  the  web 

at|http: //books.  google  .com/l 


Google 


A  propos  de  ce  livre 

Ceci  est  une  copie  numérique  d'un  ouvrage  conservé  depuis  des  générations  dans  les  rayonnages  d'une  bibliothèque  avant  d'être  numérisé  avec 

précaution  par  Google  dans  le  cadre  d'un  projet  visant  à  permettre  aux  internautes  de  découvrir  l'ensemble  du  patrimoine  littéraire  mondial  en 

ligne. 

Ce  livre  étant  relativement  ancien,  il  n'est  plus  protégé  par  la  loi  sur  les  droits  d'auteur  et  appartient  à  présent  au  domaine  public.  L'expression 

"appartenir  au  domaine  public"  signifie  que  le  livre  en  question  n'a  jamais  été  soumis  aux  droits  d'auteur  ou  que  ses  droits  légaux  sont  arrivés  à 

expiration.  Les  conditions  requises  pour  qu'un  livre  tombe  dans  le  domaine  public  peuvent  varier  d'un  pays  à  l'autre.  Les  livres  libres  de  droit  sont 

autant  de  liens  avec  le  passé.  Ils  sont  les  témoins  de  la  richesse  de  notre  histoire,  de  notre  patrimoine  culturel  et  de  la  connaissance  humaine  et  sont 

trop  souvent  difficilement  accessibles  au  public. 

Les  notes  de  bas  de  page  et  autres  annotations  en  maige  du  texte  présentes  dans  le  volume  original  sont  reprises  dans  ce  fichier,  comme  un  souvenir 

du  long  chemin  parcouru  par  l'ouvrage  depuis  la  maison  d'édition  en  passant  par  la  bibliothèque  pour  finalement  se  retrouver  entre  vos  mains. 

Consignes  d'utilisation 

Google  est  fier  de  travailler  en  partenariat  avec  des  bibliothèques  à  la  numérisation  des  ouvrages  apparienani  au  domaine  public  et  de  les  rendre 
ainsi  accessibles  à  tous.  Ces  livres  sont  en  effet  la  propriété  de  tous  et  de  toutes  et  nous  sommes  tout  simplement  les  gardiens  de  ce  patrimoine. 
Il  s'agit  toutefois  d'un  projet  coûteux.  Par  conséquent  et  en  vue  de  poursuivre  la  diffusion  de  ces  ressources  inépuisables,  nous  avons  pris  les 
dispositions  nécessaires  afin  de  prévenir  les  éventuels  abus  auxquels  pourraient  se  livrer  des  sites  marchands  tiers,  notamment  en  instaurant  des 
contraintes  techniques  relatives  aux  requêtes  automatisées. 
Nous  vous  demandons  également  de: 

+  Ne  pas  utiliser  les  fichiers  à  des  fins  commerciales  Nous  avons  conçu  le  programme  Google  Recherche  de  Livres  à  l'usage  des  particuliers. 
Nous  vous  demandons  donc  d'utiliser  uniquement  ces  fichiers  à  des  fins  personnelles.  Ils  ne  sauraient  en  effet  être  employés  dans  un 
quelconque  but  commercial. 

+  Ne  pas  procéder  à  des  requêtes  automatisées  N'envoyez  aucune  requête  automatisée  quelle  qu'elle  soit  au  système  Google.  Si  vous  effectuez 
des  recherches  concernant  les  logiciels  de  traduction,  la  reconnaissance  optique  de  caractères  ou  tout  autre  domaine  nécessitant  de  disposer 
d'importantes  quantités  de  texte,  n'hésitez  pas  à  nous  contacter  Nous  encourageons  pour  la  réalisation  de  ce  type  de  travaux  l'utilisation  des 
ouvrages  et  documents  appartenant  au  domaine  public  et  serions  heureux  de  vous  être  utile. 

+  Ne  pas  supprimer  l'attribution  Le  filigrane  Google  contenu  dans  chaque  fichier  est  indispensable  pour  informer  les  internautes  de  notre  projet 
et  leur  permettre  d'accéder  à  davantage  de  documents  par  l'intermédiaire  du  Programme  Google  Recherche  de  Livres.  Ne  le  supprimez  en 
aucun  cas. 

+  Rester  dans  la  légalité  Quelle  que  soit  l'utilisation  que  vous  comptez  faire  des  fichiers,  n'oubliez  pas  qu'il  est  de  votre  responsabilité  de 
veiller  à  respecter  la  loi.  Si  un  ouvrage  appartient  au  domaine  public  américain,  n'en  déduisez  pas  pour  autant  qu'il  en  va  de  même  dans 
les  autres  pays.  La  durée  légale  des  droits  d'auteur  d'un  livre  varie  d'un  pays  à  l'autre.  Nous  ne  sommes  donc  pas  en  mesure  de  répertorier 
les  ouvrages  dont  l'utilisation  est  autorisée  et  ceux  dont  elle  ne  l'est  pas.  Ne  croyez  pas  que  le  simple  fait  d'afficher  un  livre  sur  Google 
Recherche  de  Livres  signifie  que  celui-ci  peut  être  utilisé  de  quelque  façon  que  ce  soit  dans  le  monde  entier.  La  condamnation  à  laquelle  vous 
vous  exposeriez  en  cas  de  violation  des  droits  d'auteur  peut  être  sévère. 

A  propos  du  service  Google  Recherche  de  Livres 

En  favorisant  la  recherche  et  l'accès  à  un  nombre  croissant  de  livres  disponibles  dans  de  nombreuses  langues,  dont  le  français,  Google  souhaite 
contribuer  à  promouvoir  la  diversité  culturelle  grâce  à  Google  Recherche  de  Livres.  En  effet,  le  Programme  Google  Recherche  de  Livres  permet 
aux  internautes  de  découvrir  le  patrimoine  littéraire  mondial,  tout  en  aidant  les  auteurs  et  les  éditeurs  à  élargir  leur  public.  Vous  pouvez  effectuer 
des  recherches  en  ligne  dans  le  texte  intégral  de  cet  ouvrage  à  l'adressefhttp:  //book  s  .google .  coïrïl 


? 


i^ 


^ 


SOCIÉTÉ  DÉPARTEMENTALE 

D'ARCHÉOLOGIE  &  de  STATISTIQUE 

TtE    LcA    'D'ROtME 


TOME  XX.  —  1886 


VALENCE,  IMPRIMERIE  JULES  CÉAS  ET  HLS 


BULLETIN 

DE  tA 

SOCIÉTÉ  (^ÉPq4%TEMEV^Tc4LE) 

D'ARCHÉOLOGIE 

ET 

DE   STATISTIQ.UE 

DE    LA    DROME 

CoUigile  ne  pereanl. 
TOME    VINGTIÈME 


AU    SECRÉTARIAT    DE   LA    SOCIÉTÉ 


M.DCCC.LXXXVI 


B.0.^ , 


ANTIQUITÉS  DE  PACT 


I 
LES     CHARTES 

Les  vestiges  des  civilisations  antiques,  mis  chaque  jour 
à  découvert  par  la  pioche  du  cultivateur,  attirent  depuis 
longtemps  raitention  des  Sociétés  d'archéologie,  et  quand 
les  populations  agricoles  connaîtront  l'importance  pour 
notre  histoire  nationale  des  objets  négligés,  brisés  ou 
vendus  par  elles  à  vil  prix,  elles  appelleront,  à  la  moin- 
dre trouvaille,  la  personne  de  leur  village  la  plus  capable 
d'apprécier  les  antiquités,  lui  en  expliqueront  les  cir-  ■ 
constances  et.  se  feront  gloire  d'enrichir  les  musées  com- 
munaux en  voie  de  formation.  De  cette  manière,  l'étude 
du  passé  sera  rendue  facile  et  fructueuse. 

A  Pact  (Isère)  et  à  Lapeyrouse-Mornay  (Drôme),  à  d'au- 
tres époques  déjà,  divers  objets  avaient  été  remarqués, 
et,  depuis  20  ou  3o  ans,  les  collectionneurs  y  recueil^ 
laient  des  monnaies,  des  statuettes,  des  armes  ;  mais  per- 
sonne n'avait  songé  à  constater  l'emplacement  des  tom- 
beaux, à  rechercher  les  restes  des  monuments  détruits,  à 
étudier  les  débris  de  colonnes,  les  tessons  de  poteries,  et 
les  instruments  des  âges  écoulés. 


2  SOCIETE  D  ARCHEOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

Les  découvertes  multiples  faites  à  Pact  en  i885  nous 
ont  inspiré  le  désir  de  combler  cette  lacune  ;  et  nous  Te- 
nons offrir  les  premiers  résultats  de  nos  recherches  à  la 
Société  d'archéologie  de  la  Drôme. 

Une  précédente  livraison  de  son  Bulletin  a  déjà  signalé 
quelques  points,  révélé  quelques  détails  ;  mais  l'obscurité 
actuelle  de  la  localité,  mise  en  regard  des  richesses  enfouies 
dans  son  sol,  était  de  nature  à  soulever  des  objections,  à 
susciter  des  doutes,  à  provoquer  Tincrédulité. 

Il  est  de  notre  devoir  d'exposer  simplement  les  faits  ; 
les  conclusions  ressortiront  ensuite  toutes  seules. 

L'église  et  le  village  de  Pact  sont  à  5  kilom.  ouest 
de  Beaurepaire,  sur  le  chemin  de  cette  ville  à  Sonnay. 
Un  cimetière  les  sépare  du  plateau  où  se  trouvaient 
jadis  les  églises  de  Notre-Dame  d'Oceilat  et  de  St- 
Martin  de  Tourdan.  Ce  plateau,  le  2*  de  la  Valloire, 
Lapeyrouse-Mornay  se  trouvant  au  bord  du  premier, 
permet  d'embrasser  d'un  seul  regard  l'ensemble  des  plai- 
nes qui  se  déroulent  de  la  Gôte-St- André  à  St-Rambert, 
entre  trois  degrés  de  coteaux  étages  les  uns  au  dessus  des 
autres,  de  manière  à  représenter  la  Valloire  comme  un 
immense  amphithéâtre.  La  Déroie  et  le  Dolon  l'enfer- 
ment dans  un  cercle  de  profonds  ravins  ;  mais  l'Auron 
la  fertilise  par  ses  eaux  bienfaisantes.  Au  nord,  les  coteaux 
de  Revel,  Moissieu,  Bellegarde,  Sonnay  et  Anjou,  au  midi 
ceux  d'Albon,  de  Moras  et  de  Beaufort  en  accentuent  les 
gracieux  contours. 

Pact  est  le  centre  principal  de  la  partie  septentrionale 
de  la  Valloire,  et  Moras  avec  Menthes  et  St-Sorlin,  celui 
de  la  partie  sud. 

Il  est  impossible,  de  l'un  et  l'autre  de  ces  points,  de 
contempler  sans  émotion  un  des  plus  splendides  panora- 
mas du  Dauphiné. 


ANTIQUITES   DE   PACT.  3 

Les  premiers  habitants  de  la  région,  descendus  peu  à 
peu  des  hauteurs  voisines  de  Vienne,  le  comprirent  à 
merveille  :  Gaulois,  Allobroges,  Romains,  Bourguignons 
s'y  établirent  tour  à  tour,  et  le  laboureur  ne  peut  fendre 
le  sol  sans  retrouver  les  traces  de  ses  premiers  occupants. 

Une  aatre  preuve  de  l'antiquité  du  pays  se  lire  des 
noms  de  ses  principaux  quartiers.  Ainsi,  d'après  M.  de 
Coston,  très  versé  dans  l'étude  des  étymologies,  (i)  Pac, 
suivant  l'orthographe  des  manuscrits  jusqu'en  1789, 
Paccum^  se  rapprocherait  dtPacus  pour  pagus  et  signifie- 
rait territoire  ou  district,  équivalent  de  diocèse,  plus 
tard.  (2) 

PoussiEU  viendrait  de  possa^  domaine,  territoire,  en 
basse  latinité  ;  Moissfeu,  de  maison,  manse,  dans  le  patois 
de  plusieurs  provinces;  Ocellat,  serait  un  diminutif 
d'oche,  enclos,  domaine;  Mornay,  au  bord  de  la  Valloire, 
se  rapprocherait  de  morn^  hauteur  et  morne,  falaise,  en 
celtique  ;  Morelles,  serait  un  diminutif  de  A/br,  marais 
dans  la  même  langue  ;  Puvilin  rappellerait  Pu  et  Puy 
hauteur  en  celtique  et  villa  et  villanus  ;  Tourelières  sor- 
tirait de  tor^  tour,  hauteur  en  celtique  ;  Mauphié  serait 
synonyme  de  Moffula^  coteau  en  bas  latin  ;  enfin  Tour- 
dan,  Tordoniacus  et  Thordon  indiquerait  une  origine 
celtique  où  se  trouve  le  radical  lor^  hauteur  et  tour. 

A  ces  premières  preuves  de  l'antiquité  de  Pact,  il  est 
permis  d'ajouter  le  témoignage  de  l'iiistoire. 


(1)  Voir  notamment  ses  Etymologies  des  noms  de  lieu  de  la  Brome 
publiées  dans  le  Bulletin  àe  la  Société. 

(2)  A  cause  de  la  ressemblance  du  T  et  du  C  dans  les  chartes,  on 
peut  aussi  lire  Pactum^  qui  signifie  tribut,  redevance,  et  rappelle- 
rait la  féodalité. 


4         SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

En  1789,  comme  de  nos  jours,  Pact  et  Moissieu  sont  à 
peu  près  inconnus,  puisque  MM.  Macé  et  Joanne  les 
passent  sous  silence  dans  leurs  Guides;  (i)  avant  1681,  ils 
faisaient  partie  du  mandement  de  Bellegarde;  alors,  ils 
en  furent  séparés  pour  former  un  mandement  distinct 
sur  la  demande  de  M.  Reynaud,  sieur  de  Darne,  qui  venait 
d'en  acquérir  la  seigneurie.  (2)  Leurs  églises  dédiées  à 
St  Georges  et  à  St  Didier  sont  mentionnées  dans  un 
pouillé  de  1 523,  sans  autre  indication.  Un  autre  pouillé 
du  XIV*  siècle  signale  un  chapelain  dans  chacune  d'elles 
et  une  maison  de  l'hôpital  (de  St  Jean  de  Jérusalem)  à 
Moissieu,  au  bord  de  la  forêt  de  Taranne.  (3)  Les  parcel- 
laires de  164g  mentionnent  la  chapelle  de  cet  hôpital  sous 
le  vocable  de  St  Marcel-le-Couronné.  Et  c'est  tout. 

Heureusement,  grâce  au  secours  des  chartes  inédites 
ou  publiées,  on  peut  suivre  à  travers  les  siècles  les  popu* 
lations  agricoles  de  la  contrée. 

Dès  Tannée  882,  Arnare  donnait  à  l'église  de  St-Mau- 
rice  de  Vienne  des  biens  situés  dans  le  pagus  viennois, 
dans  Vager  de  Poussieu  et  dans  la  villa  de  Pociago^  au 
nord  de  Pact.  (4) 

Huit  ans  plus  tard,  un  nommé  Siébod  acquérait  les 
églises  dédiées  à  Ste-Marie  d'Ocellat  et  St-Didier  dans  un 


(1)  Ad.  Joanne,  Itinéraire  du  Dauphiné^  2  vol.  ia-12  et  Antonin 
Macé  :  Les  chemins  de  fer  du  Dauphiné  :  Guide  itinéraire  de  St-Ram^ 
bert  à  Voiron, 

(2)  Voir  aussi  Guy  AUard,  Dictionnaire  historiqu£  au  mot  Belle- 
garde. 

(3)  M.  l'abbé  Cheyalier,  Documents  inédits  et  Bulletin  de  la  Société 
d'Archéologie  de  la  Drame,  T.  IL 

(4)  Cartulaire  de  Sl-André-le-Bas. 


ANTIQUITÉS   DK    PACT.  5 

manse  voisin.  La  dernière  est  encore  debout  sur  le  bloc 
erratique  énorme  qui  lui  sert  d'assise.  Elle  a  dû  faire  par- 
tie d'une  ancienne  habitation  convertie  en  maison  forte, 
vers  le  XIV®  siècle,  par  les  Fromenton,  seigneurs  de  Bres- 
son.  Notre-Dame  d'Ocellat  a  disparu  depuis  le  XP  siècle 
pour  faire  place  à  Pact,  et  les  ruines  de  l'agglomération 
voisine  s'échelonnent  le  long  du  Dolon,  depuis  le  moulin 
de  Luzy  jusqu'au  bois  de  M.  Couchoud^  au  hameau  de 
Carta,  (i) 

De  910  à  927,  Eva  donne  à  l'abbaye  de  Cluny  un  manse 
où  demeure  Witbert,  dans  \t  pagus  yl^nnois  et  la  villa 
de  Tourdan  (Tordoniacus)  et  Moissieu  (Moxiacus).  {2) 

Le  lévite  Vualdo,  de  920  à  948,  enrichit  le  patrimoine 
de  l'archevêque  Sobon  de  l'église  de  Notre-Dame  d'Ocellat 
au  pagus  précité,  d'un  manse  en  franc  alleu  {indominicatd) 
avec  ses  vignes,  bois  et  terres,  d'un  autre  manse  sur  Mois- 
sieu [Mosciatum)  et  d'un  serf  appelé  Antulphe,  avec  sa 
femme  et  leur  fils.  (3) 

Vers  937,  Teudel,  son  fils  Pierre,  Jean  et  Flodoare 
vendent  à  Dotbert  et  à  Blismode,  sa  femme,  un  champ 
avec  bois  et  bruyère  dans  la  villa  de  Moissieu  (Mossia- 
tis).  (4) 

De  10 18  à  1019,  Varnier  et  Etiennette  sa  femme  aban- 
donnent à  Constant,  leur  fils,  à  Méligroson,  dans  la  villa 
de  Moissieu,  une  vigne  avec  maison  et  curtil,  limités  à  la 


(1)  Communication  obligeante  de  M.  H.  de  Terrebasse,  tirée  Car- 
tulaire  inédit  de  St-Maurice  de  Vienne. 
{2j  Bruel,  Cartulaire  de  Cluny,  I,  140. 

(3)  Cartulaire  de  St-Àndré-ïe-Bas. 

(4)  Id. 


6         SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

partie  supérieure  par  un  ruisseau  fluant,  en  long  par  la 
terre  d'Humbert  et  de  Guigues,  et  par  un  chemin  {via),  (i) 

Méligroson  a ,  comme  Ocellat,  perdu  son  identité  ;  en 
retour,  le  ruisseau  et  le  chemin  peuvent  servir  de  repères 
aux  archéologues.  En  effet,  le  procès- verbal  de  révision 
des  feux  et  limites  du  mandement  de  Bellegarde  en  1447, 
1449  et  1701,  mentionne  un  chemin  de  Vienne  qui  tra- 
versait la  forêt  de  Taranne,  où  les  commissaires  d'alors 
s'étonnèrent  de  trouver  une  place  publique  et  une  grosse 
pierre,  singulièrement  travaillée.  (2) 

De  [088  à  II 19,  un  Adhémar  de  Moissieu  engageait 
une  vigne  dans  le  Val  des  Jardins,  près  de  Vienne.  Nous 
avons  là  une  preuve  que  la  féodalité  s'était  organisée  dès 
lors.  Peu  après,  Téglise  de  Vienne,  à  la  mort  de  Rostaing, 
cédait  à  Guy  de  Bourgogne  la  pilla  de  Pact.  Le  même 
archevêque,  déjà  maître  de  la  moitié  de  l'église,  du  cime- 
tière, du  bourg  et  de  la  juridiction  du  même  lieu,  acheta 
l'autre  moitié  de  plusieurs  laïques,  une  maison  de  Drogon 
de  Romanèches,  le  bois  de  Brue  de  Totbert  de  Moras,  le 
quart  de  celui  de  Valcites  de  Jarcson  Isiliard,  une  maison 
située  dans  son  curtil,  etc.  (3) 

Cette  charte  présente  une  importance  capitale  pour 
l'histoire  féodale  de  Pact  et  elle  sera  étudiée  ailleurs. 

Constatons  seulement  que  les  bois  ont  conservé  leurs 
noms  et  que  la  maison,  longtemps  curiale,  est  habitée 
actuellement  par  M.  Marc  Servoz,  qui  à  fait  subir  une 
transformation  à  l'ancienne  résidence  des  archevêques  de 
Vienne,  lorsqu'ils  venaient  à  Pact;  qu'en  l'an  1000  Ror- 


(1)  Cartulaire  de  St-André-îe-Bas. 

(2)  Archives  communiquées  par  M   Chaste  de  Gallerands. 

(3)  Cartulaire  de  St-André-le-Bas, 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  7 

gon  et  Teutberge  donnèrent  à  St-Maurice  l'église  et  le 
marché  d'Epinouze;  que  vers  920,  Dia  et  ses  enfants  dotè- 
rent l'église  St-Maurice  de  Vienne  de  l'église  de  N.-D.  de 
Puvilin  sur  le  territoire  de  Pact  et  qu'en  l'an  1 167  le  pape 
lui  confirma  la  possession  de  celles  de  Montseveroux  et  de 
Pact.  (i) 

Mais,  nous  sommes  déjà  en  plein  moyen  âge  :  les  familles 
de  Bellegarde,  de  Roussillon,  d'Anjou  et  les  comtes  d'Aï- 
bon,  maîtres  de  Moras  et  de  Beaurepaire,  étendent  cha- 
que jour  leur  puissance  autour  des  terres  d'église  qu'ils 
finissent  par  absorber. 

Tous  ces  actes  révèlent  évidemment  une  population 
agricole  nombreuse,  à  en  juger  par  les  édifices  religieux 
mentionnés  dans  un  espace  restreint  de  territoire. 

Avant  le  règne  de  Boson  et  de  ses  successeurs^  deux 
inscriptions  modestes  permettent  de  soupçonner  les  mêmes 
situations.  L'une  a  déjà  été  publiée  dans  le  Bulletin'^ 
Tautre  rappelle  un  Valerinus  mort  à  26  ans.  (2) 


(1)  Cartuîaire  de  St^André-le-Bcu. 

(2)  M.  Allmer,  dans  sa  Revue  épigraphique  du  midi  de  la  France^ 
la  décrit  ainsi  : 

Pierre  informe  trouvée  en  août  1885,  k  Pact,  dans  les  fouilles 
exécutées  sous  la  direction  de  M.  le  curé  de  Pact,  près  de  l'église, 
sur  remplacement  d'une  localité  antique  appelée  Les  Ocellats.  — 
hauteur  0™  25,  largeur  0™  35 

HIC  REQVIESCrr  IN 
PAGE  BONE  MEMORI 
AE   VALERINVS 
QVI   VICXIT   AN 
NLS   XXVr  0-  VI  iT  KLA 
A    PRILES     INDICTIONE 
XEXTA 


8         SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

L'absence  de  documents  écrits  ne  permet  pas  de  remon- 
ter plus  haut  dans  le  passe  ;  mais  les  découvertes  archéolo- 
giques y  suppléent  heureusement  et  permettent  de  peu- 
pler le  pays  sous  les  Romains  et  sous  les  Gaulois  de  tri- 
bus agricoles  laborieuses. 

Il  suffira  de  rappeler  ici,  avant  d'aborder  directement 
notre  sujet,  que  des  thermes  et  un  autel  avec  huit  statues 
en  marbre  dédiées  à  Jupiter  et  aux  autres  dieux  et  déesses 
immortels,  ainsi  que  les  fondations  de  la  riche  habitation 
d'un  romain  dont  le  nom  a  été  conservé  sur  une  inscrip- 
tion, ont  été  trouvés  à  Golat,  hameau  de  la  paroisse  d'A- 
gnin,  deux  mosaïques,  une  tête  de  femme  en  marbre,  des 
briques  et  des  médailles  dans  les  ruines  d'un  édifice  consi- 
dérable à  St-Barthélemy  de  Beaurepaire,  et  enfin  de  nom- 
breusis  inscriptions  et  antiquités  à  Tourdan,  identifié  avec 
la  station  de  Turecionum^  indiquée  dans  la  table  de  Peu- 
tinger.  Un  temple  païen  y  fut  remplacé  par  une  église 
dédiée  à  St  Martin,  dès  le  V®  siècle.  Le  manse  de  cette 
église  et  la  voie  romaine  qui  partait  de  St-Barthélemy,  en 
passant  par  les  quartiers  du  Chatelard  et  des  Débats,  sans 
toucher  à  Beaurepaire,  prirent  aussi  le  nom  de  St-Martin, 


Au  commencement  de  la  1"  ligne  le  chrisme  en  forme  de  croix  ; 
à  la  5«  O.  VIII  ou  OVIIT. 

Hic  requiescit  in  pace  honx  memorix  Valerinus  gui  vixit  annis 
XXV f,  0  (biil)  VIII  calendas  (ou  oviit  caUndas)  apriles,  indiclione  sexla. 
Ici  repose  en  paix  Valerinus  de  bonne  mémoire,  mort  à  26  ans  le 
8  des  calendes  d^avril  (25  mars,  ou  le  jour  des  calendes  d*aYril, 
l"  avril),  indiction  6*. 

A  cause  du  chrisme  cruciforme,  moins  ancien  que  X  grec,  et  du 
rappel  de  Tindiction,  devenue  habituelle  peu  d'années  seulement 
avant  la  moitié  du  VI*  siècle,  l'épitaphe  de  Valerinus  se  rapporte 
probablement  à  cette  époque . 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  0 

comme  le  constate,  au  XV^  siècle,  le  secrétaire  delphinal 
Mathieu  Thomassin. 

Or,  Pact  situé  entre  des  villa  romaines  de  trois  côtés 
devait  avoir  aussi  son  contingent  de  cultivateurs  et  de 
patriciens,  témoin  les  données  de  Phistoire,  de  la  philolo- 
gie et  de  l'archéologie,  et,  malgré  l'absence  de  livres  et 
d'éléments  d'instruction  réunis  sous  nos  yeux,  nous  allons 
essayer  de  distinguer,  d'après  les  découvertes  opérées, 
la  période  gauloise,  la  période  romaine  et  la  période  féo- 
dale, en  réclamant  Tindulgence  du  lecteur. 


II 


TEMPS   PRÉHISTORIQUES 


Au  point  de  vue  géologique,  la  Valloire  et  ses  deux 
grandes  lignes  de  coteaux  élevés  présentent  un  intérêt 
capital.  M.  Lory  y  voit  le  lit  d'un  cours  d'eau  considéra- 
ble, celui  de  l'Isère,  avant  que  cette  rivière  se  fût  ouvert 
une  issue  entre  Moirans  et  TuUins. 

Le  soulèvement  des  Alpes  avait  refoulé  dans  les  plaines 
de  Bièvre  et  de  la  Côte-St-André  un  amas  d'eau  considé- 
rable qui,  en  s'écoulant,  creusa  la  Valloire.  Ainsi  s'expli- 
que la  présence  de  fossiles  marins  sur  les  deux  rives  de  ce 
courant,  des  dépôts  de  glaises  de  Ghambaran,  des  pla- 
teaux de  Bonnevaux,  et  des  plateaux  compris  entre  Cham- 
pier,  Anjou  et  Jardin,  antérieurs  au  creusement  des  val- 
lées qui  découpent  aujourd'hui  le  massif  tertiaire  et  les 


10  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

alluvions  anciennes,  recouvertes  de  dépôts  erratiques  ou 
glaciaires,  (c) 

Mais  notre  objet  n'est  pasj  d'étudier  |ces  phénomènes 
géologiques  ;  nous  nous  bornerons  à  décrire  les  restes  des 
civilisations  anciennes  dans  la  partie  de  la  Valloire  voisine 
de  la  Drôme. 

Si  Ton  entend  par  préhistoriques  les  temps  antérieurs  à 
la  conquête  romaine,  la  seule  connue  d'après  les  écrivains 
anciens,  cette  période  se  confond  avec  Tépoque  gauloise  ; 
si  Ton  veut  au  contraire  remonter  aux  âges  lointains  de 
rhumanité,  Pact  ne  saurait  offrir  de  grandes  ressources. 
Faudrait-il  voir  dans  les  cavernes  de  la  Feyta  (2)  à  Moissieu 
et  dans  celles  de  Mornay  le  refuge  de  quelque  peuplade 
antique  refoulée  plus  tard  par  la  race  aryenne^  venue  des 
plateaux  des  Indes  asiatiques  et  ne  conservant  comme 
souvenirs  d'une  primitive  civilisation  qu'une  grossière  in- 
dustrie ?  Tout  ce  que  nous  pouvons  établir  c'est  que  la 
faune  et  la  flore  de  Pact  rappellent  les  transitions  de  son 
sol  de  la  période  torridienne  à  Tépoque  glaciaire.  Moissieu, 
Bellegarde  et  Çonnay  nous  ont  fourni  les  dents  et  les 
ossements  de  deux  mastodontes,  d'un  mammouth,  d'un 
hipparion  gracile  conservés  par  MM.  Chaste  de  Galle- 
rands,  Eolde  Berthin  et  M.  le  curé  d'Agnin.  Nous  avons 
cédé  à  M.  Maignien  pour  la  vitrine  de  la  bibliothèque  de 
Grenoble  une  dent  de  mastodonte,  trouvée  en  avril  i885 
dans  une  carrière  de  sable  appartenant  à  M.  Craponne, 
Alphonse,  une  partie  de  l'avant  bras  d'un  corps  supposé 


(1)  Lory,  Description  géologique  du  Dauphiné, 

(2)  Feyta,  en  patois,  signifie  plateau  d'une  colline  élevée. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  I  I 

humain,  recueilli  au  manse  de  la  Feyta  sur  Moissieu,  des 
bélemnites,  des  empreintes  d'ammonites  et  d'autres  fossi^ 
les,  sur  différents  points.  A  Moissieu  et  à  Mornay,  dans 
les  creux  du  poudingue  et  de  la  mollasse,  on  pourrait 
entrevoir  l'idée  grossière  d'upe  chambre,  d'une  cuisine, 
d'un  couloir  et  d'un  banc.  En  tout  cas,  ces  cavités  furent  à 
une  époque  inconnue  des  foyers,  ainsi  que  le  prouvent 
les  cendres  et  les  tessons  de  poterie  grise  d'un  travail  bien 
primitif. 

Des  éclats  de  silex  désignés  dans  les  Atlas  de  Caranda 
et  des  palaffites  du  Bourget  sous  le  nom  de  pierres  de  jets, 
des  grattoirs  et  un  couteau  en  silex  seraient  les  seuls  indices 
de  l'époque  paléolithique. 

Des  hachettes  en  serpentine  et  en  jade,  mesurant  o".o5 
et  o°*.i7,  des  pierres  de  fronde,  des  pierres  grises  ou 
blanches  avec  des  signes  ou  dessins,  un  grès  gris  donné 
à  la  Bibliothèque  de  Grenoble  et  simulant  une  tête  hu- 
maine, dont  une  gravure  des  Antiquités  du  département  de 
r Aisne  de  M.  Fleury  fournit  un  similaire  évident,  tels  sont 
les  objets  recueillis  à  Mauphié,  en  i885,  qui  rappellent 
l'époque  préhistorique. 

Il  en  est  d'autres  peut-être  que  de  plus  habiles  pourront 
reconnaître  parmi  les  curiosités  naturelles  ramassées  dans 
la  contrée. 

Nous  tenons  à  rester  dans  les  limites  de  la  science 
actuelle,  sans  vouloir  imposer  notre  opinion  sur  le  mérite 
de  plusieurs  pierres  douteuses,  malgré  certaines  apparen- 
ces de  travail  humain. 

Les  recherches  préhistoriques  tentées  sur  divers  points 
du  globe  ont  donné  lieu  jusqu'ici  à  de  nombreux  travaux; 
elles  n'ont  pas  été  faites  en  Valloire.  Cependant,  les  échan- 
tillons de  Pact  révèlent  à  n'en  point  douter  le  travail  de 


12  SOCIÉTÉ   D  ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

rhomme,  et,  s^ils  avaient  été  réellement  trouvés  dans  des 
terrains  tertiaires  ou  quaternaires  bien  reconnus,  ils  témoi* 
gneraient  en  faveur  de  ^antiquité  des  habitants  de  la 
région. 

Mais  rien  n'établit  leur  âge  précis  ni  même  leur  présence 
dans  les  tombeaux,  à  côté  d^outils  en  bronze,  en  cuivre  ou 
en  fer.  (i) 

Il  faut  donc  attendre  de  nouvelles  révélations.  Au  temps 
d'Aimar  du  Rivail,  c'est  à  dire  à  la  fin  du  XV*  siècle,  on 
se  contentait  de  reculer  les  origines  de  Romans,  Valence, 
Tournon,  etc.,  jusqu'aux  Troyens,  soit  de  12  ou  i3oo  ans 
avant  notre  ère. 

Ce  système  n'est  plus  admis.  Quant  à  celui  de  M.  OUier 
de  Marichard  amenant  sur  la  rive  droite  du  Rhône  vers 
Tan  600  avant  J.-C.  une  colonie  Lybio-Phénicienne  à 
Liby,  près  du  Bourg-St-Andéol,  il  n'a  pas  encore  été 
adopté  définitivement. 

Notre  intention  n^est  pas  de  le  combattre  ni  de  l'ap- 
prouver, n'ayant  pas  étudié  les  crânes  découverts  à  Pact. 

Un  fait  cependant  nous  a  frappé  :  c'est  la  disposition  des 
tombes  de  Mauphié  identique  à  celle  de  Liby.  (2) 

Le  rapport  authentique  de  M.  Torgue,  ancien  maire  de 
Pact,  et  ancien  notaire,  fait  en  i85^,  avant  les  fouilles  que 
nous  avons  surveillées  et  avant  la  publication  de  l'étude 
de  M.  OUier  de  Marichard,  va  démontrer  notre  assertion  : 


(1)  M.  Millescamps,  après  examen  du  cimetière  de  Caranda,  fait 
descendre  jusqu'aux  Méroyingiens,  l'époque  de  la  co-existence  de 
J*usage  des  instruments  de  pierre  avec  ceux  de  bronze  et  de  fer  et 
voit  un  caractère  votif  dans  les  silex  des  tombes. 

(5i)  Les  Carthaginois  en  France:  Colonie  Libio^Phénicienne  dff  Liby. 
Montpellier  1870,  broch.  in-8*. 


ANTIQUITES  DE   PACT. 


l3 


DÉCOUVERTE  FAITE  EN  1854 

dans   une   terre    appelée    LES   PISÏIRBIS,   znas    du    Mofier, 

commune  de  Pact  (Sud) 


0) 


(2) 


(îî 


(4) 


(5) 


(«) 


(7) 


(8) 


(9) 


(10 


0«) 


(H)        (12)        (IS) 


(15)         (16)        (17) 


(1« 


(IJ)         (M)       («)        (2!) 


(Î8)  (2«)         (M)        (11)  Ï32) 


(24)       (25)        (20        (27) 


(34)         (35)       (36)       (37) 


(88)  '  ■  (39) 

(40)  (4!) 


(42) 


(43) 


(1)  Fondation  d'un  mur. 

(2  à  ]3)  Tombeaux  entourés  de  pierres  très  dures  ayant  de  6  à 
7  centimètres  d'épaisseur,  de  différentes  dimensions.  La  pierre  recou- 
vrant ces  tombeaux  était  d'un  seul  bloc  de  deux  mètres  de  long  sur 
60  centimètres  de  large  ;  à  l'exception  de  trois  ou  quatre  tombeaux 
qui  ne  renfermaient  qu'un  cadavre,  tous  les  autres  en  avaient  deux. 
L'un  avait  les  pieds  du  côté  de  la  tôle  de  l'autre.  —  Sur  l'estomac 
d'un,  était  placé  un  chien  ;  dans  chaque  tombe  des  traces  de  char- 
bon de  bois,  etc. 


14        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

(14J  Fossé  de  50  centfmêfTev  de  Itav^Bar  et  à*am  mètre  de  profon- 
deur dans  lequel  étaient  superposées  trois  rangées  de  tèles  mi  WMk- 
bre  d'environ  75  à  80  très  bien  conservées  et  très  propres. 

(23)  Trou  d'environ  un  mètre  30  cent,  de  profondeur,  dans  lequel 
on  avait  enfoui  le  reste  de  ces  décapités. 

(32)  Deux  tuiles  creuses  renfermant  chacune  un  enfant  recouver- 
tes par  deux  autres. 

(33)  Pierre  taillée  en  creux,  ayant  environ  quarante  centimètres 
carrés. 

(38-39)  Deux  pierres  taillées  en  creux  ayant  en  longueur  deux 
mètres,  en  largeur  60  centimètres  et  en  hauteur  40  centimètres. 

(40-41-42-43.)  Trous  ayant  en  pi-ofondeur  40  centimètres,  remplis 
de  gros  cailloux  calcinés  et  de  charbon  de  bois. 

Il  y  avait  aussi  à  Liby  un  mur  en  pierres  sèches,  4  ran- 
gées de  tombes,  une  grande  pierre  brute  avec  rainure 
autour  et  déversoir  et  2  bassins  légèrement  creusés,  ainsi 
qu'une  ovale  (40-43)  formée  de  gros  blocs  de  rochers  cal- 
cinés à  la  base. 

De  telles  analogies  sont-elles  purement  accidentelles  ? 
Les  Berbères  initièrent-ils  réellement  les  Celtes  du  Vien- 
nois à  la  connaissance  des  arts  et  de  Findustrie,  leur 
apprenant  à  se  vêtir  de  laine  et  à  se  bâtir  des  maisons  plus 
solides  que  les  cabanes  de  chaume  ?  Le  nom  de  Sarra-- 
sin  donné  aux  grandes  tuiles  plates  dans  le  langage  vul- 
gaire viendrait-il  de  là  ? 

Voilà  tout  autant  de  questions  intéressantes  à  élucider, 
et  dont  Tétude  attentive  des  crânes  et  des  objets  en  pierre 
ou  en  métal,  placés  dans  les  tombeaux,  peut  amener  la  so- 
lution. 

{A  suivre.) 

L'abbé  CHAPELLE. 


NUMISMATIQUE  DU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE.     l5 


NUMISMATIQUE 

DU    PARLEMENT 


"DE    G%E^(yBLE. 


SuiTB.  —  Voir  la  yi*,  7a*,  73*,  74*  et  75»  livraison. 


JEAN-EMMANUEL   DE   GUIGNARD 
DE  SAINT-PRIEST 

1770 


-|-     S*^     PIERRE^'^    PRIEZ     POVR    NOVS    lAI     ETE     FAITE    ET 
BENITE   EN    I77O  M^  ^'^  A  -|- 

^Sr    DVPLESSIS  ETANT  CVRE  DE  S^  PIERRE  DE  CHASSELAY 
lE  MAPPELLE  SOPHIE  MON  PARRAIN  A 

Sr    ETE    HAVT   ET   PVISSANT   SEIGNEVR    lEAN    EMMANVEL 
DE  GVIGNARD   VICOMTE  DE    S^  PRIEST^*^ 

ar    CONSEILLER  DV  ROI  EN  TOVS  SES  CONSEILS  ETATS  ET 
PRIVES^*^  SEIGNEVR  DV  D''  CHASSELAY 

or    ET  AVTRES  PLACES  ET  MA  MARRAINE  A  ETE  HAVTE  ET 
PVISSANTE  DAME  LOVISE 


lé  SOCIÉTÉ   D^ARCHEOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

l^    lACQVELINE    SOPHIE     DE    BARRAL  ^*^    EPOVZE    DV    D"' 
SG"  Î^J 

Au  bas  :  f  I  B  ancelle  et  i  b  picavdez  —  m*  fondevr 

LORRAIN  MONT  —  FAITE  ®- 

2®  cloche  de  Chasselay.  —  Diamètre  :  62  centimètres. 


(1)  Patron  de  l'église.  —  (2)  Messire.  —  (3)  Jean-Emmanuel  de 
Guignard,  vicomte  de  Saint-Priest,  né  à  Paris  en  1714,  avocat  en 
la  Cour,  Conseiller  au  Parlement  (lettres  du  12  mars  1733,  —  il 
n'avait  pas  19  ans)  en  remplacement  et  sur  la  résignation  de  Nieekis 
de  Briançon  de  Varces,  son  oncle  ;  reçu  le  28  avril  suivant.  Devint 
Maître  des  requêtes,  Président  du  Grand-Conseil  du  Roi,  Intendant 
de  Languedoc  (1751),  Conseiller  d'Etat  ordinaire  (1764),  et  se  si- 
gnala par  des  actes  nombreux  de  bienfaisance.  —  (4)  d'Etat  et  Privé. 
—  (5)  Fille  de  Joseph  de  Barrai,  Président  au  Parlement.  —  (6)  Du 
dit  seigneur. 


FRANÇOIS-PIERRE   DE  ROUX-DEAGENT 

1772 


de. 

ST  MAVRICE  PATRON  DE  LA  PAROISSE  PARREIN  M*^^  FRAN- 
ÇOIS PIERRE 

DE  VAVX  DEAGEVT^*^  COMTE  DE  MORGES  CHEVALLIR^  DE 
L  ORDRE  ROYAL 

ET    MILITAIRE   DE   SLOVIS^^'    SEIGNEVR  DE    FONTAGNIEVX 
MARRIENNE  DAME 


NUMISMATIQUE   DU   PARLEMENT  DE   GRENOBLE.  I7 

lANNE^*'  FRANÇOISE  DE    LA    RIVIERE  EPOVSE  DV    DIT   SEI- 

GNEVR  COMTE  DE 
MORGE 

Dans  un  cartouche  rond  formé  par  une  couronne  de 
laurier  : 

I  O  s  P  E  H^^^ 
VACHAT 
FECIT 
1772 

Cloche  de  Fontagnieu.  —  Diamètre  :  65  centimètres. 


(1)  Parrain  M"  François-Pierre  de  Roux  Déagent.  Le  fondeur,  par 
une  distraction  incroyable  «  a  mis  Vaux  Déageut, 

Un  édit  de  Louis  XIV  (juillet  1702)  ayant  créé  deux  Chevaliers 
d'honneur,  à  titre  d'office  héréditaire,  près  du  Parlement  de  Gre- 
noble, Claude-Etienne  de  Roux  Déagent  de  Morges  en  reçut  le 
titre  (lettres  du  19  juillet  1719  —  M.  Pilot-Dethorey  a  écrit  1791  ; 
mais  je  pense  qu'il  y  a  là  une  simple  transposition  de  chiffre  et 
qu'il  a  Youlu  dire  1719  -  ),  en  remplacement  et  sur  la  résignation 
de  Jean-François  des  Alrics  de  Cornillan  de  Rousset,  et  fut  reçu 
le  9  août  suivant.  Il  mourut  le  6  avril  1756. 

François  (de  Salles)  —  Pierre  de  Roux  Déagent,  comte  de  Morges, 
né  à  Risset  le  7  janvier  1734,  succéda  à  son  père,  —  il  n'avait  pas 
encore  18  ans,  — (parlettres  du  22  novembre  1751)  et  fut  reçu  le  14 
décembre  suivant.  Si  les  dates  de  V Inventaire-Sommaire  sont  exac- 
tes, il  faut  donc  supposer  que  le  fils  succéda  à  son  père  environ 
cinq  ans  avant  sa  mort.  Il  était  encore  en  fonction  en  J790.  Il  prit 
une  part  active  aux  agitations  politiques  du  Dauphiné  en  1787, 
année  où  il  fut  un  des  membres  de  l'Assemblée  provinciale,  et  il 
présida,  en  1788,  les  États  de  Vizille  ;  puis  il  fut  nommé  Député 
aux  États  Généraux.  Mais  il  rentra  bientôt  dans  la  vie  privée  et 
émigra  en  1792.  Mort  à  Paladru,  le  7  octobre  1801. 

(2)  Chevalier.  —  (3)  St-Louis).  —  (4)  Marraine  Dame  Jeanne- 
Françoise,  etc.  —  (5)  Joseph. 

Tome  XX. —  1886.  2 


l8  SOCIÉTÉ   d'archéologie   Et   Ï)E   STATISTIQUE. 

LAURENT     DE    GARNIER 
ET  JEAN  DE  GARNIER 

1775 


f  lE  SERS  A  LA  CONFRERIE  DV  CONFALON  ET  AV  TIMBRE 
DE  l'horloge  de  CE  LIEV  EN  MAY  ly-y-^'  C^* 

f  MON  PARREIN  M*=  L-  DE  GARNIER^*'  CONSEILLIER^*^  AV 
PARLEMENT  DE  DAVPHINE  SEIGN^  DE  ST  lEAN  DE 
BOVRNAY  l^ 

f  VILLENEVVEDE  MARCH-^'^  ETC*  MA  MARR-^*'  DAME  ANNE 
DARMAND  SA  MERE  YEVVE  DE  M^=  lEAN  DE  GAR- 
NIER ïsr 

f   AVSSI  CONSEILLER- P^  f  PARROCHVS  DOMINVS  ROBIN* 

Au  bas  : 

LES  S^    I-  B-  PICAVDEZ  &  I-  SOYER  —  MON   FONDY^^^ 

Cloche  de  l'ancienne  chapelle  de  St-Jean-de-Bournay. 
—  Diamètre  :  84  centimètres. 


(1)  Laurent  de  Garnier,  né  à  Grenoble  le  27  février  1713,  avocat 
en  la  Cour,  Conseiller  à  21  ans  (lettres  du  2  mai  1744  ;  reçu  le  20 
du  même  mois.  —  (2)  Conseiller.  —  (3)  Villeneuve-de-Marc.  — 
(4)  Marraine.  —  (5)  Voir  la  cloche  de  1738.  —  (6)  M'ont  fondu.  — 
Un  petit  sceau  se  trouve  sur  la  panse  de  cette  cloche ,  mais 
tellement  fruste,  qu'il  m'a  été  impossible  de  le  reproduire.  C'était 
sans  doute  celui  de  la  Confrérie  du  Confalon. 


NUMISMATIQUE  DU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE.     I9 

LAURENT    DE    GARNIER 
ET  JEAN    DE   GARNIER 

1775 


t  MON  PARRAIN  HAVT  ET  PVISSANT  SEIGNEVR  MESSIRE 
LAVRENT  DE  GARNIER  CHEVALIER  SEIGNEVR  DE  VIL- 
LENEVVE  DE 

f  MARC  DE  ST  lEAN  ET  AVTKES  PLACES.  CONSEILLER  DV 
ROY  EN  SON  PARLEMENT^*^  DAVPHINE.  MA  MARRAINE 
HAVTE 

t  ET  PVISSANTE  DAME  ANNE  DARMAND  SA  MERE  VEVVE 
DE  M^^  lEAN  DE  GARNIER  AVSSI  CONSEILLER.  MP 
ANDRE 

t    GOVDARD  CVRE 

-f-LES  S^  BLAIZE  VIGNAT  &  BENOIT  METRAL  DE  PVTE^^^  DE 
LA  COMT^^Î  MONT  FAIT  FONDRE^*^ 

Au  bas  : 

LES  S?  PICAVDEZ  &  SOYER  MONT  FONDV  AN I  -y-y-  Ç 

Cloche  de  VilIeneuve-de-Marc.  —  Diam.  :  gS  centim. 


(1)  De,  omis.  —  (2)  Députés.  —  (3)  Communauté.  —  (4}  Cour  les 
autres  renseignements,  voir  l'inscription  précédente. 


^O  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

ANDRÉ  COPIN  DE  MIRIBEL 

1775 


—  MARIE     LAURENCE^*'    MESIRE     ANDRE  DE 
MIRBEL    PARRAIEN^^ 

—  MADAME  DISE  MARRAEINE^^  M  MARTINE^^^  CURE 

—     ^775 

Croix  ornée.  Dessous  :  horiot^^^  fecit- 

Cloche  de  Château-Bernard  {C^»  du  Monestier  de 
Clermont).  —  Diam.  :  56  centim. 

(I)  Noms  de  la  cloche.  —  (2)  Messire  André  (un  blanc  qui  était 
peut-être  occupé  par  le  nom  générique  de  Copin)  de  Miribel,  par- 
rain, seigneur  de  Miribel-PËnchâtre ,  Château- Bernard  et  autres 
lieux»  avocat  en  la  Cour,  Conseiller  au  Parlement  (lettres  patentes 
du  26  juillet  1743,  avec  dispense  d'alliance  (P'*-J*  de  Barrin,  Con- 
seiller en  la  Cour,  était  son  beau-frère),  en  remplacement  et  sur  la 
résignation  de  F'**  Copin  de  Comiers,  son  père  ;  reçu  le  6  mars  sui- 
vant. Résigna  ses  fonctions  en  1766,  en  faveur  de  son  neveu  J^- 
André  de  Barrin  de  la  Buissière.  Il  avait  épousé,  le  14  août  1744, 
Françoise  d'Ize  de  Rosans,  fille  de  Jacques  d'I/.e,  seigneur  de  Ro- 
sans.  Président  à  mortier  au  Parlement  de  Grenoble,  et  de  Philip- 
pine de  Gratet  du  Bouchage.  Son  beau-père  avait  été  lui-même 
nommé  Conseiller  au  Parlement  (lettres  patentes  du  22  avril  1723) 
en  remplacement  de  Y°^*  de  Gallien  de  Chàbons  décédé,  et  reçu  le 
1*' juin  suivant;  puis  Président  à  la  Cour  (lettres  patentes  du  7  juin 
1730,  avec  dispense  d'âge  et  de  services  (il  avait  seulement  6  ans  et 
11  mois  de  services  comme  Conseiller  en  la  Cour,  et  32  ans  et  7 
mois  d'âge,  étant  né  le  6  octobre  1697).  en  remplacement  et  sur  la 
résignation  de  P'«-F***  de  Gratet  du  Bouchage,  et  reçu  le  17  du 
même  mois.  Il  se  démit  de  ses  fonctions  en  1764.  -—  (3)  D'he^ 
marraine.  Probablement  une  parente  de  sa  femme. —  (4)  Martinet  (?) 

—  (5)  Pour  HorioL 


NUMISMATIQUE  DU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE.     21 


FRANÇOIS-JOSEPH  DE  MEFFRAY 

DE  CÉSARGES 


1776 


-|-  PARRAIN  M"  FRANÇOIS  JOSEPH  DE  MEFFREY  DE  SE- 
ZARGES^*^  CONSEILLER  AU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE 
CHEVALIER  SEIGNEUR 

t^   DAUTEFORT  ET  AUTRES  LIEUX  MARRAINE  DAME  ANGE- 
LIQUE THERESE  DE  LEISSIN^^^  DAME  DE  MONTQUIN  ET 

&^   MALATRAIT  SON  EPOUSE       I776 

Au  bas  :  f  N  L  gerdolle  f  et  écusson  de  joseph 
—  BRETON,  avec  une  cloche  placée  entre  ces  deux 
noms. 

Cloche  de  Voiron.  —  Diam.  :  loo  centim. 


(1)  Messire  François-Joseph  de  Meffray  de  Cézarges  d'Hautefort, 
avocat  en  la  Cour,  Conseiller  (lettres  du  11  juillet  1764;  reçu  le  31 
du  même  mois).  —  (2)  Jeanne-Thérèse-Angélique  de  Leyssin,  fille 
de  François  de  Lejssin  (baron  de  Domeyssin  —  Savoie  —  capitaine 
au  régiment  de  Monaco,  chevalier  de  St-Louis),  et  de  Suzanne  de 
Montquin,  sa  première  femme,  dont  il  n'eut  que  cette  fille. 


22  SOCIETE   D  ARCHEOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

LOUIS-FRANÇOIS  DE  VACHON 

1777 


41. 

7    PARRAIN  ET  MARRAINE  LOUIS   FRANÇOIS  DE  VACHON^*^ 

CHEVALLIER  DHONNEUR  AU  »Sr 

PARLEMENT  DU  DAUPHINE  SEIGNEUR  DE  REAUMONT   ET 

MARIE  VIOLENTE  GILBERTE 

DE  ROSTAING  SON  EPOUSE       I777. 

Au  bas  :  n  l  gerdolle  f. 
Cloche  de  la  Murette.  —  Diam.  :  83  centim. 


(1)  Seigneur  de  Réaumont  et  de  la  maison-forte  de  la  Murette, 
Chevalier  d'honneur  au  Parlement  (lettres  de  Paris,  du  !•'  février 
1748)  en  remplacement  de  L'-J**  de  la  Poype  de  Saint-Julin-de- 
Grammont,  décédé  ;  reçu  le  12  du  même  mois.  Il  était  encore  en 
fonction  en  1790.  VArmorial  du  Dauphiné  a  confondu  avec  lui  un 
H*  de  Vfichon  à  qui  il  donne  à  tort  le  titre  de  Chevalier  d'honneur 
au  Parlement,  qu'il  n'a  jamais  possédé. 


DENIS     DU     PRÉ 

1780 


or  JE   ME  NOMME    DENIS  JULIENNE    ELIZABETH    ( fleur  de 
lis)  J  AI  EU  POUR  PARRAIN 

or    MESSIRE    DENIS    DU    PRE^*^  CHEVALIER    SEIGNEUR    DE 
FONTANIL  GORNIL 


NUMISMATIQUE   DU   PARLEMENT   DE    GRENOBLE.  23 

m^  LON^  CONSEILLER  DU  ROY  EN  SES  CONSEILS  PRESI- 
DENT A  LA  CHAMBRE 

ï^  DES  COMPTES  DE  DAUPHINE  ET  POUR  MARAINE  DAME 
JULIENME  ELIZA 

BETH  DE  BOLLIOUD  QUI  MONT  NOMME'^*^  (Jleur  de  UsJ 

FAITE    PAR  ANDRE  BONNEVIE  FONDEUR  A  GRENOBLE  LAN 

1780  fjleur  de  lis) 
I"  cloche  du  Fontanil.  —  Diam.  :  56  centim. 

(A  continuer,)  G.  VALLIER. 


(l)  Denis  Dupré,  Maître  ordinaire  en  la  Chambre  des  Comptes , 
nommé  Président  en  la  même  Chambre  par  lettres  du  22  a^ril  1760, 
et  reçu  le  28  juillet  suivant.  Il  était  auparavant  Référendaire  on 
la  Chancellerie  du  Dauphiné  et  avait  été  nommé  Mattre  ordinaire 
par  lettres  du  14  octobre  1754,  en  remplacement  et  sur  la  résigna- 
tion de  Jacques-Denis  Dupré  de  Plsle,  son  père,  et  leçu  le  19  no- 
vembre suivant.  —  (2)  V Armoriai  donne  encore  à  cette  famille 
d'autres  seigneuries,  et  entre  autres  celle  de  Toulévéon  (sic),  pour 
Tolvon,  sans  doute.  —  (3)  M'ont  nommée. 


Kotes  et  Documents 


POUR    SERVIR    A   L  HISTOIRE 


'  A 


DES  EVE0UE8  D'AVIGNON  ET  DE  VALENCE 


DANS  LA  SECONDE  MOITIÉ  DU  XIII*  SIÈCLE 


L'histoire  des  événements,  qui  amenèrent  en  Tannée  1276 
la  réunion  des  diocèses  de  Valence  et  de  Die,  est  assurément 
une  des  parties  les  plus  intéressantes,  nous  pouvons  ajouter 
les  moins  connues,  des  annales  ecclésiastiques  de  notre  pro- 
vince. Conduit  par  la  nature  de  nos  travaux  à  étudier  ce  sujet, 
nous  nous  sommes  trouvé  presque  à  chaque  pas  en  présence 
de  problèmes  historiques,  demeurés  jusqu'à  ce  jour  sans  ré- 
ponse. Réussirons-nous  à  répandre  quelque  lumière  sur  les 
graves  et  difficiles  questions  qui  ont  arrêté  nos  devanciers  >  Il 
ne  nous  appartient  point  de  nous  prononcer  à  cet  égard.  Ce 
que  nous  pouvons  dire  c'est  que  nos  recherches  nous  ont  per- 
mis de  rassembler  un  nombre  relativement  considérable  de  do- 
cuments inédits  sur  cette  époque.  Avant  d'affronter  le  juge- 
ment des  critiques,  en  publiant  le  premier  volume  de  notre 
Essai  historique  sur  la  ville  de  Die,  où  seront  longuement  ex- 
posées les  causes  de  la  réunion  de  ces  deux  diocèses  et  les  cir- 
constances au  milieu  desquelles  elle  s'est  produite,  nous  vou- 
drions présenter  aux  lecteurs  du  Bulletin  une  page  tant  soit 


ÉVÊQUES   d'aVIGNON   ET   DE    VALENCE.  25 

peu  développée  de  notre  travail,  et  leur  signaler  une  seule  de 
ces  questions,  qui  ont  tout  particulièrement  exercé  notre  pa- 
tience. Nous  en  choisirons  une  qui  intéressera  autant  TEglise 
d'Avignon  que  celle  de  Valence. 

Philippe  de  Savoie,  après  avoir  administré  pendant  plus  de 
vingt-cinq  ans  le  diocèse  de  Valence,  s'était  enfin  démis  de  sa 
charge.  Le  24  février  1267,  jour  de  la  fête  de  St  Mathieu,  les 
chanoines  de  Valence,  assemblés  capitulairement,  sous  la  pré- 
sidence d'Henri  de  Suze,  archevêque  d'Embrun,  délégué  du 
souverain  pontife,  entendirent  et  approuvèrent  le  rapport  que 
le  prélat  démissionnaire  fit  de  sa  gestion  épiscopale  (i).  Ce  se- 
rait une  bien  curieuse  histoire  que  celle  de  ce  singulier  person- 
nage qui  gouverna  les  Eglises  de  Lyon  et  de  Valence  durant 
de  longues  années,  qui  ne  voulut  jamais  recevoir  les  saints 
ordres,  afin  de  se  ménager  le  moyen  de  regagner  la  vie  sécu- 
lière, si  de  plus  brillantes  destinées  l'y  appelaient,  et  qui  de  fait 
abandonna  enfin  la  cléricature  et  ses  deux  diocèses,  à  la  veille 
de  recueillir  le  riche  héritage  des  comtes  de  Savoie  (2).  Nous 


(1)  Archives  départ,  de  l'Isère.  Cartons  du  Valentinois.  Liasse  cotée 
Bénéfices  étrangers^  n°  4.  Les  titres  et  les  documents  de  la  maison  de  Poi- 
tiers, conservés  autrefois  dans  le  château  de  Grane,  furent  portés  en  Savoie 
pendant  la  guerre,  qui  suivit  la  mort  du  dernier  comte  de  Valentinois, 
Louis  II  de  Poitiers,  en  1419.  Ils  y  furent  sommairement  inventoriés.  Rendus 
à  la  France,  à  la  suite  du  traité  d'Ulrech,  ils  ont  été  déposés  aux  archives  de 
la  Chambre  des  Comptes. 

(3)  Philippe  de  Savoie,  né  en  1207,  ^tait  le  septième  enfant  de  Thomas, 
comte  de  Savoie,  et  de  Béatrix  de  Genève.  Deux  de  ses  frères  ont  porté  avant 
lui  le  titre  d'évéque-élu  de  Valence  :  Guillaume,  qui  figure  dès  Tannée  1226 
et  qui  mourut  le  i*'' novembre  1239,  et  Boniface,  nommé  archevêque  de 
Cantorbery  en  1240,  sacré  en  1245.  Philippe  unit  à  son  titre  d'év6que-élu 
de  Valence,  celui  d'archev£que-élu  de  Lyon  en  1246  ;  il  gouverna  ces  deux 
Eglises  jusqu'en  1 266.  Ces  trois  prélats  administrèrent  TEglise  de  Valence 
sans  être  dans  les  ordres  sacrés.  Guy  de  Montlaur,  qui  réussit  à  se  maintenir 
à  la  tête  du  diocèse  de  Valence,  depuis  Tannée  1267  jusqu^à  sa  mort,  en 
1275,  n*avait  pas  non  plus  le  caractère  épiscopal.  Cet  état  de  choses,  qui  ne 


20  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

nous  bornerons  ici  à  constater  qu'il  laissa  le  diocèse  de  Valence 
dans  une  situation  lamentable  à  tous  les  points  de  vue  :  les 
guerres  incessantes,  qu'il  soutint  contre  le  comte  de  Valentinois, 
avaient  ruiné  les  campagnes,  et  la  préoccupation  d'étendre  ses 
domaines  temporels  lui  avait  fait  oublier  les  intérêts  sacrés  des 
âmes. 

Les  chanoines  de  Valence,  appelés  à  donner  un  successeur 
à  Philippe  de  Savoie,  réunirent  leurs  suffrages  sur  l'évêque  qui 
siégeait  à  Avignon.  Ce  choix,  inspiré  sans  doute  par  les  qualités 
personnelles  de  l'élu,  était  aussi  une  mesure  de  conciliation, 
destinée  à  faire  naître  dans  l'esprit  du  comte  de  Valentinois,  de 
meilleurs  sentiments  à  l'endroit  de  l'Eglise  de  Valence.  Des 
liens  de  parenté  unissaient  en  effet,  l'évêque  d'Avignon  à  la 
puissante  maison  de  Poitiers.  Il  parait  qu'il  fallut  quelque 
temps  pour  décider  ce  prélat  à  accepter  la  lourde  charge  qu'on 
voulait  lui  imposer.  Le  siège  apostolique  était  alors  occupé  par 
un  pontife  vertueux  et  savant.  Clément  IV  avait  passé  la  plus 
grande  partie  de  sa  vie  en  Languedoc  et  en  Provence,  où  il 
remplit  les  plus  hautes  fonctions  séculières  et  ecclésiasti- 
ques (i)  ;  il  avait  été  en  relation  avec  les  hommes  importants 
de  l'époque  et  connaissait  parfaitement  les  maux  qui  désolaient 
le  pays.  Ayant  appris  l'élection  faite  à  Valence,  il  écrivit  trois 
lettres  à  l'évêque  d'Avignon.  Dans  la  première,  après  lui  avoir 
enjoint  d'accepter  l'évêché  de  Valence,  il  le  charge  de  veiller  à 
la  nomination  de  son  successeur  à  Avignon,  et  de  proposer  aux 
chanoines  de  cette  Eglise  successivement  ou  simultanément  les 
quatre  candidats  dont  les  noms  suivent  :  R(obert},   archidiacre 


pouvait  avoir  que  de  désastreuses  conséquences,  dura  donc  une  cinquantaine 
d'années.  On  trouve  de  très  curieux  détails  sur  la  vie  de  ces  trois  évoques, 
donnés  au  siège  de  Valence  par  la  maison  de  Savoie,  dans  :  Wurstemberger, 
Peter  der  Zweite,  Bern,  1856,  4  vol.  in-8®. 

(i)  Guy  Fulcodi,  né  à  Si-Gilles,  avait  été  successivement  conseiller  du  roi 
St  Louis,  évoque  du  Puy  (1256),  et  archevêque  de  Narbonnc  (1259). 
PoTTHAST,  Regesta^  p.  1542. 


EVEQUES   D  AVIGNON    ET   DE   VALENCE.  27 

de  Nimds  et  prieur  de  Posquières  ;  B.  de  Gardis^  chanoine 
de  Nîmes  ;  P.  Gaucelin,  chanoine  de  Marseille  ;  R(aymond)de 
Nlmcs,  médecin  et  chapelain  du  pape,  prévôt  de  Marseille  (i). 
Dans  la  seconde,  datée  comme  la  précédente  de  Viterbe,  le  6 
juillet  1267,  Clément  IV  donne  à  ce  prélat  un  avis  confidentiel, 
concernant  la  candidature  de  Robert,  archidiacre  de  Nîmes, 
qu'il  voudrait  à  tout  prix  ne  pas  voir  réussir.  Robert  était,  il 
est  vrai,  parent  de  l'évêque  d'Avignon,  mais  sa  conduite  passée 
semblait  devoir  l'écarter  à  tout  jamais  de  l'épiscopat  (2).  La 
troisième  de  ces  lettres  est  remplie  de  curieux  détails  sur  l'état 
moral  du  diocèse  de  Valence  et  demande,  croyons-nous,  à  être 
ici  reproduite. 

«  Comme  vous  êtes  versé  dans  la  science  du  droit  canoni- 
«  que,  écrivait  le  pape  à  l'évêque  d'Avignon,  vous  n'ignorez 
«  pas  qu'il  y  a  deux  sortes  de  divorce,  dont  l'un  est  décoré  d'un 
«  nom  qui  ne  manque  pas  d'une  certaine  recherche  ;  on  Tap- 
«  pelle  en  effet  le  divorce  de  Bonne  Grâce  (3).  Vous  voilà  donc 
«  sur  le  point  de  passer  à  l'Eglise  de  Valence  et  ainsi  vous 
«  allez  quitter  votre  première  épouse  l'Eglise  d'Avignon.  En 
«  vous  éloignant,  songez  (à  faire  un  divorce  de  Bonne  Grâce, 
«  c'est-à-dire)  à  laisser  de  vous  une  bonne  renommée,  et  gar- 
«  dez-vous  bien  de  dépouiller  l'Eglise  que  vous  quittez  :  ce 
«  serait  charger  votre  conscience  de  lourdes  chaînes,  et  en 
«  manquant  à  la  foi  jurée  à  votre  première  épouse,  vous  em- 
«  porteriez  avec  vous  le  mépris  ;  ce  serait  une  grave  offense  à 
«  Dieu  et  à  nous.  Quand  vous  aurez  pris  possession  de  l'Eglise 
«  que  nous  venons  de  nommer,  nous  ne  voulons  point  sans 
«  doute  que  vous  négligiez  ses  intérêts  temporels,  mais  nous 
«  tenons  à  vous  recommander  de  ne  point  perdre  de  vue 
«  depuis  combien  de  temps  les  intérêts  sacrés  des  âmes  y  ont 


(i)  Martène,  Thésaurus,  t.  Il,  col.  501. 

(3)  Martène,  1.  c. 

(3)  Voir  Du  Cangb,  Glossarium,  verfoo  :  Bona  Gratta. 


28  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET    DE   STATISTIQUE. 

«  été  laissés  dans  le  plus  grand  abatidon.  Aussi  serons-nous 
«  pénétré  pour  vous  d'une  grande  affection,  en  vous  voyant 
«  vivre  au  milieu  de  vos  clercs  séculiers  d'une  vie  qui  ne  sera 
«  point  celle  du  siècle,  comme  en  vous  voyant  encore  suppor- 
«  ter  avec  condescendance  leurs  défauts,  dans  la  mesure  que 
«  le  permettra  la  dignité  de  votre  caractère.  Ce  peuple  en  effet, 
c  dont  vous  allez  devenir  le  chef,  manque  de  sens  et  ne  sait  se 
«  fixer  à  rien  de  sérieux.  Dans  ses  vêtements,  comme  dans  les 
c  selles  et  les  harnais  de  ses  chevaux  quel  luxe,  quels  abus  1 
«  Dans  les  danses  et  dans  les  chansons,  dans  ses  jeux  et  ses 
c  amusements,  il  ne  garde  aucune  mesure,  ou  s'il  en  a,  elle  est 
«  bien  petite  (i).  Mettez-vous  à  l'œuvre  sans  affectation.  Mon- 
«  trez-vous  modeste  dans  votre  tenue  et  votre  démarche,  gé- 
«  néreux  aussi  bien  envers  les  personnes  de  votre  maison 
«  qu'envers  les  étrangers,  avec  les  pauvres  et  les  affligés  doux 
«  et  compatissant.  Voilà  comment  vous  gouvernerez  votre 
«  Eglise.  Nous  faisons  des  vœux  pour  que  votre  administration 
«  procure  à  Dieu  de  la  gloire,  à  vous  du  mérite,  à  vos  fidèles 
«  un  salutaire  exemple,  et  à  nous-même  une  douce  joie,  en 
«  sorte  que  nous  nous  félicitions  toujours  et  que  jamais  nous 
«  n'ayons  à  nous  repentir  de  vous  avoir  fait  ce  que  vous  êtes. 
«  Quant  à  votre  parent  le  comte  Adémar,  il  vous  faudra  user 
«  envers  lui  d'une  prudence  éclairée  :  ne  l'exaspérez  point  par 
«  trop  de  rigueur  ;  ménagez  son  amour-propre,  mais  ne  lui 
«  donnez  point  l'occasion  de  s'enorgueillir  et  de  triompher  de 
0  votre  faiblesse.  Pour  mener  toutes  choses  à  bien,  nous  ne 
«  pouvons  vous  donner  ici  de  règles  absolues  :  ce  sera  tantôt 
«  par  votre  habileté,  tantôt  en  vous  appuyant  sur  le  droit  que 
«  vous  parviendrez  à  vous  faire  respecter  ;  quelquefois  aussi 
c  vous  réussirez  mieux  en  employant  la  force.  Enfin  pour  ce 


(i)  Habet  siquidem  illa  natio  stultitiœ  comitem  UvitaUm.  Hahet  enim  in 
vestibus,  selUs  et  frenis  indecenter  excessum^  et  in  choreis  et  cantibus^  ludi" 
briis  et  cachinnis  aut  nullum  aut  débile  frenum  habet. 


ÉVÉQUES   D'aVIGNON   ET   DE   VALENCE.  29 

a  qui  concerne  l'affaire  du  château  de  Crest  (i),  prenez  cette 
«  détermination  :  si  la  justice  n'est  pas  évidemment  de  votre 
«  côté,  cherchez  sincèrement  la  paix,  car  on  doit  toujours  éloi- 
«  gner  le  fléau  de  la  guerre  comme  éviter  un  procès,  quand  on 
c  ne  peut  appuyer  ses  revendications  sur  de  fortes  et  solides 
a  raisons. 

«  Donné  à  Viterbe,  aux  nones  de  juillet,  la  troisième  année 
«  de  notre  pontificat  (7  juillet  1267)  (2).  » 

Le  même  jour,  Clément  IV  écrivait  encore  à  Aymar  de  Poi- 
tiers (3).  Il  lui  disait  que  1  élection  qui  venait  d'être  faite  répon- 
dait sans  doute  à  ses  meilleurs  désirs,  attendu  que  le  nouvel 
évêque  de  Valence,  homme  sage  et  modéré,  se  rattachait  par 
les  liens  du  sang  à  la  famille  des  comtes  de  Valentinois.  On 
pouvait  dès  lors  espérer  que  le  comte  n'aurait  pour  l'Eglise  de 
Valence  et  son  pasteur  que  du  dévouement  et  du  respect  (4). 

Maintenant  se  pose  le  problème  historique  que  nous  avons 
à  résoudre. 

Quel  est  cet  évêque  d'Avignon,  parent  de  l'archidiacre  de 
Nîmes  et  d'Aymar  de  Poitiers,  que  les  chanoines  de  Valence 
appelaient  au  gouvernement  de  leur  Eglise  > 


(1)  Au  commencement  du  XIII*  siècle,  la  ville  de  Crest,  qui  reconnaissait 
deux  seigneurs,  avait  en  mfime  temps  deux  châteaux  fortifiés.  Les  comtes  de 
Valentinois,  maîtres  de  Tune  de  ces  paréries,  aspiraient  à  posséder  complè- 
tement cette  importante  position  ;  mais  ils  virent  leurs  espérances  frustrées, 
lorsque  Silvion  de  Crest,  possesseur  de  la  seconde  parérie,  sous  la  suzerai- 
neté de  Tévêque  de  Die,  entra  dans  les  ordres  sacrés  et,  devenu  chanoine  de 
Valence,  vendit  en  1226  à  Guillaume  de  Savoie,  évoque  de  cette  ville, 
tous  ses  droits  sur  Crest,  Aoste  et  Divajeu.  Ce  fut  le  signal  d*une  guerre 
acharnée  entre  les  comtes  et  les  évoques  de  Valence,  guerre  qui  ne  s'est 
terminée  qu*en  135B,  parle  traité,  qui  reconnut  au  comte  la  pleine  posses- 
sion de  Crest  et  accorda  à  Tévêque  la  terre  de  Bezaudun  et  une  indemnité 
pécuniaire.  Columbi,  Opuscula,  p.  266,  318. 

(2)  Martène,  Thésaurus,  t.  Il,  col.  501-2. 

(3)  Aymar  III  de  Poitiers,  fils  de  Guillaume  et  de  Flotte  de  Royans. 

(4)  Martène,  I.  c;  — Du  Chesne,  Hisi.  ginéal.  des  comtes  di  Valentinois; 
preuves,  p.  2. 


3o        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Si  nous  consultons  les  différents  auteurs,  qui  ont  écrit  sur 
rhistoire  des  évoques  d'Avignon,  nous  constatons  tout  d*abord 
des  erreurs  manifestes,  des  contradictions  nombreuses  dans 
leur  récit,  durant  la  seconde  moitié  du  XIII*  siècle,  et  il  devient 
impossible  de  trouver  une  réponse  à  la  question  que  nous  ve- 
nons de  poser.  Voici  du  reste  le  tableau  des  données  histori- 
ques, qu'ils  nous  fournissent  sur  la  succession  chronologique 
des  évoques,  pendant  cette  époque. 


POLYC.   DE  LK  RlVlÈRE  (l): 

Bertrandus  de  Ucetia,  1263. 
Robertus  de  Ucetia,  1267. 
Andréas  de  Languisello^  1 292 


FORNERY  (2)  : 
Bertrand  lly  1264. 
Robert  d'Unies,  1266. 
Jean   V,  1268. 
Raymond  II,  1271. 
Robert  II,   1272. 
Benoît  II,  1283. 
André  de  Lang^uisel,  1 292. 

Fant.  Castrucci  (3)  : 
Stephano,  1261. 
Bertrando,  1264. 
Roberto  /,  1267. 
Giovanni,  1270. 
Roberto  II,  1273. 
Benedetto  III,  1288. 
Andréa  de  Languisel,  1 29 1 


Gallia  Christiana,  m.dc.lvi. 

Bertrandus  II. 

Robertus  de  Ucetia. 

Raimundus  II. 

Robertus  II. 

Benedictus  II. 

Andréas  de  Languisello. 

Gallia  Christiana,  m.dcc.xv. 
Bertrandus  II,  i  264. 
Robertus  de  Ucetia,  i  267. 
Raimundus  I,  1 2  7 1 . 
Robertus  II,  1272. 
Benedictus  III,  1288. 
Andréas  de  Languisello,  1 292 

Fr.  Nouguier  (4). 
Bertrandus  II,   i  264. 
Robertus  I,  1268. 
Joannes  III,  1270. 
Raymundus,  1271. 
Robertus  II,  1  282. 
Benedictus  III,  1  2^7. 
Andréas  de  Languisello,  1 29 1 


(i)  Polycarpe  de    la  Rivière.  Annales  Ecclesix,  Civitatis,  et    Comitatus 
Avenionensis.  Mss.  de  la  bibliothèque  de  Carpentras,  p., 8 13-44. 

(2)  FoRNÉRY.  Histoire    ecclésiastique    du    comté    Venaissin    et    de   la  ville 
d^ Avignon.  Mss.  de  la  bibliothèque  de  Carpentras,  p.   1 20  et  suiv. 

(3)  Sebastiano    Fantoni    Castrucci.    Istoria  délia    citta    d'Avignone»    In 
Venetia,  1678,  in-4%  t.  H,  p.  310. 

{4)  François   Nouguier.    Histoire   chronologique    de   VEglise,    evesques  et 
archevesques  d'Avignon.  Avignon,  1660,  in-4°,  p.  89  et  suiv. 


EVÉQUES   d'aVIGNON   ET   DE   VALENCE.  3l 

Retnard-Lespinasse  (i).  Gams  (2). 

Bertrand  Ilf  \2b^.  Bertrand  11^  1264. 

Robert  d'Usés,  1268.  'Robert  d'Usés,  1267. 

Jean  K,  1270.  'R..  CRobertl),   1271. 

Raymond  II,  1271.  ^Robert  JI,  1272. 

Robert  II,  1272.  Benoit  III,  1288. 

Benoît  III,  1287.  André  de  Languisel,  1292. 
André  de  Languisel,  1 29 1 . 

Sans  entrer  ici  dans  une  discussion  détaillée  des  erreurs  que 
présentent  ces  diverses  listes,  nous  nous  contenterons,  pour  le 
but  que  nous  nous  proposons,  d'établir  à  Taide  de  documents 
d'une  incontestable  authenticité  les  points  suivants. 


I 


Du  ç  mars  1264  au  6  juillet  126^^  le  siège  épiscopal  d* Avi- 
gnon a  été  occupé  successivement  par  deux  évêques.  Le  premier , 
qui  a  siégé  du  j  mars  1264  au  11  octobre  1266,  nest  autre  que 
Bertrand  de  St-Martin,  devenu  archevêque  d'Arles  et  plus  tard 
cardinal-évêque  de  Sabine. 

Zoen,  évêque  d*Avignon,  mourut  avant  le  14  octobre  1263  (3)' 
Les  chanoines  de  cette  Eglise  ne  purent  s'entendre  sur  le  choix 
d'un  nouveau  pasteur  ;  ils  se  divisèrent  :  les  uns  donnèrent 
leurs  voix  à  Rostaing,  prévôt  de  l'Eglise  d'Avignon  (4),  et  les 
autres,  à  Jean,  doyen  de  l'Eglise  de  Meaux.  Ce  dernier 
n'ayant  point  voulu,  en  de  telles  circonstances,  la  charge  pas- 


Ci)  Reynard-Lespinasse.  Armoriai  historique  du  diocèse  et  de  l'Etat  d^ Avi- 
gnon. Paris,   1874. 

(2)  Gams    (0.    s.  B.).    Séries  episcoporum   ecclesiœ  catholicœ.  Ratisbons, 
1873,  in-40,  p.  504, 

(3)  Gallia  Christiana  (édition    Palmé),    t.  I«'   (1870)  ,    animadversioncs, 
col.  IX 

(4)  Gallia  Christiana,  t.  I",  col.  840. 


32        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

torale,  la  portion  du  chapitre  qui  Tavait  nommé  n'en  persista 
pas  moins  dans  son  opposition  et,  protestant  contre  ce  qui  avait 
été  fait,  s'adressa  à  la  cour  romaine.  Ce  conflit  menaçait  de 
prolonger  le  veuvage  de  l'Eglise  d'Avignon  et  pouvait  avoir 
des  suites  déplorables.  Rostaing  fit,  parait-il,  de  salutaires  ré- 
flexions à  ce  sujet,  et  ne  voulant  point  assumer  devant  Dieu  la 
responsabilité  des  maux  qui  ne  manqueraient  pas  de  se  pro- 
duire à  l'occasion  d'une  lutte  prolongée  au  sein  du  chapitre, 
renonça  généreusement  entre  les  mains  du  pape  à  tous  les 
droits  que  pouvait  lui  donner  une  élection,  que  ses  adhérents 
jugeaient  canonique.  Urbain  IV  occupait  alors  la  chaire  de  St- 
Pierre  et  tenait  sa  cour  à  Orviéto.  Il  appela  au  siège  épiscopal 
d'Avignon,  Bertrand,  évêque  de  Fréjus. 

Ces  détails  nous  sont  fournis  par  la  lettre  suivante,  encore  iné- 
dite, que  nous  empruntons  aux  Registres  d'Urbain  IV  (anno  III, 
tom.  III y  epist.  1/9),  conservés  aux  archives  du  Vatican  (i). 

Bertrando  episcopo  Avinionensi, 

Sollicitudînis  apostolicae  studium circa  diversa  quae  nostris  in- 
cumbunt  humer is  agenda  distrahitur,  et  juxta  pastoralis  officii 
debitum  ad  singula  nostrae  diffundimus  considerationis  intuitum, 
sed  erga  curant  ecclesiarum,  nobis  licet  immeritis  domino  dispo- 
nente  commissam,  animum  poiissime  conv orientes ,  plena  de  ip' 
sarum  solertta  cogitamus  ;  illarum  tamen  specialius  miser emur, 
quas  inspicimus  viduitatis  incommoda  deplorare,  assiduae  médita^ 
tionis  excitati  vigiliis,  ut  eis  praeficere  studeamus  viros  secundum 
cor  nostrum  ydoneos  in  pastores,  Sane  dudum  Avinionensis  ec- 
clesia  pastoris  solatio  destituta,  contigit  in  ea  duas  electiones, 
unam  videlicet  de  dilecto  filio  Rostagno,  praeposito  ipsius  eccle- 
siae.  reliquam  vero  de  magistro  Johanne,  Melden.  decano^  in  dis- 


(i)  Nous  devons  la  transcription  de  cette  lettre  et  de  la  suivante  à  la 
bienveillante  intervention  de  notre  ami  et  ancien  condisciple  Mgr  Hugues  de 
Ragnau,  référendaire  de  la  signature  papale. 


ÉVÊQUES   d'aVIGNON   ET   DE  VALENCE.  3^ 

cordia  celebrari.  Licet  autem  praedictus  decanus  electioni  de  se 
ialiter  célébra tàe  noluerit  consentirez  tamen  electoribus  ipsitis  se 
opponentibus  praepostto  memorato  et  prosequentibus  ipsum  ne-- 
gocium  contra  eum  apud  sedem  apostolicam^  ad  cujus  examen 
idem  negotium  ext itérai  per  appellationem  légitime  devoîatum^ 
tandem  idem  praepositus  devota  deliberatione  considerans  irrepa- 
rabilia  dampna  quae  verisimiliter  ex  hoc  ipsi  ecclesiae  contingere 
poterant,  et  nolens  quod  eadem  ecclesia  collaberetur  occasione 
sui^  vel  quaevis  incurreret  detrimenta,  tus  si  quod  sibi  ex  electione 
huiusmodi  compelebai  libère  in  nostris  manibus  resignavit.  Nos 
igitur  paterna  volentes  sollicitudine  praecavere  ne  praefata  ecclc 
sia  prolixioris  dispendia  vacationis  incurrat^  et  cupientes  ut  ipsa 
ecclesia  uiilis  praesidio  munita  pastoris^  Deo  propitio^  relevetur  a 
noxiis  et  optatis  proficiat  incrementis,  ad  personam  tuam,  quam 
yirlutibus  insignitam  sincera  in  Domino  caritate  complectimur^ 
apostolicae  direximus  considerationis  intuitum^  ipsam  fore  perw- 
tilem  ad  gerendum  eiusdem  ecclesiae  regimen  arbitrantes.  Ad 
hoc  siquidem  gratiosifructus  ex  tuis  provenientes  operibus,  ma^ 
xime  quia  Foroiulien,  ecclesiam  in  spiritualibus  et  temporalibus 
tuarum  virtutum  exercitio  laudabiliter  gubernasti,  nos  multiplici* 
ter  induxerunt,  cum  praeteritorum  consideratio  rationem  proba» 
bilem  soleat  indicere  de  futuris.  Hoc  etiam  sincerus  quo  te  prO" 
sequimur  suggessit  affectus  ut  quod  in  votis  de  tui  honoris  pro^ 
motione  geritnus  per  operis  evidentiam  intendamus.  His  itaque 
digna  meditatione  pensatis^  te  olim  Foroiulien.  episcopum  a  vin" 
culo  quo  ecclesiae  Foroiulien,  tenebaris  absolvimus,  teque  ad  prae- 
dictam  Avinionen,  ecclesiam  transjcr entes ^  illi  de  fratrum  nos- 
trorum  consilio  et  apostolicae  plenitudine potestatis  te  pracficimus 
in  episcopum  et  pastorem.  Idcoque  fralernitati  tuae,  in  virtute 
obedientiae  per  apostolica  scripta Jir miter  praecipiendo^mandamus 
quatenus  provide  pensatis  quod  rem  maioris  laboris  aggrediens 
potiora  tibi  apud  Dcum  proemia  comparabis  et  patebit  latius  tuo^ 
rum  clariias  meritorum,  absque  difficultatis  obstaculo  transla- 
tionem  huiusmodi  de  tefactam  acceptes,  sicque  curam  et  admi" 
nistrationem  praedictae  Avinioncn.  ecclesiae  prudenter  et  utiliter 

Tome  XX.  —  1886  3 


34       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

exequàris^  quod  ipsa  tuo  salitbri  ministerio  prospère  dirigatur,  et 
in,  spiritualibus  et  temporalibus  augmentetur  iuque  relut  pastor 
sollicitudine  pervigil,  commissum  tibi  gregem  gubernare  studio^ 
so  regimine  comproberisy  ac  exinde  nos  tram  et  praefatae  sedis 
gratiam  uberius  merearis,  Datum  apud  Urbem  veterem,  III  nonas 
martii  anno  IIL 

Dans  le  registre  cité  d*Urbain  IV,  à  la  suite  de  cette  lettre 
s'en  trouvent  quatre  autres,  adressées  au  chapitre,  au  clergé,  au 
peuple  et  aux  vassaux  de  TEglise  d'Avignon,  pour  leur  faire 
connaître  la  nomination  de  Bertrand. 

Le  nouvel  évêque  d'Avignon  s'est  montré  constamment  atta- 
ché aux  intérêts  de  la  maison  d'Anjou,  et  Charles,  comte  dt 
Provence,  sut  apprécier  ses  services  (i).  Sous  le  pontificat  de 
Clément  IV,  il  joua  un  rôle  important  dans  les  affaires  d'Italie, 
Par  un  bref,  daté  de  Pérouse,  le  14  juillet  1265,  le  pape  le  char- 
geait de  faire  arrêter  et  incarcérer  tous  ceux  qui  dans  la  ville 
de  Rome  osaient  résister  à  l'autorité  pontificale  et  se  montrer 
liostile  à  Charles  d'Anjou.  C'est  de  concert  avec  l'archevêque 
de  Consenza,  que  notre  prélat  devait  s'acquitter  de  cette  délicate 
mission  (2).  On  voit  par  une  autre  lettre  du  pape  que  le  3  août 


(i)  PoLYCABPE  DE  LA  RiviÈRE.  AtinalcSy  Hb.  IV,  §  LXXX,  p.  813  :  Eodem 
quippe  electionis  ejus  annOy  comperio  Carolum  Provinciœ  comitem,  mense  de- 
cembrij  controversa  qua  illi  cum  abbate  Clusino  interccdebantj  ejus  eonsilio  et 
Vicedominif  archiepiscopi  Aquensis^  et  GuUlelmi  de  Villanova^  jurisconsulU 
Tarasconensis,  approbaiionei  scribente  Hugone  Pena,  commodis  honorificiis- 
que  condttiottibus  composuisse  apud  Vapincum.  Sed  eo  consecuto  mox  soecuti 
prœseniis  anno  sexagesinto  quarto^  cum  eodem  principe^  Bertrandus  épis- 
copus  AvenionensiSf  Aquiis  Sextiis  erat^  cum  ad  eum  Simon  de  Bria,  pres- 
byte r  car  dinalis  tituli  sanctae  Cœcilio!,  paulo  anie  renunciatuSf  nomine  Roma- 
nce ecclesiœ  ad pacta  firmanda  venit^qucejam  Urbanus  papa  cum.  eo  inierat  su^ 
per  regnum  SicHiœ^  ducatum  Apuliœ  et  Capuce  principatum^  quœ  illi  ex  con- 
sulta sacri  collegii  et  hœredibus  ejus  usque  in  quartam  generationem  decreverat 
iraderCj  ex  suis  si  modo  sumptibus  et  armis  compararet,  et  quotannis  sanctae 
sedis  apostolicae  persolveret  quadragenta  millia  aureorum, 

(2)  Marténe,  Thésaurus,  t.  Il,  col.  161,  n**  98. 


ÉVÉQUF.S   d' AVIGNON   ET   DK  VALENCE.  35 

fie  cette  même  année  il  avait  déjà  quitté  Pérouse,  où  résidait  la 
jcour  pontificale,  pour  se  rendre  auprès  de  Charles  d* Anjou, 
comte  de  Provence  et  roi  de  Sicile,  qui  était  également  investi 
de  la  dignité  de  sénateur  de  Rome  (i).  Nous  retrouvons  le  nom 
de  notre  évêque  parmi  ceux  des  témoins  du  testament  de  Béa- 
trix,  reine  de  Sicile  (2), 

.  Après  avoir  occupé  le  siège  épiscopal  d'Avignon  deux  ans, 
quatre  mois  et  un  jour,  Bertrand  prit  en  main  le  gouvernement 
de  l'Eglise  d'Arles,  pour  obéir  aux  ordres  du  pape.  Les  cha- 
noines de  cette  métropole  l'avaient  choisi  pour  remplacer  l'ar- 
chevêque Florent,  qui  venait  de  mourir  (3).  Deux  d'entre  eux 
furent  délégués  pour  aller  à  Viterbe,  auprès  de  Clément  IV, 
solliciter  la  sanction  du  choix  qui  avait  été  fait. 

Voici  le  texte  inédit  de  la  bulle  qui  transfère  l'évcque  Bertrand 
d'Avignon  à  l'Eglise  métropolitaine  d'Arles  (Archives  du  Vati- 
can. Regist.  Clementis  IV,  anno  II,  tom,  III,  epist,  12'j). 

Bertrando  olim  episcopo  Avinionensi,  electo  Arelatensi. 

De  variis  innumerisque  negotiis  iugiter  emergentibus  et  mul-' 
iarum  diversitate  causarum  continua  reddimur  attentione  solli- 
citi  et  profundis  circa  Ma  vigiliis  excitamur  ne  desit  apostolicae 
sollicitudtnis  studium,  ubi  pastorale  tenemur  iniunctum  nobis 
qfficium  exercerez  sed  in  eo  potissimum  studiorum  nostrorum  se- 
dulitas  officiosa  versatur,  ut  ad  curam  ecclesiarum  omnium  qua- 
rum,  licet  immeriti,  regimini praesidemus,  et  earum  maxime^  quas 
viduitatis  incommoda  deplorare  conspicimus,  opportunam  soler- 
tiam  et  solertem  diligent iam  impendentcs,  studcamus  eis  praefi" 


(1)  iMARTÔNE,  Thésaurus,  t.  Il,  col.  176,  n*  iiS.Pos/  recessum  venerabilis 
fratris  nostri  Avenionensis  episcopi,  quem  ad  carissimum  in  Christo  filtum 
mosirum  Carolum  Siciliœ  regem  prœmisitnus,  consilium  cum  Jrairibus  nostris 
acvtstris  habuimus  super  possessionibus  ecclesiarum  urbis  obligandis,.., 

(2)  D'AcHERT.  Spicilegiuntj  in-4»,  t.  VI,  p.  480.  —  Archives  des  Bouches- 
du-Rhônc,  B.  365. 

(3)  Gallia  Christiana,  t    !•',  col.  571. 


i6         SOCIETE   d'archéologie   ET   Î)E   STATISTIQUE. 

cere  viros  secundum  cor  nostrum  ydoneos  in  pastores.  Sane  Are- 
latensis  ecclesia  pastorts  solatio  destttuta,  dilectus  filius  praepost'- 
tus  et  capitulum  eiusdem  ecclesiae  pro  futuri  substitutione  pasto- 
rts, sicut  morts  est,  conv ententes  in  unum  et  vocatis  omnibus^  qui 
soluerunty  debuerunt,  et  potuerunt  commode  intervenire,  ad  per^ 
sonam  tuam,  quam  multis  conspiciebant  virtutibus  insignitam, 
oculos  dirigentes,  te  Avinionensis  ecclesiae  regimini  praesiden- 
tem,  Spiritus  sancti  gratia  invocata,  in  eorum  et  ecclesiae  prae- 
dictae  Arelatensis  archiepiscopum  unanimiter  et  concorditer  pos^ 
tularunty  et  tandem  postulationem  huiusmodi  per  dilectum  filium 
Petrum  Andreae  et  Hugonem  Florentii,  eiusdem  ecclesiae  canoni- 
cos,  procuratores  eorum  sollempnes  ad  nostram  destinâtes,  prae-^ 
sentiam  admit ti,  de  gratia  sedis  apostolicae  consueta,  petierunt 
humiliter  et  instanter,  tuos  nichilominus  nobis  litteras  exkibentes, 
inter  cetera  continentes  quod  tu,  licet  pluries  requisitus,  postula- 
tioni  praedictae  ex  qua  tibi  ius  quaesitum  nonjuerat,  non  assen- 
seraSy  in  nostro  beneplacito  tuum  ponebas  assensum.  N^os  itaque 
praesentatam  nobis  postulationem  huiusmodi,  quia  eam  inveni- 
mus,  utpote  de  viro  quem  novimus,  fore  perutilem  ad  regendum 
eiusdem  ecclesiae  regimen  celebratam,  defratrum  nostrorum  con- 
silio,  duximus  admittendam,  sperantes  quod  eadem  ecclesia  tant 
utilis  praesidio  muniia  pastoris,  Deo  propiiio,  relevabitur  a  noxiis 
et  optatis  proficiet  incrementis.  Hoc  siquidem  sincerus  quo  te  pro- 
sequimur  suggessit  affectiis,  ad  hoc  etiam  gratiosi  fructus  ex  tuis 
provenienies  operibus  nostrum  animum  induxerunt,  cum  praete- 
ritorum  consideratio  rationem  probabilem  soleat  inducere  de  fu- 
turis,  Hiis  igitur  provida  delibcratione  pensatis,  postulationi  de 
tefactae  per  te  nostrum  imper tientes  assensum,  te  a  vinculo  quo 
teneris  Avinionensis  ecclesiae  absolventes  et  ad  dictam  Arelaten- 
sem  transferentes  ecclesiam,  ipsi  ecclesiae,  de  praedictorum  fra- 
trum  consilio  et  plenitudtne  potestatis,  te  praefecimus  in  archie- 
piscopum et  pastorem,  tibi  nichilominus  concedentes  ut  ad  eam- 
dem  Arelatensem  ecclesiam,  admintstrationem  eius  et  regimen 
suscepturus,  cum  gratia  nostrae  benedictionis  valeas  te  transferre ^ 
Ideoque  mandamus   quatenus  provide  pensatis    quod  rem  forte 


ÉVÈQUES   d'aVIGNON   ET   DE   VALENCE.  87 

maioris  laboris  aggredienSy  potiora  tibi  apudDeum  proemia  com- 
parabisy  et  patebit  îaiius  tuorum  clariias  meritorum  ut  curam 
etusdem  Arelatensis  ecclesiae  prudetiter  et  utiliter  iuxta  solitae 
probitatis  tuae  laudabile  studium  prosequaris^  quod  ipsa  tuo  sa- 
lubri  ministerio  prospère  dirigatur  et  in  spirttualibus  et  tempora- 
libus  augmentetur ,  tuque  velut  pastor  sollicitudine  pervigil  corn- 
missutn  tibi  gregem  gubernare  studioso  regimine  comproberis, 
ac  exinde  nostram  et  praefatae  sedis  gratiam  uberius  merearis. 
Datum  Viterbii,  V  idus  octobris,  anno  secundo. 

Bertrand  était  donc  transféré  le  1 1  octobre  1 266  d'Avignon 
à  la  métropole  d'Arles.  Cette  même  année,  il  fit  hommage  à 
Barrai  de  Baux,  pour  la  terre  de  Mouriès,  que  son  Eglise  te- 
nait en  fief  de  ce  seigneur  (i).  Nous  le  voyons  l'année  suivante 
à  Tarascon,  le  10  juin,  recevant  à  son  tour  l'hommage  de  Ber- 
trand de  Baux,  fils  de  feu  Guillaume  de  Baux,  seigneur  de 
Berre,  pour  diflércnts  fiefs,  entre  autres  pour  les  terres  de  la 
Crau  (2).  En  cette  même  année  1267,  Clément  IV  lui  accorda, 
à  lui  et  à  ses  successeurs,  un  privilège  réservé  au  pape,  celui 
de  faire  porter  devant  eux  la  croix  dans  la  province  d'Arles  (3J. 
Le  5  avril  1270,  Bertrand  approuve  en  qualité  de  métropoli- 
tain la  division  des  revenus  de  l'Eglise  de  Toulon  en  douze 
prébendes  (4),   et  le   15  juillet  suivant,  il  célèbre  un  synode  à 


(i)  Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B,  365. 

(2)  Barthélémy,  Inventaire  des  chartes  de  la  maison  de  Baux,  n^  525. 

(3)  Martène,  Thésaurus,  t.    II,  col.   521,  n*  537  ;   —  Duchesne,  Hist.  de 
tous  les  cardinaux  Jrançais  de  naissance.  Paris,  1660,  in-f*,  t.  II,  p.  212. 

(4)  Gallia  Christiana,  t.  I",  col.  571.  —  Labbe  et  Cossart,  dans  leur  col- 
lection des  conciles,  t.  XI  (1681),  col.  919-21,  ont  publié  pour  la  première 
fois  le  texte  des  canons  d*un  concile  d'Avignon,  avec  cette  suscription  : 
An.  12^0,  id.  juin.  Concilium  (Avenionense)  /,  per  d.  B.  Male/errati, 
quondam  Archiepiscopum  Arelatensem,  celebratum.  Les  auteurs  du  Gallia 
Christiana  ont  supposé  que  Bertrand  de  St-Marlin,  avait  peut-être  le  surnom 
de  Mal  ferrât  ;  Saxi  (Pontificium  Arelatense,  Aquis  Sextiis,  1629,  in-^",  p. 
388)  fait  de  Bertrand  de  Malfcrrat  le  successeur  de  Bertrand  de  St-Martin. 
Ces  différents  historiens  n'ont  point  remarqué  que  la  date  de  ce  concile  est 


38        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Avignon,  où  se  trouvèrent  réunis  avec  l'évêque  de  cette  ville, 
ccnx  de  Cavaillon  et  de  Carpentras.  Enfin  le  pape  Grégoi- 
re X,  appréciant  ses  rares  qualités  le  nomma  cardinal-évêquc 
de  Sabine,  en  même  temps  qu'il  honorait  aussi  de  la  pourpre 
romaine  Pierre  de  Tarentaise,  arciievêque  de  Lyon  et  S.  Bo- 
naventurc,  général  de  l'ordre  des  Frères  mineurs.  Bertrand  fut 
le  premier  des  archevêques  d'Arles  promu  à  cette  haute  dignité. 
Raynaldifi),  d'après  le  témoignage  de  Ptoléméc  de  Luc,  a 
placé  cette  création  de  cardinaux  en  1272,  tandis  que  Panvin 
et  Ciaconius  (2),  veulent  qu'elle  ait  eu  lieu  à  Lyon  aux  fêtes  de 
la  Pentecôte  de  l'année  1274.  Un  auteur  anonyme  de  la  vie  de 
Grégoire  X  (3),  qui  fut  son  contemporain,  est  plus  exact,  quand 
il  écrit  ces  lignes  : 

Post  haeCy  ordinatis  quinque  sedibus  episcopalibus,  quae  Cardi- 

nalatus  honorificentia   decorantur,   de  ipsa    Urbevetana   civitate 

iturus  Lugdunum  recedens,  pervenit  Florenttam,  ubi  tnter  partes 

discordes,  non  sine  multo  labore  et  diligenti  sollicitudine,  pacis 

foedera  re/ormavit. 

Ce  serait  donc  avant  de  quitter  Orvieto  pour  aller  à  Florence 
et  de  là  en  France  que  Grégoire  X  aurait  fait  sa  première 
création  de  cardinaux,  parmi  lesquels  figurait  l'archevêque 
'  d'Arles.  On  est  certain  d'autre  part  que  Grégoire  arriva  à  Flo- 
rence le  5  juin  1273  (4).  Nous  trouvons  pour  la  première  fois 
le  nom  de  Bertrand,  évèque  de  Sabine,  au  bas  d'une  bulle  de 
privilège,  donnée  à  Lyon,  le  7  mars  1274,  en  faveur  du  monas- 


évidemment  fautive.  On  voit  en  effet  figurer  dans  ce  concile  :  Rostaing 
Belinger,  évoque  de  Cavaillon,  qui  était  mort  dès  Tannée  1262  ;  Guillaume 
de  Bar^'ols,  mort  lui  aussi  vers  12Ô2  ;  enfin  Zoen,  évéque  d^Avignon,  mort  en 
126^. 

(i)  R.vYNALDi,  Annales,  ad  an.  1272,  n*  68. 

(2)  Ciaconius,    Viiœ  et  res  gestce  pontificum  romanorum,  Romœ,    1677, 
in-l°,  t.  I. 

(^)  Cité  par  Luc  Wadding,  Annales  minorum,  t.  II,  p.  376. 

(4)  PoTjdAST,  Regesta,  p.  1071. 


ÉVÉQUES  d'aVIGNON    ET  DE   VALENCE.  Sg 

tère  de  la  Fillc-Dieu,  de  Tordre  de  St  Benoît,  au  diocèse  de 
Lausanne  (i).  A  cette  époque  déjà  TEglise  métropolitaine 
d'Arles  avait  un  nouveau  pasteur.  En  effet,  le  24  janvier  de 
cette  même  année,  dans  Téglise  de  Sorgues,  Guillaume  de  St- 
Laurent,  caméricr  du  pape,  et  Bernard  de  Languisel,  archevê- 
que élu  d* Arles,  prenaient  possession,  au  nom  de  la  cour  ro- 
maine, du  Comtat  Vcnaissin,  que  Philippe  le  Hardi  venait 
d'abandonner  au  Saint  Siège  (2). 

Tous  les  documents  historiques  que  nous  venons  de  résumer 
et  qui  nous  montrent  Bertrand  successivement  évêque  de  Fré— 
jus  et  d'Avignon,  archevêque  d'Arles,  puis  cardinal,  concor- 
dent à  mci^vcille  avec  ce  passage  du  Ma  jus  chronicon  Lemovi- 
censé  y  qui  avait  singulièrement  embarrassé  les  savants  éditeurs 
du  XXI'  volume  du  Recueil  des  historiens  des  Gaules  et  de  la 
France  (3)  : 

M.CCLXXIIL  Ostiensis,  Sabinensis,  Albanensis,  Penestri-^ 
nae,  Tosculana  dioeceses  vacabant  et  cardinaliae,  et  infra  octa» 
bas  Pentecostes,  fuerunt  electi  in  episcopos  et  cardinales  Jrater 
P.  de  Tar entai,  ordinis  fratrum  Praedicatorum^   archiepiscopus 


(i)  J.  Grêuaud,  Mémorial  de  Fribùurg,  t.  !•'  (1854),  p.  497. 

(2)  Ai^moiVe  cilé  par  Jouoou,  Essai  sur  l'histoire  de  la  ville,  à" Avignon , 
Avignon,  1853,  in-ia,  p.  245.  ^  Cf,  Gallia  Christiana,  t.  I",  Animadv.^ 
col.  LXVII. 

(3)  Recueil  des  historiens  des  Gaules  et  de  la  France,  t.  XXI,  p.  780.  Voici 
la  note  des  éditeurs  :  Bertrandum  II  ex  archiepiscopo  Arelatensi  cardinalem 
episcopum  Sabinensem  renunciatum  fuisse  constat  ;  ipsum  autem  Avenione 
antea  sedisse  doctissimi  Novœ  Gallice  Christianœ  auctores  nequaquam  mémo- 
rant\  iidem  Peireskio  consentire  non  videntur  qui  hune  antistitem  ex  Foro- 

juliensi  ad  Arelatensem  seiem  translatum  fuisse  docet  (cf.  Gallia  Christiana^ 
t.  !•',  coll.  433  et  577).  Prceterea  Sammarthani  episcopum  Avenionensem 
nomine  Bertrandum,  anno  circiter  1266,  sede  Valentinensi  potitum  fuisse  et 
in  hac  ipsa  sede  anno  12^4  obiisse  testantur  (t.  III,  p.  11 14).  Quae  si  vera 
habeantur  nequaquam  fieri  potest  ut  Bertrandus  primo  Avenionensis,  deinde 
Valentinensis  episcopus  idem  sit  atque  Bertrandus  a  Sancto  Martino,  Ar- 
chiepiscopus Arelatensis,  Hcec  provido  lectori  dijuJicanda  relinquiiiius. 


40  SOCIÉTÉ   D  ARCHEOLOGIE    ET   DE   STATISTIQUE. 

Lugdunensis  ;  Bonaventura^  generalis  minisier  et  magister  in 
theologia,  ordinis fratrum  Minorum  ;  archiepiscopus  Arelatensis, 
monackus  niger,  qui  fuerat  episcopus  Aviniensis  et  alterius  civi" 
tatis  ;  Petrus  Hyspanus^  magister  in  theologia. 

La  fête  de  la  Pentecôte  fut  célébrée,  en  1273,  le  28  mai,  et 
c'est  le  dimanche  suivant  que  Grégoire  X  faisait  son  entrée  à 
Florence.  La  chronique  de  Limoges  vient  de  nous  dire  que 
Tarchevêque  d*Arles  appartenait  à  Tordre  de  St  Benoit,  mona- 
ckus niger  ;  les  moines  de  St-André-lès- Avignon  nous  ont  ap- 
pris dans  leur  Nécrologe  que  le  cardinal  Bertrand  de  St-Martin 
avait  autrefois  pratiqué  chez  eux  la  vie  religieuse,  et  que  son 
souvenir  y  était  pieusement  conservé  : 

V.  Kalend.  aprilis.  Depositio  domni  Bertrandi  de  Sancto  Mar^ 
tino  cardinalis  episcopi  Sabinensis  monacki  nos  tri,  pro  quo  fiât 
sicut  pro  abbate  (i). 

En  quelle  année  mourut  Bertrand  de  St-Martin  >  Le  nécro- 
loge  ne  le  dit  point.  11  souscrivait,  le  23  mars  1275  ^^^  bulle  de 
privilège  accordée  aux  religieuses  de  St  Pierre,  à  Altenhohe- 
nawe,  de  Tordre  de  St  Augustin,  en  Bohême  (2).  Saxi  nous 
assure  qu'il  mourut  pendant  la  vacance  du  siège  apostolique, 
qui  suivit  le  décès  de  Jean  XXI  (3),  c'est-à-dire  entre  le  20  mai 
et  le  25  novembre  1277.  Cette  donnée,  si  elle  est  exacte,  rap- 
prochée de  celle  du  Nécrologe  de  St-André-lès- Avignon  fixe- 
rait donc  la  mort  de  Bertrand  au  28  mars  1277. 

(A  continuer.) 

Jules    CHEVALIER. 


(1)  Cité  dans  le  Gallia  Christiana,  t.  l*'i  col.  571.  —  Le  même  ouvrage 
(animadversiones,  col.  VI)  mentionne  une  charte  dy  15  avril  1238,  où  figure 
Bertrand  de  St-Martin,  doyen  du  monastère  de  St-André-lès-Avignon. 

(2)  Monumenta  Boica^  in-4®,  t.  XVII,  p.  iq. 

(3)  Saxi,  Pontificium  ArelatensCy  p.  355  :  Bertrandus  Gaîlus  ex  Arelatensi 
archiepiscopo  cardinalis  Sabinus  obiit  in  interregr^o,  post  tnorUm  Joannis 
XXlf  anno  isy;. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE  VERCORS.  41 


ESSAI    HISTORIQUE 

SUR 

LE      VËRGORS 

(Brôxue). 


(Voir  les  67%  68«,  69%  70*,  7i«,  72%  73%  74»  et  75»  livraisons), 


CHAPITRE  VII. 

SEIGNEURS    SECONDAIRES,  NOBLES  ET  NOTABLES. 

De  Vercors.  —  Les  seigneurs  du  XI"  siècle,  époque 
où  se  formèrent  en  Dauphiné  les  noms  de  famille, 
prirent  généralement  le  nom  de  leurs  terres,  avec 
addition  de  la  particule  de,  du,  de  la^  ou  des^  indiquant 
un  rapport  de  propriété,  de  domicile,  d'origine. 

D'après  cela,  les  de  Vercors^  les  de  Rousset  et  les 
de  Vassieux^  dont  nous  allons  parler,  avaient  déjà  des 
possessions  dans  la  contrée  au  XI*  siècle.  Mais,  avec 
les  documents  que  nous  possédons,  il  est  impossible 
de  reprendre  d'aussi  haut  leur  généalogie  et  celle  des 
autres  familles  importantes  qui  ont  habité  ou  possédé 
au  Vercors. 

Et  d'abord,  pour  les  de  Vercors^  le  premier  rensei- 


42  SOCIÉTÉ    d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

gnement  que  nous  ayons  est  la  reconnaissance  faite 
au  dauphin,  antérieurement  au  26  août  1277,  après  la 
mort  de  Ponce  de  Vercolp^  par.  ses  deux  fils  Guillau- 
me et  Rodolphe. 

Ponce  de  Ver  cors,  témoin  en  1293  ^®  '^  protesta- 
tion du  chapitre  et  des  consuls  de  Die  contre  le  concile 
de  Vienne,  paraît  habiter  le  Vercors  (i). 

Guillaume  et  Rodolphe  étaient  nobles  et  seigneurs 
au  Vercors,  dans  le  mandement  de  Rousset  et  de  Ra- 
vel, en  novembre  1301,  comme  nous  l'avons  vu  plus 
haut;  mais  un  acte  de  1327,  dont  nous  avons  déjà 
donné  la  substance,  en  nous  rappelant  que  les  de 
Vercors  étaient  nobles  et  pariers  de  Rousset  et  des 
montagnes  de  Verneyson,  coseigneurs  avec  Tévêque 
de  Die  des  châteaux  et  mandements  de  Rousset  et  de 
Ravel,  ne  nomme  de  cette  famille  que  Humbert  et 
Poncet  (2). 

La  famille  formait  alors  plusieurs  branches  ;  car,  tan- 
dis que  Gilet  de  Vercors,  du  mandement  de  Pariset,  fait 
en  1334  hommage  lige  au  dauphin,  Pierre  de  Vercors, 
fils  de  noble  Humbert,  vend  en  1338,  devant  Pierre  de 
Vercors  notaire,  quelques  fonds  situés  en  la  paroisse 
de  St-Agnan.  On  trouve  encore  Pierre  de  Vercors 
habitant  du  Villars  et  mari  de  Guillaumette  du  Gua,  en 
1339,  et  Pierre  de  Vercors  damoiseau,  témoin  à  Pizan- 
çon,  en   1349,  d'un  hommage   rendu    au  dauphin   par 


(i)  U.  Chevalier,   Inventaire    des    arch.    des   dauph.    en    1277,    n<»  54  ; 
CartuU  de  Die,  p.  139. 
(3)  Arch.  de  la  Dr.,  Livre  blanc  cit.,  f,  215-7;  copie  de  vidim.  de  1492. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  43 

Gaucher  Adhémar  (i).  D'autre  part,  M.  de  Rivoire  de 
la  Bâtie  mentionne  comme  membre  de  Tancienne  famille 
seigneuriale  de  Vercors  Pierre  de  Vercors  qui  vivait 
en  ÏJ40  ;  il  lui  donne  pour  frère  Jean  de  Vercors, 
dominicain,  chancelier  du  Dauphiné,  évêque  de  Tivoli 
et  confesseur  du  dauphin  Humbert  II,  et  le  blasonne  de 
gueules  à  trois  vermisseaux  d'argent  (2). 

De  son  côté,  Guy-AUard  compte  en  1339  dans  le 
mandement  de  Varces  6  maisons-fortes,  dont  une,  celle 
de  Pellissières,  était  à  Thibaud  de  Vercors,  et  dans  le 
mandement  de  Sassenage  1 1  châteaux  ou  maisons-fortes 
possédés  par  autant  de  gentilshommes,  parmi  lesquels 
était  Guillaume  de  Vercors.  Il  trouve  alors  dans  le  Grai- 
sivaudan  1 20  gentilshommes  et  plus,  entre  autres  Thi- 
baud de  Vercors  et  deux  Guillaume  de  Vercors  (}). 

En  ij68,  dans  une  revue  à  Grenoble  figurent,  à  la 
suite  de  Didier  de  Sassenage,  Pierre  et  Perret  de  Ver- 
cors, celui-là  avec  une  monture  de  25  florins,  celui-ci 
avec  une  de  35.  On  connaît  encore  Pierre  de  Vercors, 
bailli  du  Gapençais  en  1 370  ;  Amédée  de  Vercors,  alber- 
geanten  1370  des  immeubles  situés  à  Fontaines  ;  Pierre 
de  Vercors,  vivant  en  1 389  ;  Gillet  de  Vercors,  prieur  des 
CAtes  de  Sassenage  en  1390  ;  Pierre  de  Vercors,  habi- 
tant Alixan  vers   1470  ;  Laurent  et  Barthélémy  de  Ver- 


(i)  Arch.  Morin-Pons»  notes  Moulinet,  nobil.  ms.  en  6  tom.,  f.  969  ;  — 
U.  Chbvalier,  Invent,  des  arch.  des  dauph.  en  1J46,  n'*  727;  Cart.  de 
MontéLf  p.  132. 

(3]  Armoriai  du  Daupkini^  mot   Vercors. 

(3)  Diction,  du  Dauphiné,  t.  3,  col.  5^^9-91  et  730-1. 


44         SOCIETE  d'archéologie  et  de  statistique. 

cors,  vivant  vers  1516;  et  Jean  de  Vercors,  prieur  de 
Ponet  vers  1534  (i). 

Avec  tous  ces  de  Vercors,  nous  nous  sonrjmes  écar- 
tés  du  fief  auquel  ils  doivent  leur  nom,  et  apparemment 
de  la  branche  qui  avait  continué  à  le  posséder.  En  tout 
cas,  nous  y  voici. 

Le  14  mai  1378,  Freysette,  veuve  de  noble  Pierre  de 
Vercors,  est  constituée  tutrice  de  Jean,  Marguerite  et 
Antoine,  fils  communs  desd.  Pierre  et  Freysette  (2)  ; 
et  puis,  noble  Freysette,  veuve  de  noble  Pierre  de  Ver- 
cors, a  une  maison  d'habitation  dans  la  ville  de  Saillans 
en  1 395,  et  une  terre  à  Chastel-Arnaud.  Quant  à  ses 
<ieux  fils  ci-dessus,  dont  une  maison  et  un  chasal,  con- 
frontant lad.  maison  de  Freysette,  étaient  loués  en  1395 
à  Pierre  Faure  et  à  Guillaume  son  fils,  pour  la  pension 
annuelle  de  2  florins  d'or,  ils  sont  probablement  les 
Jean  et  Pierre  de  Vercors  notaires  dans  la  même  région, 
celui-là  depuis  1397  jusqu'à  1447,  celui-ci  en  1403.  Sur- 
tout, le  premier  doit  être  noble  Jean  de  Vercors  qui  avait 
des  droits  au  mandement  de  Chastel-Arnaud  en  1441  et 
en  1447. 

De  cette  branche  apparaît  ensuite  noble  Jarenton  de 
Vercors,  héritier  de  Jean  et  recevant  comme  tel,  à  par- 
tir de  1457,  des  reconnaissances  pour  biens  et  droits  à 
Aurel,  à  Chastel-Arnaud  et  au  Vercors.  Ainsi,  Pierre 
Tronet,  de   Lossence  fde   Aiissencia)^  paroisse   de  la 


(i)  U.  Chc:valier,  Coll.  ds  cart.  dauph.,  vu,  169,  171,  299  ;  Invent,  ciu, 
n<»  988  ;  —  Arch.  Monn-Pons,  ubi  sup.  ;  —  Arch.  de  la  Dr.,  E,  2125-7, 
2230,  3496  ;  —  PiLr.T  DE  Th.,  Prieurés  cit.,  p.  85. 

(2)  Arch.  de  la  Drômc,  E,  1875. 


ESSAI  HISTORIQUE   SUR   LE  VERCOftS.     *  4S 

Chapelle,  se  reconnaît  tenu  à  i  florin  par  an  pour  tous  ses 
biens  de  Losscnce.  En  1459,  Guillaume  de  Vercors  le 
Vieux  {Senior)^  administrateur  de  Jean  Juvcnis  autrement 
Canhonet,  reconnaît  tenir  du  domaine  direct  de  noble 
Gerenton  de  Vercors  deux  terres  à  Chastel-Arnaud. 

Gerenton,  encore  vivant  en  1468,  avait  dès  1470  pour 
fils  et  héritier  noble  Pierre  de  Vercors,  de  Saillans,  qua- 
lifié coseîgneur  de  Rousset  et  de  Ravel  dans  les  actes  dé 
reconnaissances  qu'il  reçut  en  i486  et  en  1491  pour 
biens  à  Aurel. 

Après  Pierre,  qui  est  peut-être  le  Pierre  de  Vercors 
compris  au  rôle  de  Tarrière-ban  de  la  noblesse  du  Valen- 
tinois  et  Diois  de  15 12  pour  servir  à  l'armée  (i), 
arrive  noble  Jean  de  Vercors.  Celui-ci,  dénombrant  de- 
vant le  visénéchal  de  Crest,  le  30  mars  1540,  déclarait 
posséder  «  sa  part  de  juridiction  aux  montagnes  de 
Vercors,  au  mandement  de  Riouset  et  de  Revel  ;  plus, 
en  censés  directes  aud.  mandement,  6  quartes  froment, 
4  sétiers  2  quartes  seigle,  6  civayers  avoine,  9  poules, 
4  florins,  1  livre  1/2  poivre  ;  et  que,  quand  il  faisait  la 
recette  desd.  censés,  les  habitants  lui  devaient  fournir 
Un  lit,  foin  et  avoine  pour  sa  monture,  et  2  arches  à 
mettre  ses  grains  ;  plus,  qu'il  prenait  sur  lesd.  habitants, 
lorsque  sa  femme  était  en  couches,  6  quartes  froment; 
etc.  »  Le  16  octobre  1540,  en  un  autre  dénombrement 
devant  le  même  visénéchal,  Jean  de  Vercors  déclarait  que 
lad.  conseigneurie  valait  8  livres  de  revenu,  etc.  »  (2). 


(i)  Ibid.,  fonds   de  révêché  de  Die,  reg.  de   protoc.  du  not.  de    Piégroi^ 
coté  «'  20  ;  —  Arch.  .Morin-Pons,  ubi  sup. 

(2)  Arch.  Dr.,  Invent,  de  la  Chambre  des  Comptes. 


40  SOCTÉTE  D*ARCHÉ0L0GIE  ET   t)E   STAtTSTlQtJË. 

Les  de  Vercors  se  défaisaient  peu  à  peu  de  leurs 
biens  dans  la  contrée.  Un  acte  de  1550  concerne  des 
censés  y  acquises  antérieurement,  de  «  noble  Margarite 
de  Vercors,  »  par  les  Faure  de  Vercors,  qui  avaient 
aussi  acquis  avant  1562,  de  «  Jehan  de  Vercors,  »  des 
censés  sur  fonds  à  Lossence  (i). 

Noble  Jean  de  Vercors  était  mort  avant  le  1*'  avril 
1581,  jour  où  testa  Béatrix  de  Lhers,  sa  veuve;  et 
Louis,  leur  fils,  marié  à  Françoise  d'Arlandes,  était  en 
1 594  et  1595  seigneur  en  partie  de  Vercors.  Il  avait  des 
censés  à  Saint-Agnan  et  tenait  à  Saint  Martin  plusieurs 
fonds  près  du  village.  Le  vieux  parcellaire  de  cette  der- 
nière commune  lui  attribue  2  prés  en  Préfol^  i  pré  et 
I  terre  enJuchefol^  et  i  terre  au  mas  de  Si-Martin.  11  ha- 
bitait Saillans. 

Par  testament  fait  le  20  novembre  1 586,  du  vivant  de 
sa  femme,  il  instituait  pour  ses  héritières  sa  sœur  Jeanne, 
qui  fut  femme  de  Jacques  Chevalier,  de  Saillans,  et  son 
autre  sœur.  Bonne,  qui  fut  femme  de  noble  Martin 
Cony,  originaire  de  Poyols. 

Bonne  fut  mère  d'Henri  et  de  Louis  de  Cony.  Henri, 
(c  sieur  de  Vercors,  »  donnait  à  mi-fruits  en  1614  ses 
biens  de  Chalancon  à  Corbin.  Mais  à  qui  passèrent  les 
droits  de  sa  famille  sur  le  Vercors  ?  Est-ce  à  sa  fille 
Lucrèce,  qui  épousa  Salomon  de  Chevalier,  sieur  de 
Hautecombe  ?  Il  ne  paraît  pas.  Quant  à  Louis  de  Cony, 
qui  habitait  Jonchères  et  figure  dans  un  contrat  en  1618, 


(i)  Minutes  cit.,  protoc.  Lamit  cot.  146,  f.  iij-iij  ;  et  ^7,  f.  Ixxij. 


ESSAI  Historique  sur  le  vb^Cors.  47 

on  ne  lui  trouve  aucune  possession  au  Vercors  (i). 
Nous  croyons  que  ses  biens  furent  portés  par  Bonne 
Cony  à  son  mari,  Georges  de  Boniie,  dont  il  sera 
question  plus  loin. 

En  somme,  on  peut  dire  avec  Guy-Allard  qu'il  y  a  eu 
au  Vercors  «  une  famille  noble  de  ce  nom,  finie  par  Louis 
de  Vercors  qui  vivait  Tan  1590,  »  et  que  «  ses  biens, 
ont  passé  en  celle  de  Faure  (2),  »  du  moins  en  partie. 

De  Roussel.  —  On  ne  peut  assurer  que  W.  de  Ruisec, 
témoin  en  11 79  d'une  transaction  entre  l'église  de  Die  et 
Guiguesde  Sassenage,  et  G.  de  Ruisec^  témoin  en  1246 
d'une  formalité  faîte  à  Marignac,  fussent  de  notre  famille 
de  Rousset  (3)  ;  de  sorte  que  les  premiers  membres  con- 
nus et  appartenant  bien  certainement  à  celle-ci  sont  no- 
bles Albert,  Berlion  et  Humbertde  Rousset,  qui  en  i  joi 
furent  reconnus  par  l'évêque  comme  feudataires  avec 
d'autres  gentilhommes  dans  le  mandement  de  Rousset 
et  de  Ravel. 

Après  la  reconnaissance  d'Albert  à  l'évêque  en  1 3 18, 
acte  dont  nous  avons  donné  la  substance  plus  haut,  on 
trouve  en  1327  l'important  règlement  que  nous  avons 
également  analysé  et  où  sont  intéressés  Albert  et  Berlion 
de  Rousset,  ainsi  que  les  autres  coseigneurs  des  mande- 
ments de  Rousset  et  de  Ravel  ;  puis,  avant  le  27  juillet 


(1)  Arch.    et  Invent,  cit  ;  —  Minut.  cit.,  passim  ;  —   Arch.  Morin-Pons, 
ubi  sup,  ;  —  Mairie  de  St-Martin-en-V.»  parcellaire  réJ.  vers  i  595,  f.  98-1 18; 
—  Arch." de  la  Dr.,  B,  761;  £,2^55,  2360-1,  3444,  3447,4425*  4626-8;  — 
CuoKLZRj  Estât  polit,  f  m,  238-9. 

(i)  "DiV/.cit.,  II,  749. 

(3)  U.  Cmbvalier,  CarU  de  Die^  |^  3x  î  Cart,  de  Leone,  p.  146. 


48  SOCrÉTÉ   ô' ARCHÉOLOGIE   ET  DE   STATTSTîQUE. 

IJJ7,  Guillaume  de  Rousset,  fils  de  Berlion,  et  Pierre 
de  Rousset,  fils  de  Guillaume,  vendent  à  Guillaume 
Adhémar,  chanoine  de  Die,  des  censés  sur  divers  biens 
du  Vercors,  relevant  du  comte  de  Valentinois  (i). 

Nous  ignorons  si  Pierre  de  Rousset,  chanoine  de 
Die  en  1 329  et  prévôt  de  Crest  en  i  J43,  et  Jarenton  de 
Rousset,  sindic  de  Die  en  1383  (2),  étaient  de  la  famille 
dont  nous  venons  de  nous  occuper. 

De  Vassieux.  —  V.  et  Guigues  de  Vaciu  furent  té- 
moins, celui-là  en  1200,  celui-ci  en  1202,  d'actes  faits  à 
Die  ;  et  Ton  trouve  témoins  d'actes  faits  à  Léoncel,  en 
1228  Raimondûf^  Vac/a,  en  1233  R.  de  Vaciui. 

En  1238,  Ferrand  de  Vassieux  fit  à  la  Chartreuse  de 
Bouvante  remise  de  tout  le  droit  qu'il  pouvait  avoir  sur 
la  montagne  de  Durbonose,  soit  dans  l'alx  du  Royans, 
depuis  la  Se/a  de  Vassieux  suivant  la  chute  des  eaux  vers 
le  bas  Royans,  et  promit  d'être  le  défenseur  du  monas- 
tère. En  avril  1249,  Guillaume  et  Pierre  dé  Vassieux, 
frères,  vendirent  à  ce  couvent  la  moitié  de  la  montagne 
de  Durbonose  et  tout  ce  que  cette  portion  contenait 
suivantia  chute  des  eaux  vers  Vassieux,  au  prix  convenu 
entre  eux.  Puis,  le  9  octobre  1292,  Lantelme  de  Vas- 
sieux, fils  et  héritier  de  feu  Raymond,  fit  reconnaissance 
de  fief  à  Aimar  de  Poitiers,  comte  de  Valentinois,  pour 
tout  ce  qu'il  possédait  dans  les  châteaux  de  Quint,  de 
Flandènes  et  le  mandement  de  Vassieux. 


(i)  Arch.  de  la  Drôme,    Livre  blanc  cit.,  f.  215-7  »  fonds  de  Die,  cop.  ; 
Invent»  cit. 

(2)  CoLUMBi,  op«  cit.,  p.  I  5  )  ;  — *  Chevalier,  CarL  de  Die^  pp.   ii6|  143 
i.^7«  ••  -•  ■• 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR  LE  VERCORS.  49 

Cette  famille  donna  des  religieux  à  Léoncel.  Pierre  de 
Vassieux  y  était  convers  de  1 244  à  1 2  5  5 .  Giraud  de  Vas- 
sieux,  sous-prieur  en  1255,  religieux  en  1258  et  1266, 
prêtrç  et  religieux  en  1 274,  et  abbé  depuis  1 279  jusqu'à 
1295,  était  remplacé  dans  cette  dignité  dès  février  1295. 

Flotte  de  Royans  écrivait  de  Grane,  le  25  janvier  1252, 
à  P.  de  Vacioa  d'avoir  à  rendre  au  monastère  de  Léoncel 
et  à  lui  abandonner  12  deniers  qu'Etienne  Roux  faisait  à 
cette  dame,  mais  qui  revenaient  au  monastère.  Le  car- 
tulaire  de  Léoncel  mentionne  encore  P*  de  Vassieux, 
damoiseau,  en  1279  \  P.  de  Vassia^  bayle  en  1285  ; 
Pierre  de  Vassieux,  chevalier  en  1295. 

Après  cela,  pas  trace  de  la  famille  jusqu'au  12  mai 
1344,  jour  où  Ponce  de  Vassieux,  comme  donataire 
d'Allemand  du  Pont,  hommageait  aux  Poitiers  sa  part  du 
fief  de  Vassieux.  La  dernière  mention  que  nous  en  ayons 
est  dans  une  vente  par  Gonet  Chrîstianon,  à  noble  Rey- 
naud  de  Vassieux,  d'Etoile,  d'un  jardin  audit  lieu  pour  6 
florins,  en  i}86  (i). 

Garin.  —  Ponce  Garin,  dit  de  Ver  cors  parce  que 
lui  ou  sa  famille  était  originaire  de  ce  pays,  fut  notaire  à 
Die  de  1284  à  129}  ;  et  Pierre  Garin  dit  de  Vercors  y 
fut  également  notaire  de  13 18  à  1337.  C'est  ce  dernier 
qui,  le  18  avril  13 18  instrumenta  la  reconnaissance  d'Al- 
bert de  Rousset  à  l'évêque,  et  il  le  fit  à  Die,  dans  la  mai- 


(i)  U.  Chevalier,  Cart,  de  Die,  pp.  54-5  et  60  ;  Cart.  de  Leone,  pp.  loo, 
Î14,  133-7,  142-8,  176-303  ;  Journal  de  Die,  13  »ept.  1868  ;  —  Arch.  de  la 
Dr6me,  fonds  de  rEyèché  de  Die,  et  E,  1867  ;  —  Id.  de  Tlsère,  fonds  des 
Poitiers. 

Tome  XX.  -  1886  4 


ho  SOCIETE  D* ARCHÉOLOGIE  tT  t)E  STATISTIQUE. 

son  de  Ponce  Garin,   autrefois  prêtre  de  Die,  dit  de 
Vercors. 

Un  autre  prêtre,  du  nom  de  Pierre  Garin,  passait  re- 
connaissance en  fief  au  comte  de  Valentinois,  le  27  juillet 
I  j  37,pour  <c  4  sols  2  deniers  de  censé  portant  directe,  au 
mas  de  St-Jullien  de  Vercors,  dont  il  fut  investi  par  lad. 
reconnaissance.  ]>  (i) 

Reynaud.  —  Cette  famille  ayant  acheté  un  fief  dans  le 
Vercors,  en  fut  investie  entre  128J  et  1297  par  Jean  de 
Genève,  évêque  de  Die  et  de  Valence.  L'acte  dMnvesti- 
ture,  fait  et  signe  de  la  main  d'Etienne  Pertuset,  notaire 
public,  fut  muni  du  sceau  de  ce  prélat. 

Le  successeur  de  celui-ci,  Guillaume  de  Roussillon, 
élu  évêque  en  1297,  ne  se  contenta  pas  de  confirmer  les 
Reynaud  dans  la  possession  de  ce  fief,  par  acte  écrit  et 
signé  de  la  main  de  Pierre  Garin  dit  de  Vercors,  notaire 
public,  acte  muni  du  sceau  de  la  cour  de  Die.  En  novem- 
bre ijoi,  en  confirmant,  comme  nous  l'avons  vu,  aux  de 
Vercors,  aux  de  Rousset,  aux  de  Varces  et  à  Lantelme 
Reynaud,  leurs  droits  au  Vercors,  il  fit  à  ce  dernier  et  à 
Amédée  et  Guillaume  Reynaud,  ses  fils,  pour  le  temps 
de  leur  vie  et  de  la  sienne,  cession  de  la  troisième  part 
de  juridiction,  haute  et  basse  justice,  qu'il  avait  sur  18 
particuliers  nommés  dans  l'acte  et  sur  leurs  héritiers  et 
successeurs.  La  cession  est  faite  en  récompense  des 
bons  services  rendus  au  prélat  par  ces  trois  gentilshom- 


(i)  Arch.  de  la  Dr.»  fonds  cit.  et  Invent.  cit.  ;  —  U.  Chevalier,  Invent.»*' 
dauph.  en  7746,11»  589;  Cart.de  DU,  pp.  1 39,  148;  —  B.  Hauréau,  Gallia.,», 
instrum.  eccl.  Diens.,  XXII. 


1 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR    tB  VER'CORS.  5 1 

mes,  ses  chers  et  fidëles  hommes  Hges.  Quant  aux  par- 
ticuliers, voici  leurs  noms  :  Morand  Jourdan,  Jeah^ 
Fermond,  Lantelme  Faure,  Guigues  Moret,  Guigues 
Morand,  Guillaume  Faure,  Lantelme,  Humbert,  Gui- 
gues et  Mathieu  Chevalier  {Militis),  Guillaume  Albert, 
Pierre  Peccat,  Jean  Branche,  Lantelme  Félix,  Vincent 
Oligier,  Pierre  Arier,  Pierre  Abicel  et  Jean  Faure. 
;  Amédéé  et  Guillaume  Reynaud,  frères,  de  la  Bâtie 
des  montagnes  de  Vernaison,  damoiseaux,  sont  témoins, 
à  Die,  d'une  confirmation  de  libertés  accordée  à  cette 
ville  en  1313  par  le  juge  épiscopal  ;  et  ils  figurent,  com- 
me nous  râvons  vu,  dans  lé  règlement  de  1 3  27. 

Après  eux,  apparaissent  noble  Lantelme  Reynaud 
Coseigneur  de  Vassîeux  vers  1 378  et  noble  Guigues  Rey- 
naud, de  la  Bâtie  de  Vercors,  qui  en  1393  passait  à  noble 
Pierre Chatard,  delà  Sône,  obligation  de  18 florins  d'or 
poids  delphinal. 

Un  acte  de  1399  mentionne  à  Saint-Agnan  un  grand 
nombre  de  terres  relevant  de  la  seigneurie  des  Reynaud 
[Reynaudorum],  et  à  la  Chapelle  des  terres  relevant  de  la 
seigneurie  soit  des  Reynaud  seuls,  soit  des  Reynaud  et 
de  Pierre:  Bouvier,  soit  des  Reynaud  et  de  ceux  de  Vas- 
sîeux. Il  y  est  aussi  question  de  terres  que  Jeunet  Arier 
a  eues  de  Guigues  Reynaud. 

Enfin,  noble  Amédée  Reynaud  fut  témoin  en  1433  ^® 
l'approbation  donnée  par  l'évêque  Jean  de  Poitiers  aux 
statuts  du  Chapitre  de  Die  (i). 


,  (!)  Arch.  cit.,  Lwre    cit.,  f.  215-7,  fonds  cit.  et   de  St-Jean-en-R.,   et   E, 
1573  ;  —  Ul.  Chevalier,  CarU  de  Die^  pp.  loo-i,  155. 


52  SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGÎE   ET   DE   STATISTIQUE. 

De  Varces.  —  Nous  avons  vu  plus  haut  ce  que  pos- 
sédaient au  Vercors  noble  seigneur  Rodolphe  de  Var- 
ces en  1 301,  et  les  nobles  coseigneurs  Aymar  et  Didier 
de  Varces  en  i  j  27. 

Après  Humbert  de  Varces,  coseigneur  de  Vassieux  en 
1 3  j  j ,  on  ne  trouve  aucun  membre  de  cette  famille  dans 
les  actes  relatifs  au  Vercors  jusqu'à  1374,  année  où 
noble  Guillaume  de  Varces,  son  fils,  acheta  des  frères 
Borne,  devant  Guy  Câpre  notaire  à  Die,  des  censés, 
tâches,  services  et  pensions  sur  les  châteaux  de  Rousset, 
St-Agnan  et  la  Bâtie  de  Vercors. 

En  1392,  Guillaume  reçoit  comme  coseigneur  de 
Vassieux  des  reconnaissances  de  quelques  particuliers 
du  lieu,  et  lui-même  fait,  le  21  novembre  1393,  devant 
Pierre  Aulerî  nof  à  Die,  à  Tévêque  Jean  de  Poitiers, 
hommage  avec  dénombrement  de  ce  qu'il  a  en  Vercors,  à 
St-Agnan,  à  Rousset.  Un  acte  de  1399  indique  comme 
relevant  de  la  seigneurie  des  Reynaud  et  de  Didier  de 
Varces  une  terre  à  la  Chapelle,  et  comme  relevant  de  la 
seigneurie  de  ceux  de  Varces  des  fonds  à  lad.  Chapelle 
vers  le  chemin  de  la  Bâtie  à  Vassieux. 

Noble  Philippe  de  Varces,  frère  de  Guillaume,  mou- 
rut, laissant  avec  Antoinette  sa  veuve,  le  fils  qu'il  en  avait 
eu,  nommé  Guyot.  Antoinette  ayant  à  faire  hommage  à 
révêque  pour  les  biens  hérités  de  Guillaume,  oncle  pa- 
ternel de  Guyot,  chargea  de  ce  soin  Guillaume  Roux, 
licenciées  lois,  qui  rendit  cet  hommage  conformément  à 
celui  de  1393. 

Les  de  Varces  eurent  à  Vassieux  les  biens  de  Mon- 
don  Bermond  et  de  Pierre  de  Roussillon,  et  leur  part  du 
fief  de  ce  lieu  fut  longtemps  appelée  laparerie  des  Varces^ 


ESSAI    HISTORIQUE    SUR   LE   VERCORS.  53 

Ils  avaient  celle-ci  avant  le  5  janvier  1429,  Jour  où 
noble  Didier  de  Varces,  coseigneur  de  Vassieux,  se 
joignait  à  tous  les  habitants  de  ce  lieu  pour  supplier 
Tévêque  de  a  vouloir  permettre  ou  acenser  de  nouveau 
un  moulin  aud.  Vacieu.»  Celui  dont  ils  se  servaient  était 
vacant,  disaient-ils,  depuis  plus  de  18  ans,  au  grand  pré- 
judice des  habitants,  contraints  d'aller  moudre  leur  grain 
hors  du  mandement,  à  plus  d'une  lieue.  C'était  aussi  un 
préjudice  pourl'évêque,  qui  perdait  la  censé  de  4  sétiers 
annuels  que  led.  moulin  lui  servait.  L'évêque,  après  en- 
quête faite  par  noble  Eynard  Reynard,  son  châtelain  de 
la  Bâtie,  et  par  Guigues  Faure,  son  procureur  fiscal, 
accensa  de  nouveau  le  moulin  de  Vassieux,  à  Etienne 
Félix,  en  réduisant  la  censé  à  2  sétiers  de  seigle.  L'acte, 
reçu  par  Nicolas  Poudrel,  not*  de  Vercors,  Didier  de 
Varces  présent,  était  en  parchemin. 

Noble  Ponce  de  Varces,  coseigneur  de  Vercors  et  de 
Vassieux,  fit  en  1465  à  son  parent  noble  Jean  Alois, 
d'Etoile,  donation  entre  vifs  de  tout  ce  qu'il  possédait  au 
Vercors,  à  Vassieux,  Rousset,  Ravel  et  Aouste.  Il  s'en 
réserva  seulement  l'usufruit  jusqu'à  sa  mort,  arrivée  en 
1474(1). 

D*Urre.  —  Une  branche  de  cette  famille  posséda  une 
parerie  à  Vassieux.  Le  24  juillet  1328,  Pierre  d'Urre 
hommage  aux  Poitiers  la  parerie  qu'il  a  au  mandement  et 
château  de  Vassieux.  En  1349  il  hommage  aux  mêmes 
les  mêmes  biens.  Sa  parerie  passa  aux  Artaud-Montau- 
ban  (2). 


(i)  Arch.  de  la  Dr.,  fonds  de  Die  et  de  St-Jean-en-R.,  et  E,  3336  et  3497. 
(3)  Arch.  cit.,  fonds  de  PEv.  de  Die. 


b4  SOCIÉTÉ  D* ARCHÉOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

Ad/iémar.  —  Guillaume  Adhémar,  chanoine  de  Die, 
que  nous  croyons  être  le  Guillaume  Aymar  délégué  par 
Tévêque  pour  faire  le  règlement  de  13^7,  prêta  hom- 
mage au  comte  de  Valentinois,  le  27  juillet  i}}j^  pour 
«  8  sols  une  poule  de  censé,  et  2  sols  6  deniers  de  plait 
qu'il  prenoit  sur  le  fief  appelé  Pellennîe,  en  là  paroisse  de 
St-Martin  de  Vercors  ;  »  pour  17  deniers  j  quartaux  et 
deiny  avoine  de  censé  sur  le  fief  ou  tènement  de  Soyeiere 
ou  Rieonarie  ;  »  pour  14  deniers  i  quarte  d'avoine, 
I  quartal  froment,  i  émine  seigle  et  5  sols,  qu'il  prenait 
sur  le  fief  appelé  Bonjanha  ;  pour  «  i  denier  de  plait  sur 
un  pré  de  Pierre  Girin  situé  en  la  paroisse  de  St-Anian, 
qu'il  avoit  acquis  de  Guillaume  de  Riouset,  fils  de  Ber- 
lion,  »  et  pour  «  semblable  quantité  de  censé  qu'il  avoit 
acquis  de  Pierre  de  Riouset,  fils  de  Guillaume,  dont  il 
fut  investi  par  led.  s'  comte  par  le  même  hominage  (i).  » 

De  Flandènes.  — -  Nobles  Perrachon  et  Berton  de 
Flandènes,  père  et  fils,  de  la  paroisse  de  St-Martin-le- 
Colonel,  vendirent  à  Chabertde  Flandènes,  pour  le  prix 
de  55  florins  d'or,  tout  ce  que  lesd.  nobles  «  avoient  au 
mandement  de  la  Bastie  de  Vercors  ou  aux  montagnes 
de  Vercors,  soit  hommes,  censés,  servis,  taches,  paquè- 
rages,  "pulverages  et  autres  biens  quelconques.  »  Le  tout 
était  tenu  en  fief  franc  du  comte  de  Valentinois. 

Avant  que  Chabert  de  Flandènes  eût  été  investi  de  ces 
biens,  Guillaume  de  Flandènes,  dit  Salvage,  son  frère, en 
hérita.  Aussi  fut-il,  à  sa  prière,  le  29  janvier  IJ44,  in- 
vesti par  le  comte  de  tout  ce  qu'il  tenait  de  son  fief  et 


(i)  Arch.  de  la  Dr.,  Invent.  cit. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR  LE  VERCORS.  55 

pour  l'hérédité  de  Chabert  son  frère.  Le  comte  déclara 
avoir  été  payé  dés  lods  à  lui  .dus,  et  Guillaume  reconnut 
tenir  du  fief  dudit  sieur  comte  oc  tout  ce  qu'il  avait  aux 
terroirs  et  mandements  de  St-Nazaire  et  de  Flandénes, 
et  à  la  Bâtie  et  montagnes  de  Vercors,  soit  hommes, 
hommages,  maisons,  prés,  bois,  terres,  vignes,  paque- 
rages,  censés,  quartons,  taches  et  autres  biens  et 
droits.  »  Guillaume  reconnut  en  outre  devoir  au  comte, 
a  pour  les  biens  qu'il  tenoit  anciennement  de  son  fief, 
4  livres  5  sols  monnaie  ancienne,  à  chaque  mutation  de 
seigneur  et  possesseur,  déclarant  n'avoir  pu  dénombrer 
ce  qu'il  avait  au  Vercors  (i).  » 

Du  Pont. —  En  1343,  Allemand  du  Pont  fit  hommage 
aux  Poitiers  pour  tout  ce  qu'il  tenait  par  lui  ou  par  d'au- 
tres au  lieu  de  Vassieux.  Ses  biens  en  ce  lieu  passèrent 
à  Ponce  de  Vassieux  et  à  Mondon  Bermond  (2). 

Bermond,  —  Le  27  décembre  1345,  Mondon  Ber- 
mond hommage  aux  Poitiers  tout  ce  qu'il  a  et  tient,  par 
lui  ou  par  d'autres,  à  Vassieux,  c'est-à-dire  les  biens  à 
lui  venus  d'Allemand  du  Pont,  et  qui  passèrent  de  lui  aux 
deVarces  (3). 

De  Roussillon.  —  Le  22  décembre  1347,  Pierre  de 
Roussillon  hommage  aux  Poitiers  comme  Ponce  de 
Vassieux,  auquel  il  a  succédé  dans  ses  biens  de  Vassieux, 
lesquels  passent  ensuite  aux  de  Varces  (4). 


(1)  Arch.  et  Invent.  cit. 
(3)  Arch.  et  fonds  cit. 

(3)  Arch.  et  fonds  cit. 

(4)  Arch.  et  fonds  cit. 


b()         SOCIÉTÉ  d'archéolagie  et  de  statistique. 

De  Chadron.  —  Le  8  décembre  1549,  Ponce  de 
Chadron,  de  Flandènes,  hommage  à  Aimar  de  Poitiers, 
comte  de  Valentinois,  sa  maison  d'habitation  à  St-Mar- 
tin-Ie-CoIonel,  avec  les  fonds  y  contigus,  et  tout  ce 
qu'il  a  en  la  montagne  de  Vercors  (i). 

Borne.  —  Nobles  Berton  et  Maret  Borne,  frères,  de 
Die,  avaient  des  censés,  tâches,  services  et  pensions  sur 
les  châteaux  de  Rousset,  de  St-Agnan,  et  de  la  Bâtie  de 
Vercors.  Ils  les  vendirent,  en  1374,  à  noble  Guillaume 
de  Varces,  pour  le  prix  de  120  florins  d'or,  poids  de 
Piémont.  La  même  année,  noble  Berton  Borne  obtenait, 
moyennant  payement  des  lods,  ratification  par  le  chapitre 
de  Die,  seigneur  direct,  de  la  vente  d'une  maison  que  ce 
noble  avait  achetée  (2). 

Faurede  Vercors.  —  Des  nombreux  Faure  que  l'on 
rencontre  au  Vercors  dès  le  14'  siècle,  nous  ne  mention- 
nerons ici  que  Jean  Faure,  notaire  de  la  Bâtie  de  Ver- 
cors en  I 578. 

Il  en  est  parmi  eux  qui  quittèrent  le  Vercors  pour  Die, 
et  ajoutèrent  dès  lors  à  leur  nom  patronymique  celui  de 
Vercors.  C'est  ainsi  que  nous  trouvons  en  1427  Gui- 
gues  Faure  de  Vercors,  notaire  et  procureur  des  pauvres 
et  des  œuvres  pies  de  la  ville  et  du  diocèse  de  Die,  et 
Guillaume  Faure  de  Vercors,  aussi  notaire  ;  et,  un  peu 
plus  tard,  Eynard  Faure  de  Vercors,  également  notaire 
à  Die. 

C'est  sans  doute  des  deux  premiers  de  ces  Faure  de 


(i)  Arch.  et  Invent.  cit. 

(2)  Arch.  de  la  Drôme,  E,  2226. 


ESSAI   HISTORIQUE  SUR   LE   VERCORS.  67 

Vercors  que  Chorier  veut  parler,  quand  il  raconte  qu'en 
1450,  révêque  ayant  fait  hommage  au  dauphin,  les  habi- 
tants des  terres  épiscopales,  notamment  noble  a  Guigues 
Faure,  seigneur  en  partie  de  Vercors,  dont  il  était  ori- 
ginaire »,  et  Guillaume  Faure,  jurisconsulte  de  Die,  en 
firent  autant.  Du  reste,  une  révision  des  feux  de  Die, 
rédigée  la  même  année,  nous  apprend  que  noble  Gui- 
gues Faure  de  Vercors  était  alors  notaire  et  chef  d'une 
branche  de  la  famille,  tandis  que  l'autre  branche  était 
représentée  par  deux  frères,  nobles  Aynard  et  Marcel 
Faure. 

Le  14  mars  1452,  Jordan  Faure  de  Vercors  transige 
avec  son  frère  Jean,  au  sujet  des  biens  de  leur  famille, 
dont  un  membre,  nommé  aussi  Jordan,  religieux  domi- 
nicain, fut  prieur  de  St-Jean-d'Angely,  puis  aumônier  de 
Charles,  duc  de  Guyenne,  fils  de  Charles  VII. 

Le  19  mars  1453,  Guill.  F.  de  V.,  docteur  es  lois, 
épouse,  dans  l'église  des  Dominicains  de  Die,  noble 
Claude  Perdrix,  fille  de  Pierre,  dotée  de  800  florins. 

Lantelme  F.  de  V.,  chanoine  de  Die  en  1478,  proto- 
notaire apostolique  et  sacristain  de  Die  en  1491,  était  le 
20  avril  1499  Oï^cle  de  Jordan  F.  de  V.,  et  certainement 
parent  de  noble  Antoine  Faure,  sindic  de  Die  en  1495, 
et  de  Jordan  Faure  le  jeune,  qui  rendit  des  services  à 
Die  en  1495  ^^^^  ^^  passage  de  certaines  troupes  (i). 


(i)  Arch.  cit.,  et  Livre  cit.  ;  —  Chevalier,  Cart.  de  Die,  p.  151-^  ;  — 
Chorier,  HisL  du  Dauph.,  II,  445*  et  474-5  ;  —  Arch.  de  Die,  CC,  26,  f. 
III  v«  ;  —  Rochas,  Biog.  Dauph.  I,  380-1  ;  —  Bull,  d'hist,  eccL.,  de  Valence^ 
II,  131,  131-3. 


58        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Noble  Guillaume  F.  de  V.  n'est  connu  que  par  un 
achat  qu'il  fit,  vers  1536,  de  deux  terres  à  Souchet  et 
Lacondamine  ;  mais  un  dénombrement  fourni  le  1 2  août 
1Ç40,  devant  le  viséaéchal  de  Crest,  par  noble  Antoine 
Faure,  coseigneur  de  Vercors,  habitant  à  Die,  nous 
révèle,  au  moins  en  partie,  la  fortune  de  la  famille.  An- 
toine y  déclare  posséder  «  ez  mandement  de  Quint  et 
Pontaix  et  Ste-Croix  des  censés  directes,  en  grains, 
poules  et  argent,  valant  environ  25  florins  de  revenu, 
mouvantes  du  fief  et  hommage  du  roi  dauphin  ;  plus,  au 
mandement  de  Vercors,  des  censés  en  grains,  poules  et 
argent,  indivises  avec  noble  Jourdan  Faure  son  cousin, 
valant,  compris  la  juridiction  et  hommes  justiciables 
qu'ils  avaient  audit  lieu,  pour  sa  part,  environ  80  florins 
de  revenu,  qu'il  tenait  en  fief  de  l'évêque  de  Valence, 
etc.  »  (i) 

Antoine  et  Jourdan  Faure  de  Vercors,  coseigneurs^ 
avaient  alors  au  Vercors  des  «  censés  paternelles,  »  des 
censés  a  par  eulx  acquises  de  noble  Margarite  de  Ver- 
cors, »  et  des  censés  «  pour  eulx  acquises  de  Monsieur  » 
ou  «  du  seigneur  de  Vachières.  »  On  trouvait  de  ces  trois 
sortes  de  censés  à  la  Chapelle,  et  des  censés  paternelles 
à  St-Agnan  et  à  St-Martin. 

Antoine  portait  le  titre  d'écuyer.  Louise  de  Beauchas- 
tel,  son  épouse,  lui  avait  donné  une  fille,  nommée  Made- 
leine, qui  s'allia  à  la  famille  de  Castillon,  et  un  fils,  nom- 


Ci)  Arch.  dé  la  Dr.,  Invent  cit.  ;  —  Lacroix,  Invent.  arch.  de  la  Dr.^  Et 
3330. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE  VERCORS.  5g 

mé  Gaspard,  qui  en  novembre   1550  était  également 
écuyer  et  gérait  au  Vercors  les  affaires  de  son  père. 

Jourdan  eut  deux  filles  ;  Tune,  Louise,  épousa  Claude 
Cati,  qui  fut  docteur  et  avocat  à  Die;  Tautre,  Jeanne, 
épousa  Antoine  Gay,  de  Die,  qui  en  eut,  le  8  septembre 
1560,  un  fils  nommé  Thomas,  auquel  on  doit  une  histoi- 
re généalogique  de  sa  famille  (i).  * 

L'histoire  fait  Téloge  de  ces  trois  Faure.  Encouragé 
parle  roi  Henri II,  Tévêque  prit  des  mesures  sérieuses 
pour  conserver  dans  son  troupeau  la  foi  et  la  paix  grave- 
ment en  danger  dès  1 5  5 1 .  Or,  parmi  ceux  qui  vers  1552 
eurent  le  plus  à  cœur  de  conserver  la  religion  à  Die, 
figurent  nobles  Antoine,  Jourdan  et  Gaspard  Faure  de 
Vercors,  ce  dernier  fils  d'Antoine.  Au  surplus,  la  charge 
donnée  à  Antoine  en  1 556  par  Diane  de  Poitiers  prouve 
l'aptitude  de  ce  gentilhomme  pour  les  affaires  {2). 

Mais  ce  dernier,  qui  avait  testé  le  2  janvier  1 5  5 1 , 
paraît  décédé  avant  le  26  avril  1561  ;  car  son  fils  était 
alors  Coseigneur  de  Vercors,  ainsi  que  Jourdan  son  cou- 
sin. 

En  ce  temps-là,  Jourdan  et  Gaspard  Faure  de  Vercors 
avaient  en  propre  une  maison  située  au  bourg  de  la  Cha- 
pelle, près  du  cimetière,  des  chemin  eiplassage  publics, 
et  de  la  cour  de  la  cure  du  lieu.  Ils  avaient  fait  construire 
certains  murs  dans  ce  a  plassage  commun  et  au  chemin 
publiq  joignant  leur  maison.  »  Les  consuls  des  diverses 


(1)  Minutes  cit.,  protoc.  Lamit  et  Jan  Chalvet,  passim;  — Bull,  d'hist. 
ceci.,,  de  Valencef  I,  59,  III;  114-5,  263. 

(a)  CoLUMBr,  De  reb.,.,  p.  213-4  ;  —  BtUL  cit.,  III,  ia-3  ;  —  ^ull.  arch, 
de  la  Dr.,  IV,  133. 


6o        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

communes  du  Vercors  réclamèrent  contre  un  empiéte- 
ment qui  gênait  le  public.  Les  deux  nobles  transigèrent 
avec  les  consuls  le  12  mai  1562.  On  décida  de  s'en  rap- 
porter à  l'arbitrage  de  Tévêque,  la  première  fois  qu'il 
monterait  au  Vercors. 

Ces  deux  coseigneurs  figurent  encore  en  1561  dans 
des  investitures  qu'ils  donnent  d'une  part  de  moulin,  scie 
eiplassage  situés  à  St-Agnan ,  à  raison  de  «  censés  acqui- 
ses de  Monsieur  du  Cheylart,  »  et  d'une  terre  située  à 
Lossence  et  sur  laquelle  leur  droit  leur  venait  m  des 
censés  acquises  de  Jehan  de  Vercors.  »  Jourdan,  alors 
citoyen  de  Die,  disparaît,  et  Gaspard,  qui  mourut  sans 
postérité,  est  probablement  ce  «  sieur  de  Vercors,  de 
Dye,  »  qui,  «  blessé  à  la  mort,  »  expira  près  d'Aouste 
le  4  novembre  1 574,  comme  le  raconte  Thomas  Gay. 


(A  continuer.) 


L'abbé  FILLET. 


't'j^'|"|"|"|"H"l"l"l"l''l 


L'EXPLOITATION 


DES 


MINES  DANS  LES  ALPES 


AU       MOYEN  -  AGE 


Les  Alpes  renferment  nécessairement  de  grandes  ri- 
chesses  métallurgiques  ;  en  bien  des  endroits  des  filons 
afiBeurent  le  sol  et  de  temps  immémorial  les  populations 
se  sont  préoccupées  de  les  exploiter. 

Cependant  ces  exploitations  ont  toujours  amené  en 
dernière  analyse  la  ruine  de  ceux  qui  les  avaient  entre- 
prises et  cela  pour  deux  raisons  principales.  La  difficulté 
des  transports  est  la  première  ;  on  peut  remédier  à  cet 
inconvénient  et  la  construction  toute  récente  du  chemin 
de  fer  de  la  Durance^  combinée  avec  Pachèvement  du 
réseau  des  chemins  vicinaux  auquel  on  travaille  si  active- 
ment depuis  quelques  années,  est  déjà  un  grand  pas  fait 
dans  cette  voie.  La  composition  géologique  des  montagnes 
des  Alpes  est  la  seconde  ;  Tinégalité  des  soulèvements  qui 
les  ont  produites  en  a  brisé  et  tordu  les  couches  en  tous 
sens.  Contre  cette  difficulté  il  n'y  a  pas  de  remède  et  tel 
propriétaire  de  mines  qui  aura  découvert  un  riche  filon 
le  verra,  au  moment  où  il  commençait  à  espérer  une  juste 


Ôi       ■    SOCIETE'  d'ÀRCHEÔLÔGIE   et   bE   STATIStl^iUE.  » 

rémunération  de  ses  travaux,  remplacé  subitement  par 
une  muraille  de  roc  nu  et  improductif;  il  devra  creuser  â 
bien  des  mètres  au  dessus  ou  au  dessous  de  la  galerie  com- 
mencée pour  le  retrouver,  à  moins  qu'il  ne  préfère,  comme 
la  prudence  le  lui  ordonnerait  parfois,  abandonner  les 
travaux  entrepris. 

Au  moyen-âge,  l'exploitation  des  mines  dans  les  mon- 
tagnes, des  Alpes  a  eu  le  fâcheux  résultat  de  faire  dispa- 
raître les  forêts  avec  une  excessive  rapidité  ;  le  plateau  de 
Brandesen  Oisans,  par  exemple,  où  se  trouvaient  des  mi- 
nes jouissant  d'une  certaine  célébrité,  était  jadis  couvert  de 
bois,  il  est  absolument  dénudé  maintenant.  Le  mode  très 
primitif  d'exploitation  usité  à  cette  époque  devait  amener 
fatalement  ce  résultat  ;  les  galeries  se  creusaient  au  pic  dans 
lés  endroits  où  la  roche  n'étaft  pas  trop  dure,  ailleurs  on 
échauffait  la  paroi  à  entamer  à  l'aide  d'un  grand  feu  de 
bois,  puis  on  l'inondait  d'eau  ce  qui  la  faisait  éclater  ;  on 
en  recueillait  les  débris,  on  travaillait  encore  quelque 
temps  au  pic  dans  la  roche  désagrégée,  puis  on  recom- 
mençait l'opération.  La  consommation  du  bois  devint  si 
effrayante  au  XIV*  siècle  que  nos  chartes  sont  pleines  de 
réglementations  à  ce  sujet  «t  que  Humbert  II  fut  obligé 
lui  même  d'intervenir  et  de  mettre  en  défens  certains 
quartiers  à  cause,  dit-il,  des  chevauchées  ;  (i)  c'est  à  dire 
pour  permettre  aux  gens  de  guerre  de  trouver  des  che- 
mins passables  lorsqu'ils  parcouraient  le  pays  ;  soit  que 
l'on  fît  usage  de  pièces  de  bois  horizontales  ou  fichées 
dans  le  sol  pour  maintenir  les  talus  qui  s'éboulaient  dans 


,  (1)  Arch.  de  Tlsère  B,  3,010  enquête  d«  1427  sur   les  forêts   du 
Queyras. 


L^EXPLOITATION  DES  MIKES  DANS   LÉS  ALPES.  63 

les  endroits  dangereux,  soit  que  i^on  eût  remarqué  com- 
bien les  routes  et  les  forêts  étaient  solidaires  Tune  de  l'au- 
tre et  que  là  où  la  forêt  disparaissait,  Les  orages  ne  tatr: 
daient  pas  à  détruire  les  routes. 

En  vertu  des  droits  régaliens  concédés  au  Dauphin  par 
les  empereurs,  nul  ne  pouvait  exploiter  une  mine  san$ 
Tautorisation  de  ce  prince,  et  cette  autorisation  a  affecté 
deux  formes  différentes,  suivant  qu'il  s^agissait  d'un  con- 
cessionnaire demandant  à  avoir  le  droit  exclusif  de  fouiller 
le  sol  dans  une  certaine  région,  ou  d'ouvriers  travaillant 
isolément  et  pour  leur  propre  compte  à  une  mine  déjà 
exploitée.  Prenons  pour  type  de  cette  dernière  hypothèse 
ks  mines  de  l' Argentière,  concédées  au  Dauphin  par  l'èm-^ 
pereur  le  i3  janvier  1 155  avec  faculté  de  frapper  monnaie 
à  Cézanne  avec  l'argent  qu'il  6n  retirerait  (i).  En  T220 
cette  mine  était  en  pleine  exploitation,  ainsi  que  nous 
l'apprend  un  document  publié  par  Valbonnais  (2)  ;  le  Dau* 
phin  ne  la  faisait  pas  exploiter  par  des  ouvriers  à  sa  solde, 
U  ne  l'avait  pas  concédée  à  un  industriel  moyennant  une 
redevance  annuelle,  il  autorisait  seulement  les  ouvriers  à 
s^établir  dans  certains  endroits  désignés  à  l'avance,  à  y« 
creuser  des  galeries,  et  se  faisait  payer  six  onces  un  quart 
d'argent  par  seize  marcs  recueillis  ;  de  plus  il  se  réservait 
le  droit  d'acquérir  par  préférence  à  tout  autre  les  produits 
de  la  mine  au  prix  courant.  Si  l'ouvrier  autorisé  à  creuser 


(1)  Cheyalier.  Ordonnances  des  rois  de  France  relatives  au  Daii^ 
phiné,  p.  1.' 

(2)  Valbonnais,  T.  I,  p.  92.  —  Les  mines  de  PArgenlière  ne  tar* 
dtrent  pas  du  resté  à  Atre  abandonnées  ;  Bouchu,  Fontanieu  tâchè- 
rent yainement  de  faire  reprendre  les  travaux.  En  1854  une  compa- 
gnie en  reprit  Texploitation  et  ne  s'jest  pas  enrichie,  au  contraire. 


64  SOCIETE  d'archéologie   ËT   DE   STATISTIQUE 

une  galerie  Tabandonnait,  le  Dauphin  pouvait  en  repren- 
dre immédiatement  la  disposition  et  la  concéder  à  un 
nouveau  mineur. 

Voilà  le  mode  d'exploitation  le  plus  simple  et  également 
le  plus  juste,  puisque  la  redevance  était  dans  ce  système 
toujours  proportionelle  au  bénéfice  obtenu,  mais  il  ne 
pouvait  satisfaire  les  esprits  aventureux.  Aussi  voyons 
nous  des  individus  demander  le  droit  exclusif  de  fouille 
dans  de  très  vastes  territoires,  tantôt  pour  les  mines  d'or^ 
tantôt  pour  celles  d'argent,  tantôt  pour  toute  sorte  de  mé- 
taux, et  cela  dans  des  endroits  qui  ne  renfermaient  aucune 
richesse  métallurgique  et  n'en  pouvaient  même  pas  con- 
tenir, ainsi  que  leur  situation  et  la  nature  du  sol  l'indique 
suffisamment. 

Une  mauvaise  interprétation  de  certains  noms  de  lieu 
a  été  parfois  la  cause  de  ces  demandes  :  Pierre  Disdier, 
Jacques  Jordan  et  Clair  obtiennent  le  26  juillet  143 1  la 
concession  des  mines  qu'ils  pourront  découvrir  à  Or- 
pierre  (î),  alléchés  vraisemblablement  par  ce  mot  déce- 
vant, Orpierre,  pierre  d'or  !  ne  se  rendant  pas  compte  que 
ce  bourg,  nommé  en  patois  Vaupeire  (vallée  pierreuse), 
tire  son  nom,  non  pas  des  richesses  que  recèlent  les  flancs 
des  montagnes  voisines,  mais  des  cailloux  qui  en  ont  été 
détachés  et  encombrent  les  champs.  Un  autre  demande 
le  droit  de  chercher  de  l'or  dans  la  Combe  d'or,  ne  se 
doutant  pas  que  ce  ruisseau  emprunte  son  nom,  non  à 
de  l'or  absolument  absent,  mais  au  vent  qui  y  souffle 
[Cumba  aure\  symbole  désolant  du  résultat  que  doit  pro- 
duire une  exploitation  minière  dans  ces  parages. 


(1)  Arch.  de  risère  B,  3,248. 


l'exploitation  des   mines  dans  les  ALPES.  65 

La  plupart  des  entreprises  métallurgiques  commencées 
dans  ces  conditions  furent  certainement  abandonnées 
après  les  premiers  travaux  de  recherche.  Le  voyageur  qui 
parcourt  nos  montagnes  peut  s^en  rendre  compte  aisé* 
ment  car  il  y  rencontre  à  chaque  pas  des  amorces  de  gale- 
ries presque  aussitôt  délaissées  qu'entreprises.  Depuis  lors 
la  légende  a  fait  son  œuvre  ;  les  habitants  du  village  voi- 
sin ne  manquent  pas  d'affirmer  que  là  était  une  mine  d'or 
ou  d'argent  produisant  des  sommes  énormes  et  l'un  d'eux 
vient  de  temps  en  temps  y  perdre  un  jour  ou  plutôt  une 
nuit,  à  la  recherche  d'un  trésor  imaginaire. 

Les  conditions  faites  à  ces  concessionnaires  dans  les 
vingt  actes  environ  qui  m'ont  passé  sous  lesyeux  (i)  sont 
toujours  à  peu  de  chose  près  les  mêmes.  La  durée  de  la 
concession  est  de  lo  ou  20  ans,  elle  comporte  l'autorisa- 
tion de  se  servir  des  eaux  et  des  forêts  delphinales  voisines 
et  l'exemption  de  péage  pour  le  transport  du  minerai  et 
autres  matières  premières;  le  Dauphin  se  réserve  le  dixième, 
le  quinzième  ou  le  vingtième  du  métal  trouvé  ;  la  redevance 
est  fixée  dans  un  seul  acte  au  quinzième  pendant  les  trois 
premières  années,  au  vingtième  ensuite.  Un  autre  exem- 
ple nous  le  présente  également  sous  la  forme  d'une  somme 
d'argent  fixe  et  invariable. 

Voici  un  document  sans  date,  mais  probablement  du 
milieu  du  XV*"  siècle,  qui  nous  donnera  une  idée  exacte  du 
contrat  qui  intervenait  entre  l'état  et  les  industriels  de  cette 

(1)  Voici  les  localités  des  Alpes  pour  lesquelles  j'ai  trouvé  des 
oonoessions  de  mines,  pour  quelques-unes  d*entre  elles  il  y  au  a 
plusieurs  de  diverses  époques  :  L'Argentière,  Arvieux,  Avançon, 
le  Briançonnais  en  général,  Ceillac,  Châteauroux,  Freyssinières, 
Guiiiestre,  TOisans,  Orpierre,  la  Piarre,  le  Queyras,  Savines,  Sigot- 
tier,  Théus,  la  Vallouise  et  Valserres. 

TOMB  XX.  -  1886.  5 


6Ô  SOCIÉTÉ   dVrCHÉoLOGIE   ET  DE   ÔTATlStlQUÊ. 

époque.  C'est  une  requête  présentée  par  Jean  Bérard,  de 
Val  Pérouse,  concessionnaire  des  mines  de  Sézane  et  de 
Valcluson(r). 

IlLA    que   REQUIRENTUR  FIER!    PER  JOHANNEM  BeRARDI,  DE 

Perusia,  super  facto  menarum  Brianczonesii. 

Et  primo  habere  omnimodam  potestatem  perquirendî 
seu  perquiri  faciendi  menas  cujuscumque  generis  sint  in 
territoriis  seu  castellaniis  Valiisclusonis  et  Sezane  (2). 

Item  quod  si  casus  contingat  reperire  menas  per  dictuixi 
Johannem  vel  aiium  ejus  nomine  cujuscumque  metaili 
sint,  etiam  si  reperirentur  in  possessionibus  aliquarum 
personarum,ipsas  menas  habere  possit  et  caveri  facere^ 
satisfaciendo  justum  pretium  et  valorem  dicte  possession 
jiis  illis  personis  quarum  sunt  sive  erunt  (3). 

Item  quod  illas  menas  quas  reperiet  seu  reperiri  faciet 
et  poterit  in  dictis  territoriis,  quod  prope  possit  poftare 
^t  extrahi  facere  libère  et  quandocumque  voluerit,  sol- 
vendovicesimampartem  menœ  quod  solvi  consuetum  est, 
•in  Castro  Dalphino  seu  de  Bellenis,  domino  nostro  Dal- 
phino  seu  officiariis  suis,  sine  solutione  seu  exactione  ali- 
cujus  census  vel  gabellœ  aut  pedagii,  vel  alia  exactione, 
prout  in  dicto  Castro  deBellinis  consuetum  est;  nec  etiam 
pro  ferro  crudo,  de  quo  nihil  solvi  consuetum  est  in  tota 
patria  Pedemontium  donec  fuit  fabricatum  (4). 

(1)  Àrch.  de  l'Isère^  B,  3,000  n»  14.  Le  style  et  Porthographe  de  oe 
document  sont  parfois  assez  singuliers  ;  je  l'ai  copié  sans  y  rien 
changer. 

(2)  Droit  de  recherche  de  toute  espèce  de  mines. 

(3)  Droit  de  recherche  même  dans  les  propriétés  privées  en  in- 
demnisant les  propriétaires. 

(4)  Droit  de  ne  payer  aucune  redevance  sauf  la  vingtième  paztie 
du  métal  trouvé.  Droit  de  ne  rien  payer  pour  le  minerai  de  fer  tant 
qu^il  li'a  pas  été  mis  en  œuvre. 


l'exploitation  des  mines  dans  Les  aLpes.         67 

Item  quod  ipse  possit  vendere  et  mercari  suas  menas 
predictas,ferrumcrudum  et  purum(?)  ac  calibem  per  quae- 
çumque  loca  Dalphinatus  et  extra  Dalphinacum  portari 
facere,  non  obstantibus  quibuscumque  marquis  seu  re- 
pressalliis  concessis  seu  imposterum  concedendis  (i). 

Item  quod  quandocumque  et  quotienscumque  ei  vide- 
bitur  et  placebit,  possit  et  valeat  adducere  seu  venire  fa- 
cere  gentes  cujuscumque  patriœ,  dummodo  non  sint  re- 
belles et  proditores  dicto  domino  nostro  Dalphino,  pro  ejus 
laboribusfaciendis  et  dictam  artem  exercendam,  nonobstan- 
nbus  quibuscumque  marquis  seu  repressalliis,  licite  et 
sine  impedimento  quocumque  (2). 

Item  quod  de  nemoribus  existentibus  in  dictis  castella- 
niis  et  territoriis  communibus  existentibus,  supradictus 
Johannes  uti  possit  ex  ipsis  nemoribus  pro  carbonibus 
suis  faciendis ,  salvis  tamen  nemoribus  reservatis  pro 
custodia  itinerum  domini  nostri  Dalphini,  et  quod  possit 
uti  aquis,  ripperiis  et  bealeriis  necessariis  ad  hoc,  satisfa- 
ciendo  de  dampnis  datis  seu  dandis  eis  quorum  intere- 
rit  (3). 

Item  quod  ipse  possit  facere  fieri  fusinam,  fornellum, 
martinetos  et  alia  artificia  necessaria  pro  dicta  arte  ferra- 
terie  exercenda,  in  locis  congruis  et  habilibus  ad  hoc, 
quando  videbitur  expedite,  satisfaciendo  et  solvendo  de 
plateis  et  dampnis  ut  supra  (4). 


(1)  Droit  de  vendre  ses  produits  en  Dauphiné  et  hors  du  Dau- 
phiné  sans  pouvoir  être  saisi  en  vertu  de  droit  de  représailles. 

(2)  Droit  de  se  servir  d'ouvriers  de  toute  provenance  sauf  des 
ennemis  du  Dauphin. 

(3)  Droit  de  se  servir  des  eaux,  canaux  et  bois  voisins,  sauf  des 
parcelles  mises  en  défens,  en  indemnisant  les  riverains  s'il  y  a  lieu. 

(4)  Droit  de  construire  des  usines  où  il  sera  nécessaire  en  in- 
demnisant les  propriétaires  du  terrain. 


68  SOCIÉTÉ   d'archéologie   et   de   STATISTÎQUÊ. 

Item  pro  mené  reperte  per  ipsum  vel  nomine  ipsius 
una  cum  aliis  suis  necessariis  pro  dicta  arte  exercenda, 
debeant  eidem,  suis  que  heredibus  et  successoribus  ac 
causam  habentibus  ab  eodem^per  dominum  nostrum  Dal- 
phinum  et  officiarios  suos  manutenere,  deffendere  ac  con- 
servare  contra  quamcumque  personam  et  personas,  ita 
quod  ex  ipsis  menis  et  aliis  necessariis  pro  dictis  artificiis 
uti  ac  frui  possit  tanquam  suis  propriis  sine  impedimento 
et  turbatione  quibuscumque(i]. 

Item  etiam  pro  exercicio  dicte  artis  necessario  opportet 
facere  magnas  expensas,  et  quandoque  et  ut  plurimum 
fiunt  expensas  sine  satisfatione  et  quod  qullum  fructum 
aut  emolumentum  afferunt,  requirit  ipse  Johannes  Berardi 
quod  ipse  possit  associare  sibi,  pro  predictis  faciendis  et 
complendis,alium  vel  alios  quem  vel  quos  volueritet  sîbî 
videbitur  expidere  Juxta  modum  et  formam  pactionum 
supra  scriptarum  (2). 

Item  quod  ej.us  ferramenta  signanda  ac  calibem  possit 
signare  seu  signari  facere  signo  et  signis  uno  et  pluribus, 
scilicet  taiibus  qualibus  ipse  duxerit  ordinandum  vel  alius 
ejus  nomine  (3), 

Item  quod  tandem  quando  predicta  placuerunt  vobis, 
domino  gubernatorietdominis  de  consilio,dominus  noster 
Dalphinus  debeat  ipsa  capitula  approbare  et  confirmare  (4). 

Parfois,  ainsi  que  le  donne  à  entendre  le  document  précé- 


(1)  Droit  de  défense  et  de  sauvegarde  de  la  part  du  Dauphin  et 
de  ses  officiers. 

(2)  Droit  de  prendre  des  associés. 

(3)  Droit  de  signer  ses  produits. 

(4)  Approbation  des  demandes  précédentes  par  le  conseil  delphi- 
nal,  le  gouverneur  du  Dauphiné  et  le  Dauphin. 


l'exploitation   des  mines   dans   les   ALPES.  69 

dent,  de  hauts  fourneaux,  des  martinets  étaient  construits 
par  les  concessionnaires  à  proximité  des  mines  elles  mê- 
mes, pour  en  mettre  en  œuvre  sur  place  les  produits  et 
faire  l'économie  des  frais  de  transport  si  dispendieux  à 
cette  époque.  Ces  établissements  industriels  devaient  avoir 
parfois  une  valeur  considérable  surtout  à  un  moment  de 
notre  histoire  où  les  capitaux  n'étaient  ni  abondants  ni 
audacieux. 

Un  des  établissements  les  plus  importants  de  ce  genre 
dans  notre  région  existait  au  XIV*  siècle  dans  les  Combes 
du  Queyras  dans  la  paroisse  d'Arvieux  au  lieu  dit  encore 
actuellement  la  Fusine  {Fodina).  J'ai  trouvé  un  certain 
nombre  de  renseignements  sur  cette  industrie;  voici 
l'analyse  des  actes  qui  les  contiennent,  ils  sont  échelonnés 
de  i3ii  à  1621. 

Avant  i3ii  il  y  avait  déjà  sur  la  rive  droite  du  Guil 
entre  le  pont  nommé  alors  pons  pvope  Fustnam  et  main- 
tenant j[?owf  de  la  Tête  (i)  et  le  ruisseau  du  Colombier  (2) 
une  usine  comportant  deux  hauts  fourneaux,  deux  marti- 
nets et  quatre  cheminées  ;  cet  établissement  était  alimenté 
avec  le  minerai  produit  par  une  galerie  ouverte  de  l'autre 
côté  du  Guil  dans  une  vaste  forêt  nommé  aujourd'hui  en- 
core le  bois  de  la  Fusine.  Vers  cette  époque,  soit  que  les 
années  de  la  concession  antérieure  fussent  écoulées,  soit 
par  droit  d'aubaine,  le  Dauphin  en  devint  propriétaire. 

Le  i**"  avril  i3ii  (i  3 12)  Jean  II  concède  cet  établissement 
industriel  à  Isnard  Isoard,  avec  le  droit  d'en  poursuivre 
l'exploitation,  de  le  changer  de  place,  si  bon  lui  semble,  de 


(1)  Ce  nom  fut  donné  à  ce  pont  à  la  suite  d'une  exécution  capitale; 
la  tôte  d'un  meurtrier  fut  clouée  dans  le  rocher  et  une  fleur  de  lis 
sculptée  à  côté. 

(2)  Dtui  foca,  duo  quthidi  et  quatuor  horiij  dit  l'acte  lui-môme. 


70  SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE    ET    DE    STATISTIQUE. 

continuer  à  creuser  la  mine  qui  l'alimente,  de  se  pourvoir, 
s'il  le  juge  utile,  de  minerai  en  Italie,  de  se  servir  du 
bois  des  forêts  delphinales  environnantes,  et  d'utiliser  les 
eaux  voisines  comme  force  motrice.  Ses  transports  d'Em- 
brun en  Queyras  seront  exempts  de  tout  droit  de  péage  (i). 
Cette  concession,  faite  moyennant  la  redevance  annuelle 
de  25  florins,  est  renouvelée  le  q  septembre  i3i3  (2). 

Isnard  Isoard  exploite  huit  ans  ses  hauts  fourneaux.  Le 
i3  janvier  i32o  (i32i)  il  les  avait  vendus  à  Confortinus 
Ferrari,  de  Saint-Eusèbe  près  de  Château-Dauphin  ;  Tin" 
ventaire  fait  à  cette  occasion  démontre  que  son  industrie 
n'avait  reçu  aucun  accroissement,  l'outillage  était  resté  le 
même.  L'acheteur  demande  au  Dauphin  l'investiture  de 
son  acquisition  avec  confirmation  des  privilèges  concédés 
à  son  prédécesseur  ;  il  offre  de  payer  comme  par  le  passé 
la  redevance  annuelle  de  25  florins.  Ses  demandes  lui  sont 
accordées  (3). 

Puis  à  une  époque  indéterminée  il  se  produit  une  crue 
énorme  des  eaux  du  Guil  et  les  constructions  élevées  près 
de  son  lit  sont  anéanties.  Le  2  mars  141 1  (141 2)  le  conseil 
delphinal  ordonne  une  enquête  sur  les  réclamations  des 
descendants  d'Isnard  Isoard,  premier  concessionnaire  de 
la  Fusine,  desquels  on  exigeait  encore  en  vertu  des 
conventions  conclues  par  leur  ascendant  avec  le  Dauphin 
le  I*'  avril  i3i  i  (i3r2)  le  paiement  de  25  florins  d'or  cha- 
que année.  Les  bâtiments  de  la  Fusine  ayant  disparu,  les 
résultats  de  l'enquête  ne  pouvaient  être  douteux  (4). 

Les  constructions  du  XIV*'  siècle  n'ont  pas  été  détruites 


(1)  Ârch.derisèreB,  3,010. 

(2)  Ibid. 

(3)  Ârch.  deVIsèreB,3fiiO. 

(4)  Inventaire  de  la  Chambre  des  Comptes,  Queyras. 


l'exploitation   des    mines    dans   les   ALPES.  7I 

sans  laisser  de  trace  ;  il  y  a  peu  d'années,  en  rectifiant  la 
route  de  Guillestre  au  Château-Queyras,  on  a  mis  à  jour 
les  substructions  de  vastes  bâtiments,  une  masse  de  sco- 
ries, de  minerai  et  une  porte  en  pierre  de  taille  qui  gisait 
presque  intacte  sur  le  sol. 

La  forêt  de  la  Fusine,  concédée  par  Jean  II  pour  Tali- 
mentation  des  hauts  fourneaux  qui  Tavoisinaient  retomba 
donc  en  141 1  dans  le  domaine  delphinal  et  Béraud,  dau- 
phin d'Auvergne,  gouverneur  du  Dauphiné,  enjoignit  au 
châtelain  du  Queyras  par  une  ordonnance  du  5  juillet 
1426  de  la  vendre  immédiatement  aux  enchères  (i). 

Le  3  août  suivant  ses  ordres  furent  exécutés;  la  vente 
eut  lieu  au  Château-Queyras  et  Jean  Gendre,  syndic  de 
la  paroisse  de  Saint-Véran,  se  rendit  adjudicataire  de  la 
forêt  de  la  Fusine  pour  la  durée  de  29  ans  moyennant  la 
somme  de  dix  florins  de  Gênes  une  fois  payée  et  un  florin 
de  redevance  annuelle  (2).  ' 

Le  châtelain  du  Queyras  fit  approuver  cette  vente  par 
le  gouverneur  et  rédigea  d'après  ses  ordres,  le  3  octobre,  un 
acte  d'albergement  régulier  (3). 

A  peine  cette  vente  eut  elle  été  consommée  qu'il  y  eut 
un  soulèvement  parmi  les  communautés  voisines  qui  n'a- 
vaient pas  été  aussi  bien  avisées  que  celle  de  Saint-Véran. 
Celle  du  Château-Queyras  en  particulier  s'opposa  de 
toutes  ses  forces  à  la  prise  de  possession  par  les  adjudica- 
taires de  la  forêt  de  la  Fusine. 

Ses  représentants  alléguaient  que  les  habitants  du  Châ- 
teau-Queyras avaient  de  temps  immémorial  le  droit  de 
mener  paître  leurs  troupeaux  et  de  faire  du  charbon  dans 


(1)  Arch.  de  r Isère  B,  2,998. 

(2)  Arch.  de  Vlsère  B.  2,998  et  3,010. 

(3)  Inventaire  de  la  Chambre  des  Comptes,  Queyras. 


72  SOCIÉTÉ   d'aRCHÉOLOG[E   ET    DE   STATISTIQUE. 

cette  forêt  ;  que  ces  bois  étaient  indispensables  pour  main- 
tenir en  bon  état  les  huit  ponts  sur  lesquels  passait  la 
route  dans  les  Combes  du  Queyras;  enfin  qu'une  ordon- 
nance de  Humbert  II,  interdisait  l'exploitation  des  forêts 
nécessaires  à  l'entretien  des  routes.  Mathieu  de  Foix,  comte 
de  Comminges,  gouverneur  du  Dauphiné,  renvoya  cette 
réclamation  au  juge  majeur  du  Briançonnaîs  le  3  mai  1437 
et  lui  prescrivit  de  faire  une  enquête  sur  les  faits  qui  y 
étaient  énoncés  (i). 

L'enquête  eut  lieu  et  ne  fut  pas  favorable  à  la  requête 
des  habitants  du  Château-Queyras.  Le  2  juillet  suivant 
le  gouverneur  du  Dauphiné  confirma  la  vente  de  la  forêt 
de  la  Fusine  à  la  paroisse  de  Saint- Véran  en  y  ajoutant 
toutefois  la  condition  que  chaque  concessionnaire  d'une 
coupe  de  bois  paierait  vingt  sous  dont  la  moitié  pour  le 
roi  et  la  moitié  pour  la  paroisse  de  Saint- Véran  (2). 

Depuis  lors  cette  communauté  renouvela  d'abord  tous 
les  29  ans  son  titre  d'albergement,  puis  finit  par  ne  plus 
le  renouveler  du  tout  et  fut  considérée  comme  légitime  et 
indiscuté  propriétaire  de  la  forêt  de  la  Fusine.  En  162 1 
elle  payait  encore  de  ce  chef  une  redevance  de  cinq  florins 
par  an  au  trésorier  delphinal  et  ces  florins  étaient  évalués 
à  3  livres,  8  sols,  6  deniers  la  pièce  (3). 

Cette  forêt,  remplie  de  beaux  arbres  et  suspendue  au 
dessus  des  eaux  limpides  du  Guil  dans  une  position  des 
plus  pittoresques,  est  l'un  des  ornements  des  Combes  du 
Queyras  dans  lesquelles  se  déroulent  tant  de  sites  mer- 
veilleux. 

J.  ROMAN. 
i5  août  j885. 


(1)  Arch.  de  VIsère  B  3,010. 

(2)  Àrch.  de  VIsère  B,  3,010. 

(3)  luventaire  de  la  Chambre  des  Comptes,  Queyras, 


ANDRÉ   DE   LAFAÏSSE.  78 


ANDRÉ  DE  LAFAÏSSE 

(d'Aizbenas) 

MARÉCHAL    DE    BATAILLE 

Sa  Famille,  son  Histoire  et  sa  Correspondance. 

(1570-1681) 


Suite.  —  Voir  les  68*,  69%  70*,  yi*,  72*^  73*,  74*  et  75^  livraisons. 


On  a  vu,  à  la  date  de  1668,  la  généalogie  de  la  famille 
d'Arlempdes  de  Mirabel  (i)  aujourd'hui  représentée  par 
M.  Léonce  de  Watré,  son  descendant  par  les  femmes,  qui 
habite  le  château  du  Pradel.  Il  possède  les  archives  de 
cette  maison,  dans  lesquelles  on  trouverait  sans  doute  les 
éléments  d'une  publication  historique.  On  parle  d'un 
membre  de  cette  famille  dans  une  lettre  écrite  à  Lafaïsse, 
le  mai  1676,  par  M.  Laget,  sur  lequel  je  n'ai  trouvé 
aucun  renseignement;  elle  est- ainsi  conçue  : 

<c  Ma  charge,  l'affection  particulière  que  j'ai  pour  la 
maison  de  Mirabel,  l'exemple  des  scandales  arrivés  en 
cette  Eglise  par  des  révoltes,  m'obligent  à  vous  conjurer. 


(1)  Pour  compléter  une  note  qui  sV  trouTe,  je  ferai  remarquer 
que  M.  le  D.  Mazon  dit  dans  son  Voyage  dans  le  midi  de  VArdèche, 
1884,  p.  386  qu'il  avait  mal  lu  dans  le  registre  du  notaire  Brion, 
le  nom  d^;  Marguerite,  appelée  ordinairement  Clotide  de  Surville 
et  qu'elle  se  nommait  en  réalité  Marguerite  Chalin  et  non  pas  Mar- 
guerite Chalis. 


74        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

au  nom  de  Dieu,  d'employer  tout  votre  zèle  pour  éviter 
un  coup  qui  va  perdre  cette  famille.  M...  (i),  procureurdu 
roi  en  ce  siège,  qui  est  depuis  quelques  années  à  Paris,  a, 
de  son  mouvement,  trouvé  une  place  à  Taîné  (des  fils)  de 
feu  M.  de  Mirabel,  chez  M.  de  Turenne  (2).  C'est  vous  en 
dire  assez  pour  vous  persuader  que  ce  jeune  gentilhomme 
s^expose  à  une  tentation  et  à  un  danger  infaillible,  selon 
toutes  les  apparences,  de  quelque  soin  que  le  prince  en 
dissuade  M"*"  de  Mirabel,  je  travaillerais  en  vain  :  il  n'est 
qu'un  moyen,  c'est  que  vous  ayez  la  bon  té.  d'écrire  au 
marquis  de  Saint-Privat  (Faret  de  Fournès),  auquel  on 
s'est  adressé  pour  avoir  son  sentiment.  Priez-le  de  dissua- 
der M.  de  Vendrias  (d'Arlempdes)  et  M'"''  de  Mirabel 
d'envoyer  ce  jeune  gentilhomme  dans  cette  maison.  Le 
danger  n'est  que  trop  visible  pour  obliger  toutes  les  per- 
sonnes qui  ont  de  la  piété  à  réprouver  cette  affaire  »  (3). 


(1)  Ce  nom,  qui  est  très  mal  écrite  a  de  Tanalogie  avec  Cogère,  ou 
Cogare. 

{^.)  Turenne  se  décida,  en  1668,  à  embrasser  la  religion  catholi- 
que, après  plusieurs  entretiens  avec  divers  évoques,  et  surtout  avec 
Bossuet,  qui  écrivit  pour  lui  son  Exposition  de  la  foi.  Il  ne  voulut 
pas  suivre  l'exemple  de  Lesdiguières,  et  refusa  la  charge  de  con- 
nétable pour  qu*on  ne  crût  pas  sa  conversion  intéressée. 

(3)  Pendant  Timpression,  dans  les  huit  numéros  du  Bulletin^  des 
pages  qui  précèdent,  M.  René  Kerviler,  auteur  de  divers  ouvrages 
intéressants  ^VaJentin  Conrart  \  Abel  Servien;  le  chancelier  Pierre 
Séguier,  etc.),  a  acquis  de  M.  Joseph  de  Miraval  toutes  les  lettres 
adressées  à  Lafaïsse,  ainsi  que  les  papiers  qui  lui  ont  appartenu. 
Il  a  bien  voulu  m'autoriser  à  continuer  cette  publication,  et  il 
compte  faire  paraître  au  moyen  de  ces  nombreux  documents,  un 
travail  plus  complet  que  celui  que  j*ai  entrepris.  Ses  précédentes 
études  et  sa  connaissance  approfondie  de  tout  ce  qui  se  rattache  à 
l'histoire  du  XVII*  siècle  lui  faciliteront  beaucoup  cette  tâche. 


ANDRÉ   DE   LAFAÏSSE.  jb 

Les  craintes  de  M.  Laget,  qui  paraît  être  un  ministre 
protestant,  puisqu'il  parle  des  devoirs  de  sa  charge,  ne 
tardèrent  pas  à  se  réaliser.  Il  est  question  de  cet  incident 
dans  une  lettre  du  lo  octobre  1678,  qu'on  verra  plus  loin 
et  qui  est  relative  au  jeune  Ozil.  On  dit  que  le  syndic  du 
clergé  obligea  M™*  de  Mirabel  à  faire  une  pension  à  son 
fils^  et  on  ajoute  ;  a  elle  voit  si  les  conseils  donnés  par  ses 
amis  étaient  plus  salutaires  que  ceux  qu'elle  prit  au  Mon- 
télimar,  par  l'adresse  de  M"**  de  Brison  (i);  il  n'y  a  plus 
ni  foi  ni  loi  au  monde.  » 

D'après  le  registre  consulaire  de  1678,  cité  par  l'abbé 
MoUier  (2),  il  fut  établi  dans  une  discussion  assez  vive, 
qui  eut  lieu  entre  les  consuls  de  Villeneuve  et  M"*  de 
Mirabel,  que  dans  la  conversion  de  son  fils  il  n'y  avait  eu, 
de  la  part  des  capucins,  aucune  subornation  ;  que  le  jeune 
homme  s'était  de  lui  même  réfugié  au  couvent  et  que  les 
protestants  avaient  tort  d'injurier  et  de  menacer  les  reli- 
gieux. Cet  auteur  ajoute  que  tous  les  autres  membres  de 
la  famille  se  convertirent  à  la  fin  du  XVII*  siècle. 

Mais  M,  MoUier  est,  je  crois,  dans  l'erreur  lorsqu'il  dit 
que  le  germe  de  la  conversion  avait  été  depuis  longtemps 
déposé  dans  le  cœur  du  jeune  seigneur  de  Mirabel  par  le 
*  cardinal  de  Richelieu  lui-même  et  parle  P.Joseph. Suivant 
ce  qui  précède,  la  mère  à\i  jeune  Mirabel  était  déjà  veuve 
'  en  1675  et  en  1678  puisqu'on  la  traite  en  chef  de  famille. 
En  outre,  un  gentilhomme  qui  était  jeune  en  1678,  ne 
pouvait  pas  avoir  eu  de  relations  avec  Richelieu,  mort  en 


(1)  Françoise,  fille  et  héritière  de  François  d*Urre,  seigneur  du 
Puy-Saint-Martin,  protestante.  Elle  épousa,  en  1654,  Rostaing  de 
Beaumont,  baron  de  Brison,  fils  du  Brave  Brison, 

(2)  Viller^euve  de  Berg,  1866,  p.  232. 


76  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

1642,  ni  avec  le  P.  Joseph,  mort  en  i638.  Si  ces  relations 
ont  existé,c'était  probablement  avec  Jacques  d'Arlempdes, 
décédé  dans  la  foi  protestante  et  père  de  celui  dont  il  vient 
d'être  question.  Ce  dernier  paraît  être  François  Rostaing, 
fils  aîné  et  neveu  de  M.  deVendrias  (Antoine  d'Arlemp- 
des). 

Le  16  octobre  1674,  le  comte  de  Dona  avait  proposé  à 
Lafaïsse,  pour  un  des  frères  d'Antraigues,  un  mariage 
avec  Esther  Elisabeth  Lect,  fille  d'un  syndic  ou  d'un 
conseiller  d'état  de  Genève,  car  on  lui  donne  ces  deux 
qualifications.  «  Il  appartient,  dit  le  comte  de  Dona,  à  une 
des  meilleures  et  des  plus  anciennes  familles  qui  vit  noble- 
ment, et  sans  se  mêler  de  rien  qui  déroge  ni  d'aucun  tra- 
fic, »  et  qu'on  dit  avoir  40,000  écus,  (1)  outre  une  maison 
et  un  jardin  dans  le  Plain-Palais.  Le  syndic  a  deux  filles  ; 
il  donnera  à  chacune  d'elles  10,000  écus  et  lui  en  assurera 
autant.  Il  ajoute  dans  une  autre  lettre  :  je  crois  que  ce  ne 
serait  pas  un  parti  assez  considérable  pour  le  comte  d'An- 
traigues. 

Il  veut  parler  sans  doute  d'Odet  Lect,  nommé  conseiller 
d'Etat  en  1649  ;  il  fut  plus  tard  syndic  et  mourut  en  i685. 
Il  appartenait  à  une  famille  patricienne,  très  ancienne  à 
Genève  représentée  en  ib2i  par  Jean,  seigneur  de  Maté- 
gnin,  reconnu  noble  par  Charles- Quint.  Barthélémy,  son 
fils,  vendit,  en  1548,  son  fief  à  Henri  de  Livron.  Jacques, 
seigneurdeConfignon,filsdu  précédent,  jurisconsulte,théo- 
logien,  et  auteur  de  divers  ouvrages,  fut  père  de  Pierre  et 
grand-père  de  Barthélémy.  Ce  dernier,  paraît  être  oncle 
ou  cousin  germain  d'Odet  et  grand-père  de  Jean  Antoine, 


(1)  D'après  M.  de  Wailly,  p.  175,  la  valeur  intrinsèque  de  Técu 
était  de  5  fr.  54,  représentant  à  peu  près  le  double  en  monnaie 
actuelle. 


ANDRE  DE   LAfAÏSSE.  TJ 

colonel,  tué  en  1745  à  la  bataille  de  Fontenoy  :  la  famille 
Lect  s'est  éteinte  à  la  fin  du  XVIIP  siècle,  (i) 

Pendant  un  long  séjour  que  Lafaïsse  fit,  en  1676,  soit 
à  Genève,  soit  à  Saint-Gervais,  chez  M.  Sarrasin  ou  Sara- 
sin  (2),  dit  le  Hollandais,  il  s'occupa,  du  mariage  de  M"* 
Lect  avec  un  protestant  Dauphinois,  François  de  Bonne, 
marquis  de  VitroUeset  seigneur  de  Rochefort,  qui  signait 
Rochefort  de  Bonne. 

Il  résulte  d'une  note  que  M.  Joseph  Roman,  le  savant 
éditeur  de  la  Correspondance  de  Lesdiguières^  a  eu  l'obli- 
geance de  me  communiquer,  de  la  généalogie  insérée  dans 
cttte  Correspondance^  t.  III,  p.  478,  et  de  deux  actes  pas- 
sés à  Montélimar  en  1667  et  en  1697,  par  les  notaires 
Chalamel  et  Ripot,  que  l'auteur  commun  du  connétable 
et  des  diverses  branches  de  sa  famille  portant  le  nom  de  de 
Bonne,  était  François,  dit  le  Vieux,  notaire  à  Saint-Bon- 
net (3),  qui  vivait  en  li'jb  et  en  1 385  et  avait  épousé 
i®  Marguerite  Vieux  -,  2*  Alix  de  Laye. 

François  laissa  outre  Raymond,  évêque  de  Vaison,  trois 
fils;  I*  Gabriel,  notaire,  duquel  descend  le  connétable; 
2*  Martin,  de  qui  sont  issus  les  seigneurs  de  Veynes,  d'Oze 
et  de  Vitrolles  ;  3®  Jacques,  dit  Jamonet  de  Bonne,  notaire 
à  Saint-Etienne  d'Avançon,  déjà  mort  en  1469,  époux  de 
Catherine  Boyssonnier,  auteur  des  branches  d'Auriac,  de 
Tallard,  de  Lazer  et  de  Vercors. Cette  dernière  s'est  éteinte 
en  1848  dans  la  personne  de  Barthélémy  Honoré  Scipion 


(1)  Grenus  Documents  biographxqites  sur  Genève^  1815,  p.  15,  60, 
157, 196,  314  ;  Galiffe,  Notices  généalogiques,  t.  III. 

(2)  Cette  famille,  dont  il  a  déjà  été  question  à  la  date  de  1674,  est 
représentée  aujourd'hui  par  M.  Albert  Sarasin,  qui  est  dans  une 
belle  position  de  fortune . 

(3)  Les  de  Bonne  étaient  notaires  de  père  en  fils  dans  cette  loca- 
lité depuis  1225  (Bulletin  de  V Académie  Delphinale  pour  1878,  p.  53). 


78  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET  DE  STATISTIQUE. 

de  Bonne,  dit  le  marquis  de  Bonne-Lesdiguières,  capitai- 
ne de  dragons  et  chevalier  de  Saint-Louis,  mais  brave  et 
irascible,  quoique  borgne  et  d^une  taille  lilliputienne  :  son 
père,  Charles  François,  sVtait  fixé  à  Montélimar  par  suite 
de  son  mariage  avec  Marie  Françoise  Bernard,  veuve 
Vial,  qui  eut  lieu  en  1763.  La  famille  de  la  Bruyère  a 
hérité  des  biens  de  Scipion  et  de  ceux  de  sa  femme. 

Jean  de  Bonne,  seigneur  de  VitroUes  et  d'Oze,  gouver- 
neur d'Embrun,  mort  vers  i63o,  issu  de  Martin,  ne  laissa 
pas  de  fils.  Jeanne,  sa  fille,  épousa,  en  160 5,  Jacques  de 
rOlivîer,  fils  de  Claude,  anobli  en  1607,  lequel  fut  substitué 
par  son  beau-père  à  son  nom  et  à  ses  armes,  et  eut  pour 
fils  François  et  Joseph,  connus  sous  le  nom  de  de  Bonne. 
François  épousa,  en  1647^  Justine  d'Armand  deLuzou 
de  Lus,  et  plusieurs  de  ses  descendants  fixés  à  Sisteron, 
siégèrent  aux  Etats  généraux  en  1 789  :  leur  postérité  s'est 
récemment  éteinte. 

Joseph  se  maria  avec  Catherine  Antoinette  de  Sillol  ou 
de  Silhol,  de  Montélimar,  fille  de  Louis,  veuve  d'Alexan- 
dre de  Rastel,  seigneur  de  Rocheblave;  il  fut  père  de  Fran- 
çois de  l'Olivier  de  Bonne,  qualifié  de  marquis  de  Vitrol* 
les  et  de  seigneur  de  Rochefort,  marié,  avec  M"*  Lect.  Il 
possédait  des  biens  à  Montélimar,  du  chef  de  sa  mère  et 
de  celui  de  Gaspard  Borel,  avocat.  Il  mourut  sans  posté- 
rité, puîsqu'en  1697  Alexandre  de  Rastel,  son  frère  utérin, 
en  avait  déjà  hérité. 

En  1676  comme  aujourd'hui,  les  mariages  étaient  sou- 
vent un  marché  financier  ou  vaniteux,  plutôt  qu'une 
affaire  de  cœur,  (i)  Si  Furetière  avait  pu  connaître  la  cor* 


(1)  Votre  fille  vient  d'échanger  un  oui  pour  un  noiUf  disait  le 
musicien  Paër  à  la  mère  d'une. de  ses  élèves,  riche  héritière  de 
finance  qui  venait  d'épouser  un  marquis. 


Al^DPÉ   DE  LAFAÏSSE.  ^Q 

respondance  du  comte  de  Dona,  il  lui  aurait  certainement 
fait  des  emprunts,  pour  son  Roman  bourgeois^  premier 
ouvrage  d'observation  produit  par  la  littérature  française 
et  publié  en  1666.  C'est  dans  ce  volume  (p.  53  de  l'édition 
de  1854)  que  se  trouve  le  tarif  des  dots,  c'est-à-dire  la  posi- 
tion ou  profession  de  l'époux  à  laquelle  pouvait  prétendre, 
à  cette  époque,  une  jeune  fille  suivant  le  chiffre  de  sa  for- 
tune. Les  possesseurs  de  charges  ou  offices,  vendus  en  si 
grand  nombre  par  Louis  XIV  pour  faire  face  aux  dépense» 
de  la  guerre,  avaient  alors  la  vogue.  Quant  aux  bour- 
geois, que  l'auteur  appelle  rentiers,  ils  étaient  évalués 
par  lui  au  denier  six,  comme  les  rentes  de  l'Etat  si  mal 
payées,  c'est-à-dire  qu'ils  devaient  avoir  six  fois  plus  de 
fortune  que  leur  future. 

Voici  les  conseils  essentiellement  pratiques  donnés  par 
le  comte,  à  Lafaïsse^  dans  une  lettre  du  5  décembre  1676, 
écrite  de  Coppet  : 

«  Vous  désirez  que  je  vous  dise  ma  pensée  sur  votre 
voyage  seul  ou  accompagné  (par  M.  de  Bonne  ?)  je  crois 
qui  SI  vous  faites  réflexion  sur  le  stile[i)  du  pays,  il  ne 
faut  point  que  les  intéressés  paraissent  que  l'on  ne  soit 
d'accord  de  tout,  parceque  si  la  personne  elle-même  à 
paru,  il  y  va  de  votre  réputation  (2)  que  la  chose  aille  en 


(1)  StiUy  usage,  habitude,  dans  le  XVII*  siècle.  A  l'époque  dont 
nous  parlons,  il  j  avait  un  singulier  préjugé  qui  avait  un  caractère 
officiel,  à  Genève,  ville  protestante,  qui  aurait  dû,  plus  que  toute 
autre,  en  être  exempte.  D'après  Grenus,  Fragments  biographiques ^ 
p.  173,  comme  on  redoutait  une  guerre  avec  la  Savoie,  <  on  com- 
manda en  1667,  mille  balles  de  fonte,  vu  que  celles  de  plomb  ne 
font  aucun  effet  sur  le  corps  de  ceux  qui  sont  charmés,  dont  on  dit 
qu'il  7  a  bon  nombre  dans  les  troupes  de  Savoie.  > 

(2)  On  prétend  souvent  aujourd'hui  que  celui  qui  arrange  un  ma- 
riage sacrifie, d'ordinaire^ une  de  ses  connaissances  à  un  de  ses  amis. 


8o  SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

avant  ;  quand  un  ami  non  intéressé  parait,  ce  sont  leurs 
affaires  de  serrer  le  marché  ou  de  laisser  perdre  l'occasion. 
Etant  ici,  vous  verrez  s'il  est  expédient  que  l'autorité  de 
M.  le  D.de  L.  C.  (i)  paraisse  d'abord,  ou  si  vous  donnez 
à  connaître  qu'on  ne  la  veut  point  prostituer  que  l'on  ne 
soit  assuré  de  la  chose  ;  cependant  vous  ferez  voir  en  con- 
fidence que  vous  en  êtes  muni,  mais  que  vous  avez  à  la 
ménager.  De  l'autre  affaire  (?)  ne  la  pressant  point  que 
vous  ne  soyez  ici,  vous  en  serez  aussi  le  maître.  Parlant 
du  stile  de  votre  lettre  que  je  fis  voir,  les  méditations  d'une 
seule  nuit  produisirent  des  effets  admirables  ;  chaque  pays 
a  ses  coutumes,  et  assurément  ceci  n'est  plus  France.  » 

Dans  une  autre  lettre,  le  comte  de  Dona  écrivait  qu'on 
donnerait  les  20,000  écus  présentement,  mais  qu'on  paie* 
rait  à  M.  et  à  Mme  Lect  l'intérêt  de  la  moitié,  au  quatre 
pour  cent,  jusqu'à  leur  mort. 

Diverses  lettres,  écrites  en  avril  et  en  mai  1676  par 
Alexandre  de  Sillol,  de  Montélimar,  qui  paraît  être  l'on- 
cle du  futur,  sont  relatives  à  des  achats  de  robes,  meu- 
bles, argenterie  ;  on  mentionne  une  tapisserie  de  verdure, 
pour  tenture,  du  prix  de  900  livres  (3,ooo  ou  3,5oo  francs 
de  notre  monnaie)  ;  une  belle  étoffe  à  fleurs  noires  qu'on 
nomme  vénitienne  avec  des  dentelles  ;  une  robe  de  cham- 
bre d'un  brocard  nué  à  fleurs  d'or  ;  une  jupe  longue  de 
Mohère  couleur  paille,  avec  de  la  guipure  ;  un  brocard 
rose  et  blanc  à  fleurs  d'or  ;  du  brocard  nué  de  soie  à  colon- 


(1)  C'était  François  Emmanuel  de  Bonne  de  Créquj,  comte  de 
Sault,  duc  de  Lesdiguières,  gouyerneur  du  Dauphiné,  issu  du 
connétable  par  les  femmes  :  il  épousa,  en  1675,  Paule  Marguerite 
de  Gondi,  duchesse  de  Retz.  Il  était  parent  à  un  degré  très  éloigné 
du  futur,  descendant,  comme  lui,  des  de  Bonne  par  les  femmes. 


ANDRE   DE  LAFAÏSSE.  8l 

nés  torses,  pour  une  jupe,  avec  de  la  guipure  pour  le  bas, 
un  assortiment  de  points  de  France,  etc.  On  voit  ce  qu'il 
faut  penser  de  la  simplicité  de  nos  grand^mères.  On  ajoute  : 
«  La  diligence  met  sept  jours  de  Paris  à  Lyon.  » 

Le  mariage  eut  lieu  bientôt  après.Charles  d'Arbalestier, 
dont  il  a  été  question  à  la  date  de  1646,  cousin  du  futur, 
écrivit  à  Lafaïsse  plusieurs  lettres  pour  le  remercier  du 
service  qu'il  avait  rendu  à  la  famille. 

On  se  marie  généralement  avec  des  gens  qu'on  ne  con- 
naît pas,  parce  qu'on  trouve  que  ceux  que  Ton  connaît 
ont  déjà  trop  de  défauts  ;  c'est  pour  cela  qu'une  douairière 
expérimentée  répondait  à  une  jeune  dame  qui  lui  an- 
nonçait le  mariage  de  sa  sœur  et  provoquait  des  félici- 
tations :  ff  ma  chère  amie,  je  ne  fais  jamais  mon  compli- 
ment que  dix  ans  après  le  mariage.  » 

Celui  du  marquis  de  Bonne  ne  tarda  pas  à  donner  lieu  à 
des  mécomptes  et  à  des  récriminations  réciproques.  Le  futur 
n'avait  pu  faire  face  aux  cadeaux  et  aux  frais  de  noces 
qu'au  moyen  d'emprunts.  Un  neveu  de  M.  Lect  écrivit  de 
Genève,  à  Lafaïsse,  le  21  novembre  1676,  une  lettre  de 
huit  grandes  pages  dont  voici  des  extraits  : 

«  J'aurais  souhaité,  pour  rendre  ma  joie  plus  entière  en 
recevant  votre  lettre  qui  a  mis  trois  mois  pour  me  parvenir, 
de  ne  point  y  trouver  de  plaintes  de  votre  part  contre  au- 
cun membre  de  ma  famille,  mais  il  est  assez  difficile,  dans 
les  négociations  de  cette  nature,  qu'il  ne  se  trouve  quelque 
mécontent,  même  dans  celles  qui  réussissent  le  mieux. 
Celle-ci  n'ayant  été  faite  que  dans  des  intérêts  d'alliance, 
d'un  côté,  et  pécuniaires,  de  l'autre,  il  ne  faut  pas  s'éton- 
ner s'il  n'y  a  pas  tout  ce  qu'on  a  prétendu  (trouver)  d'un 
côté  et  d'autre.  Je  pense  que  personne  n'a  raison  de  se 
plaindre   de  n'avoir  pas    assez  examiné  les  choses,  et 

Tome  XX.  —  1886.  6 


82  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

de  s'être  laissé  éblouir  par  l'éclat  du  nom  et  la  vaine  gloire 
du  monde,  puisqu'on  a  eu  tout  le  temps  nécessaire  pour 
être  informé  ;  qu'on  l'a  été  et  qu'on  n'a  pas  voulu  être 
désabusé  par  les  avis  qu'on  recevait...  » 

a  Je  suis  revenu  de  Grenoble  depuis  huit  ou  dix  jours; 
le  séjour  que  j'y  ai  fait  n'a  pas  été  inutile  aux  uns  et  aux 
autres  ;  je  trouve  qu'on  s'embarrasse  à  plaisir,  sans  sa- 
voir se  tirer  d'affaire...  Le  marquis  de  Bonne  me  fit  ses 
plaintes  ;  je  fus  aussi  dépositaire  de  celles  de  l'autre  partie, 
et  je  trouvai  que  chacun  avait  quelque  raison....  » 

«  M.  L.  mon  onc.  (Lect,  mon  oncle  ?)  me  représenta  ses 
griefs  :  la  douceur  de  vie  qu'il  a  menée  dès  sa  naissance 
lui  a  fait  regarder  cette  affaire  comme  la  plus  fâcheuse  et 
la  plus  chagrinante.  Il  se  plaint  de  vous,  mais  sans  em- 
portement :  il  me  parla  de  ses  codicilles  qu'on  ne  devait 
pas  lui  cacher.  Je  lui  rappelai  que  je  lui  avais  dit  plusieurs 
fois,  à  l'époque  de  cette  négociation,  qu'il  ne  fallait  pas 
attendre  qu'on  lui  montrât  ni  contrats  de  mariage,  ni  tes- 
taments, ni  autres  actes  qui  pourraient  faire  contre  le  bien 
des  affaires  du  marquis  de  Bonne  ;  qu'on  les  lui  supprime- 
rait jusqu'au  moment  où  il  ne  serait  plus  à  temps  de 
choisir.  » 

«  Je  lui  dis  qu'il  vous  devait  considérer  comme  chargé 
d'une  négociation  qui  vous  avait  été  commise  pour  la  faire 
réussir,  et  que  tout  ce  qui  venait  de  votre  part  lui  devait 
être  suspect;  qu'on  employait  dans  ces  occasions  les  ap- 
parences pour  des  vérités  ;  que  des  cabanes  on  faisait  des 
maisons  ;  des  maisons,  des  châteaux  ;  des  châteaux,  des 
provinces  ;  des  sols,  des  livres  ;  des  livres,  des  louis  d'or, 
et  tout  à  proportion  ;  que  c'était  un  véritable  marché  où 
chacun  cherchait  à  farder  sa  marchandise  et  à  la  rendre 
de  meilleur  débit » 


ANDRÉ   DE  LAFAÏSSE.  83 

« 

«  On  a  fait  courir  le  bruit,  à  Genève,  que  vous  en  étiez 
venu  aux  coups  de  poings;  que  vous  aviez  mis  Tun  et  l'au- 
tre la  main  à  Tépée,  et  que  sans  le  secours  des  assistants, 
il  y  aurait  eu  quelque  fin  tragique.  Je  ne  donnai  pas  dans 
cette  nouvelle  ;  la  sagesse  de  Tun  et  de  l'autre  me  persuada 
du  contraire  :  l'accommodement  que  l'on  disait  avoir  été 
fait  par  l'autorité  de  M.  le  D.  (le  duc  de  Lesdiguières  ?) 
dans  le  palais  duquel  on  prétendait  que  la  chose  se  serait 
passée,  me  parut  un  conte  fait  à  plaisir » 

«  Je  décidai  M.  L.  m.  onc.  (M.  Lect,  mon  oncle?)  à  four- 
mi encore  quelques  sommes  pour  tirer  M.  de  Bonne  du 
mauvais  pas  où  il  était.  Je  ne  puis  concevoir  sa  conduite 
de  se  mettre  à  Grenoble  en  maison,  carrosse  sur  pied,  et 
d'avoir  de  nombreux  domestiques  et  point  d'argent.  On 
faisait  quelque  fondement  sur  la  vente  du  majorial  d'Am- 
brun  (i),  pour  recevoir  quelque  milliers  de  livres,  mais  le 
roi  n'en  a  pas  octroyé  les  provisions.  Ceux  qui  les  ont 
empêchées  ont  été  très  sages  et  très  utiles  à  M.  de  Bonne, 
qui  allait  perdre  ce  fonds  qui  lui  donne  un  revenu  près- 
qu'au  denier  dix,  lequel  ne  peut  être  saisi  à  cause  de  sa 
qualité  d'office  du  roi....  » 

«  Ce  gentilhomme  n'est  guères  propre  à  conduire  ses 

affaires Celles  qu'il  a  avec  ses  tantes,  qui  né  veulent 

pas  se  prêter  à  des  voies  amiables,  ne  se  pourront  termi- 
ner que  devant  une  cour  souveraine,  mais  le  parlement 
dé  Grenoble  ne  pouvant  en  connaître,  il  faudra  recourir  à 
un  autre » 


(1)  Il  veut  parler  sans  doute  de  la  charge  de  gouyerneur  d'Em- 
brun, possédée  de  1626  à  1635,  par  Jacques,  grand  père  du  mari  de 
M"*  Lect  et  de  1635  à  1670  par  François  son  père  (Correspondance  de 
Lesdiguières t  i.  III,  p.  489). 


84  SOCIETE  D^ ARCHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

Le  22  novembre  1676,  Mme  Marcombe  écrivait  à  La- 
faîsse  qu'on  s'attendait  à  voir  arriver  à  Genève,  M.  Lect, 
sa  filie  et  son  gendre  en  parfaite  intelligence,  et  deux  jours 
après,  M.  Sarrasin  lui  écrivait  qu'il  prenait  toute  la  part 
qu'il  devait  aux  peines  qu'il  avait  eues  dans  Taffaire  dont 
il  s'était  occupé  avec  tant  de  sollicitude. 

On  voit  d'après  les  pages  de  ce  travail  déjà  imprimées 
tout  le  parti  qu'on  peut  tirer  d'une  collection  d^autogra*- 
phes.  Les  lettres  sont  un  reflet  de  l'époque  à  laquelle  elles 
ont  été  écrites  et  la  font  revivre  à  nos  yeux;  elles  sont  revê- 
tues des  couleurs,  des  passions  et  des  préjugés  propres  aux 
personnes  dont  elles  émanent.  Au  milieu  de  détails,  sou- 
vent inutiles,  elles  nous  instruisent  d'une  foule  de  choses 
qui  ne  sont  point  passées  dans  l'histoire  et  qui  méritent 
cependant  d'être  connues.  Ce  sont  des  conversations  qui 
sautent  d'une  idée  à  l'autre,  sèment  les  miettes  de  l'esprit 
de  ceux  qui  les  ont  écrites  et  contiennent  souvent  une  riche 
moisson  de  révélations  inespérées.  Une  simple  lettre  en 
dira  souvent  plus  qu'un  volume  (e).  On  sait  quels  services 
a  rendu  aux  historiens  la  correspondance  inimitable  de 
Mme  de  Sévigné. 

Les  autographes,  reliques  précieuses  dont  beaucoup  ont 
atteint,  dans  les  ventes,  des  prix  très  élevés,battent  quel- 
quefois en  brèche  des  erreurs  historiques  et  finiront  par 
les  faire  disparaître.  Le  nombre  des  ouvrages  puisés  à  cette 
source  est  cependant  assez  limité,  alors  qu'il  devrait  être 


(1)  Feuillet  de  Concbes,  Causeries  d'un  curieux,  1. 1,  p.  1  et  XV  ; 
t.  III,  p.  401.  L'auteur  possédait  uae  très  belle  collection  d'auto- 
graphes, mais  dans  une  brochure  (70  p.  in-8*)  que  M.  Naudet  a 
publiée  eu  1851,  il  l'accusait  de  receler,  sciemment,  des  autogra- 
phes Tolés  dans  des  dépôts  publics. 


ANDRÉ  DE   LAFAiSSE.  85 

considérable,  à  cause  de  la  grande  quantité  des  documents 
de  cette  nature  qui  existent  dans  les  archives  des  familles 
et  des  dépôts  publics.  Ces  réflexions  sont  complétées  par 
celles  qui  précèdent  deux  intéressantes  publications  em- 
pruntées principalement  à  des  lettres  et  qui  sont  dues  à 
MM.  de  Gallier  et  Perrossier  (i). 

Une  missive  adressée  le  29  avril  1676,  àLafaîsse,  par 
Petit,  personnage  assez  important  dont  il  a  été  question  à 
la  date  de  1Ô73,  contient  la  phrase  suivante:  «  le  bruit 
court  que  Genève  va  avoir  la  guerre  avec  le  duc  de  Savoie; 
si  cela  est,  on  pourrait  donner  à  cet  Etat  un  bon  officier 
pour  commander  Tartillerie.  Dans  le  cas  où  M.  de  Bal- 
thazard  ou  le  comte  de  Dona  ne  songeraient  point  au  géné- 
ralat,  vous  pourriez  le  proposer  au  duc  de  Gadagne.  » 

La  famille  de  Balthazard,  originaire  de  la  Transylva- 
nie, établie  plus  tard  en  Bohême,  dans  le  Palatinat  et  en 
Suisse,  a  rendu  des  services  à  la  France  depuis  le  règne 
de  Henri  IV.  Jean  de  Balthazard,  baron  de  Prangins, 
lieutenant-général  des  armées  de  Louis  XIV,  est  celui 
dont  parle  Petit  :  il  était  souvent  désigné  sous  le  simple 
titre  de  colonel,  parce  quil  était  propriétaire  d^un  régiment 
de  cavalerie  et  d^un  autre  d'infanterie.  Il  épousa,  en  1648, 
Magdeleine,  fille  de  François  de  Brignac,  baron  de  Montar- 
naud,  de  Montpellier  et  s'établit  à  Genève.  Il  eut  plusieurs 
fils  ;  l'un  d'eux,  né  en  1657,  filleul  de  la  République,  re- 
çut les  prénoms  d'Isaac  Genève,  et  fut  colonel  en  Piémont, 
à  Venise  et  en  Angleterre.  La  ville  où  il  naquit  lui  accorda 


(1)  Elles  ont  été  imprimées  dans  le  BtUîetin  archéologique^  1875, 
p.  355  et  1885,  p.  237.  Signalons  aussi  les  lettres  de  Hugues  de 
Lionne,  publiées  par  le  B'  Chevalier  dans  le  môme  Bulletin,  1877, 
p.  355. 


86         SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

gratis,  ainsi  qu'à  son  père,  le  droit  de  bourgeoisie,  qui 
coûtait  5o  écus  ordinairement  (i). 

Quant  au  duc  de  Gadagne  proposé  par  Petit,  il  était  né 
à  Avignon  et  se  nommait  Charles  Félix  de  Galléan.  Il  était 
lieutenant-général  au  service  de  France  :  le  pape  Clément 
IX  érigea  en  sa  faveur,  en  1669,  la  terre  de  Châteauneuf 
en  duché  sous  le  nom  de  Gadagne  ;  ce  titre  a  été  confirmé, 
à  un  de  ses  descendants,  Louis  Charles  Henri,  par  Napo- 
léon III,  en  i86i  (2).  Charles  Félix  était  fils  de  Georges 
de  Galléan  et  de  Louise  de  Gadagne,  dont  il  joignit  le 
nom  à  celui  de  son  père.  Louise  descendait  d'une  famille 
de  banquiers  florentins  appelés  Guadagno  (3),  nom 
d'heureux  augure  pour  des  financiers.  L'un  d'eux,  Tho- 
mas, s'établit  à  Lyon  vers  le  milieu  du  XV*  siècle.  La  fortu- 
ne de  ses  fils  devint  proverbiale,  et  on  disait  dans  cette 
ville  :  riche  comme  Gadagne.  Cette  famille  s'éteignit  dans 
les  la  Baume  d'Hostun,  appelés  aussi  de  Gadagne  et 
tombés  eux-mêmes  en  quenouille  dans  les  marquis  de 
Pons. 

Dans  It  Bulletin  de  P histoire  du  protestantisme^  1862, 
p.  93,  on  cite  le  marquis  de  Venours,  député  du  Poitou 
auprès  des  puissances  protestantes.  Il  écrivit  à  Lafaïsse, 
les  8  avril  et  16  août  1676,  deux  lettres  fermées  avec  un 
cachet  à  ses  armes  (4)  ;  la  première  est  ainsi  conçue  : 


(1)  Grenus,  Documents  biographiques  sur  Genève,  1815,  p.  155,  161; 
—  Pithon-Curt,  t.  IV,  p.  211. 

(2)  Barjavel,  Biographie,  t.  II,  p.  2  ;  —  Armoriaî  du  Dauphiné 
p.  248  et  311  ;  —  Monfalcoii,  Livre  d'or  du  Lyonnais,  p.  210. 

(3)  Guadagno  gain,  bénéfice  en  italien  ;  ce  nom  est  synonyme  de 
Gagne j  Gagneur,  Gagnaire,  Gagnereau,  etc. 

(4)  Elles  étaient,  mi-parti,  au  1,  a  trois  bourdons  de  pèlerin  posés 
en  pal  :  aux  2,  écartelé,  savoir,  au  1  et  4  à  des  fasces  ondées  ;  au 
2  et  3  une  croix  avec  un  château  en  chefi 


ANDRÉ   DE   LAFAÏSSE.  87 

«  Sans  les  afiSixions  terribles  dont  il  a  plu  à  Dieu  de  me 
visiter,  ayant  perdu  ma  femme  et  deux  de  mes  enfants, 
l'un  en  Allemagne  et  l'autre  à  Senef  (i),  j'aurais  continué 
le  commerce  (des  lettres)  que  vous  aviez  trouvé  bon  que 
nous  eussions  ensemble...  Depuis  le  temps  que  j'ai  eu 
l'honneur  de  vous  voir  à  Paris,  ma  province  m'a  ordon- 
né de  continuer  à  paraître  à  la  cour,  à  la  sollicitation  des 
choses  qui  regardent  notre  religion,  mais  avec  si  peu  de 
succès,  que  j'ai  eu  le  déplaisir,  comme  ceux  des  autres 
provinces,  de  voir  que  dans  un  an  notre  condition  s'est 
encore  empirée.  » 

«  Vous  avez  su  le  pitoyable  état  où  on  a  réduit  notre 
pays  :  de  63  lieux  de  services  (2),  on  ne  nous  en  a  laissé 
que  1 3.  Dans  cette  désolation,  nos  peuples,  n'ayant  pu 
vivre  sans  exercice  de  religion,  avaient  contraint  leurs 
ministres  à  leur  donner  les  consolations  dont  ils  avaient 
besoin,  ce  qui  leur  a  attiré  quelques  persécutions.  Nous 
avons  eu  jusqu'à  trente  ou  plus  de  ministres  ou  anciens, 
prisonniers  à  la  fois,  qui  ont  été  enfin  mis  en  liberté.  Il  y 
a  trois  ou  quatre  ans  on  nous  laissait  jouir  de  quelque 


(I)  Le  marquis  de  Venours  montre  iiae  grande  résignation,  bien 
que  ses  deux  fils  se  soient  fait  tuer  pour  défendre  Louis  XIV,  qui 
persécutait  cependant  leur  père  et  leurs  coreligionnaires.  Ceux  qui 
ayant  à  opter  pour  ce  qu'ils  avaient  de  plus  cher  au  monde,  dit  M. 
Albert  Sorel,  optèrent  pour  leur  conscience,  emportèrent  à  l'étran- 
ger, avec  eux,  des  trésors  d'héroïsme,  de  constance  et  de  désintéres- 
sement. 

Le  plus  éloquent  des  récits  se  rapportant  à  la  révocation  de  l'Edit 
de  Nantes  {Les  plaintes  des  protestants,  cruellement  persécutés)  vient 
d'être  réimprimé  (1885)  avec  de  nombreuses  additions,  puisées  par 
M.  Frank  Puaux,  dans  les  archives  nationales. 

(^)  C'est-à-dire  des  localités  dans  lesquelles  l'exercice  du  culte 
était  permis. 


88         SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

tranquillité,  mais  depuis  quatre  mois,  on  a  encore  arrêté 
prisonnier  un  des  ministres  de  nos  églises,  qu^on  a  fait 
conduire  au  château  de  Nantes,  dans  la  pensée  que  les 
autres  cesseraient  leurs  eiiercices,  mais  Dieu  leur  a  mis  au 
cœur  de  continuer.  Vous  savez  aussi  les  diverses  vexations 
qu'on  nous  fait  de  toutes  parts,  aussi  s'est-îl  trouvé  des 
députés  de  presque  toutes  les  provinces,  pour  tâcher 
d'obtenir  de  la  justice  du  roi  quelques  relâchements  aux 
maux  que  le  clergé  continue  à  nous  faire  pour  nous  acca- 
bler entièrement.  » 

«  Il  a  plu  au  roi  de  nous  donner  des  commissaires  pour 
examiner  nos  griefs  ;  comme  un  des  principaux  regarde 
particulièrement  la  noblesse,  ceux  qui  s'intéressent  dans 
nos  affaires  ont  jugé  nécessaire  qu'il  parût,  de  toutes  les 
provinces,  des  gentilshommes  pour  soutenir  un  intérêt 
qui  les  doit  toucher  sensiblement. •..  Il  faut  qu'ils  se  trou- 
vent ici  quand  il  sera  temps  de  demander  la  révocation 
des  arrêts  rendus  au  conseil  contre  nous.  Je  suis  persuadé 
que  dans  votre  province,  où  votre  zèle  est  si  connu,  on 
vous  chargera  de  cet  emploi....  J'ai  pris  part  à  votre 
affliction  de  la  perte  que  vous  avez  faite  de  M.  d'Antrai- 
gues.  J'appris  hier  avec  douleur  que  son  frère,  blessé  à  la 
même  occasion,  est  mort  de  ses  blessures.  » 

1/autre  lettre  du  marquis  de  Venours,  datée  du  i6  août 
1676,  est  ainsi  conçue  :  «  On  retarde  la  réunion  des  syno- 
des jusqu'à  ce  que  Vaffaire  des  fiefs  (i)  soit  réglée  :  j'étais 


(1)  Le  roi  voulait  priver  les  ministres  habitant  les  communes 
possédées  à  titre  de  fief  par  des  seigneurs,  du  droit  d'exercer  publi- 
quement leur  culte  et  d'assister  aux  synodes,  Un  long  mémoire 
juridique  contre  l'arrêt  du  conseil  du  9  février  1671,  décidant  que 
les  ministres  des  fi.efs  seraient  exclus  des  synodes,  était  joint  k  la 
lettre  du  marquis  de  Venours . 


ANDRE  DE   LAFAÏSSE.  8g 

un  des  intéressés....  Il  y  a  déjà  longtemps  que  lorsque 
nous  avons  à  prendre  parti  dans  ce  qui  nous  regarde,  c^est 

presque  toujours  entre  deux  maux  extrêmes Il  y  a  du 

danger,  comme  vous  le  dites,  que  nous  ne  fournissions  un 
prétexte  à  l'avenir  pour  nous  faire  refuser  de  nos  assem- 
blées, mais  je  crois  encore  le  péril  plus  grand  si  nous  nous 
réunissons  avec  la  clause  de  l'exclusion  des  ministres  des 
fiefs  de  rentrée  de  nos  synodes.  Il  y  a  des  provinces,  com- 
me celles  de  (Flsle  de)  France,  Picardie  et  Champagne 
dont  le  synode  est  composé  de  70  ou  72  églises,  dont  il 
n'y  a  que  7  ou  8  églises  de  droit  réel.  La  nôtre  a  les  deux 
tiers  de  ses  églises  de  divers  fiefs  ;  aussi  de  soixante  et  tant 
on  ne  nous  en  a  laissé  que  treize Ces  droits  des  sei- 
gneurs ont  été  Torigine  de  tous  les  droits  qui  nous  ont  été 
donnés  par  les  édits,  et  dès  qu'on  nous  les  aura  ôtés,  les 
autres  suivront  bientôt  ;  il  y  a  des  provinces,  comme  en 

Bourgogne,  où  Ton  n'en  laisse  plus  un  seul On  a  pensé 

que  le  refus  de  tenir  un  synode  ne  serait  pas  si  préjudicia- 
ble que  de  s'assembler  avec  cette  clause.  Si  les  gentils- 
hommes ne  paraissent  pas  dans  une  affaire  qui  leur  est  si 
importante,  je  ne  doute  pas  qu'on  ne  leur  ôte  toute  liberté 
d'avoir  aucun  exercice  chez  eux....  » 

«  Il  s'était  offert  une  ouverture  qui  nous  avait  fait  espé- 
rer que  nous  aurions  cet  avantage,  mais  M.  de  Bais  (i)  et 
quelques  uns  du  Vivarais  ayant  écrit  sur  l'arrêt  qu'on  a 
donné  contre  eux,  on  leur  conseilla  de  députer  en  cour 
quelque  personne  de  mérite  qui  fut  gentilhomme,  parce 
qu'on  avait  remarqué  que  les  gens  de  qualité  avaient  été 
écoutés  plus  favorablement  que  d'autres.  De  plus,   on 


(1)  Isaac  de  Chabrières,  seigneur  de  Baiz,  doat  il  a  été  question 
à  la  date  de  1668. 


go  SOCIETE  D  ARCHEOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

voyait  que  sur  l'affaire  des  fiefs  cette  cause  était  plus 
favorable  dans  la  bouche  d'un  gentilhomme  qu'en  toute 
autre...  «> 

a  L'affaire  de  Baix  (i)  ne  se  réglera  pas  par  les  voies  de 
la  justice  ordinaire  :  nous  en  avons  eu  une  de  la  même 
nature  dans  cette  province,  où  nous  n'avons  trouvé  aucune 
difi&culté...  M.  Letellier  écrivit  à  l'intendant  que  l'inten- 
tion du  roi  n'était  pas  qu'on  nous  inquiétât  pour  cela. 
Avant  mon  départ,  M.  du  Roure,  un  gentilhomme  et  moi,, 
vîmes  M.  Letellier  sur  l'affaire  de  Bais  ;  il  trouva  la 
demande  juste...,  si  M.  de  Baix  n'est  point  encore  envoyé 
à  Paris,  on  prendra  certainement  un  méchant  parti  de  ne 
pas  employer  un  gentilhomme.  Si  vous  avez  la  charité, 
comme  je  n'en  doute  pas,  de  jrendre  vos  bons  offices  à  vos 
coreligionnaires,  je  suis  assuré  que  vous  ferez  leur  affaire, 
car  la  nôtre  était  toute  semblable » 

Lafaïsse  n'était  pas  gentilhomme,  comme  le  croyait  le 
marquis  de  Venours,  mais  son  intelligence,  sa  position  et 
son  influence  étaient  supérieures  à  celles  de  la  plupart  des 
personnes  qui  jouissaient  alors  de  ce  privilège  dû  à  la 
naissance  seule. 

Une  lettre  écrite  le  22  septembre  1676  par  du  Roure 
des  Bonnauds,  (ou  Duroure  des  Bonnaus),  de  Nîmes  dont 
il  a  déjà  été  question  à  propos  de  la  mort  de  MM.  d'An- 
traigues,  contient  les  phrases  suivantes,  relatives  à  la 
même  affaire  : 

«  Nous  avons  vu  ici  les  députés  des  églises  interdites  de 
notre  pays  ;  on  ne  peut  concevoir  comment,  après  avoir 


(1)  C'était  une  des  places  de  sûreté  donaées  aux  protestants:  les 
-villes  et  les'  bourgs  appelés  de  ce  nom,  ayaient,  pour  gourerneur, 
un  officier  protestant . 


ANDRÉ  DE   LAFAÏSSE.  QI 

consulté  les  trois  villes  du  bas  Languedoc,  ils  n'ont  rien 

fait  de  ce  qu'on  y  avait  arrêté On  s'étonne  qu'après  la 

résolution  prise  par  toutes  les  églises  de  ne  demander 
aucun  synode,  que  le  roi  ne  nous  ait  fait  justice  sur  l'in- 
terdiction des  ministres  de  fiefs,  vos  Messieurs  du  Viva- 
rais,  ou  plutôt  M.  0...1,  avec  sa  cabale,  veuillent  faire 
schisme  et  demandent  la  tenue  de  leur  synode;  si  cela 
arrive^  ce  sera  un  sujet  de  scandale.  .  » 

Jean  Saurin,  avocat  à  Nîmes,  écrivait  le  i3  octobre 
lôyô.a  Je  ne  doute  point  que  vous  n'ayez  été  surpris  ainsi 
que  moi  de  ma  députation.  Je  n'y  pensais  pas  et  mes  amis 
m'y  ont  engagé  sans  me  donner  le  temps  de  me  reconnaî- 
tre. Je  n'eus  pas  plus  tôt  accepté  l'emploi,  que  M.  Dumou- 
lin de  Saint-Paul,  m'assura  que  vous  seriez  député  des 
églises  du  Vivarais...J'ai  su,  depuis,  que  le  comte  d'Antrai- 
gues  paraîtrait  à  Paris  comme  député  de  votre  synode...  » 

Le  1 1  décembre  1676,  Saurin,  écrivit  de  Paris  :  «  Je  ne 
fus  pas  plus  tôt  arrivé  qu'un  secrétaire  du  roi,  qui  est  de 
notre  religion,  me  vint  avertir  que  deux  députés  du  bas 
Languedoc,  qui  étaient  déjà  ici,  avaient  écrit  à  Nîmes  par 
ordre  de  M.  de  Ruvigny,  sur  ce  que  MM.  Letellier  (i)  et 
de  Ghâteauneuf  (2)  et  le  roi  même  lui  avaient  déclaré  que 
la  volonté  de  S.  M.  était  qu'il  n'y  eût  pas  à  Paris  d'autres 
députés  de  notre  religion  que  ceux  de  l'année  passée  :  M. 
de  Ghâteauneuf  s'est  même  expliqué  nommément  à  mon 
égard.  » 


(1)  Michel  Letellier,  ministre,  était  âgé  de  82  ans  en  1685;  il  sup- 
plia le  roi  de  lui  accorder  la  consolation  de  signer,  avant  de  mourir 
la  révocation  de  l'Edit  de  Nantes,  et  il  expira  quelques  jours  après 
l'avoir  signée . 

(2)  11  était  secrétaire  d*  Etat  et  fort  habile  rapporteur  dans  les 
affaires  soumises  au  conseil,  dit  Saint-Simon  :  il  mourut  en  1700. 


92  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

«  Dès  que  M.  de  Ruvigny  fut  arrivé,  M.  Claude  (i)  lui 
parla  de  moi,  et  lui  fit  espérer  que  je  travaillerais  avec  les 
autres  députés,  pourvu  que  je  ne  parusse  point  devant  les 
ministres  d'Etat  que  le  roi  nous  a  donnés  pour  commis- 
saires. Quand  les  députés  voulurent  savoir  s'il  approuvait 
que  je  fusse  de  leurs  assemblées,  il  leur  répondit  quUl  ne 
fallait  pas  m'y  appeler  ;  qu^étant  à  la  veille  de  faire  des 
demandes  au  roi,  il  serait  trop  dangereux  de  commencer 
par  une  désobéissance  qui  les  ferait  tous  chasser,  qu'il 
était  bien  aise  que  je  ne  le  visse  point,  pour  pouvoir  dire 
qu'il  ne  m'avait  pas  vu,  et  que  j'étais  sans  doute  à  Paris 

pour  d'autres  affaires Chacun  des  députés  m^a  fait 

l'honneur  de  me  visiter...  On  ne  veut  pas  même  laisser  à 
ceux  de  notre  religion  la  liberté  de  se  plaindre,  ni  d'em- 
ployer ceux  qu'il  leur  plaît  de  choisir  pour  faire  connaître 
les  maux  qu'ils  souffrent.  » 

«  Nos  affaires  sont  dans  le  plus  pitoyable  état  ;  on  ne 
veut  point  répondre  à  nos  requêtes  que  les  instances  qui 
sont  à  vider  au  conseil  pour  les  Eglises  de  Bourgogne  ne 
soient  jugées  ;  on  a  commencé  à  y  travailler.  De  six  exer- 
cices (dans  les  temples)  dont  il  s'agit  nous  en  avons  perdu 
deux,  et  Ton  a  permis  à  Tévêque  d'Autun  de  ne  juger  point 
les  autres  qu'il  ne  fût  revenu  des  Etats  de  cette  province... 
Nous  avons  su  ce  qui  s'est  passé  en  Vivarais  touchant  les 
légats  (legs)  de  nos  pauvres  ;  il  parait  qu'on  en  veut  faire 
de  même  partout...  M.  de  Venours  n'est  point  à  Paris. .•  » 

Saurin  écrivit  de  Paris,  le  28  avril  1677  :  «  On  ne  tra- 
vaille point  à  nos  affaires  pendant  l'absence  du  roi,  et  le 
temps  de  son  retour  est  incertain.  Si  je  l'attendais  davan- 


(Ij  Jean  Claude,  célèbre  contro persiste  protestant,  ministre  à 
Nîmes  et  à  Montaaban  U619-1687),  auteur  de  Touvrage  que  vient  de 
rééditer  M.  Puauz. 


ANDRÉ   DE   LAFÀÏSSE.  gS 

tage,  je  m^engagerais  ici  pour  tout  Tété,  et  ma  santé  veut 

que  je  parte,  car  j^ai  été  malade Je  laisse  à  Paris  quinze 

députés  qui  travailleront  bien  sans  moi  quand  il  en  sera 
temps.  Je  vous  écris  tout  ceci  pour  vous  rendre  raison  de 
ma  conduite,  car,  comme  je  vous  estime  infiniment,  je 
serais  inconsolable  si  vous  aviez  sujet  de  me  blâmer.  » 

Saurin  retarda  son  départ  de  Paris,  car  une  lettre  du 
20  juillet  1677  ^^  ^^^^^  conçue:  «  L'afFaire  des  Ministres 
des  fiefs  fut  examinée  le  i3  de  ce  mois,  à  Versailles,  par 
les  commissaires,  chez  le  maréchal  de  Villeroi,  où  ils 
dînèrent  ainsi  que  M.  de  Ruvigny.  Après  le  repas,  M.  de 
Ruvigny  sortit  :  ces  messieurs  restèrent  deux  heures  à 
conférer  ensemble  et  chargèrent  M.  de  Châteauneuf  de 
rapporter  cette  affaire  au  conseil  devant  le  roi,  le  vendredi 
suivant.  Le  lendemain,  nous  députâmes  M.  du  Bosc(() 
à  Chaville  où  était  M.  Letellier,  pour  tâcher  de  découvrir 
ses  sentiments,  et  pour  le  prier  de  proposer  ses  difficultés, 
sll  en  avait,  afin  qu'on  pût  lui  donner  les  éclaircissements 
nécessaires.  M.  Letellier,  ne  voulut  point  l'écouter,  lui  dit 
que  l'affaire  était  assez  connue  et  que  les  difficultés  seraient 
proposées  devant  le  roi » 

«  S.  M.  ayant  oui  le  rapport,  déclara  qu'elle  voulait 
qu'on  ne  lui  parlât  plus  de  cette  affaire,  et  que  les  commis- 
sions pour  la  tenue  des  synodes  fussent  expédiées  par  les 
secrétaires  d'Etat,  en  la  forme  ordinaire,  excluant  néan- 
moins les  députés  de  l'académie  (2)  de  Saumur  d'entrer 
dans  ces  assemblées,  mais  on  ne  nous  a  point  voulu  donner 


(1)  C'était  Pierre  Thomines  du  Bosc,  théologien  protestant,  doué 
d'un  grand  talent  de  parole.  Louis  XIV  qui  Tentendit  comme  dé- 
puté, en  1668,  disait  que  c'était  le  plus  beau  parleur  de  son  royaume. 

(3)  Maison  d'instruction  supérieure  pour  les  protestants. 


94         SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

d'arrêt  là  dessus,  et  Ton  nous  a  fait  dire  par  M.  de  Ruvi- 
gny  que  nous  devions  nous  contenter  de  la  parole  du  roi.  » 

«  L'évêque  de  Rennes  avait  donné  une  ordonnance  par 
laquelle  il  enjoignait  aux  catholiques  servant  ceux  de  la 
religion,  de  quitter  leur  service  après  leur  terme  fini,  et 
défendait  aux  autres  de  s'y  engager  dorénavant.  Cette  dé- 
fense avait  été  publiée  dans  tous  les  prônes  et  portait  pour 
peine,  Texcommunication.  Nous  nous  en  sommes  plaints, 
et  le  roi  a  dit  ^*on  eirrerraft  des  ordres  en  Bretagne  pour 
défendre  aux  évêques  de  donner  de  pareilles  ordonnances, 
et  aux  curés  de  les  publier,  mais  on  n'a  pas  voulu  donner 
d'arrêt  pour  cela » 

Je  n'ai  pas  trouvé  d'autres  lettres  relatives  à  cette  ques- 
tion des  Ministres  des  fiefs  \  elle  fut  sans  doute  suspendue 
pendant  quelque  temps,  mais  suivant  les  expressions 
d'Henri  Martin  (t.  XIV,  p.  37),  Louis  XIV  ayant  agi 
vis-à-vis  de  la  Réforme  comme  d'une  proie  qu'on  enferme 
dans  un  cercle  qui  va  toujours  se  resserrant,  jusqu'à  ce 
qu'on  la  saisisse  corps  à  corps  et  qu'on  l'étoufFe,  des  me- 
sures plus  tyranniques  reléguèrent  cette  affaire  au  second 
plan.  Ces  extraits  m'ont  paru  intéressants  pour  l'histoire  du 
protestantisme  dans  les  années  qui  ont  précédé  la  révo- 
cation de  l'édit  de  Nantes. 

{A  continuer.) 

Bon  DE  COSTON. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE   GERMANE.  gS 


CORRESPONDANCE  O'ACHABD  OE  GERINE 

avec  M.  de  la  Coste 

L'I  DES  DEHNIERS  PRESIDENTS  A  MORTIER  DO  PARIEHENT  DE  DADPBIliE 

pendant  les    deux  premières    années   de    VEmigration 

1791-179J. 


(Suite.  —  Voir  les  74*  et  75*  livraisons). 

4«' 


VII 


[Fragment  sans  date). 


...  Les  gardes  nationales  s'assemblent,  soupçonnent 
quelque  contre-révolution,  et  viennent  les  saisir  à  six  heu- 
res du  matin.  Ils  les  trouvent  couchés  ensemble  et  les  gar- 
dent à  vue.  Le  courrier  arrive.  En  tête  de  la  lettre,  il  y 
avait  :  Pour  vous  seul.  Cela  confirme  Tidée  d'une  contre- 
révolution.  Il  parlait  en  termes  énigmatiques,  et  disait 
de  se  défier  des  Argus.  Il  annonçait  qu'il  viendrait  à  leur 
rencontre  deux  cents  pas  avant  d'arriver  à  Gap.  La  garde 
nationale  conduit  les  deux  prisonniers  à  Gap  et  saisit 
M.  de  Revigliasc  (i)  lui-même  à  deux  cents  pas  de  Gap. 


(1)  Il  s*agit  vraisemblablement  ici  de  M.  le  Comte  de  Reyillasc, 
lieutenant  des  maréchaux  de  France  à  Grenoble,  dont  la  famille 
possédait  la  seigneurie  de  Yeynes,  non  loin  de  Gap.  Il  est  bien  re- 
grettable que  la  mutilation  subie  par  cette  lettre  laisse  ce  curieux 


96  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

On  le  mène  à  l'hôtel  de  ville  ;  le  peuple  s'assemble,  crie  : 
à  la  lanterne'^  on  les  interroge  jusqu'à  1 1  heures  du  soir. 
Cette  aventure  est  d'autant  plus  mortifiante,  qu'elle  s'est 
passée  sous  les  yeux  de  toute  la  famille  et  de  Tévêque  de 
Gap(i).  On  a  parlé  d'une  séparation  entre  M.  et  Mad*  de 
Revigliasc  ;  mais  quelques  personnes  sages  préviennent 
sans  doute  cette  démarche,  qui  ajouterait  encore  plus  au 


épisode  à  l*état  d*énigme.  Nous  n'en  trouvons  aucune  mention  dans 
les  écrits  et  les  journaux  deTépoque.  Guj  Allard  a  écrit  la  généa- 
logie de  cette  famille,  qui  est  originaire  de  la  Normandie.  (Y.Edm. 
Maionibn,  Bibliographie  Grenobloise ^  n^  694). 

(1)  François-Henri  de  la  Broue  de  Yareilles,  d'une  noble  et  an- 
cienne famille  du  Poitou,  qui  avait  produit  le  célèbre  Pierre  do  la 
Broue,  éyéque  de  Mirepoiz,  était  né  au  château  de  Sommières,  près 
Poitiers,  le  4  septembre  1734.  D'abord  chanoine  et  ricaire  général 
de  Metz,  il  fut  sacré  érèque  de  Gap  le  25  juillet  1784.  Dans  la  cé- 
lèbre assemblée  des  trois  ordres  de  la  proTiDce,  tenue  à  Romans 
en  décembre  1788,  il  fut  chargé  du  rapport  sur  le  mandat  impératif 
proposé  par  Meunier  aux  futurs  députés  aux  Etats  généraux,  et  en 
approuya  le  projet  ;  mais  plus  tard,  il  unit  ses  efforts  à  ceux  de 
rarchevéque  d'Embrun,  son  Toisin,  pour  enrayer  la  Révolution  et 
protester  contre  ses  yiolences.  Il  refusa  de  prêter  le  serment  schis- 
matique,  et  adhéra  pleinement  à  l'Exposition  des  principes  des 
évéques  membres  de  l'Assemblée  nationale  sur  la  Constitution  ci- 
vile du  clergé,  publiée  par  Tarcheyèque  d'Aix,  son  métropolitain. 
U  protesta  contre  l'intrusion  de  l'abbé  Cazeneuve,  qui  lui  ayait  été 
donné  pour  successeur  par  les  électeurs  des  Hautes-Alpes.  A  l'é- 
poque du  Concordat,  Mgr  de  Yareilles  refusa  la  démission  de  son 
siège,  qu'il  ne  donna  qu'en  1815,  au  retour  de  l'émigration.  Il  fut 
alors  nommé  chanoine  de  Saint-Denjs,  et  se  retira  k  Poitiers,  où  il 
est  mort  dans  un  âge  avancé,  en  1826.  Nous  ne  savons  d'où  M. 
Rochas  a  tiré  que,  tout  en  excommuniant  l'abbé  Cazeneuve,  il  lui 
faibait  passer  secrètement  les  ornements  nécessaires  à  son  sacre. 
Cette  anecdote,  admise  sur  la  foi  de  quelque  pamphlétaire,  ne  sau- 
rait être  prise  au  sérieux. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE   GERMANE.  97 

scandale.  II  aurait  mieux  valu  un  projet  de  contre-révo- 
lution, qui  du  moins  ne  Taurait  pas  voué  au  ridicule. 

Il  paraît  que  M.  de  B.  (i)  prend  à  grippe  MM.  Sadin  (2) 
et  Angles.  Ils  sont  en  état  de  se  bien  défendre.  Quelques 
personnes,  qui  veulent  chercher  le  principe  de  toutes  cho- 
ses, ont  dit  quUl  craignait  de  vous  avoir  pour  concurrent 
dans  Tachât  des  biens  nationaux,  et  qu'il  voulait  vous 
éloigner.  Cest  un  bruit  qui  a  couru  dans  le  temps.  Les 
démagogues  ont  nié  avec  effronterie  l'histoire  des  deux 
prisonniers  ;  on  s'est  aperçu  que  cette  aventure,  qui  a 
mortifié  les  municipaux,  les  a  rendus  plus  circonspects. 
Toutes  les  personnes  sensées  ont  bien  vu  qu'on  voulait 
profiter  de  la  fermentation  contre  le  club  projeté,  pour  la 
diriger  contre  vous. 

Le  Directoire  de  département  a  reçu  réponse  du  prési- 
dent du  comité  des  recherches,  au  sujet  de  la  dénoncia- 
tion de  M.  révêque  et  des  vicaires  généraux  (3);  elle  porte 
qu'il  se  réunira  avec  le  comité  ecclésiastique  et  un  autre, 
dont  je  ne  me  rappelle  pas  le  nom,  pour  prendre  en  consi- 
dération la  dénonciation.  Le  tribunal  n'a  pas  été  en  avant. 
On  a  craint  vraisemblablement  de  n'indisposer  {sic)  les 
esprits,  qui  sont  déjà  portés  à  s'émouvoir  relativement  à 
l'expulsion  des  deux  curés  (4).  On  m'est  venu  trouver  pour 


(1)  De  Barrai,  le  célèbre  marquis  de  Montferrat. 
~  (3)  Vlbailli  du  bailliage  de  Graisivaudan . 

(3)  Le  Directoire  du  départemeut  avait  dénoncé  à  TAssemblée  le 
mandement  de  Mgr  Dulau  relatif  à  la  constitution  civile  du  clergé. 
Un  exemplaire  de  oe  document  fut  porté  à  Paris  par  les  soins 
des  dénonciateurs. 

(4)  Les  deux  curés  de  Grenoble  qui  furent  expulsés  étaient  MM. 
Sadin,  curé  de  S.  Louis,  et  Gigard,  curé  de  S.  Joseph.  Ce  dernier 
fut  remplacé  par  l'abbé  Baudot,  prêtre  habitué  du  Chapitre  de 

Tome  XX.  -  1886.  7 


98  SOCIÉTÉ  D^ARCHÉOLOGIE  ET  DE  STATISTIQUE. 

adresser  un  mémoire  à  TAssemblée  nationale  à  l'efifet  de 
demander  M.  Tabbé  Sadin  (i).  Je  promis  de  le  faire,  d^au- 
tant  plus  que  M.  de  Chaléon  (2)  et  plusieurs  autres  étaient 
de  cet  avis.  Mais  quelques  personnes  prudentes  m'en  ont 
détourné,  parce  qu'elles  ont  prévu  que  cette  pétition  opé- 
rerait des  troubles,  et  accroîtrait  peut-être  encore  plus  la 
force  de  la  démagogie  dans  cette  ville. 

Je  suis  étonné  comment  il  peut  y  avoir  des  esprits  in- 
quiets en  Savoie.  Nous  devrions  bien  servir  d'exemple. 
Nos  malheurs  sont  assez  sensibles. 

Je  vous  remercie  de  l'intérêt  que  vous  voulez  bien 
prendre  à  ma  santé.  J'en  prendrai  toujours  un  très  vif  à  la 
vôtre  et  à  celle  de  Madame. 

Mercredi  soir. 


VIII 

Monsieur, 

J'ai  reçu  avec  bien  du  plaisir  votre  lettre.  Vos  amis  et 
moi  étions  dans  la  peine  de  ne  pas  recevoir  de  vos  nou- 


Notre-Dame,  qui  fut  Fun  des  notables  de  la  commune  de  Grenoble, 
de  1790  à  1793,  puis  juge  de  paix  de  Tarrondissement  occidental  de 
cette  ville,  en  l'an  IL  Les  abbés  Hélie  et  Lemaltre,  curés  des  deux 
autres  paroisses,  S.  Hugues  et  S.  Laurent,  étaient  acquis  au  schis- 
me constitutionnel.  L'abbé  Lemaltre  devint  vicaire-général  de  Di- 
jon à  la  suite  d*Henri  Reymond,  à  l'époque  du  Concordat. 

(1)  L'abbé  Sadin,  frère  du  vibailli,  né  à  Grenoble  le  25  juillet 
1737,  était  curé  de  St-Louis  dès  1762.  Ayant  refusé  de  prêter  le 
serment  schismatique,  il  émigra,  et  on  le  trouve  en  1795  auprès  de 
Mgr  Dulau,  son  évéque.  Le  4  août  1797,  il  était  de  retour  à  Greno- 
ble, et  il  y  est  mort,  curé  de  St-Louis,  le  4  octobre  1809. 

(2)  Beau-frère  de  M.  de  la  Coste.  (Voir  l'introduction). 


CORRESPONDANCE.  D^âCHARD   DE  GERMANE.  99 

Telles.  Je  ne  suis  pas  surpris  que  les  chaleurs  de  Rome 
ayent  un  peu  éprouvé  Madame  de  la  Coste,  et  j'apprends 
avec  satisfaction  son  rétablissement. 

M.  Dupuy  de  St- Vincent  est  revenu  pour  demander  si 
j'accepterais  le  principal  de  sa  créance  ;  je  lui  ai  répondu 
que  j'étais  bien  assuré  que  ce  remboursement  ne  vous 
ferait  pas  plaisir.  Je  ne  lui  ai  pas  montré  votre  lettre.  Il 
n'a  pas  insisté.  Il  a  placé  son  argent,  ou  plutôt  son  papier 
chez  M  Périer.  —  Leytellet  a  appris  vraisemblablement 
que  je  recherchais  vos  titres,  ou  bien,  pour  vous  faire 
pièce,  il  a  offert  de  vous  payer  en  assignats.  J'ai  dit  que 
j'étais  prêt  à  recevoir.  J'ai  fait  tirer  le  compte  par  Durif, 
votre  procureur,  sur  les  pièces  que  j'ai  découvertes  chez 
M.  Desgranges.  Votre  créance  arrive  à  8000  et  quelques- 
cents  livres.  Je  présume  qu'il  payera  demain  ou  après 
demain.  Je  me  propose  de  faire  signifier  un  appel  au 
commissaire  du  Roi,  du  jugemefit  de  M.  le  magistrat 
Pâques  (i).Les  injures  que  le  procureur  de  la  commune  (2) 
3e  permit  de  dire  ne  firent  qu'un  peu  de  bruit  à  l'époque 
de  ce  jugement.  Quelques-uns  de  vos  amis  vinrent  me 
voir  à  ce  sujet,  pour  s'informer  avec  exactitude  des  faits, 
et  témoigner  leur  sensibilité.  Le  Journal  patriotique 
annonça  qu'il  donneroit  des  détails  sur  cette  affaire  (3).  Je 


(1)  Pâques  (Charles)  fils,  cordonnier,  fut  l'un  des  vingt-six  no- 
tables élus  en  1791.  Il  était  en  même  temps  officier  de  la  garde  na- 
tionale, régisseur^  de  l'hôpital  militaire,  administrateur  de  l'hôpital 
général.  Il  fut  aussi  administrateur  du  dépôt  de  mendicité  de  Gre- 
noble, du  l*'août  1790  au  V"  août  1792. 

(2)  Jean-Baptiste  Delhors.  (V.  une  note  de  la  lettre  YI).  M.  Mai- 
gnien  a  publié  une  petite  notice  sur  ce  personnage  (Grenoble,  Bre- 
vet 1881,  8  pp.  in-12). 

(3)  On  lit  dans  le  Journal  patriotique  du  16  juillet  1791  (n'  65)  : 
«  Dans  le  prochain  numéro,  je  raconterai  le  jugement  rendu  contre 


100  SOaÉTÉ  D^RCHÉOLOGIE  ET   DE  STATISTIQUE. 

m^attendois  à  une  diatribe  violente,  dans  le  n*  suivant,  et 
il  n'en  a  pas  été  question.  Leytellet  m'a  fait  annoncer  qu'il 
allait  vous  former  une  action  en  dommages-intérêts  de 
3  ou  4000  livres,  sous  le  prétexte  que  vous  aviez  fait  délo- 
ger ses  inquilins  (i)  pour  bâtir,  et  qu'il  avait  été  privé  de 
ses  loyers  pendant  un  ou  deux  ans.  Comme  nous  aurons 
le  temps  de  réfléchir  lorsque  l'assignation  aura  été  donnée, 
je  vous  parlerai  de  cette  action.  —  J'ai  loué  tout  l'apparte- 
ment de  la  rue  des  Clercs,  sauf  une  boutique  que  vous 
aviez  laissée  gratuitement  à  un  faiseur  de  paniers.  C'est  à 
un  assez  bas  prix  que  j'ai  passé  les  conventions  aux  per- 
sonnes que  Saint-Claude  (2)  m'a  amenées;  mais  j'ai  pré- 
féré de  retirer  une  vingtaine  de  louis,  parce  que  les 
appartements  non  loués  se  dégradent.  J'ai  mis  dans  toutes 
les  conventions  que,  si  vous  jugiez  à  propos  de  bâtir,  les 
inquilins  partiraient  sous  un  mois. 

M.  votre  frère  m'a  écrit  pour  demander  ses  intérêts.  Je 
lui  ai  fait  passer,  par  lettre  de  change  que  M.  Périer  m'a 
remise,  la  somme  qu'il  demandait,  c'est-à-dire  4,o5 1  livres 
12  sols. 

On  est  fort  troublé  dans  cette  ville.  Avant-hier,  on 
arrêta  une  sœur  de  Ste-Marie  et  un  frère  ignorantin  au 
sujet  de  certaines  litanies,  où  on  demande  que  Dieu  nous 
délivre  des  assignats,  etc.  M.  Dupuy,sur  le  quai  (3),  qui  se 


«  M.  Lacoste,  ci-devant  Président  au  Parlement.  Ce  jugement 
«  mérite  d'être  connu.  >  Mais,  ni  dans  le  n'  66,  ni  dans  aucun  des 
suivants,  il  n'est  question  de  ceite  affaire. 

(1)  Locataires. 

(2)  Domestique  de  M.  de  La  Coste,  dont  il  sera  plusieurs  fois 
fait  mention  dans  la  suite  de  cette  correspondance. 

(3)  M.  Dupuy,  rue  du  Quai,  était  changeur  et  attaché  à  la  juridic- 
tion des  monnaies.  ^Aîmanach  du  Dauphinépour  1790,  p.  36). 


CORRESPONDANCE   D^ACHARD   DE  GERMANE.  10  ( 

trouvait  compromis  on  ne  sait  comment,  en  fut  quitte 
pour  un  long  interrogatoire  à  Thôtel-de-ville.  —  Hier,  on 
arrêta  le  messager  de  Chambéri,  c'est-à-dire  le  domes- 
tique de  Bertrand  et  le  domestique  du  doyen  (i).  Le  pre- 
mier avait  remis  au  second  un  paquet  en  rue  St-Laurent  ; 
il  y  avait  des  lettres  pour  plusieurs  ecclésiastiques,  et  pour 
Mad*  de  Châteaudouble  (2).  On  a  décacheté  et  lu  publi- 
quement toutes  ces  lettres.  L'abbé  Pison  (3),  à  qui  Mgr 


{h  L'abbé  de  Courtois-Minut. 

(2)  Anne-Françoise  du  Puy-de- Saint-Vincent,  ayant  perdu,  en 
1775,  son  mari,  Joachim  Pasquet  de  Yalbonne,  sieur  de  Château- 
double,  lieutenant  du  roi  en  la  citadelle  de  Grenoble,  consacra  le 
reste  de  ses  jours  aux  œurres  de  la  charité  la  plus  éminente.  Son 
titre  de  noble  Payant  obligée  d'émigrer  peu  après  Pépoque  où  nous 
sommes  parvenus,  elle  se  retira  à  Chambéry,  où  elle  continua  la 
yie  d'abnégation  et  de  déyouement  qu'elle  menait  à  Grenoble.  A 
son  retour  dans  cette  ville,  elle  trouva  tous  ses  biens  confisqués  et 
vendus  ;  mais  la  ruine  complète  de  sa  fortune  ne  ralentit  point  sa 
charité.  Devenue  pauvre  elle-même,  elle  se  fit  quêteuse,  afin  de 
pouvoir  subvenir  encore  aux  besoins  des  malheureux.  Cette  fem- 
me admirable  mourut  victime  de  son  dévouement,  ayant  contracté 
auprès  des  prisonniers  qu'elle  allait  visiter  une  maladie  conta- 
gieuse, qui  l'emporta  au  bout  de  quelques  jours,  le  25  décembre 
1803.  L'évêque  de  Grenoble  et  toutes  les  autorités  de  la  ville  assis- 
tèrent à  ses  funérailles,  qui  furent  honorées  d'un  immense  con- 
cours de  peuple,  et  surtout  des  larmes  amères  d'une  multitude  de 
pauvres  et  de  malheureux.  La  vie  de  Madame  de  Châteaudouble  a 
été  écrite  par  l'abbé  J. -Cl  au  de  Martin.  On  en  trouve  un  abrégé 
dans  la  Biographie  du  Dauphiné. 

(3)  Jean-Baptiste  Pison ,  chanoine  de  Saint-André  et  vicaire- 
général  de  Grenoble,  était  né  dans  cette  ville  en  1725.  Il  ne  prêta 
aucun  serment.  Arrêté  le  20  juin  précédent,  il  fut  incarcéré  avec 
l'abbé  Brochier,  son  collègue.  Ayant  été  relâché,  il  ne  tarda  pas  à 
émigrer,  et  se  retira  en  Savoie.  On  ignore  l'époque  de  son  retour  à 
Grenoble,  où  il  est  mort  le  19  mars  1805.  Son  grand  âge  ne  lui 
Avait  pas  permis  d'y  reprendre  aucune  fonction. 


102         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE- 

Tévêque  écrivait  pour  lui  donner  des  pouvoirs,  fut  con- 
duit à  la  municipalité,  où  il  resta  pour  son  interrogatoire 
fort  avant  dans  la  nuit.  On  est  indigné  de  ce  qui  se  passe* 
On  présume  que  toutes  ces  lettres  feront  emprisonner 
beaucoup  d'ecclésiastiques.  Mad*"  de  Châteaudouble  excita 
la  vénération  des  officiers  municipaux,  qui  vinrent  la  voir 
à  ce  sujet.  La  famille  de  Sayve  a  obtenu  une  sorte  de  satis- 
faction de  l'arrestation  de  M.  le  Président,  lorsqu'il  vou- 
lait passer  avec  ses  enfants  en  Savoie.  L'Assemblée  natio- 
nale a  décidé  qu'on  devoit  empêcher  son  passage,  mais 
non  pas  le  ramener  comme  s'il  avait  été  prisonnier.  Il  est 
à  Lyon,  avec  MM.  de  Vaux,  de  Raynaud  (i),  etc.  Mad«  de 
Sayve  est  ici  fort  inquiète,  surtout  à  cause  de  ses  enfants. 
Le  Journal  patriotique  est  devenu  fort  audacieux;  i^ 
nomme  les  personnes.  On  souffre  tout  cela.  —  Je  vous 
prie  de  ménager  votre  santé  ;  je  fais  des  vœux  pour  le 
parfait  rétablissement  de  celle  de  Madame. 
25  août. 

A  Monsieur,  Monsieur  de  La  Coste,  président  à  mortief 
au  Parlement  de  Grenoble. 

A  Rome.  Poste  restante. 

Recommandé  à  M.  l'abbé  Nicolet,  chez  Mgr  de  Bayanne, 
auditeur  de  Rote  (2). 

A  Rome.  —  Italie. 


(1)  Jean-Baptiste  de  Reynaud,  procureur  général  en  suryirance 
au  Parlement,  fut  incarcéré  comme  suspect,  puis  émigra.  Il  figure 
encore  sur  la  liste  des  notoirement  suspects  arrêtée  par  les  com- 
missaires de  la  Convention  pour  le  département  de  l'Isère, en  avril  et 
mai  1793.  L'abbé  de  Rejnaud^son  frère,  était  ricaire-général  et  cha- 
noine de  la  cathédrale  ;  il  fut  député  du  clergé  aux  Etats  de  Romans. 

(2)  Alphonse  Hubert  de  Lattier  de  B&yanne,  né  à  Valence,  le  30 
octobre  1789,  fut  d'abord  chanoine  de  cette  ville  (1770),  puis  vicaire 


CORRESPONDANCE   d'aCHÂRD   DE  GERMANE.  Io3 


IX 


Monsieur, 

Quelques-uns  de  vos  débiteurs  proposent  le  rembour- 
sement des  capitaux.  J^évite  autant  quMl  est  possible  les 
remboursements.  Il  y  en  a  un  cependant  auquel  il  a  été 
impossible  de  résister  :  c'est  celui  de  20,000  fr.  dû  par 
M.  de  la  Vallonné,  (i)  et  primitivement  par  M.  Boufier.  — 
M.  d'Orbanne  et  M.  Desgranges  ont  cru  que  cette  créance 
devenant  une  dette  à  jour  par  la  suppression  de  la  charge 
de  trésorier,  sur  laquelle  on  l'avait  affectée,  et  dont  elle  était 
le  prix,  on  ne  pouvait  résister  à  ce  remboursement. 
D'ailleurs  il  y  avait  à  gagner,  parce  que  la  créance  était  au 
4  pour  cent,  sous  la  retenue  ordinaire.  En  conséquence, 
j'ai  reçu  le  capital,  qui  a  été  sur  le  champ  remis  chez 
M.  Périer. 

J'ai  écrit  à  M.  votre  frère,  pour  lui  proposer  le  rem- 
boursement des  100,000  fr.  qui  lui  sont  dus,  parce  que 
M.  Périer  m'a  dit  qu'il  fournirait  le  déficit.  J'ai  observé  à 


général  de  Rodez,  et  fut  nommé,  en  1777,  auditeur  de  rote  pour  la 
France  et  cheralier  de  Malte.  Il  prit  une  part  active  à  la  conclusion 
du  Concordat,  et  fut,  par  suite,  élevé  à  la  dignité  de  cardinal,  le  21 
thermidor  an  X  (9  août  1802] .  Il  fut  comblé  des  faveurs  de  PEmpire, 
mais  n'en  demeura  pas  moins  fidèle  à  Pie  VII,  jusqu'à  sa  mort,  sur- 
venue à  Paris,  le  26  juillet  1818.  L'auteur  du  Dictionnaire  des  Car- 
dinaux lui  attribue  une  brochure  sur  la  Malaria^  qu'il  composa 
pendant  son  séjour  en  Italie. 

(1)  Antoine  Hébrard  du  Mas  de  la  Yalonne,  chevalier,  conseiller 
du  roi,  trésorier  général  de  France  en  Dauphiné  dès  1777,  est  mort 
sans  postérité  en  1809.  Il  figure  sur  la  liste  des  suspects  mention- 
née à  ]a  note  précédente. 


104         SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE   ET  DE  STATISTIQUE. 

M.  votre  frère  que  vos  fonds  étaient  placés  sans  intérêts, 
qu'il  aurait  des  ressources  dans  la  capitale,  pour  placer 
ses  assignats,  que  s'il  ne  voulait  compter  que  la  moitié  de 
son  capital,  je  lui  ferais  passer  une  lettre  de  change  de 
5o,ooo  fr.  que  M.  Périer  tirerait,  que  si  cependant  ce 
remboursenent  du  capital  ou  de  la  moitié  lui  déplaisait, 
fe  continuerais  à  placer  vos  fonds  sans  intérêts  ;  mais  qu'il 
me  paraissait  un  peu  dur  de  n'en  pas  exiger  et  d'en  payer. 
Il  ne  m'a  pas  encore  répondu.  Je  lui  ai  fait  passer  des 
lettres  de  change  pour  4,iooet  quelques  livres,  qui  font 
les  intérêts  d'un  an.  J'ai  suivi  ses  propres  calculs. 

Madame  de  Sayve  part  demain  pour  Lyon.  Elle  m'a 
remis  ce  petit  billet  pour  Madame  de  la  Coste.  Elle  s'inté- 
resse vivement  pour  M*^*  de  Montgenis  :  c'est  une  des 
victimes  de  la  Révolution.  Cette  demoiselle  a  de  l'éduca- 
tion ;  mais  elle  est  sans  fortune.  Elle  désirerait  entrer  dans 
la  maison  d'un  grand  seigneur  comme  femme  de  compa- 
gnie. Elle  ne  sait  pas  l'italien;  mais  elle  parle  très-bien  le 
français.  M.  Barthélémy  d'Orbanne,  qui  vous  présente  ses 
hommages  et  à  Madame  de  la  Coste,  vous  prie,  de  même 
que  moi,  de  prendre  à  cœur  les  intérêts  de  cette  demoi- 
selle. Je  prévois  que,  dans  des  temps  de  réforme,  il  sera 
difficile  de  réussir. 

Madame  de  Sayve  jouit  de  la  santé,  malgré  des  inquié- 
tudes qu'elle  a  eues.  Son  mari  a  passé  à  Chambéry  par 
Lyon.  Ses  deux  enfants  sont  parvenus  aussi  en  Savoie; 
mais  ce  n'a  pas  été  sans  peine.  On  a  été  obligé  de  les  por- 
ter par  les  bois  et  les  montagnes  ;  ils  ont  couché  sur  des 
tas  de  pierres,  en  plein  air,  accablés  de  faim,  de  soif  et  de 
froid.  Enfin,  ils  sont  parvenus  bien  portants.  C'est  tout  ce 
qu'on  voulait.  On  a  été  pendant  quelques  jours  fort  en 
peine.  Les  émigrations  sont  toujours  considérables,  mal- 


I 


CORRESPONDANCE  d'âCHARD   DE  GERMANE.  loS 

gré  une  foule  de  surTeillants.  On  procède  à  force  aux 
élections.  On  a  député  à  la  législative  MM.  du  Bayet(i), 
Vallier,  de  S.  Marcellin  (2),  Guilloud,  avocat  et  notaire  (3), 
Bravet,  de  Chapareillan  (4),  Michou  (5),  de  Brandes  (sic)^ 


(1)  Voir  sur  Aubert-Dubajetune  note  de  la  lettre  II.  On  trouve 
un  mot  très  curieux  sur  lui  dans  la  Revue  du  Dauphiné  et  du  Viva^ 
raiit  T.  P%  p.  201.  —  Madame  du  Bajet,  sa  tante,  était  supérieure 
de  la  maison  des  Filles  de  la  Présentation,  à  Grenoble. 

(2)  Yallier-Colombier,  maître  particulier  des  Eaux  et  Forêts  au 
département  de  Saint-Marcellin,  avait  déjà  été  député  de  cette  ville 
aux  Etats  de  Romans  pour  le  Tiers-Etat. 

(3)  Jean-Baptiste  Guilloud,  né  le  20  novembre  1757,  aux  Abrets, 
où  son  père  était  notaire  ;  lui-même  était  avocat  au  Parlement 
lorsque  la  Révolutiou  éclata.  Il  fut  l'un  des  administrateurs  du 
département  de  l'Isère  en  1790  ;  ce  qui  amena  son  élection  à  l'As- 
semblée législative.  Mais  il  n'y  fit  qu'une  bien  médiocre  figure,  et 
après  la  session,  il  vint  reprendre  les  fonctions  de  juge  de  paix  de 
son  canton,  dont  il  était  déjà  investi.  Il  passa  de  là  par  différents 
degrés  jusqu'au  titre  de  conseiller  à  la  cour  de  Grenoble  (1811],  et 
mourut  au  village  de  Longe-Chenal  (Isère),  en  octobre  1823.  — 
C'était  le  frère  de  l'abbé  Joseph  Guilloud,  mort  curé  de  St-André 
de  Grenoble,  le  24  avril  1810,  et  auteur  de  Poési&t  chrétiennes  qui 
ont  été  l'objet  d'une  notice,  par  M.  Gustave  Yallier. 

(4)  Avait  été  député  de  Grenoble  aux  Etats  de  Romans,  où  il  fit 
partie  du  second  bureau,  chargé  des  routes  et  travaux  publics. C'é- 
tait, croyons-nous,  un  parent  du  député  Bravet,  qui  vient  de  mourir. 

(5)  Jean-Claude-Luc  Mïchoud,  né  à  Brangues  (Isère),  était  négo- 
ciant à  Grenoble  lorsque  la  Révolution  éclata.  Il  en  embrassa  les 
principes  avec  ardeur,  et  fut  l'un  des  administrateurs  du  départe- 
ment. H  ne  brilla  pas  à  la  Législative.  Rentré  dans  ses  foyers  après 
la  session,  il  devint  juge  de  paix  de  Morestel,  membre  du  conseil 
général  de  l'Isère,  puis  conseiller  à  la  cour  impériale  de  Grenoble 
en  1811.  Il  suivait  pour  ainsi  dire  pas  à  pas  son  ex-collégue  Guil- 
loud. En  novembre  1827,  il  fut  de  nouveau  député  dans  l'arrondis- 
sement électoral  de  Crémieu;  mais  il  mourut  avant  d'avoir  siégé,  le 
13  mars  1828.  fBjochaeJ. 

è 


io6      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

la  Condamine,  médecin;  il  en  est  resté  encore  trois  (i). 
Les  campagnes  ont  fait  la  loi  ;  les  patriotes  se  sont  décriés 
réciproquement  pour  se  faire  nommer.  Les  aristocrates 
ont  un  moment  de  gaîté.  On  vexe  et  on  fatigue  toujours 
les  honnêtes  gens.  Il  ne  reste  presque  plus  de  noblesse  ici. 
Beaucoup  d'honnêtes  citoyens  ont  aussi  décampé.  Je  vous 
renouvelle  toujours  avec  plaisir  l'assurance  de  mon  très 
respectueux  attachement. 

a  septembre. 

Mad^®  de  Montgenis  a  eu  un  procès  contre  Madame 
Martout.  Vous  pourrez  peut-être  vous  rappeler  de  l'avoir 
vue  lorsqu'elle  allait  solliciter  le  jugement.  Elle  a  environ 
3o  ans.  Elle  jouit  d'une  bonne  santé  ;  elle  est  d'une  belle 
taille. 

{Même  adresse  que  la  lettre  précédente). 


8  septembre  179t. 

Monsieur, 

J'ai  reçu  votre  lettre  n"  2.  Je  ne  suis  pas  étonné  qu'il 
vous  manque  le  n*  5  des  miennes.  Ce  sera  celle  où  je  vous 
annonçais  la  mort  de  Madame  de  St- Roman  (2);  elle  devait 


(1)  Les  trois  citoyens  élus  quelques  jours  plus  tRrd  pour  complé- 
ter la  députation  de  l'Isàre  furent  Rogniat  (Jean-Baptiste),  Dumo- 
lard  (Joseph-Vincent}  et  Danthon  {alias  d'Anthon^ .  Ce  dernier  était 
avocat  à  Vienne,  et  avait  fait  partie  des  Etats  de  Romans. 

(2)  Veuve  de  Claude-Daniel  Canel  de  Saint-Roman,  conseiller 
au  Parlement  de  Grenoble  en  1771  ;  elle  demeurait  place  Grenette. 


CORRESPONDANCE  d'ACHARD  DE  GERMANE.  IO7 

être  datée  du  14  ou  du  t5  juillet.  Je  vous  racontais  notre 
fédération  de  Grenoble,  notamment  celle  des  femmes,  qui 
prêta  beaucoup  à  rire  (i).  Sans  doute,  les  décacheteurs  de 
lettres,  dont  on  se  plaint  généralement  ici,  n^auront  pas 
jugé  à  propos  de  la  faire  parvenir.  Cette  manie  munici- 
pale de  décacheter  les  lettres  et  de  fouiller  chez  le  citoyen 
vient  d'être  blâmée  par  le  ministre  de  la  justice,  à  Tégard 
de  Tabbé  Pison  et  de  Tabbé  Brochîer.  Ils  sont  sortis  de 
prison  ;  ce  dernier  n'a  été  élargi  que  hier.  Toute  la  ville  a 
été  lui  rendre  visite,  et  aujourd'hui,  les  débris  des  hon- 
nêtes gens  qui  restent  ici  iront  en  corps  lui  faire  visite  et 
lui  faire  un  cômplimeiit  où  on  transcrira  quelques  expres- 
sions du  ministre  de  la  justice  ;  on  se  propose  ensuite  de 
le  faire  insérer  dans  les  papiers  publics. 

La  commission  relative  aux  Affiches  a  été  faite  (2).  Vous 
recevrez  probablement  les  w^  de  septembre  avec  la  pré- 
sente. J'ai  aussi  fait  passer  la  seconde  lettre  pour  M.  de  St* 
Gratien.  La  première  avait  dû  lui  parvenir  dans  son  temps. 


(1)  La  lettre  qai  précède  porte  en  effet  la  date  du  14  juillet  ; 
mais  elle  ne  contient  pas  tout  ce  que  son  auteur  indique  ici  :  il  n'j 
est  en  particulier  fait  aucune  mention  de  la  mort  de  Madame  de 
Saiot-Roman.  Sans  doute  qu*à  deux  mois  d'interyalle  les  souve- 
nirs d'Achard  de  Germane  étaient  un  peu  brouillés. 

(2)  Les  Affiches  du  Dauphinéy  la  plus  ancienne  des  publications 
périodiques  de  Grenoble,  s*imprimaient  chez  la  veuve  Giroud , 
puis  chez  ses  fils.  Cette  feuille  a  paru  depuis  le  6  mai  1774  jus* 
qu*au  17  juillet  1792,  époque  où  elle  fut  supprimée,  comme  peu 
sympathique  au  nouvel  ordre  de  choses.  Elle  avait  pour  principaux 
rédacteurs!.  Vallet,  D.  Villard.  Bilon  père,  Virard,  les  docteurs 
J.  Nicolas  et  J.  J.  Menuret  (de  Montélimar),  etc.  On  y  trouve  des 
renseignements  fort  intéressants  pour  l'histoire  de  la  province, 
principalement  pendant  la  période  de  sa  durée.  (Edm.  Maionibn, 
Bibliographie  Grenobloise^  n»  1294). 


ïo8       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

J'ai  convenu  avec  Vial  de  lui  passer  un  nouveau  bail'de 
Bouquéron,  sous  une  augmentation  de  3oo  fr.,  et  lo  louis 
d'épingles  pour  Madame  de  La  Coste.  Le  bail  aurait  dû 
éprouver  une  augmentation  plus  forte  ;  mais  la  récolte  de 
cette  année  sera  absolument  mauvaise,  à  cause  de  Texces- 
sive  sécheresse. 

S*il  faut  en  croire  les  placards  qui  furent  mis  il  y  a 
quelques  jours,  Dieu  veut  se  venger  de  ce  que  Ton  persé- 
cute ses  ministres  et  que  Ton  ferme  les  églises  catholiques. 
En  e£fet,  depuis  longtemps,  nous  n'entendons  plus  de 
messes.  —  Je  croyais  remplacer  l'Amodru,  fermière  de 
Simiane  (i);  des  raisons  bien  fortes  m'y  déterminaient. 
Mais  il  est  des  considérations  qui  m'engagent  à  ne  pas  la 
mettre  dehors.  Elle  a  fait  des  pertes  considérables  de  bes- 
tiaux. J'ai  voulu  en  rechercher  la  cause,  et  il  a  paru  vrai- 
semblable que  l'on  peut  l'attribuer  à  la  suppression  de  la 
fontaine  et  au  mauvais  état  des  écuries.  J'ai  cru  qu'il  était 
d'une  sorte  d'équité  de  fournir  à  cette  femme  l'occasîan  de 
se  dédommager  d'une  perte  qu'on  ne  pouvait  reprocher  à 
elle.  J'irai  à  Jarrie  sur  la  fin  de  la  semaine,  et  vraisembla- 
blement, je  donnerai  le  prix-fait  de  cette  fontaine.  M. 
Teyssier  m'a  dit  qu'il  en  coûterait  peu.  Je  me  propose 
aussi  de  faire  rétablir  celles  de  Bouquéron  et  de  la  Tron- 
che, pour  que  les  fermiers  puissent  mieux  faire  leurs  affai- 
res. Il  paraît,  par  les  renseignements  que  j'ai  pris,  que  ces 


(1)  Le  domaine  de  Simiane  est  situé  sur  la  paroisse  de  la  Basse- 
Jarrie,  et  tire  yraisemblablement  son  nom  d*un  membre  de  la  fa- 
mille de  Simiane  allié  aux  La  Coste,  l'auteur  peut-être  de  la  brancbe 
des  Simiane-La-Coste.  Marie-Anne  Pourroy  de  Yoissanc,  femme 
de  François  de  Simiane-La-Coste,  président  au  Parlement,  mourut 
en  odeur  de  sainteté  vers  1670. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE  GERMANE.  tOg 

fontaines  ne  coûteront  pas  20  ou  25  louis.  M.  d^Ântour(i) 
m'a  dit,  l'on  m'a  encore  assuré  d'ailleurs,  que  les  habi- 
tants de  Champagnier  ont  jugé  à  propos  de  s'emparer 
d'un  de  vos  fonds  par  délibération,  sous  prétexte  qu'il  est 
nécessaire  pour  un  chemin.  Il  me  presse  d'aller  sur  les 
lieux  pour  vendre  ce  fonds,  qui  est  de  modique  valeur, 
afin  de  ne  pas  laisser  prendre  un  pareil  usage  de  s'em- 
parer des  biens  des  particuliers.  Je  profiterai  de  la  même 
occasion  pour  voir  vos  biens  de  Brié,  Jarrie,  etc.,  et  pour 
les  baux,  s'il  y  a  lieu.  J'ai  reçu  la  quittance  de  la  somme 
envoyée  à  M.  votre  frère.  J'ai  envoyé  à  Madame  de  La 
Rolière  ses  intérêts,  suivant  son  compte.  Ces  payements 
ont  été  faits  en  assignats,  parce  que  c'est  la  seule  monnaie 
qui  ait  cours.  Quoique  j'aie  reçu  une  somme  importante 
pour  vous,  il  n'y  aurait  pas  eu  de  quoi  payer  Madame  de 
La  Rolière  en  argent.  Les  assignats  perdent  le  20  ,pour 
100.  Je  les  place  toujours  de  la  même  manière  chez  M. 
Périer.  —  Ley tellet  n'est  pas  en  état  de  payer  les  8, 200 
et  quelques  livres  qu'il  vous  doit  en  capitaux  et  acces- 
soires. Il  m'a  proposé  de  recevoir  à  compte  6,000  fr.  Je 
ne  voulais  pas  morceler  cette  créance  ;  cependant,  réfle- 
xion faite,  il  m'a  paru  plus  expédient  de  la  recevoir.  M. 
Barthélémy  est  du  même  avis.  Les  6,000  fr.  sont  à  peu 
près  des  intérêts  ou  des  frais  qui  ne  produisent  rien,  et  il 


(1)  Abel  d*Antour,  conseiller  au  Parlement,  fut  le  dernier  repré- 
sentant d'une  ancienne  famille,  connue  à  Saint-Marcellin  dès  le 
XVP  siècle.  On  contestait  ses  prétentions  à  la  noblesse,  qu'elle  ne 
manifesta,  du  reste  que  vers  la  fin  du  dernier  siècle.  Abel  d'Autour 
avait  épousé  une  de  la  Tour-du-Pin-Montauban,  de  laquelle  il  n'a 
pas  eu  d'enfant.  Il  avait  deux  sœurs  religieuses  à  Montfleury  ;  la 
plus  jeune  fut  la  dernière  prieure  de  ce  monastère.  Elle  est  morte  à 
Saint-Marcellin  en  1842,  à  Tàge  de  81  ans. 


flO         SOCIÉTÉ   d'archéologie    ET   DE   STATISTIQUE. 

n'est  peut-être  pas  hors  de  propos  de  laisser  un  petit  ca- 
pital sur  le  s^  Leytellet,  et  de  se  réserver  la  continuatioa 
des  poursuites.  Vous  n'auriez  pas  raison  de  croire  avoir 
seul  la  distinction  glorieuse  d'être  condamné  à  une  aumô- 
ne, avec  contrainte  par  corps  :  MM,  de  Vaux,  de  Reynaud 
et  de  St-Ferriol(i)  viennent  d'être  assignés,  à  la  requête 
de  l'accusateur  public  devant  le  tribunal,  pour  avoir  pris 
la  qualité  de  procureur  général,  de  président  et  de  député 
de  la  noblesse.  J'ai  consolé  tant  que  j'ai  pu  Madame  de 
Reynaud  (2)  et  Madame  de  Vourey  (3).  On  demande  à  cts^ 
Messieurs  1,400  fr.  d'aumône,  savoir  3oo  aux  deux  pre- 
miers et  800  au  troisième.  J'ai  cité  votre  exemple.  Ces 
Messieurs  sont  à  Lyon,  où  on  est  moins  persécuté.  Ils 
n'ont  pas  encore  pu  sortir. 


(1)  Armand-Joseph  de  Sibeud  de  St-FerrioI|  né  le  15  octobre 
1750,  décédé  le  21  novombre  1837,  avait  épousé  Emilie  de  Plan  de 
Sièjes.  Il  fut  député  aux  Etats  de  Romans,  en  1788,  C'est  le  grand- 
père  de  M.  Armand  de  Saint-Ferriol,  bibliophile  distingué,  mort  en 
1878,  et  de  M.  Jacques-Louis-Xavier,  fondateur  des  bains  d'UriagCr 
Le  P.  Gabriel  de  Saint-Ferriol,  leur  frère,  jésuite,  est  mort  mission- 
naire au  Maduré  en  1847. 

(2)  Marguerite-Françoise  de  Gallien  de  Cléret,  femme  de  Jean- 
Baptiste  de  Reynaud,  conseille!^  au  Parlement. (Voir  ravant-dernière 
note  d0  la  lettre  VIII). 

(3)  Anne-Françoise  de  Reynaud  ,  fille  des  précédents  ,  avait 
épousé,  le  21  janvier  1778,  Gabriel-Jean-Baptiste-Claude  Bouvier 
de  Saint-Julien,  comte  de  Vourey,  ancien  conseiller  au  Parlement 
de  Grenoble,  capitaine  au  régiment  de  Bourgogne.  Son  fils,  Jean- 
Baptiste  Bouvier  de  Saint-Julien,  comte  de  Vourey,  devait  être  le 
dernier  de  la  famille  ;  il  mourut  sans  alliance  en  1812,  laissant  à 
son  ami  le  comte  Achille-Louis  de  Meffray  de  Césarges  la  terre  de 
Vourey,  que  son  oncle,  Balthasar-Victor  Bouvier  de  Saint-Julien, 
dit  le  Chevalier  de  Salvaing,  ancien  chevalier  d'honneur  à  la 
Chambre  des  Comptes  de  Grenoble,  avait  réussi  à  lui  conserver  en 
l'achetant  pendant  la  Terreur* 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD  DE   GERMANE.  ttï 

Le  minéralogiste  auquel  vous  voulez  bien  prendre  inté- 
rêt est  sorti  avec  peine,  et  il  est  allé  offrir  ses  services, 
avec  les  autres,  pour  le  retour  de  la  paix.  L'ordre  reve- 
nant, il  peut  espérer,  et  on  lui  a  promis  qu'il  sera  placé 
dans  les  gardes  du  corps  (i). 

On  a  fait  en  Angleterre  le  relevé  des  sommes  que 
nos  législateurs  y  ont  fait  passer.  M.  Barnave  y  a 
placé  quatre  millions  (2).  On  rit  beaucoup  ici  du  choix 
de  nos  futurs  législateurs.  Les  campagnes  ont  dominé. 
Il   y  a  eu    des  placards   contre   les  trois  districts  qui 


(1)  Le  minéralogiste  dont  il  est  fait  mention  ici  est  peut-être 
Mathieu-Antoine  de  La  Croix  de  Sayre,  qui  possédait  une  belle 
collection  d'histoire  naturelle,  et  en  parliculier  de  minéraux.  Elle 
fut  saisie  au  moment  de  son  départ  pour  l'émigration,  et  la  garde 
en  fut  confiée  prorisoirement  à  Jean-Denys-René  de  La  Croix  de 
Saintp-Yallier,  cheyalier  de  Malte,  son  parent,  jusqu^à  ce  que  l'As- 
semblée législative  eût  décidé  si  les  cheyaliers  de  Malte  devaient 
être  considérés  comme  émigrés. 

(2)  Antoine-Pierre-Joseph-Marie  Barnaye,  né  à  Grenoble,  le  22 
octobre  1761,  exécuté  à  Paris,  le  29  novembre  1793.  On  sait  que  le 
célèbre  orateur  de  l'Assemblée  constituante  était  originaire  du 
tillage  de  Verchenj  (Drôme),  où  son  père  était  né  le  20  mai  1709. 
Un  de  ses  oncles,  notaire  à  Saillans,  fut  député  du  district  de  Crest 
Aux  États  de  Romans  pour  le  tiers-état.  M.  Maignien  signale  dans 
sa  Bibliograpkie  Grenobloise  (n*  1233)  une  plaquette  fort  rare  relative 
à  ce  personnage.  Cette  branche  de  la  famille  Barnave,  la  seule  qui 
subsiste  encore,  est  représentée  aujourd'hui  par  trois  frères > 
Tun  desquels  est  chartreux,  et  un  autre  chef  de  bataillon  en  re- 
traite. Le  second,  M.  Charles  Barnave,  ancien  élève  de  l'école  nor- 
male, ancien  professeur  de  rhétorique  au  lycée  de  Marseille,  direo* 
ieur  de  l'école  Salvien,  l'un  des  pensionnats  les  plus  importants 
de  cette  ville,  vient  d'entrer  dans  les  ordres,  à  l'âge  d^environ  soi- 
xante ans. 


tï2  SOCIÉTÉ   d'archéologie  ET  DE   STATISTIQUE. 

s'étaient  coalisés.  On  a  déjoué  les  Génissieu  (i),  Pâques, 


(1)  Jean-Joseph-Victor  Génissiea,  avocat  au  Parlement  de  Gre- 
noble, était  pour  lors  juge  au  tribunal  du  district.  Il  fut,  l'année 
suivante,  député  à  la  Convention,  dont  il  présida  la  dernière  séance, 
le  4  brumaire  an  IV  (26  octobre  1795).  Il  devint  ministre  de  la  Jus- 
tice la  même  année,  et  il  était  juge  à  la  Cour  d'appel  de  la  Seine, 
lorsqu'il  mourut  à  Paris,  le  27  octobre  1804.  Il  fut  toute  sa  vie  un 
démagogue  exalté,  c  On  prétend,  dit  Rochas,  que  ses  jours  furent 
abrégés  par  le  chagrin  qu'il  ressentit  de  voir  relever  le  trône.>  C'est 
par  erreur  que  ce  môme  auteur  le  fait  naître  le  2  juin  1751;  cette 
date  est  celle  de  la  naissance  de  son  frère  Charles-François.  Voici 
l'acte  de  baptême  du  conventionnel,  relevé  dans  *es  registres  de  la 
paroisse  St-Jean  de  Chabeuil  :  c  Le  30  octobre  1749  a  été  baptisé 
«  Jean-Joseph- Victor  Génissieu z,  fils  légitime  de  M.  Joseph  Génis- 
c  sieux,  notaire  et  procureur,  et  de  demoiselle  Dominique  Faure, 
c  né  hier.  Le  parrain  a  été  sieur  Jean  Carichon,  praticien,  et  la 
c  marraine,  demoiselle  Elisabeth  Savary.  .  .  .  Signés  :  Génissieux, 
c  Carichon,  Faure,  Elisabeth  Savary,  Rey,  curé.  » 

La  famille  du  dernier  président  de  la  Convention  était  originaire 
de  Parnans,  près  Romans.  Clément  Génissieu,  que  nous  croyons 
être  son  grand-père,  avait  quitté  ce  village  vers  la  fin  du  siècle  pré- 
cédent, pour  aller  s'établir  à  Chabeuil,  où  il  exerçait  le  commerce. 
Etienne  Génissieu,  frère  de  celui-ci,  était,  vers  cette  époque,  curé 
de  la  petite  paroisse  de  Gillon,  limitrophe  de  Parnans  (actuelle* 
ment  supprimée),  et  on  l'y  trouve  encore  en  1726.  Cette  famille  était 
l'une  des  plus  notables  du  pays.  Le  19  novembre  1671,  Jacques 
Génissieu  affermait  de  M*  Alexandre  Barbier  de  Bonrepos,  avocat 
en  la  Cour ,  tuteur  de  noble  Pierre  Béatrix» Robert  de  Saint- 
Germain,  seigneur  de  St-Jean-d'Aultavéon,  Clérivauz  et  autres 
places,  tous  les  revenus  de  la  terre  de  Clérivaux  et  généralement 
tout  ce  qui  en  dépend,  pour  six  ans,  au  prix  annuel  de  2,000  livres. 
Le  seigneur  de  Parnans,  ayant  payé  certaines  sommes  au  monas- 
tère de  la  Visitation  de  Romans  pour  le  compte  du  même  Jacques 
Génissieu,  par  suite  d'une  dette  contractée  par  celui-ci  en  1635  et 
en  1643,  Clément  Génissieu,  jnarchand  de  Chaheuilf  petit^fils  de 
Jacques  et  tuteur  des  enfants  de  Joseph,  son  neveu,  fut  assigné  le 
8  mai  1708,  puis  le  4  septembre  1709,  en  payement  desdites  sommes, 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE   GERMANE.  Il3 

Duport  (i),    Tabbé    Hélie  (2),   etc.,  qui   ont  beaucoup 
intrigué  pour  arriver  à  cette  place  sublime.  —  Royer 


à  la  requête  de  noble  François  de  Boffin,  seigneur  de  Parnans, 
Pont-de-BeauToisin  (où  il  résidait)  et  autres  lieux,  fils  et  héritier 
du  premier  créancier.  Jacques  Génissieu,  troisième  du  nom,  son 
cousin  germain,  était  de  oonniyence  avec  lui  pour  ne  vouloir  pas 
reconnaître  cette  dette. 

La  famille  Génissieu  de  Parnans,  s*est  éteinte  en  la  personne  de 
François  -  Romain  Génissieu ,  ancien  conseiller  municipal  de 
cette  commune,  décédé  le  17  avril  1871,  à  Tàge  de  71  ans. 

(1)  Trois  personnages  de  ce  nom  ont  joué  un  rôle  à  Grenoble 
pendant  la  période  révolutionnaire  :  1^  Alexandre-Joseph,  avocat, 
procureur  de  la  commune  en  1790,  où  il  fut  peu  après  remplacé  par 
Delhors.  Il  fut  depuis  juge  à  la  Cour  d'appel,  jusqu'en  1821;  2*  Jean- 
Victor,  avoué  à  Grenoble,  secrétaire  général  de  l*Administration  du 
département  de  l'Isère  en  1790,  suspendu  de  ces  fonctions  comme 
fédéraliste,  le  27  juin  1793  ;  et  enfin, 3<^  Jean-Pierre  Duport-Lavillette, 
avocat,  le  plus  célèbre  des  trois.  Nous  pensons  que  c'est  de  celui-ci 
qu'Achard  de  Germane  veut  parler.  Il  était  officier  municipal  de  sa 
ville  natale  en  1791  et  1792.  Duport-Lavillette  est  mort  à  Grenoble, 
le  19  avril  1827,  à  l'âge  de  70  ans,  avec  la  réputation  d'un  juriscon- 
sulte consommé.  (Voir  sa  notice  dans  la  Biographie  du  Dauphiné.) 

(2)  Jean-Baptiste-Pierre-Amédée  Hélie,  d'une  ancienne  famille 
de  Grenoble  qui  a  figuré  à  la  Chambre  des  Comptes  de  1779  à  1789, 
naquit  dans  cette  ville,  le  24  juin  1747.  Nommé  curé  de  St-Hugues 
en  1773,  il  fut  chargé,  par  le  Conseil  de  ville,  de  prononcer  l'orai- 
son funèbre  du  duc  d'Orléans,  ce  dont  il  s'acquitta  avec  succès 
dans  l'église  de  St-André,  le  22  février  1786.  L*abbé  Hélie  se  lança 
dans  le  parti  de  la  Révolution,  et  fut  choisi  par  Pouchot  pour  vi- 
caire épiscopal  en  1791.  Il  fut  notable  de  la  commune  de  Grenoble 
de  décembre  1792  à  juillet  1793  ;  ce  fut  lui  qui  rédigea  l'adresse  de 
la  municipalité  à  la  Convention  à  l'occasion  de  la  mort  de  Louis 
XVI.  Rochas  vante  sa  charité  et  son  patriotisme.  Outre  son  orai- 
son funèbre  du  duc  d'Orléans,  on  a  de  l'abbé  Hélie  quelques  dis- 
cours patriotiques.  On  lui  attribue  la  paternité  des  deux  pamphlets 
rarissimes  qui  furent  publiés  à  l'occasion  de  la  déplorable  mort  de 

Tome  XX.  —  1886.  8 


1 14      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

des  Granges  dépérit  d'une  manière  sensible  (i).  Il  a  été 
fort  affecté  de  n'avoir  rien  dans  cette  révolution,  dont  il 
est  fort  partisan.  Il  a  composé  plusieurs  ouvrages  sur 
la  justice  de  paix,  qui  auraient  dû  le  faire  préférer;  mais 
il  n'a  pas  été  heureux.  Pupin  a  été  mis  hors  de  cours  par 
jugement  en  dernier  ressort  du  tribunal  de  Gap  (2). 


révoque  Hay  de  Bonteville  en  1788.  C'était  ropinion  'de  M.  Pilot 
père,  qui  avait  connu  plusieurs  intimes  de  Pabbé  Hélie.  (Y.  Biogr. 
du  Dauphiné;  E.  Maignibn,  Bibliogr,  Grenobloise,  n*  1403  ;  Albin  Gras, 
Deiuc  ans  de  Vhisioire  de  Grenoble^  p.  29,  et  au  Dictionnaire  biogr.) 

(1)  Jean-François  Royer  des  Granges ,  d'abord  procureur  au 
baillage  de  Graisivaudan,  se  démit  de  son  office  vers  1770,  et  se 
consacra  tout  entier  aux  fonctions  d'avocat  consultant.  Il  est  mort 
à  Grenoble,  rers  la  fin  de  1800.  —  Des  ouvrages  auxquels  Achard 
fait  allusion,  nous  ne  connaissons  que  le  suivant  :  Instruction  sur 
les  bureaux  de  paix  et  sur  les  actes  judiciaires  de  la  Justice  de  paix,  Gre- 
noble, 1791.  (In-8*  de  224  pp.)  D'autres  ont  paru  postérieurement  à 
la  date  de  cette  lettre,  et  n'ont  pas  rapport  au  môme  objet.  Les 
œuvres  de  cet  auteur  sont  remarquables  par  la  prolixité  de  leur 
titre,  qui  présente  un  sommaire  détaillé,  une  vraie  table  des  ma- 
tières contenues  dans  le  volume.  En  voici  un  que  nous  citons  à  titre 
de  curiosité,  tout  en  l'abrégeant,  et  que  M.  Rochas  énonce  en  deux 
lignes,  avouant  ne  l'avoir  jamais  vu  :  Instruction  sur  la  contribution 
foncière,  dans  laquelle  on  a  exprimé  comment  les  impositions  étaient  per- 
çues sous  Vancien  régime.  .  .  .  (etc.  :  dix  autres  sous-titres  de  ce 
genre  ;  la  page  entière  en  est  remplie.)  — L'ouvrage  est  terminé  par 
Vexamen  de  cette  question  :  Les  impositions  étaient  déduites  sur  les  fonds 
taillablest  lors  de  leur  estimation  dans  les  compositions  de  masse  pour  le 
règlement  des  légitimes»  Aujourd'hui  que  tous  les  privilèges  sont  abolis, 
la  déduction  de  la  contribution  foncière  doit^lle  être  faite  ?  —  Par  M. 
Royer  Desgranges,  homme  de  loi;  et  M,  Guédy,  ci-devant  procureur.  — 
—  Imprimé  et  se  vend  à  Grenoble,  chez  F«  Giroud  et  fils,  impr,-libr., 
place  aux  Herbes.  —  Se  vend  aussi  chez  tous  les  libraires  de  ladite  ville 
et  du  département  de  VIsère.  —  Et  chez  les  principaux  libraires  du 
royaume.  M.DCC.XCII.  (1  vol.  in-8»  de  xxiv,  —  271  pp.) 

(2)  Charles-Alexandre- Abel  Pupin,    procureur   héréditaire    au 


CORRESPONDANCE  d'aCHARD   DE  GERMANË.  I  I  5 

Vous  aurez  sans  doute  reçu  ma  dernière  lettre  ;  je  vous 
envoyai  aussi  un  billet  pour  Madame  de  La  Coste,  de  la 
part  de  Madame  de  Sayve.  Son  mari  et  ses  enfants  sont  à 
Chambéry. 

Voici  une  note  de  M.  Duchadoz.  Il  m'a  assuré  qu'il  n'y 
avait  rien  de  sérieux  dans  l'indisposition  de  Madame  de 
La  Coste,  ce  qui  seul  pourrait  m'en  consoler.  Je  vous  prie 
l'un  et  l'autre  d'agréer  l'assurance  de  mon  très-respec- 
tueux attachement. 

Grenoble,  8  septembre. 

Je  crois  vous  avoir  écrit  la  mort  de  M.  de  La  Val- 
lone  (i).  Il  a  institué  M.  d'Arce  fils  (2).  M°*  de  Fonte- 
nay  veut  faire  casser  le  testament  ab  irato  (3).  Je  fis  un 


baillage  de  Graisivaudan,  aTait  acquis  de  M*  Delacour  la  charge 
de  secrétaire.  Il  demeurait  rue  de  Créqui,  près  la  place  Saint-Louis. 
Un  de  ses  frères  était  juge  au  tribunal  de  Gap  à  la  môme  époque. 

(1)  Guillaume«AJexis  Hébrard  de  La  Valonne,  fils  de  Charles- 
Louis  Hébrard  de  Pallières, .  commissaire  des  guerres  pour  Texé- 
cution  des  ordres  du  Roi  au  département  du  Bas-Dauphiné.  Les  Hé- 
brard possédaient  de  grands  biens  dans  le  Champsaur,  où  ils 
étaient  seigneurs  de  la  Valonne,  Villeneure,  Pisançon  (près  St- 
Bonnet-en-Champsaur),  Pallières  et  le  Mas.  Cette  opulente  famille 
aTait  aussi  une  résidence  principale  à  Sassenage.  Elle  s'est  éteinte 
en  la  personne  d'Antoine  Hébrard  de  La  Valonne,  décédé  en  1809, 
sans  ascendants  ni  descendants  légitimes.  [Armoriai  du  Dauphiné, 
art.  Hébrard.) 

(2)  Louis  d'Arces,  ancien  page  du  comte  d'Artois  et  capitaine  au 
régiment  d'Artois-Cavalerie,  né  à  Domône  en  1766,  mort  à  Moirans 
en  1745.  Il  était  iils  de  Louis- Antoine  d'Arces,  seigneur  de  Domène, 
colonel  de  cavalerie  au  régiment  des  volontaires  du  Dauphiné 
(1758),  chevalier  de  St-Louis,  et  de  Catherine-Denise  Rousset,  dont 
le  père  était  avocat  au  Parlement  et  premier  échevin  de  la  ville  de 
Grenoble,  et  la  mère,  une  de  La  Valonne.  (Note  due  à  l'obligeance  de 
K .  le  marquis  d'Àrces,  de  Blanchelaine,  son  petite  fils.) 

(3)  Henriette-Elisabeth    Hébrard    de    La  Valonne  ,    femme  de 


ïi6       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

voyage  à  Villeneuve  (i)  avec  elle  et  son  mari,  pour  l'inven- 
taire. Nous  cherchons  les  papiers  qui  constatent  la  colère 
du  père.  Nous  en  avons  trouvé  beaucoup.  Ils  m'ont 
chargé  très-souvent  de  vous  présenter  leurs  hommages. 

{A  continuer.) 


Il  s'est  glissé  une  regrettable  erreur  dans  la  note  rela- 
tive aux  abbés  Brochier.  Le  dernier  a  été  confondu  avec 
un  abbé  Daniel,  que  nous  aurons  à  mentionner  plus  loin. 
Victor-Amédée  Brochier,  le  plus  jeune  des  trois  frères, 
était  né  à  Grenoble,  le  17  septembre  1741.  Il  entra  de 
bonne  heure  dans  la  congrégation  des  Augustins,  et  il 
faisait  partie  de  la  communauté  de  Notre-Dame-de- 
rOsier,  lorsque  la  Révolution  éclata.  Ayant  refusé  tout 
serment,  on  lui  supprima  la  pension  à  laquelle  il  avait 
droit,  comme  ancien  religieux.  Il  fut  emprisonné  à  Gre- 
noble, le  21  frimaire  an  vl  (11  décembre  1797).  Traduit 
à  Toulon,  le  i"  nivôse  suivant,  par  ordre  du  commissaire 
près  l'Administration  centrale  du  département,  il  fut 
transféré  de  là  à  Rochefort,  le  24  pluviôse,  par  décision 
du  ministre  de  la  police  générale.  Il  allait  être  embarqué 
sur  la  Bayonnaise^  pour  être  déporté  à  Cayenne,  lorsqu'il 
tomba  dangereusement  malade.  Il  mourut  à  rhôpital  de 
Rochefort,  le  3  messidor  an  VI  (21  juillet  1797),  victime 
de  sa  fidélité  à  la  foi  et  de  son  attachement  à  l'Église. 

[Note  de  Ai''«  de  Franclieu.) 


Jacques-François  Pavin  de  FoDtenaj  de  La  Farge,  était  la  nièce 
directe  du  «léfunt,  dont  M.  d*Arces  n'était  que  le  petit-neveu,  par  sa 
mère.  M"*  de  Fontenay  était  réputée  pour  son  humeur  chicanière  ; 
elle  soutint  des  procès  toute  sa  vie.  Sa  mort  j  mit  un  terme,  le  90 
mars  1797. 

(1)  Villeneuve-en-Champsaur ,  l'un  des  fiefs  dont  les  La  Ya^ 
lonne  étaient  seigneurs,  et  qui  parait  avoir  été  l'apanage  de  M**  de 
Fontenaj.  C'est  un  petit  hameau  de  la  commune  de  Poligny  (Hau- 
tes-Alpes). On  y  Toit  encore  de  beaux  restes  de  Tancien  château. 


NUMISMATIQUE  MÉROVINGIENNE 

UN    TIERS   DE  SOL   D'OR 

FRAPPÉ      A      DIE 


Notre  honorable  collègue,  M.  le  comte  de  la  Si\eranne,  ancien 
député  de  la  Drdme,  ayant  acquis  récemment  un  tiers  de  sol  d'or 
de  Die,  nous  adresse,  au  sujet  de  cette  monnaie  inédite,  un  article 
que  nous  sommes  heureux  de  publier. 


Les  monnaies  des  Rois  de  France,  rares  et  recherchées,  sont 
actuellement  l'objet  d'une  étude  particulière,  qui  s'est  manifes- 
tée déjà  par  de  très  remarquables  travaux. 

A  une  époque  comme  la  nôtre,  où  l'érudition  s'attache  à  pui- 
ser les  éléments  sérieux  de  l'histoire  aux  sources  les  plus  pures, 
la  numismatique  mérovingienne  devait  captiver  ces  délicats  qui 
ont  ta  passion  de  la  vérité.  C'est  ce  qui  a  eu  lieu  ;  une  pha- 
lange d'élite,  subissant  les  attraits  de  cette  science,  s'est  mise  à 
l'œuvre  et,  grâce  aux  publications  de  plusieurs  des  hommes 
distingués  qui  la  composent,  nous  commençons  à  savoir  inter- 
préter le  langage  des  monuments  métalliques  de  cet  âge.  11 
reste  beaucoup  à  apprendre,  sans  doute,  mais  l'élan  est  donné 
et  chaque  jour  fait  son  œuvre. 

Si  les  monnaies  du  peuple  qui  vint  conquérir  la  Gaule  et  lui 


ii8       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

imposer  son  nom  ne  nous  donnent  pas  une  succession  fidèle 
de  chefs  et  d'événements,  elles  nous  fournissent,  du  moins,  des 
renseignements  précieux  aux  divers  points  de  vue  de  la  géo- 
graphie, de  la  linguistique,  de  l'art,  de  l'économie  politique, 

etc Ceux  qui  ont  consulté  la  Revue  de  numismatique  et  les 

Annuaires  et  les  comptes-rendus  de  la  Société  française  de  Nu- 
mismatique et  d*Archéolop;ie,  n'ignorent  ni  les  noms, ni  la  haute 
compétence  des  savants  qui  ont  ainsi  ouvert  de  nouveaux  hori- 
zons à  la  numismatique  nationale. 

Les  uns  ont  fait  connaître  les  véritables  divisions  du  terri- 
toire, les  appellations  des  cités,  sous  les  successeurs  de  Clovis  ; 
les  autres  ont  suivi  la  marche  progressive  ou  rétrograde  de  la 
civilisation,  en  se  guidant  sur  le  degré  plus  ou  moins  grand 
de  perfection  des  types  ;  d'autres  enfin,  se  sont  attachés  à  dé- 
montrer le  rôle  et  l'importance  du  numéraire  dans  la  destinée 
d'un  peuple.  En  sorte  que  l'on  peut  dire  avec  l'un  des  maîtres 
de  la  Numismatique  mérovingienne  :  «  Une  monnaie  tirée  des 
cendres  ou  des  ruines,  c'est  souvent  une  page  d'histoire,  c'est 
quelquefois  un  volume  de  faits  sauvés  de  l'oubli  (i). 

M.  Charles  Robert,  membre  de  l'Institut  (2)  ;  MM.  G.  Com- 


(i)  Ponton  d'Amécourt  (V"  de),  Essai  sur  la  Numismatique  Mérovin- 
gienne comparée  à  la  Géographe  de  Grégoire  de  Tours^  Paris,  1864,  broch. 
in-8®,  p.  3. 

On  a  encore  du  même  auteur  :  Excursion  numismatique  dans  la  BourgO' 
gne  au  VII*  siècle  et  sur  les  frontières  de  VAustrasie  ;  Annuaire  de  la  Société 
Française  de  Numismatique^  1866,  123  pages.  —  Recherches  sur  les  mon^ 
naies  Mérovingiennes  de  la  Tourraine,  Paris,  1870,  grand  in-8»  avec  cartes 
géographiques  et  92  vignettes  ;  —  Numismatique  Mérovingienne  ;  Origine 
et  filiation  des  types  Carlovingiens^  Paris,   1873,  broch.  in-8®,   avec  figures. 

—  Le  Cenomannicum^  publié  dans  les  Mémoires  de  la  Société  de  la  Sarthe. 

—  Les  monnaies  du  Gévaudan,  (Annuaire). 

(a)  La  numismatique  Mérovingienne  considérée  dans  ses  rapports  avec  la 
géographie^  broch.  in-S",  1846.  —  Considération  sur  la  monnaie  à  C époque 
romaine^  Metz,  1851,  broch.  in-8S  avec  planches. 


UN   TIERS   DE  SOL  d'oR   FRAPPE  A  DIE.  I  ig 

brousse  (i)  ;  B.  FiUon  (a)  ;  A.  de  Barthélémy  (3)  ;  de  Saulcy  (4)  ; 
de  Longperricr  (5)  ;  Berry  (6)  ;  Duchalais  (7)  ;  B.  Guerard  (8)  ; 
Guillemot  (9)  ;  Lenormand(io)  ;  J.  de  Petigny  (11),  etc.,  etc., 
tous  ces  savants  ont  fait  de  l'époque  Gallo-franque,  l'objet  de 
leurs  constantes  investigations,  et  porté  la  lumière  sur  des 
questions  restées  jusqu'à  eux  fort  obscures.  «  Les  collections 


(i)  Les  Monnaies  de  France  depuis  V époque  Gauloise  jusqu^à  nos  jours, 
Paris,  1839-40,  5  vol.  in-4<*,  avec  204  planches.  —  Catalogue  raisonné  des 
Monnaies  nationales  de  France,  depuis  C antiquité  jusqu'à  nos  jours,  Paris, 
1839-43,  5  ^0^'  i""4*t  ûvcc  230  planches.  —  Monétaires  des  ^ois  Mérovin- 
giens, recueil  de  920  monnaies  en  62  planches,  Paris,  1843,  in-40.  —  Entre 
nous  ou  le  Décaméron  numismatique,  Paris,   1844,  in-4^. 

(2)  Considérations  historiques  et  artistiques  sur  les  monnaies  de  France, 
Fontenay  (Vendée),  1850,  in-8^,  avec  vignettes  et  4  planches.  —  Lettres  à 
Dugast-Matifeux,  sur  quelques  monnaies  françaises  inédites,  Paris,  1853, 
in -8**,  avec  10  planches.  —  Etudes  numismatiques,  Paris,  1856,  in-8%  avec 
5  planches  et  gravures  dans  le  texte. 

(3)  Manuel  de  Numismatique  du  moyen-âge  et  moderne,  i  vol.  in- 12,  avec 
atlas  (Manuel  Roret),  —  Noms  de  lieux  sur  les  monnaies  Mérovingiennes,  — 
Noms  des  Monétaires  sur  les  monnaies  Mérovingiennes.  —  Nombreux  arti- 
cles, en  la  lievue  numismatique  et  Mélanges  de  numismatique. 

(4)  De  Saulct  et  Peyre  :  Nouvelles  observations  sur  le  prix  des  denrées, 
sous  la  première  et  la  seconde  race,  broch.  in-8^. 

(5)  Notices  des  monnaies  Mérovingiennes  composant  la  collection  de  M.  /. 
fRousseau,  Paris,  1847,  in-8s  avec  vignettes  et  planches. 

(6)  Etudes  et  recherches  historiques  sur  les  monnaies  de  France,  Paris, 
1832,  2  volumes  in-S^  avec  90  planches. 

(7)  Observations  sur  quelques  monnaies  Mérovingiennes,  in  8°,  avec  plan- 
ches. —  Observations  sur  quelques  monnaies  Mérovingiennes,  publiées  en 
Belgique  et  en  'Russie,  broch.  in-8^,  18  pp.  avec  une  planche. 

(8)  Du  système  monétaire  de  la  France  sous  les  deux  premières  races, 
broch.  in-8*. 

(9)  Catalogue  des  légendes  Mérovingiennes,  La  Rochelle,  1845,  în-S". 

(10)  Diverses  Notices  insérées  dans  les  Mémoires  de  la  Société  d'Histoire  et 
d Archéologie  de  Genève,  1841,  et  dans  la  lievue  de  Numismatique  de  1848, 
pp.  1 06  et  suivantes  et  pp.  1 8 1  et  suivantes . 

(11)  Continuation  de  la  discussion  sur  la  valeur  des  monnaies  courantes  au 
temps  de  la  première  race,  broch.  in-8'.  —  Monnaies  attribuées  aux  premiers 
rois  Mérovingiens,  broch.  in-8^,  avec  une  planche. 


I20  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

«  de  M.  le  vicomte  d*Amécourt,  président  de  la  Société  fran-- 
«  çaise  de  Numismatique,  dit  son  biographe,  aux  expositions  de 
«  1867,  et  de  1878,  laissèrent  dans  Tétonnement  le  plus  légîti- 
«  me,  les  visiteurs  attentifs  et  charmés  par  ce  rare  spectacle. 
«  Au  nombre  de  ces  merveilles  figurait  la  collection  des  mé- 
«  dailles  mérovingiennes  qui  est  d'une  telle  richesse  qu'on  ne 
«  saurait  en  former  une  semblable,  en  puisant  dans  tous  les 
«  cabinets  publics  ou  privés  du  monde  entier  (i).  » 

D'autres  numismatistes  se  constituant  les  sauveteurs  des  an-- 
tiquités  de  nos  provinces,  ont  plus  spécialement  étudié  les  mon- 
naies mérovingiennes  frappées  dans  leur  pays.  C'est  qu'en 
e£fet  les  pièces  de  ce  temps  ont  un  caractère  essentiellement 
local,  qui  a  fait  adopter  pour  leur  classement,  Tordre  géogra- 
phique. Nous  citerons  parmi  les  érudits,  dont  les  travaux  ont 
été  surtout  inspirés  par  l'amour  du  sol  natal  :  MM.  Cartier  (2)  ; 
L.  de  Coster  (3)  ;  Deloche  (4)  ;  J.  Gréau  (5)  ;  marquis  de 
Lagoy  (6)  ;   Lecointre-Dupont  (7)  ;  marquis  de  Pina  (8)  ;  Ri- 


(i)  AntiaUs  historiques,  nobiliaires  et  biographiques  de  F  année  i880'8i, 
page  6. 

(2)  Tiecherches  sur  les  monnaies  au  type  chartraini  Paris,  1846-49,  2  vol., 
avec  19  planches.—  Notes  sur  les  monnaies  du  Mans^  broch.  in-8<*,  avec  une 
planche.  —  Table  des  Monétaires  Mérovingiens,  ^evue  Numismatique,  tome 
XXI,  page  a  13. 

(3)  Notice  sur  les  monnaies  Mérovingiennes  et  Carlovingiennes  frappées  à 
Huy,  Bruxelles,  1850,  broch.  avec  pi.  et  figures. 

(4)  Description  des  monnaies  Mérovingiennes  du  Limousin,  Paris,  1863, 
grand  in-8^,  avec  8  planches. 

(5)  Etudes  sur  quelques  monnaies  en  or  et  en  argent  de  V époque  Mérovin- 
gienne portant  le  nom  de  la  ville  de  Troyes,  broch.  in-8®. 

(6)  Description  de  quelques  monnaies  Mérovingiennes  découvertes  en  Pro- 
vence, Âix,  1839,  broch.  in-4^,  avec  planches. 

(7)  Essai  sur  les  monnaies  du  Poitou,  Poitiers,  1840,  in-8°  avec  figures 
et  4  planches.  —  Essai  sur  Vhistoire  monétaire  de  la  Normandie  et  du  Per- 
che, Paris,  1 846,  in-8<*,  avec  3  planches.  —  Essai  sur  deux  tiers  de  sol  Méro- 
vingien, broch.  in-8^,  avec  2  figures. 

(8)  Monnaies  du  Valentinois,  broch.  in-8^,  avec  une  planche. 


UN  TIERS  DE   SOL  d'oR  FRAPPÉ  A  DIE.  12  C 

goUot  (i)  ;  le  savant  Dauphinois,  J.  Roman  (a)  ;  le  Comte  de 
Soultrait(3)  ;  enfin  notre  honorable  collègue,  G.  Vallier  (4), 
qui  n*est  ni  le  moins  infatigable  ni  le  moins  connu. 

La  numismatique,  comme  toutes  les  sciences,  du  reste,  ré- 
clame particulièrement  cette  grande  aptitude  à  la  patience  que 
Bu£Fon  avait  pu  confondre  avec  le  génie.  Génie  ou  vertu,  la  pa- 
tience à  qui  revient  une  infinité  de  conquêtes  utiles,  semble 
être  dans  lopinion  publique,  peu  appréciée.  On  est  plus  porté 
à  ladmiration  pour  les  moyens  rapides  :  la  vapeur,  Télectricité, 
voilà  les  symboles  du  jour.  Il  ne  faut  pas  oublier  cependant 
qu*il  est  une  multitude  de  grands  résultats  qui  ne  6*obtiennent 
qu'avec  les  années,  les  siècles  même.  Ce  n'est  qu'à  la  longue 
qu'on  parvient  à  former  d'importantes  collections,  à  compléter 
les  séries  des  monnaies  d'une  période,  à  réunir  tous  les  mots 
des  légendes  incertaines.  Que  d'énigmes  restent  à  déchi£frer  ! 
Combien  d'années  encore  la  terre  dérobera-t-cUe  à  notre  im- 
patiente curiosité  les  trésors  archéologiques  qu'elle  recouvre  > 
Il  faut  donc  savoir  attendre  (rien  ne  peut  en  dispenser)  le  mo- 
ment imprévu  où  sera  remué  l'endroit  qui  les  recèle  depuis  des 


(i)  Essai  sur  une  monnaie  (for  Mérovingienne  portant  le  nom  de  V église 
de  S.  Martin  aux  Jumeaux  d'Amiens^  broch.  avec  3  planches. 

(a)  Monnaies  Mérovingiennes  des  cités  d*Embrun  et  de  Gap,  Tievue  Numis- 
matique, 3"^  série,  1883,  tome  I,  pp.  149-15  i,  avec  fig.  dans  le  texte. 

(3)  Essai  sur  la  Numismatique  Nivernaise,  Paris,  1854,  in-S**,  avec  fig. 
dans  le  texte.  —  Essai  sur  la  Numismatique  Bourbonnaise,  Paris,  1858, 
avec  vignettes  et  planches. 

(4)  Numismatique  Mérovingienne  de  Grenoble,  Lettre  à  M.  le  V**  de  Pon- 
ton d'Amécourt,  broch.  extraite  de  la  'Revue  de  la  Société  Française  de  Nu- 
mism.  etd'Archéol.,  1870,  broch.  grand  in-8S  une  planche.  —  Numismati- 
que Mérovingienne  de  la  Maurienne  (Savoie),  St-Jean  de  Maurienne,  1878, 
broch.  in-8®,  avec  pi.  —  Numismatique  de  la  Maurienne,  a"*  Lettre  à  M. 
Vincenzo  Promis,  à  Turin»  St-Jean  de  Maurienne,  1879,  broch.  in-8«  avec 
pi.  —  Numismatique  Mérovingienne  de  la  Tarentaise  (Savoie),  Moutiers, 
1880,  broch.  in-8*,  avec  a  planches.  —  Un  nouveau  tiers  de  sol  (TAtre  (Lan- 
des), en  collaboration  avec  M.  le  V"  de  Ponton  d'Amécourt,  extrait  de  V An- 
nuaire de  la  Société  de  Numismatique  et  d'Archéologie,  Paris,  1885. 


I  22  SOCIETE   D  ARCHEOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

siècles.  Alors  quelques  uns  de  ces  précieux  vestiges  du  passé 
sont  mis  au  jour  et  excitent  notre  sagacité.  C*est  à  un  de  ces 
heureux  hasards  que  nous  devons  la  pièce  unique  qui  fait  Tob- 
jet  de  cette  notice.  Voici  dans  quelles  circonstances  cette  décou- 
verte à  été  faite  : 

Au  mois  de  novembre  1883,  un  propriétaire  de  Clansayes 
(Drôme),  trouva  une  petite  pièce  d  or  dans  le  fond  de  la  vallée 
de  la  Combe,  en  nettoyant  un  fossé.  Elle  gisait  à  50  centimè- 
tres environ  du  sol,  dans  des  terres  et  détritus  charriés  par  la 
Riaille,  petit  ruisseau  souvent  grossi  par  les  eaux  pluviales 
descendant  de  la  montagne  de  Thérone  et  de  la  côte  du  Serre. 
On  a  recueilli  dans  ces  deux  dernières  localités  une  foule 
d  objets,  tels  que  hacher  ou  coins  celtiques,  monnaies,  bouts 
de  flèches  en  fer,  poteries,  fragments  de  mosaïques  et  même  des 
sarcophages.  Tant  de  vestiges  de  diverses  époques  révèlent 
l'existence  sur  les  hauteurs  que  nous  venons  de  nommer, 
d'établissements  d'une  certaine  importance,  dès  la  plus  haute 
antiquité  (i).  Tout  porte  donc  à  croire  que  cette  monnaie  en- 
fouie dans  un  des  lieux  cités,  à  une  époque  sans  doute  très 
réculée,  aura  été,  assez  récemment,  entraînée  par  une  pluie 
d'orage  dans  l'endroit  où  elle  a  été  découverte,  car  le  fossé 
étant  facilement  comblé  par  les  alluvions,  nécessite  de  fréquents 
curages.  11  est  bien  évident  que  cette  médaille  avait  été  appor- 
tée là  par  les  eaux  ;  car  les  cultivateurs  de  la  Combe  ne  ren- 
contrent jamais  sous  le  soc  de  leurs  charrues  le  moindre  débris 
ancien. 

Devenue  la  propriété  d'une  personne  qui  cherchait  à  en  tirer 
profit,  la  petite  pièce  d'or  fut  proposée  à  un  membre  de  la 
société  d'Archéologie  de  la  Drôme  qui  eut  l'obligeance  de 
demander  qu'elle  nous  fût  communiquée.  On  nous  l'envoya 
dans  le  mois  de  juin  dernier.  C'était  bel  et  bien  un  tiers  de 
sol  d'or  frappé  à  Die.  On  s'étonnait,  depuis  longtemps  et  à 


(i)  Thérone  avait,  à  une  époque  plus  récente,  une  commanderie  de  Malte. 


UN   TIERS   DE   SOL   d'oR  FRAPPE  A   DIE.  123 

bon  droit,  de  n'avoir  pu  constater  Texistence  d'un  atelier 
monétaire  dans  cette  ville,  l'antique  Dea  Augusta  Vocontiorum, 
qui  fut  plus  tard  la  métropole  d'un  diocèse  important.  Une 
question  pendante  était  résolue.  On  avait  désormais  la 
preuve  irrécusable  que  cette  cité  avait  émis  de  l'or  comme  la 
plupart  des  diocèses  voisins,  sous  les  successeurs  de  Clovis. 
Nous  fîmes  bien  vite  l'acquisition  d'une  monnaie  inédite,  in- 
téressant à  un  si  haut  point  notre  histoire  locale  ;  et  nous 
sommes  heureux  aujourd'hui  d'offrir  la  primeur  de  sa  descrip- 
tion à  notre  Bulletin  de  statistique  et  d'archéologie. 

CDV..  IDMTMP.  Buste  impérial  à  droite,  avec  le  paluda- 
mentum  et  un  diadème  perlé,  d'une  exécution  très  barbare. 
^.  ^  ITAOIVIV^ITV  Exergue  CIII  ;  croix  haussée  sur  un 
globe  et  un  degré  dans  un  grénetis,  cantonnée  du  mot  DIA., 
Poids.  I  gr.  20. 

Selon  toutes  les  probabilités,  cette  pièce  a  été  frappée  à  Die 
sous  Justin  II,  entre  la  mort  de  Justinien  I"(565)  et  l'avène- 
ment de  Maurice  Tibère  (582).  Le  Dauphiné  faisait  alors  partie 
du  royaume  de  Bourgogne  et  d'Orléans,  où  régnait  Contran 
second  fils  de  Clotaire  !•'  (i).  Le^iége  épiscopal  de  Die  était 
occupé  par  Lucrétius,  disciple  de  Marins  fondateur  de  l'abbaye 
de  Bodon.  Lucrétius  disparaît  vers  573.  A  partir  de  cette  date 
on  ne  connaît  plus  le  nom  de  ses  successeurs  jusqu'en  788, 
c'est-à-dire  pendant  une  période  de  plus  de  deux  siècles  (2). 
C'est  donc  dans  l'intervalle  de  17  ans  signalé  plus  haut, 
que  ce  triens  a  été  frappé.  A  cette  époque,  c'était  l'usage  cons- 
tant, dans  le  sud-est  de  la  Gaule,  de  graver  le  nom  de  l'atelier 


(i)  Ce  souverain  fit  la  guerre  à  son  frère  Sigebert  pour  la  succession 
d'Arles  (567),  et  vit  ses  Etats  ravagés  par  les  Lombards,  que  le  patrice 
Ennîus,  plus  connu  sous  le  nom  de  Mommolus,  extermina  près    d'Embrum 

(57a). 

(3)  Cependant  l'existence  d*un  St-Maxime,  év&que  de  Die,  au  VI*  siècle, 
est  révélée  par  cette  inscription  sur  un  ancien  inventaire  des  reliques  de  St- 
Martin  d'Ainay  à  Lyon  :  Item  est  quoddam  caput  ar^enteum  mitratum  in  quo 
est  caput  Sancti  Maximi  Diensis  episcopi. 


124         SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET   DE   STATISTIQUE. 

monétaire  à  droite  et  à  gauche  de  la  croix.  Ainsi  pour  Valence, 
ce  sont  les  lettres  de  la  première  syllabe  VA  ;  il  en  est  de  même 
pour  Vienne  VI  ;  pour  Arles  AR,  pour  Marseille  MA  ;  EB  pour 
Ebredunum  ;  GR  pour  Gracianopolis  ;  LV  pour  Lugdunum  ; 
VEN  pour  Vendisca  (i). 

Il  faut  bien  le  reconnaître,  ce  sont  les  seules  lettres  du  revers, 
cantonnant  la  croix,  qui  offrent  de  l'intérêt.  Dans  les  triens  de 
Die,  les  légendes  circulaires  des  deux  côtés  ne  sont  pas  autre 
chose  que  des  imitations  rendues  inintelligibles,  avec  intention, 
croyons-nous.  Il  semble  qu'on  ait  simplement  cherché 
à  donner  à  ces  légendes  une  apparente  similitude  pour  l'œil 
avec  celles  qui  se  lisaient  sur  les  sous  d'or  de  l'Empire,  afin  de 
faciliter  le  cours  des  monnaies  mérovingiennes.  En  effet,  au 
temps  de  Justinien  I*%  les  légendes  étaient  assez  exactement 
reproduites.  Les  vainqueurs  s'étaient  bien  substitués  aux  La- 
tins; mais  ils  se  reconnaissaient  impuissants  à  toucher  aux 
moindres  de  leurs  usages,  encore  moins  à  tout  ce  qui  tenait 
aux  arts.  C'est  avec  respect  qu'ils  s'inclinaient  devant  leur  civi- 
lisation. Aussi  tout  se  faisait-il  par  imitation.  Comme  les  em- 
pereurs, les  Rois,  ou  plutôt  les  Konings  Francs,  se  rendirent 
héréditaires,  eurent  une  cour,  de  grands  et  de  petits  officiers, 
parmi  lesquels  se  trouvaient  les  Monetarii,  c'est-à-dire,  ceux 
qui  étaient  chargés  de  l'émission  du  numéraire.  Mais  sous  les 
fils  de  Clovis,  et  pendant  que  régnaient  en  Orient  les  succes- 
seurs immédiats  de  Justinien  I",  Justin  II  et  Tibère  II,  les 
légendes  deviennent  excessivement  barbares.  Les  monétaires 
Mérovingiens  substituent  aux  lettres  formant  les  noms  et  les 
titres  des  Princes,  des  lettres  prises  au  hasard.  Qui  reconnaî- 
trait dans  le  tiers  de  sol  de  Die  la  légende  ordinaire  de  l'avers  : 
D.  N.  IVSTINVS  IMP.>  Comment  cette  légende  a-t-elle  pu 
être  transformée  en  celle-ci  :  CDV.IDMTMP  ?  D'un  côté  on 


(i)  M.  A.  de  Barthélémy  vient  de  décrire  le  triens  de  cette  cité,  quia 
donné  son  nom  au  Comtat  Venaissin  :  Annales  de  la  Société  de  Numismati- 
que, 1885,  page  263. 


UN  TIERS   DE   SOL   d'oR   FRAPPÉ  A   DIE.  125 

compte  1 3  lettres  et  de  l'autre  9  seulement.  C'est  à  peine  si 
l'on  pourrait  voir  dans  MP  l'intention  de  reproduire  le  dernier 
mot  IMP,  de  la  légende  impériale.  Au  revers  le  type  consacré 
était  celui  de  la  Victoire  :  un  génie  ailé,  tenant  une  palme  et 
une  couronne,  posé  de  profil,  avec  cette  inscription  :  VICTVRIA 
AVGVSTV.  Il  semble  que  le  monétaire  de  Die  ait  voulu  renver- 
ser et  même  altérer  la  forme  des  lettres  :  ^  ITAOIVIV""!!  V 
Les  deux  lettres  finales  TV  sont  encore  ici  les  mêmes  que  dans 
le  modèle.  De  la  formule  COMOB  placée  à  l'exergue  des 
monnies  romaines   le   copiste   n'a  conservé  que  CIII. 

Nous  pensons  donc  que  c'est  à  dessein  que  les  légendes  circu- 
laires des  pièces  mérovingiennes  ont  été  rendues  incompréhen- 
sibles ;  la  maladresse  des  copistes  n'allait  pas  jusque  là.  Re- 
marquons en  effet  que  le  monnayeur,  quand  il  s'agit  d'inscrire 
son  nom  et  celui  de  la  ville,  sait  employer  les  lettres  nécessai- 
res. Ainsi  tout  porte  à  croire  qu'en  défigurant  d'une  certaine 
manière  des  légendes  qui  n'avaient  pas  de  raison  d'être,  puis- 
qu'elles ne  servaient  qu'à  reproduire  le  nom  d'un  souverain 
étranger,  il  ait  voulu  obtenir  l'effet  d'un  simple  trompe-l'œil, 
afin  d'assurer  le  cours  de  sa  monnaie.  C'est  là  un  fait  à  signaler 
tout  particulièrement;  il  est  certain  que  sur  les  monnaies  méro- 
vingiennes, les  noms  des  ateliers  et  des  monétaires  sont  assez 
régulièrement  inscrits,  même  sur  les  pièces  aux  types  les  plus 
barbares  ;  les  mots  reproduits  au  contraire,  sont  complètement 
dénaturés  et  sans  signification.  On  ne  peut  donc  voir  dans 
cette  manière  de  procéder  qu'une  intention  bien  arrêtée  de  ren- 
dre indéchiffrables  des  légendes  sans  intérêt  pour  les  Gallo- 
Francs. 

Procope  (i)  indique  l'année  à  laquelle  les  rois  barbares  n'a- 
vaient  encore  émis  aucune  monnaie  à  leur  effigie  :  544.  Il 
constate  qu'à  partir  de  cette  époque  a  les  Francs  frappaient 
«  avec  l'or  des  Gaules  des  monnaies  sur  lesquelles  on  gravait, 
<  non  plus  le  profil  de  l'Empereur,  comme  cela  s'était  toujours 


(i)  Bella  Goth.  III  cap,  xxxiii. 


I2()         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

a  fait  ;  mais  leur  propre  image  ;  »  et  il  ajoute  :  «  Ni  le  roi  des 
«  Perses,  dont  on  acceptait  la  monnaie  d'argent,  ni  les  autres 
«  chefs  barbares,  ne  pourraient,  quoique  propriétaires  du  mé- 
«  tal,  mettre  sur  la  monnaie  d*or  l'empreinte  de  leur  propre 
«  visage  ;   et,  en  effet,   ils  ne  pourraient  faire  accepter  cette 
«  monnaie  de  ceux  avec  lesquels  ils  font  le  commerce,  fût-ce 
«  même  avec  les  Barbares.  »  D'un  autre  côté,  on  trouve  dans 
la  loi  Gombctte,  code  Bourguignon  promulgué  antérieurement, 
la  confirmation  de  ce  fait  bien  avéré,  que  la  monnaie  d'or  n'au- 
rait pu  avoir  cours  dans  tous  les  pays,  si  elle  avait  offert  une 
autre  eflSgie  que  celle  de  l'Empereur.  Aussi  les  premières  inno- 
vations ^ui  furent  faites  sut  l'or  ne  portèrent  que  sur  les  légen- 
des :  on  ajoutait  à  la  fin  des  inscriptions  circulaires  des  mono- 
grammes rappelant  le  nom  du  roi  barbare  et  celui  de  l'atelier. 
Plus  tard  ils  osèrent  en   graver  de  complètement  franques. 
Des  10  pièces  frappées  à  Grenoble,  sous  les  successeurs  de 
Clovis,  il  n'en  est  pas  une  qui  offre  une  imitation  de  légende 
romaine.  Il  en  est  de  même  des  5  triens  connus  d'Embrun  ; 
des  M  de  la  Maurienne,  des  21  de  la  Tarentaise.  Ces  monnaies 
ne  présentent  également  que  des  noms  d'ateliers  et  de  moné- 
taires. Nous  pouvons  en  dire  autant  de  ceux  d'Aouste,  frappés 
vers  650:  AVSTA  FIT.  —  AVSTA  GALL  FIT;  pour  celui 
de  Donzère  :  DVSERA  MO  (nasterium)  ;  pour  celui  de  Valence 
(600-650);  VALENTIA.  Un  des  triens  de  Gap  reproduit,  il  est 
vrai,  la  légende  consacrée  du  revers  :  VICTORIA  AVSTON  ; 
mais  comme  celui  de  Die,  il  remonte  aux  premiers  temps  de 
Tépoque  Mérovingienne. 

Après  l'effondrement  de  l'Empire,  après   les  conquêtes  de 
"Clovis  (i),  les  corporations  de  monétaires  d'Arles,  de  Lyon,  de 


(i)  Clovis,  à  l'exemple  des  Wisi-Goths  et  des  Buhr-Gondes  fit  le  partage 
du  territoire  de  sa  domination.  Il  ne  laissa  aux  Gallo-Romains  qu'un  tiers  de 
leurs  propriétés  ;  attacha  le  colon  à  la  glèbe  afin  de  ne  pas  assujétir  ses 
compagnons  de  gloire  à  cultiver  le  sol  dont  ils  s'étaient  si  vaillamment  em- 
paré. Mais  ce  conquérant  de  vingt  ans,  chez  qui  le  génie  avait  devancé  T&ge, 


UN  TIERS  DE  SOL  d'oR  FRAPPE  A  DIE.  127 

Trêves  ne  pouvaient  suflSre  aux  besoins  des  vainqueurs.  Elles 
se  multiplièrent,  se  répandirent  dans  toute  la  Gaule.  Sous  les 
successeurs  de  Clovis,  ces  corporations  allaient  chercher  fortune 
un  peu  partout.  A  Tépoque  où  fut  frappé  le  tiers  de  sol  de  Die, 
c'est-à-dire  vers  la  fin  du  VI*  siècle,  un  double  courant  se  pro- 
duisit dans  la  fabrication  du  numéraire.  Ceux  des  monnayeurs 
qui  avaient  du  goût  et  quelques  lueurs  du  sentiment  de  Tart, 
ne  se  contentaient  plus  d'imiter  ;  ils  cherchaient  au  contraire 
à  s'affranchir  heureusement  des  formes  romaines.  Alors  on  voit 
•apparaître  de  nouveaux  types  ;  ce  n'est  plus  le  génie  de  la  vic- 
toire, mais  le  grand  symbole  de  la  foi  chrétienne  qui  est  figuré 
au  revers,  avec  le  nom  de  la  métropole  dans  le  champ.  Ce  sont 
eux  qui  créèrent  le  véritable  monnayage  mérovingien.  Ceux  au 
contraire  qui  n'avaient  pas  su  sortir  de  la  routine,  continuaient 
à  imiter,  en  les  dénaturant  de  plus  en  plus,  les  anciens  types  ; 
ceux-là  laissèrent  tomber  l'art  jusqu'au  dernier  degré  de  la 
barbarie.  Ce  double  courant  est  facile  à  reconnaître,  il  suffit  de 
comparer  les  productions  des  initiateurs  avec  celles  des  mon- 
nayeurs esclaves  de  l'usage  consacré.  Les  premiers  opéraient 
une  véritable  renaissance  de  l'art,  tandis  que  les  derniers  l'a- 
menaient à  la  plus  grossière  dégénérescence.  Nous  ne  croyons 
mieux  faire  pour  confirmer  cette  observation  que  de  reproduire 
le  paragraphe  suivant  d'une  lettre  du  savant  qui  a  su  se  conci- 
lier d'universelles  sympathies,  et  qui  est  en  même  temps  la  plus 
haute  autorité  en  matière  de  numismatique  Mérovingienne  ; 
nous  avons  nommé  M.  le  V**  de  Ponton  d'Amécourt  ;  voici  ce 
qu'il  nous  écrivait  à  la  date  du  26  septembre  1885  :  «  Pendant 
«  que  les  monnayeurs  de  Vienne,  fidèles  aux  traditions  de  leur 
«  corporation  recopiaient  les  vieux  types  sans  en  comprendre 


respecta  les  possessions  de  ITglise  et  m6me  celles  des  cités  soumises  à  Tau- 
torité  épiscopale.  En  sorte  que  les  Graafs^  ou  chefs  militaires,  les  évêques, 
les  monastères  et  les  municipalités  ecclésiastiques  firent  frapper  monnaie.  Ce 
^roit  paraît  toutefois  n'avoir  été  concédé  régulièrement  qu'au  clergé  par  les 
Mérovingiens.  Il  n'en  fut  pas  de  même  plus  tard. 


128         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

a  la  signification  et  aboutissaient  au  type  dégénéré  dont  le 
«  triens  :  VIÇENIANA  CIVI  (TAS)  vous  offre  un  exemple, 
«  d^autres  plus  intelligents  s'insurgèrent  contre  les  traditions 
«  et  créèrent  des  types  nouveaux  qui  permettaient  déjà  de  voir 
«  la  supériorité  de  l'art  occidental  sur  l'art  byzantin.  C'est 
<  alors  que  Laurentius  de  Vienne  émettait  ses  jolis  tiers  de 
«  sols  avec  les  légendes  :  VIENNA  FIT.  DE  OFFICINA 
«  LAVRENTI.  » 

Le  monnayer  de  Die  ne  peut  être  rangé  que  parmi  ces  opé^ 
rateurs  routiniers  qui  faisaient  peu  d'honneur  à  la  corporation. 
Il  n'avait  pas  osé  rompre  complètement  avec  les  traditions 
romaines.  Tout  ce  qu'il  s'était  permis  c'était  de  substituer,  sans 
doute  sur  l'ordre  de  lévcque,  la  croix  au  génie  ailé  personni- 
fiant la  victoire,  et  d'inscrire  le  nom  de  Die  dans  le  champ  de 
sa  monnaie.  C'étaient  bien,  il  faut  le  reconnaître,  des  inno- 
vations, mais  il  ne  s'était  nullement  préoccupé  de  donner 
au  symbole,  choisi  ou  imposé,  une  forme  artistique.  Pour  l'a- 
vers il  continuait  à  reproduire  l'éternelle  eflSgie  de  l'Empereur 
d'Orient. 

Pendant  la  période  Gallo-franque,  il  paraît  y  avoir  eu  deux 
classes  de  monnayers  :  les  uns  étaient  à  résidence  fixe  dans 
les  grandes  métropoles  ;  les  autres  se  transportaient  dans  les 
cités  de  moindre  importance,  aux  époques  de  la  levée  des 
impôts.  Le  métal  remis  par  les  colons  ou  les  serfs,  soumis 
seuls  aux  charges  fiscales,  était  converti  en  monnaie  par  ces 
officiers  ambulants.  Ils  y  inscrivaient  leur  nom,  pour  inspirer 
toute  confiance.  C'était  en  quelque  sorte  une  signature  de 
garantie. 

Comme  nous  l'avons  vu,  il  ne  suffisait  pas  d'assurer  le 
cours  des  monnaies  dans  les  pays  d'émission,  il  fallait  encore 
les  faire  accepter  de  tous  les  peuples  avec  lesquels  les  Francs 
étaient  en  relation  d'affaires  et  de  négoce.  De  là,  la  nécessité 
où  ils  se  trouvaient  d'avoir  un  monnayage  identique  à  celui  de 
l'Empire. 

Le  nombre  des  ateliers  monétaires  révélé  par  la  numismati- 


UN   TIERS   DE   SOL  d'oR   FRAPPÉ  A   DlÊ.  I29 

que  des  Rois  Francs,  dépasse  de  beaucoup  le  chî£Ere  de  mille, 
et  tous  les  jours  des  découvertes  viennent  ajouter  de  nouveaux 
noms  à  cette  liste,  comme  à  celle  des  monnayers,  qui  n*est  pas 
moins  considérable.  Les  monnaies  mérovingiennes,  si  rares, 
présentent  cependant  une  infinité  de  types.  Il  en  est  peu  de 
semblables,  même  parmi  celles  qui  sortent  du  même  atelier,  et 
portent  le  nom  du  même  monétaire.  En  sorte  qu'il  est  difficile 
de  localiser  les  types,  de  leur  assigner  des  caractères  distinctifs 
par  régions.  Les  monétaires  semblent  s'être  servis  de  coins 
nouveaux  à  chaque  émission  de  pièces. 

Mais  une  préférence  marquée  était  donnée  à  Tor.  Les  Ripuai- 
res,  en  efiet,  n'avaient  pour  l'argent  que  le  denier  ou  saiga, 
pesant  31  grains  et  représentant  la  quarantième  partie  du  sou 
d'or.  Tandis  que  cette  dernière  monnaie,  le  Solidus  se  subdivi- 
sait en  semis  et  en  triens  (demi  et  tiers  de  sou  d'or).  Le  denier 
franc  qui  parait  n'avoir  été  en  usage  que  pour  la  comptabilité, 
était  la  seule  espèce  d'origine  germanique.  Ce  fut  le  premier 
essai  du  système  que  les  Carlovingiens  adoptèrent.  On  sait  que 
Pépin  abolit  la  monnaie  d'or.  Quant  aux  pièces  de  billon  et  de 
bronze,  les  empereurs  qui  avaient  régné  dans  les  Gaules  en 
avaient  fait  frapper  une  telle  profusion,  que  les  nouveaux  con- 
quérants n'eurent  nullement  besoin  d'émettre  de  la  menue 
monnaie.  Celle  qui  existait  en  si  grande  quantité  avait  cours 
partout,  et  semble  n'avoir  jamais  donné  lieu  aux  difficultés  dont 
nous  ne  sommes  pas  exempts  de  nos  jours,  bien  que  les  diffé- 
rents Etats  européens  soient  liés  par  une  convention  monétaire 
assez  récente.  Le  bronze  et  le  billon  des  Romains  sont  encore 
actuellement  si  communs,  qu'on  s'étonne,  après  15  siècles,  d'en 
rencontrer  en  aussi  prodigieuse  abondance.  Partout  où  Rome 
eut  le  moindre  établissement  le  sol  semble  en  avoir  été  saturé. 
C'est  chaque  jour  que  la  pioche  du  terrassier  découvre  d»  ces 
pièces  isolées  ou  en  tas. 

Il  n'en  est  pas  de  même  de  la  monnaie  d'or  mérovingienne, 
toujours  si  rare,  mais  beaucoup  moins  pourtant  que  la  mon- 
naie d'argent.  Le  creuset  de  l'orfèvre  en  a,  sans  doute,  ravi  un 

Tome  XX.  —  1886  9 


i3o       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

nombre  considérable  à  la  science,  car  on  compte  celles  qui 
restent.  On  peut  donc  considérer  comme  une  bonne  fortune  la 
découverte  d*une  de  ces  pièces,  surtout  lorsqu'elle  est  inédite 
et  qu'elle  révèle  l'existence  d'un  nouvel  atelier  monétaire.  Au- 
cune collection  publique  ou  particulière  ne  possédait  ce  triens 
de  Die,  aucun  ouvrage,  aucune  Revue  numismatique  ne  l'avait 
encore  signalé.  Du  moins  si  cela  avait  été  fait,  c'était  certaine- 
ment par  erreur.  Effectivement,  les  formes  du  nom  de  cette 
ville  sont  nombreuses  et  ont  donné  lieu  à  de  fausses  attribu- 
tions :  Dea,  civitas  Deentium;  Dia,  Diva,  Divia,  Ecclesia  Deensis, 
Diensis,  Dyensis,  Dintensis.  Il  y  avait  en  Macédoine  le  diocèse 
de  Dio,  ville  située  sur  la  mer  de  Thessalie.  Dans  l'Hérault  se 
trouvait  une  autre  ville  de  Dio,  à  laquelle  paraît  se  rapporter 
le  triens  frappé  vers  650,  et  présentant  cette  légende  :  DEAS 
VICO  FIT{i).  On  a  confondu  encore  Dia  avec  Dun,  ecclesia 
Dimensts  CarnotensiSy  qui  n'était  autre  que  Châteaudun,  du 
diocèse  de  Chartres  ;  avec  Dinia,  ecclesia  Dinensis^  Digne  ; 
enfin  avec  Divio,  Dijon. 

Quelques  détails  sur  la  ville  de  Die  ne  seront  pas,  nous 
Tespérons,  trouvés  hors  de  propos.  M.  le  D^  Long  (2)  et  après 
lui  M.  E.  Desjardins  (3),  pensent  que  le  nom  gaulois  aurait 
été,  à  l'origine,  celui  d'une  divinité  topique.  Dea  Andarta  dont 
le  culte  local  est  attesté  par  huit  inscriptions  sur  des  autels  ou 
fragments  d'autels  existant  encore,  soit  dans  cette  ville,  soit 
dans  les  environs.  C'est  à  des  divinités  de  ce  genre  que  Nîmes 
{Nemausus)y  Autun  (Bibracte),  Vaison  {Vasio),  etc.,  doivent 
leur  appellation.  Pour  d'autres  érudits  Dea  viendrait  de  Dia, 
déesse  de  la  jeunesse.  Pour  Adrien  de  Valois,  Dea  Augusta 
rappellerait  le  nom  de  l'Impératrice  Livie,  mais  ces  deux  der- 
nières opinions  sont  peu  acceptées. 


(1)  Annuaire    de  la  Société  Française  de   Numismatique,  1868,  page  186. 

(2)  'Recherches  sur  les  antiquités   du  pays    des  Voconces  pp.    25,    105 
et  107. 

(3)  Géographie  de  la  Gaule,  page  406. 


UN  TIERS   DE   SOL  d'OR   FRAPPE   A  DIE.  l3l 

Dea  Augîista  Vocontiorum,  à  égale  distance  de  Valentia  et  de 
Vapincum  (Gap),  était  à  l*époque  de  la  domination  romaine  une 
colonie  de  TEmpire,  jouissant,  à  ce  titre,  du  droit  le  plus  large. 
Située  dans  une  contrée  fertile,  bien  qu'au  milieu  d'un  groupe 
de  montagnes  que  domine  le  Glandaz  (i),  cette  cité  vit  sa 
prospérité  s'accroître  rapidement,  grâce  sans  doute,  aux  diffé- 
rentes voies  qui  la  traversaient. 

Selon  Strabon,  les  Voconces  étaient  un  des  principaux 
peuples  de  la  Provincia  ou  Gaule  Narbonnaise,  ensuite  de  la 
deuxième  Narbonnaise,  dont  Aquœ  Sextiœ  (Aix)  était  la  métro- 
pole et  cette  gens  fut  enfin  attachée  à  la  Viennoise.  Les  Vocon- 
ces avaient  deux  capitales  :  l'opulente  Vasio  et  Luctis  Augusti 
(Luc)  ainsi  que  19  petites  villes,  oppida  ignobilia,  parmi  les- 
quelles il  faut  compter  Die.  Quant  à  son  territoire,  il  présentait 
une  superficie  de  840,000  hectares,  plus  allongée  que  large.  Du 
nord  au  sud  elle  avait  environ  150  kilomètres  et  seulement  100 
de*rest  à  l'ouest.  Les  géographes  de  l'antiquité  font  rarement 
connaître  les  limites  des  peuples.  On  est  obligé  de  prendre  celles 
des  diocèses,  qui  représentent,  sauf  de  rares  exceptions,  assez 
exactement  les  anciennes  civitates  ou  Etats,  Les  Voconces 
étaient  limités,  au  levant,  par  les  Ségalauniens,  et  plus  bas  par 
les  Tricastins  ;  au  midi,  par  les  dernières  ramifications  des 
Alpes  s'étendant  jusqu'au  Ventoux  et  bien  au  delà  jusqu'à  la 
Durance,  au  couchant  par  les  Caturiges  et  les  Tricoricns  ;  enfin 
l'Isère,  au  nord,  les  séparait  des  AUobroges.  Ce  vaste  domaine 
comprenait  la  moitié  du  Dauphiné  et  plusieurs  cantons  de  la 
Provence.  Vasio  et  Lucus^  bien  avant  la  chute  de  l'empire 
romain  étaient  tout-à-fait  déchues  de  leur  ancienne  splen- 
deur. Die,  au  contraire,  sous  les  Philippe,  était  en  pleine 
prospérité.  C'est  à  cette  époque,  selon  le  D^  Long,  qu'elle 
devint  l'unique  capitale  des  Voconces.  Elle  avait  un  Flamine, 
un  collège  de  Sénateurs,  une  corporation  pour  les  jeux,  des 
arènes.  Les  sacrifices  tauroboliques  qui  étaient  faits  en  l'hon- 


(i)  L*altitude  du  Glandaz  e6tde2048  mètres. 


l32         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

neur  des  princes,  y  rassemblaient  les  prêtres  des  villes  voisines, 
Valentia,  Arausio,  Alba  Augusta,  etc.;  Die  était  un  centre  pour 
le  culte  de  la  Grande  Déesse  (Cybèlé);  elle  se  gouvernait  par  ses 
propres  lois  et  disposait  du  droit  latin.  D'après  Pline,  c'était 
une  civitas  fœderata.  L'ethnique  placée  devant  son  nom  indi- 
quait «  qu'elle  était  la  ville  des  Voconces  et  leur  capitale  (i).  » 

Nous  savons  que  les  empereurs,  suivant  qu'ils  avaient  à  se 
louer  ou  à  se  plaindre  des  populations  accordaient  ou  retiraient 
les  privilèges  aux  cités.  Une  ville  peut  donc  avoir  été  colonie, 
puis  capitale,  et  être  tombée  ensuite  dans  un  rang  inférieur. 
Les  empereurs  décernaient  également  des  titres  honorifiques 
aux  princes  étrangers,  comme  les  souverains  accordent  aujour- 
d'hui des  distinctions  nobiliaires  ou  des  décorations.  On  sait 
que  Clovis  vers  la  fin  de  sa  vie,  se  trouvant  à  Tours,  reçut  un 
envoyé  de  l'Empereur  Anastase  qui  venait  lui  apporter  la  robe 
et  la  chlamyde,  insignes  des  dignités  de  Patrice  et  de  consul. 
De  plus  le  monarque  d'Orient  lui  décernait  le  titre  d'Auguste 
ou  d'associé  honoraire  à  l'Empire.  Tous  les  Barbares  avaient 
une  considération  et  un  respect  profond  pour  la  puissance 
romaine.  Aussi  Clovis,  dans  la  joie  que  lui  causèrent  ces  fa- 
veurs, parcourait  les  rues  de  Tours,  monté  sur  un  cheval  su- 
perbe, la  tête  ceinte  du  diadème,  les  épaules  couvertes  du  man- 
teau de  pourpre,  et  en  jetant  au  peuple  des  poignées  d'or  et 
d'argent.  Il  prit  dès  lors  le  titre  d'Auguste,  que  conservèrent 
quelques  uns  de  ses  successeurs.  Un  triens  frappé  à  Lyon  du 
temps  de  Sigismond  portait  ce  mot  :  COS  (consul). 

Dans  toutes  les  villes  de  l'Empire  où  les  Romains  avaient  un 
flamine,  qui  était  le  plus  haut  dignitaire  dans  l'ordre  hiératique, 
les  chrétiens  placèrent  un  évêque.  Ces  prélats  étendirent  leur 
autorité  sur  les  circonscriptions  territoriales  qu'ils  trouvèrent 
établies.  Ces  circonscriptions  furent  si  bien  maintenues  qu'elles 
subsistaient  sous  les  rois  des  deux  premières  races,  et  servirent 
même  de  base  aux  divisions  féodales.  Il  est  propable  que  sous 


(i)  J.  D.  Long,  page  131. 


UN   TIERS   DE   SOL  d'OR   FRAPPÉ  A   DIE.  l33 

Constantin,  le  diocèse  de  Die  représentait  déjà  la  plus  grande 
partie  du  Vocontium.  Les  métropoles  ecclésiastiques  rempla- 
çaient les  métropoles  romaines.  Les  institutions  de  TEglise 
survécurent  à  la  grande  débâcle  de  410,  et  ce  n'est  même  qu'ap- 
puyés sur  elles,  que,  plus  tard,  les  successeurs  de  Clovis  pu- 
rent assurer  leur  hérédité.  Du  partage  de  la  Gaule  s'élèvent 
plusieurs  souverainetés.  On  abandonne  les  noms  celtiques  et 
les  noms  gallo-romains  pour  adopter  ceux  des  nouveaux  maî- 
tres ;  les  noms  des  Saints,  premiers  apôtres  des  diocèses,  rem- 
placent également  un  grand  nombre  de  noms  de  localités.  Tout 
ce  qui  rappelait  les  vaincus  disparait.  Le  sentiment  national 
semble  éteint  et  la  lutte  ne  s'engage  qu'entre  les  vainqueurs. 

Nous  avons  dit  que  les  diocèses  représentaient  assez  exacte- 
ment les  anciennes  circonscriptions  territoriales.  Celui  de  Die 
qui  avait  été  maintenu  jusqu'à  la  première  Révolution,  n'avait 
subi  aucun  changement  depuis  son  origine.  Il  était  resté  un  des 
plus  étendus,  parce  qu'à  l'époque  de  sa  formation,  Die  était 
la  ville  la  plus  importante  des  Voconces  ;  tandis  que  Vaîson 
déchue  devint  le  siège  d'un  petit  diocèse,  formé  d'une  faible 
portion  du  Vocontium,  qui  ne  comprenait  pas  plus  de  40  pa- 
roisses. 

Die,  à  l'époque  de  la  formation  des  diocèses,  sous  Constan- 
tin-le-Grand,  jouissait  de  privilèges  et  de  libertés,  que  les  rois 
Buhr-Gondes  respectèrent.  L'évêché  releva  d'abord  de  Vienne, 
puis  la  préfecture  du  Prétoire  ayant  été  placée  à  Arles,  on  l'atta- 
cha à  cette  métropole,  et  en  1 120,  on  le  rendit  suffragant  de  la 
première.  Enfin,  réuni  à  l'évêché  de  Valence  en  1274,  on  l'en 
sépara  de  nouveau  et  définitivement  en  1688.  Ses  évêques 
étaient  comtes  de  Die  et  princes  de  l'Empire.  Ils  avaient  con- 
servé le  droit  de  frapper  monnaie.  Les  comtes  du  Valentinois 
et  du  Diois  leur  devaient  l'hommage. 

Ce  diocèse  comprenait  encore,  en  1790,  cent  soixante-huit 
paroisses,  possédait  de  nombreuses  terres  domaniales,  beau- 
coup de  fiefs,  avait  12  lieues  de  long  sur  10  de  large,  et  sa  su- 
perficie était  de  80  lieues  carrées.  On  l'avait  attaché  au  premier 


i34       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

royaume  de  Bourgogne,  fondé  en  414  et  détruit  par  les  Francs 
en  534.  Moins  barbares  que  les  autres  peuples  envahisseurs, 
les  Buhr-Gondes  laissèrent  subsister  les  traces  du  régime  mu- 
nicipal dans  les  provinces  de  leur  domination.  Un  code  mêlé 
de  lois  romaines  fut  promulgué  par  Gondebaud,  dit  loi  Gom- 
bette,  et  sanctionné  par  ses  successeurs  qui  donnèrent  Texem- 
ple  de  la  tolérance  religieuse.  Du  reste  le  christianisme  ne 
devait-il  pas  préserver  de  l'effondrement  où  disparut  la  société 
romaine,  les  restes  de  Tan  tique  civilisation  qui  devait  enfanter 
l'ère  nouvelle  ?  Son  avènement  a  été  la  plus  heureuse  et  la  plus 
grande  révolution  qui  ait  jamais  existé.  Son  action  bienfaisante 
plane  sur  toute  notre  histoire  ;  et  la  France,  en  aucun  temps, 
ne  fut  plus  grande  et  plus  respectée  que  lorsqu'elle  s'honorait 
d'être  la  fille  aînée  de  l'Eglise. 


SÉANCE.  l35 


SEANCE    DU    26    NOVEMBRE    Ï885 


PKiSIDEMB  >l  I.  TAllINTIII, 


MM.  de  Gâllier  et  Brun-Durand  s'excusent  par  lettres 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 

Lecture  est  donnée  d'une  circulaire  de  M.  le  Ministre 
de  rinstruction  publique  et  du  programme  du  Congrès 
des  Sociétés  savantes  en  1886,  comprenant  cinq  parties 
distinctes  :  Histoire  et  philologie  ;  archéologie  ;  sciences 
économiques  et  sociales  ;  sciences  mathématiques,  physi- 
ques, chimiques  et  météorologiques;  sciences  naturelles  et 
sciences  géographiques. 

Ce  programme,  déposé  au  secrétariat,  sera  communi- 
qué à  tous  les  membres  qui  désireraient  traiter  un  ou  plu- 
sieurs des  points  indiqués. 

M.  Morel,  d'Andancette, 

Et  M.  Emblard,  ancien  magistrat,  de  Valence,  présen- 
tés par  MM.  Colomb,  Tabbé  Mazet  et  Lacroix^  sont  pro- 
clamés membres  titulaires^ 

Et  M.  Eolde  Berthin,  de  Beaurepaire, 
M.  Petit,  curé  de  St-Antoine, 
M.  Battendier,  chanoine,  directeur  de  la  Semaine 
religieuse^  de    Viviers,  présentés  par  MM.  Blanchard, 
Vallier  et  Lacroix,  sont  proclamés  membres  correspond 
dants. 

Une  lettre  de  M.  Tabbé  Jassoud  renferme  la  description 
de  Roussas,  de  son  château  et  de  ses  églises  ou  chapelles  ; 


l36       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

notre  collègue  a  été  frappé  surtout  du  caractère  roman 
de  l'ancienne  église  du  château  et  d'un  bas-relief  sur  pierre 
blanche,  représentant  un  lion  entre  deux  cerfs,  —  qu'il 
croit  du  IX*  ou  du  X*  siècle. 

Village,  château,  paysage,  bas-relief  et  église  méritent 
d'être  étudiés  avec  soin,  et  nos  collègues  ne  manqueront 
pas,  à  l'occasion,  d'en  décrire  en  détail  les  points  saillants. 

La  lettre  parle  ensuite  du  château  des  Tourrettes,  dé- 
pendance de  Cruas,  et  appelle  l'attention  sur  cet  édifice 
curieux. 

Le  secrétaire  fournit  quelques  renseignements  histori- 
ques inédits  sur  Valence  et  sur  Guillaume  de  Lavoulte, 
dont  un  gros  d'argent  a  été  décrit  dans  le  Bulletin^  et 
énumère  les  publications  reçues,  en  signalant  les  travaux 
des  Sociétés  correspondantes  relatifs  à  notre  région. 

U Académie  delphinale  a,  dans  un  gros  volume,  réuni  les 
titres  des  livres  imprimés  à  Grenoble  et  esquissé  l'histoire 
des  imprimeurs  et  libraires  de  la  même  ville;  par  ses 
curieuses  révélations,  M.  Edmond  Maignien  a  rendu  un 
véritable  service  aux  bibliophiles. 

Dans  le  volume  que  publie  Y  Académie  d^Aix,  M.  Gus- 
tave Vallier  a  étudié  de  nouveau  l'iconographie  du  roi 
René  et  M.  Laugier,  les  monnaies  du  même  prince. 

M.  le  chanoine  Trépier  a  fourni  à  V Académie  de  Savoie 
des  recherches  historiques  sur  le  décanat  de  St-André  et 
sur  la  ville  de  ce  nom,  ensevelie,  au  XIIP  siècle,  sous  les 
éboulis  du  mont  Granier. 

Deins  la  Société  d'éludés  des  Hautes- Alpes,  M.  de  Bon- 
niot  fait  connaître  la  règle  imposée  par  l'abbé  d'Aurillac 
aux  moines  et  clercs  ou  frères  lais  des  prieurés  de  Saillans 
(Drôme)  et  d'Aspres-sur-Buëch  (Hautes-Alpes),  en  i3o3. 
Outre  le  prieur,  chet  souverain,  il  y  avait  à  Saillans  pour 


SÉANCE.  îZj 

le  service  divin  :  le  sacristain,  ou  curé,  les  prieurs  d'Au- 
benas  et  de  Mouvens  (St-Moirand),  le  moine  claustral  et  le 
clerc.  On  voit  par  ce  document  quelle  était  la  manière  de 
vivre  de  ces  petites  communautés  et  quelles  étaient  leurs 
occupations,  et  à  ce  titre  il  offre  un  réel  intérêt. 

La  même  Société  publie  une  savante  note  de  M.  Tabbé 
Guillaume  et  de  Vallon-C^orse  sur  une  inscription  inédite 
d^Embrun,  relative  à  un  flamine  augustal. 

M.  Chabouillet  rend  compte  dans  le  Bulletin  archiolo-- 
gique  du  Comité  des  travaux  historiques  et  scientifiques 
d'une  communication  faite  par  M.  Joseph  Vallentin,  de 
Mirabel  aux  Baronnies.  Il  s'agit  d'une  monnaie  en  bronze 
de  la  colonie  de  Nimes,  avec  les  têtes  adossées  d'Auguste 
et  d'A grippa.  «  C'est  tout  ce  qu'il  y  a  de  plus  commun.  » 

On  lit  dans  la  Romania  une  charte  romane  qui  ^e  rap- 
pone  aux  Mévouillon  et  aux  de  Baux,  princes  d'Orange. 
Elle  doit  regarder  Raymond  I,  mort  dans  l'abbaye  de 
Sénanque,  avant]  1208;  ce  document  sera  utilisé  pour  la 
monographie  de  Mévouillon. 

Enfin,  la  Société  des  architectes  de  la  Drôme^  dans  le 
2*  n*  de  son  Bulletin  expose  les  moyens  de  restaurer  le 
théâtre  de  Valence. 

Il  est  aussi  rendu  compte  de  plusieurs  brochures  dont 
les  titres  seront  donnés  dans  la  chronique,  et  la  Société 
loue  particulièrement  le  beau  et  savant  mémoire  de 
M.  L.  Morel  sur  le  Temple  du  Châtelet  d'Andance.  (i) 


(1)  Lyon,  Mougîn-Rusand,  1875,  broch.  iQ-4*  de  57  pp. 


x38       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

!.    ■   »  ri        ■  ;     ■  -I      ■■  ■  -   .        ■  ■         ■  r  .    z  *     ••-     ■ 


CHRONIQUE 


En  commençant  le  vingtième  volume  du  Bulletin^  le 
secrétaire  est  heureux  d'offrir  ses  félicitations  aux  collègues 
bienveillants  et  érudits  qui  ont  su  rendre  cette  publication 
intéressante,  et  qui  l'ont  soutenue  de  leurs  sympathies. 

Voici  les  ouvrages  reçus  pendant  le  trimestre  : 

Histoire  des  enfants  abandonnés  et  délaissés.  Etudes 
sur  la  protection  de  Venfance  au^  diverses  époques  de  la 
civilisation^  par  Léon  Lallemand.  (Paris,  Alph.  Picard, 
x885.  I  vol.  in-S'^de  790  pp.  Cet  ouvrage  intéressant  est 
muet  sur  nos  provinces. 

Notice  sur  la  vie  et  les  œuvres  d'Achille  Gamon  et  de 
Çhristophle  de  Gamon  d'^Annonay  en  Vivarais,  par 
A.  Mazon,  Paris,  Lemerre  i885.  i  vol.  in-8%  de  i36  pp. 
consciencieuse  et  savante  étude  sur  un  poète  qui  fut 
l'émule  de  du  Bartas  et  sur  un  chroniqueur  du  XVI*  siècle, 
dont  le  Bulletin  va  publier  les  Mémoires  complets,  an- 
notés par  M.  Brun-Durand. 

Du  même  auteur  :  Voyage  au  pays  helvien^  par  le  doc- 
teur Francus,  Privas  i885,  imprimerie  du  Patriote^  i  vol. 
in- 12,  de  532  pp.  M.  Mazon  parcourt  ainsi  peu  à  peu  tout 
le  Vivarais  et  charme  le  lecteur  par  son  esprit  et  son  éru- 
dition. 

Les  mobiles  secrets  de  la  politique  européenne  sous 
le  règne  de  Louis- Philippe  et  de  Napoléon  III,  par  M. 
Bertrand,  Paris,  Bloud  et  Barrai  1886,  br.  in-8%  de  47  p. 

Chartes  et  coutumes  seigneuriales  de  Chapteuil  et  de 
Léont oing  {Haute-Loire),  (1253-1264),  publiées  par  Au- 


CHRONIQUE.  r39 

gustin  Chassaing  (Paris,  Larose  et  Forcel,  i882),br.  în-8% 
de  i5  pp.  —  Du  même  auteur  :  Ordonnance  de  Louis  XI 
sanctionnant  des  articles  arrêtés  entre  les  consuls  et  les 
habitants  du  Puy-en-Velay.  Paris,  mêmes  librairies,  1884. 
Br.  in-8%  de  i5  pp.  ;  —  et  Cartulaire  des  Templiers  du 
Pujr^en^Velajr.  Paris,  Champion  1882.  Broch.  in-8*,  de 
83  pp. 

M.  Chassaing  est  un  magistrat  de  talent  et  un  érudit  de 
mérite  dont  les  écrits  sont  fort  recherchés. 

Armagna  dotifinen  per  lou  bel  an  de  Diou  1886.  Va- 
lence, Lantheaume,  br.  in-12,  de  80  pp.  C'est  un  véritable 
recueil  de  poésies  patoises  de  nos  plus  habiles  félibres  de 
la  Drôme,  et  de  contes  intéressants  en  prose. 

Rimes  à  temps  perdu  (1833-1878)  par  Jules  Ferrand, 
Paris,  Lemerre,  1879,  i  vol.  in-12,  de  271  pp.  Il  y  a  là 
des  vers  à  M.  Clément,  l'habile  artiste  de  Donzère,  d'au- 
tres sur  le  rocher  de  Pierrelatte,sur  les  Trois  Donzelles  etc., 
et  surtout  la  charmante  idylle  intitulée  :  Le  Creux-du« 
Merle. 

Du  même  auteur  :  Le  mariage  de  don  Juan,  conte 
espagnol.  Paris,  Lemerre  i883,  i  vol.  in-12,  de  162  pp. 

Rapport  sur  les  archives  départementales,  communales 
et  hospitalières  de  V Isère ^  en  1884-1885,  par  A.  Prud- 
homme,  Grenoble,  Allier,  i885,  br.  On  y  trouve  le  cata- 
logue des  manuscrits  conservés  dans  le  dépôt  des  archives 
dePIsère. 

Rapport  sur  les  archives  des  Hautes-Alpes^  par  M. 
Tabbé  Guillaume  pour  l'exercice  1 884-1 885. 

Jacques  de  Lamotte-Brion,  Episode  des  guerres  reli- 
gieuses du  XVIP  siècle  par  M"*«  E.-C.  Lascombes.  Privas, 
imprimerie  du  Patriote^  i885,  br.  de  32  pp.  Intéressante 
chronique. 


140         SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

Succession  Florian  Malgras.  Arguments  sur  les  nulli- 
tés connexes  du  testament^  avec  codicille^et  de  la  prétendue 
transaction  qui  en  a  été  le  corollaire  par  Martial  Malgras. 
Marseille,  Cayer,  1881,  br.  in-8%  de  47  pp.  Curieuse 
dissertation. 

Les  brigands.  Episodes  inédits  de  la  réaction  thermi- 
dorienne (1794- 1804)  dans  le  canton  de  Valréas  et  dans 
la  ville  de  Bollène^  par  Louis  Devès,  Avignon,  Gros,  i885, 
br.  in-8%  de  76  pp. 

M.  H.  Vaschalde  avec  son  Guide  nous  conduit  dans 
Vais  et  autour  de  Vais  en  érudit  et  en  archéologue. 

ValS'les 'Bains  en  igoo  ;  —  et  les  Félihres  à  Vals-les- 
Bains^  par  le  même. 

Recherches  sur  les  eaux  potables  de  Vals-les-Bains, 
par  Albert  Vaschalde,  pharmacien. 

Terminons  cette  revue  par  l'annonce  d'une  nouvelle 
édition  des  Essais  historiques  sur  la  ville  de  Valence  de 
J.  OUivier,  Javec  d'importantes  additions.  Valence,  Che- 
nevier  et  Pessieux,  1886,  i  vol.  in-8**. 

M.  de  Coston  nous  signale,  en  outre,  une  brochure  de 
M.  le  comte  Paul  du  Chastel  de  La  Howardière ,  de 
Kain  lès  Tournay,  intitulée  :  Preuve  des  extravagantes 
prétentions  de  la  famille  roturière  Chanel^  dite  de  Crouy- 
Chanel  de  Hongrie^  et  de  la  légitimité  de  la  maison  prin- 
cière  de  Croy-Dulmen.  Tournay,  Vasseur-Delmée,  3opp. 
in-4^  A.  L. 

ERRATA 

Corriger  dans  la  livraison]  75%  page  365,  ligne  i3,  le 
mot  écouté  qui  doit  être  écrit  écoutée,  —  et  à  la  ligne  16, 
attribuer  à'  Lamartine,  les  quatre  vers  cités  comme  une 
rectification  adressée  directement  aux  membres  de  la  So- 
ciété, les  en  a  avertis  déjà. 


MEMOIRES 

DE 

Achille    GAMON 

Avocat  d'Annonay 
J.      'B'RUV^  -  'DU'R'-ANT». 

INTRODUCTION 


Prétendre  publier  pour  la  première  fois  les  Mémoires 
d'Achille  Gamon,  est  d'autant  plus  surprenant  que 
toutes  les  grandes  collections  de  mémoires  historiques 
comprennent  ceux  de  l'avocat  annonéen,  et  que  ces 
Mémoires  font  également  partie  du  Recueil  de  pièces 
fugitives  pour  servir  à  l'histoire  de  France,  publié  en 
17^9  par  le  marquis  d'Aubais  (1).  Seulement  il  ne  faut 
pas  oublier  que  sous  le  titre  de  Mémoires  sur  tes  guer- 
res civiles  du  Haut-Vivarais,  ce  dernier  n'a  donné  en 
somme  qu'un  résumé  des  Mémoires  de  Gamon  et  que  tous 
les  éditeurs  de  Collections  l'ont  simplement  copié.  Avec 

(1)  PiriB.  3  Tolume»  in-quarto. 

Tome  XX.  —  188G.  10 


142         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

cette  différence  toutefois,  que  les  éclaircissements  et 
les  notes,  dont  Térudit  grand  seigneur  languedocien  a 
accompagné  son  texte,  ne  se  retrouvent  que  dans  la 
Collection  universelle  de  Perrin  (i),  tandis  que  les 
erreurs  par  lui  commises  dans  la  lecture  de  certains 
noms  de  lieu,  ont  été  fidèlement  reproduites  par  tous 
indistinctement. 

Or,  si  de  semblables  publications  étaient  suffisantes  au 
temps  de  d'Aubais,  il  n'en  est  plus  de  même  aujour- 
d'hui, que  le  goût  en  matière  d'histoire  s'est  tout  à  la 
fois  épuré  et  fortifié.  Autrement  exigeants  que  nos 
devanciers,  nous  ne  nous  contentons  point  comme  eux 
de  résumés  ou  d'extraits,  lorsqu'il  s'agit  de  mémoires, 
c'est  le  texte  original  qu'il  nous  faut  ;  qui  plus  est  nous 
le  voulons  avec  tous  ses  archaïsmes  d'orthographe  et  de 
style,  et  pour  ce  qui  regarde  les  Mémoires  de  Gamon,  il  y 
a  d'autant  plus  de  raison  de  rechercher  le  texte  primitif, 
que  le  résumé  qui  en  a  tenu  lieu  jusqu'ici,  est  d'une 
concision  souvent  excessive  et  quelquefois  incomplet. 
Non  content  de  réduire  le  récit  de  certains  faits  à  une 
simple  mention,  d'Aubais  a  complètement  supprimé  ce 
qui  se  rapporte  à  certains  autres  ;  ce  qui  s'explique  d'au- 
tant moins  que  le  même  d'Aubais  ne  craint  pas  de  pro- 
fesser dans  le  même  recueil,  «  que  ce  qui  est  minime 
pour  l'un  est  un  fait  essentiel  pour  l'autre  (2)  ;  »  puis 
encore,  parce  que  la  plupart  des  faits  négligés  par  lui, 
sont  de  ceux  qui  ont  une  place  marquée  dans  toute  his^ 
toire  locale. 


(i)  Paris.  1785-1 791.  73  volumes  in-octavo, 
(a)  Recueil  de  pièces  Jugiiivesm  \,  5. 


MEMOIRES  D^ ACHILLE   GAMON.  l^H 

Généralement  parlant,  ces  Mémoires  ont  du  reste 
une  importance  bien  supérieure  à  leur  étendue,  car 
ils  forment  à  peu  de  chose  près  les  seuls  matériaux 
de  l'histoire  du  Haut-Vivarais  pendant  la  plus  gran- 
de partie  des  guerres  de  religion  ;  —  de  1558  à 
1Ç76  et  encore  en  1585  et  ij86. —  Ce  qui  équivaut 
à  dire  qu'ils  constituent  une  des  intéressantes  pages 
de  notre  histoire  nationale  à  cette  époque  tourmentée  ; 
aucun  pays  n'ayant  été  plus  profondément  bouleversé 
par  les  guerres  civiles  du  XVI"'  siècle,  que  le  Haut- 
Vivarais,  nulle  part  ces  abominables  guerres  n'ont 
fait  plus  de  ruines  et  de  victimes  qu'à  Annonay,  ville 
qui  après  avoir  été  l'une  des  premières  à  recevoir 
la  Réforme,  fut  pendant  longtemps  un  des  boulevards 
du  parti  huguenot.  Aussi  la  découverte  faite,  il  y  a 
quelques  années,  d'une  copie  authentique  des  Mémoires 
cT Achille  Gamorij  dans  les  papiers  de  l'un  de  ses  derniers 
descendants,  M.  de  La  Lombardière,  de  Montmey- 
ran,  fut-elle  considérée  comme  une  heureuse  trouvaille, 
et  les  hommes  les  plus  compétents  manifestèrent-ils 
aussitôt  le  désir  de  les  voir  publier.  «  Une  édition 
intégrale  de  ces  mémoires  si  précieux  pour  la  pro- 
vince, serait  aujourd'hui  une  tâche  facile,  bien  capable 
de  tenter  l'ambition  d'un  érudit,  »  écrivait  peu  de  temps 
après  le  savant  et  sympathique  président  de  la  Société 
d'archéologie  et  de  statistique  de  la  Drôme,  M.  de 
Gallier,  dans  ses  Tournonnais  dignes  de  mémoire  (i)  ; 
et  la  phrase   a   été  textuellement  reproduite  par  M. 


(1)  Tournon.   1878  in-8*. 


^ 


144  SOCIETE    D  ARCHEOLOGIE   ET    DE    STATISTIQUE. 

Auguste  Mazon,  écrivain  des  plus  distingués,  dans  la 
substantielle  étude,  par  laquelle  il  prélude  à  la  publica- 
tion de  certaines  œuvres  de  Christophe  Gamon,  un  des 
fils  de  notre  mémorialiste  (i). 

Il  n'en  fallait  pas  autant  pour  nous  inspirer  la  pensée 
d'éditer  les  Mémoires  de  Gamon ^  tout  ce  qui  touche  à 
l'histoire  si  souvent  écrite  et  selon  nous  toujours  à 
écrire  des  guerres  de  religion,  nous  intéressant  au 
plus  haut  degré.  Malheureusement  le  manuscrit  des 
La  Lombardière  ne  se  retrouvait  plus,  lorsqu'il  nous 
fut  permis  de  nous  en  occuper,  et  nous  en  serions 
par  suite  aux  stériles  regrets,  sans  l'intervention  de 
notre  vieil  ami  et  maître  M.  Lacroix,  qui  obligeant 
comme  toujours,  mit  alors  à  notre  disposition  une  co- 
pie du  manuscrit  égaré  ;  nous  lui  en  sommes  d'autant 
plus  reconnaissant,  que  prise  avec  la  plus  scrupuleuse 
exactitude,  par  le  savant  archiviste  de  la  Drôme  lui- 
même,  cette  copie  est  assurément  de  celles  qui  peuvent 
tenir  de  l'original.  Quant  au  manuscrit  dont  cette  copie 
est  la  fidèle  reproduction,  c'est  vraisemblablement  le 
même  qui  servit  au  marquis  d'Aubais  pour  ses  Pièces 
fugitives^  cdiT  il  porte  à  sa  dernière  page,  la  signature 
de  «  Jean- Armand  Fourel,  procureur  du  Roy,  »  et  ce 
magistrat  est  précisément  celui,  qui,  nous  le  savons  par 
la  préface  du  cinquième  tome  de  l'Histoire  du  Languedoc^ 
prêta  le  manuscrit  des  Mémoires  de  Gamon  à  Dom  Vais- 
sette  ;  tandis  que  d'Aubais  nous  apprend  de  son  coté, 
que  ces  Mémoires  lui  furent  communiqués  par  le  sa- 


(i)  Notice  sur  la  vie  et  les  œuvres  cT Achille  Gamon  et  de  Christophe  de 
Gamottf  d'cAnnonay  en  Vivarais.  —  Lyon.  1885  grand  in-octavo. 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  J/^5 

vant  bénédictin.  Il  y  a  même  quelques  raisons  de  croire 
que  ce  manuscrit,  qui  est  de  la  fin  du  XVII"'  siècle, 
suivant  M.  Lacroix,  est  en  dépit  de  sa  date  le  manus- 
crit original  des  Mémoires  de  Gamon  ;  ou  pour  mieux 
dire  que  l'avocat  annonéen  n'a  pas  à  proprement 
parler  laissé  des  mémoires,  mais  seulement  des  frag- 
ments et  des  notes,  qui  ne  furent  recueillis  et  rassemblés 
que  longtemps  après  sa  mort,  par  Fourel  peut-être.  Et 
ce  qui  nous  autorise  à  le  penser,  ce  sont  tout  à  la  fois 
les  grandes  et  nombreuses  lacunes  qu'on  remarque  dans 
ces  Mémoires^  et  additions  également  nombreuses  qui 
y  ont  été  faites,  en  marge  du  manuscrit  des  La  Lombar- 
dière  ;  car  on  ne  voit  pas  que  celles  de  ces  additions, 
qui  se  rapportent  à  des  événements  contemporains  de 
notre  mémorialiste,  puissent  être  autre  chose  que  le 
résultat  de  nouvelles  recherches  faites  dans  ses  pa- 
piers, et  d'autre  part  certaines  lacunes  ont  très  pro- 
bablement pour  cause,  la  perte  d'une  partie  de  ces 
mêmes  papiers. 

Quoi  qu'il  en  soit,  nous  publions  intégralement  ce 
manuscrit,  en  distinguant  bien  entendu,  ainsi  qu'il  con- 
vient, du  texte  original,  les  additions  marginales,  et 
nous  l'accompagnons  en  outre  de  notes,  qui  singu- 
lièrement plus  fréquentes  et  plus  étendues  que  celles 
de  d'Aubais,  ont  non  seulement  pour  but  d'identifier 
les  noms  de  personne  et  de  lieu,  qui  se  trouvent  dans 
les  Mémoires  de  Gamoriy  mais  encore  d'expliquer,  de 
compléter  et  quelquefois  même  de  rectifier  dans  cer- 
tains détails,  les  récits  de  l'avocat  annonéen.  Notes 
pour  la  confection  desquelles,  nous  avons  utilisé  conçu- 


146         SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

remment  avec  le  résultat  de  nos  propres  recherches, 
quantité  de  renseignements  précieux,  obligeamment 
mis  à  notre  disposition  par  M.  Tabbé  Oriol,  d'Anno- 
nay,  à  qui  nous  sommes  heureux  de  pouvoir  témoigner 
ici  notre  profonde  gratitude. 

Cela  dit,  comme  il  en  est  en  définitive  des  mémoires, 
ce  qu*il  en  est  de  tout  témoignage,  dont  on  ne  saurait 
apprécier  exactement  la  valeur  et  la  portée,  sans  con- 
naître celles  du  témoin  lui-même,  nous  allons  essayer 
d'établir  le  degré  de  confiance  que  méritent  ceux-ci, 
en  groupant  et  résumant  ici  ce  que  Ton  sait  d'Achille 
Gamon  et  de  sa  famille,  de  son  caractère,  de  ses  ten- 
dances, du  milieu  dans  lequel  il  vécut  et  du  rôle  qu'il 
y  joua. 

Les  Gamon  étaient  une  famille  du  hameau  des  Cham- 
bons,  paroisse  de  Vocance,  à  quelques  lieues  d'An- 
nonay,  dont  le  premier  membre  connu  avait  nom  Claude 
et  vivait  en  1468  et  1 481.  Ce  Claude  eut  un  fils  du 
même  nom  que  lui  et  comme  lui  notaire  à  Vocance,  de 
qui  il  est  question  en  148}  et  en  1508,  et  qui  d'Antoi- 
nette Carron,  fille  de  Laurent,  juge  seigneurial  du  lieu, 
laissa  cinq  fils  et  deux  filles  :  François,  Antoine,  Lau- 
rent, André,  Pierre,  Blanche  et  Marie.  Celle-ci  se  fit 
religieuse,  et  sa  sœur  épousa  en  1508,  noble  Julien  de 
Gléon,  juge  de  la  terre  du  Monestier  en  Vocance. 
Quant  aux  fils,  François,  l'aîné,  mourut  à  Bourg-Argental 
sans  avoir  été  marié  ;  Antoine,  le  cadet,  de  qui  nous  au- 
rons à  reparler  plus  d'une  fois,  après  avoir  été  quelque 
temps  notaire  comme  ses  aïeux,  devint  en  1529  juge- 
royal  du  Vivarais,  Laurent  qualifié  «  sire  du  Chambon», 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  147 

dans  le  contrat  de  mariage  de  sa  sœur,  se  contenta  de 
cultiver  sa  part  de  l'héritage  paternel  ;  André  fut  tabel- 
lionner  à  Saint-Péray  ;  enfin  Pierre,  le  plus  jeune^  étant 
allé  se  fixer  à  Tournon,  pour  y  pratiquer  lui  aussi  le 
notariat,  y  épousa  en  1529  Louise  Boulot,  qui  le  rendit 
père  d'Achille,  l'auteur  de  ces  Mémoires  (i). 

Achille  Gamon  naquit  donc  à  Tournon  (Ardèche),  le 
1 5  août  1530,  et  c'est  dans  le  collège  de  cette  ville  qu'il 
fit  ses  premières  études  ;  seulement  la  mort  presque 
simultanée  de  ses  père  et  mère,  aux  mois  de  mai  et 
de  juin  1547,  l'ayant  fait  passer  sous  la  tutelle  de  son 
oncle  Antoine,  celui-ci  l'envoya  étudier  le  droit  à  l'uni- 
versité de  Valence,  puis  à  celle  de  Toulouse,  et  c'est 
dans  cette  dernière  ville  qu'il  fut  reçu  licencié  en  droit 
le  II  février  155 1.  Trois  jours  après,  le  nouvel  avo- 
cat épousait  a  demoiselle  Jehanne  de  Massabeuf,  âgée 
de  dix-neuf  ans,  fille  de  M*  Estienne  Massabeuf  et  de 
honneste  femme  Anne  Rome  ».  Or  comme  les  Mas- 
sabeuf, gens  anoblis  sous  Louis  XI,  étaient  alors  une 
famille  de  notaires  d'Annonay,  ce  mariage  fixa  d'au- 
tant plus  facilement  notre  mémorialiste  dans  cette  ville, 
que  c'était  en  réalité  là  qu'habitait  son  oncle  et  tuteur 
le  juge-royal  du  Vivarais,  dont  la  résidence  officielle 
était  à  Boucieu-le-Roi  (2),  et  que  cet  oncle  n'avait  pas 
d'héritiers  directs  ;  trois  filles  nées  d'un  premier  ma- 
riage avec  Françoise   de   Combes,   sœur  de  Martin, 


(i)  Arch.  de  la  Dr.j  B.  26. —  A.  Mazon.  Notice  sur  Achille  Gamon,p,i6  18. 
(2)  Commune  du  canton  de   Saint-Félicien    (Ardèche),   qui  fut   ju8qQ*en 
1565  le  chef-lieu  du  bailliage  du  Vivarais. 


148  SOCIÉTÉ   d'archéologie    ET   DE' STATISTIQUE. 

juge  d'appeaux  de  l'évêché  de  Valence,  étant  toutes 
les  trois  mortes  sans  postérité,  et  Blanche  de  La  Ri- 
voire,  sa  seconde  femme,  ne  lui  ayant  pas  donné  d'en- 
fants (i). 

Indépendamment  de  cela,  Achille  Gamon  avait  du 
reste  tout  avantage  à  s'établir  auprès  de  son  oncle,  car 
il  ne  pouvait  que  gagner  au  contact  d'un  homme,  qui 
premier  magistrat  de  robe  du  Vivarais  depuis  long- 
temps, était  tout  naturellement  porté  à  le  faire  bénéficier 
de  son  influence  et  de  ses  relations,  aussi  bien  que  de 
son  expérience  et  de  ses  conseils.  Et  de  fait  il  en  pro- 
fita dans  une  si  large  mesure,  qu'âgé  de  vingt-neuf  ans  à 
peine,  il  fut  élu  premier  consul  d'Annonay  pour  l'année 
1559,  et  continué  dans  cette  charge  l'année  suivante; 
fait  d'autant  plus  digne  de  remarque,  que  les  Annoné- 
ens  étaient  alors  profondément  divisés  sur  la  question 
religieuse.  Initiés  dès  1527  ou  1528  aux  doctrines  luthé- 
riennes, et  vers  1546  à  celles  de  Calvin,  ils  comptaient 
en  effet,  depuis  quelques  années  surtout,  beaucoup  de 
partisans  de  ces  doctrines  parmi  eux,  et  les  doctrines 
catholiques  ayant  naturellement  aussi  leurs  champions, 
il  en  résultait  pour  tous  un  état  permanent  d'agitation 
et  de  trouble.  Au  moment  de  l'élection  de  Gamon, 
les  choses  en  étaient  même  arrivées  à  un  tel  degré 
d'acuité,  que  le  lieutenant  du  roi  en  Languedoc,  crut 
devoir  faire  occuper  militairement  Annonay,  et  comme 
il  arrive  si  souvent  hélas  !  en  pareille  circonstance, 
cette  intervention  n'avait  fait  qu'ajouter  à  l'irritation  des 


(1)  Mazon:  Notice  18-19. —  Fillol.  Ilist.  d'Annonay.  1,624.  —  DeGallier. 
Les  Tournonnais,  33. —  Archives  de  la  Drâme^  E  2575. 


MÉMOIRES  D^ ACHILLE  GAMON.  I49 

esprits.  Aussi  Tun  des  premiers  soins  du  nouveau  con- 
sul, lorsqu'il  eut  été  investi  de  sa  charge,  fut-il  de  sol- 
liciter le  retrait  des  troupes  royales,  et  l'ayant  obtenu 
par  l'intermédiaire  de  l'abbé  de  Thiers,  —  un  des  frères 
de  Marillac  archevêque  de  Vienne  et  chef  du  Conseil 
privé,  qu'il  avait  connu  à  l'université  de  Toulouse,  —  il 
tint  à  l'hôtel-de-ville  une  assemblée  générale  des  habi- 
tants d'Ânnonay,  dans  laquelle  on  résolut  de  s'opposer 
à  la  propagation  des  nouvelles  doctrines  religieuses. 
Seulement  ce  ne  furent  là  encore  que  des  mesures  vaines  ; 
car  quelques  jours  après  ces  mêmes  Annonéens  subissant 
d'autres  influences,  demandèrent  à  Genève  un  ministre, 
et  les  passions  se  donnèrent  ensuite  telle  carrière,  que 
le  parlement  de  Toulouse  ayant  enjoint  au  juge-mage 
de  Nimes,  puis  au  bailli  du  Vivarais,  Just  de  Tournon, 
comte  de  Roussillon,  de  se  rendre  à  Annonay  pour  y  réta- 
blir l'ordre,  ce  dernier  ne  fut  pas  plutôt  arrivé  sur  les  lieux 
qu'il  dut  s'en  éloigner,  sous  peine  d'y  perdre  la  vie  (i). 

Voyant  cela,  Achille  Gamon  se  désintéressa  dès  lors 
des  querelles  de  ses  concitoyens,  pour  se  consacrer  à  la 
défense  de  leurs  intérêts  matériels,  et  dans  ce  but  prit  part 
à  toutes  les  délibérations  des  Etats  du  Vivarais  et  des 
Etats-généraux  du  Languedoc,  qui  furent  tenus  pendant 
son  consulat.  Il  assista  notamment  à  cette  orageuse  ses- 
sion de  mars  1560,  sur  laquelle  il  donne  plus  de  détails 
qu'aucun  autre  historien  ou  mémorialiste,  et  dans  laquelle 
les  chefs  du  parti  huguenot  en  Languedoc,  attaquèrent 
si  violemment  le  clergé  catholique.  «  Dans  l'ignorance 


(i)  Mémoires  de  Gamon.  —  Hist.  gén.  du  Languedoc^  édition  du  Mège. 
VIII,  260  et  307. 


i5o       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

de  la  religion  catholique  et  de  la  religion  réformée 
où  on  estoit,  —  dit-il  —  on  ne  sçavoit  à  quelle  des 
deux  on  debvoit  s'attacher,  quels  pasteurs  il  falloit  sui* 
vre  ;  »  et  c'est,  croit-on,  à  la  suite  de  cette  session, 
que  notre  mémorialiste  se  fit  huguenot.  Car  bien  que 
les  auteurs  de  la  France  protestante^  s'accordent  avec 
ceux  de  VHistoire  générale  du  Languedoc^  pour  dire 
que  Gamon  resta  catholique,  on  est  généralement  d'avis 
qu'il  embrassa  le  protestantisme,  et  les  historiens  an- 
nonéens  en  particulier,  sont  unanimes  sur  ce  point. 
Mais  ce  qu'il  importe  de  constater  surtout,  c'est  que 
quelle  que  soit  leur  opinion  touchant  les  croyances  reli- 
gieuses de  Gamon,  tous  ceux  qui  se  sont  occupés  de 
ses  Mémoires^  y  voient  un  témoignage  dont  la  sincérité 
ne  saurait  être  suspectée,  et  qui  plus  est,  des  histo- 
riens de  religion  différente,  concluant  en  sens  inverse 
pour  ce  qui  regarde  celle  de  notre  mémorialiste,  s'ac- 
cordent à  reconnaître  sa  sincérité  et  sa  bonne  foi,  en 
n'y  voyant  qu'un  fait  anormal.  «  Quoiqu'il  fût  attaché 
malheureusement  à  la  nouvelle  hérésie  de  Calvin,  Gamon 
ne  cesse  pas  de  rapporter  les  choses  fidèlement  »,  disent 
en  effet  les  Annales  de  la  ville  d'Annonay,  œuvre  manus- 
crite d'un  protestant  converti  au  catholicisme,  —  Louis 
Chomel  dit  le  Béat —  et  d'une  religieuse  sa  tante  (i)  ; 
et  les  frères  Haag  confessent  de  leur  côté,  que  «  mal- 
gré l'esprit  de  modération  et  d'impartialité  qui  règne 
dans  cette  petite  chronique,  rien  ne  prouve  que  l'au- 


(i)  L*original  de  ce  manuscrit  fait  partie  de  la  bibliothèque  d'Annonay  ; 
mais  il  y  en  a  des  copies  dans  d'autres  bibliothèques,  notamment  une  dans 
celle  de  M.  A.  de  Bouffier. 


MÉMOIRES   d'ACHILLE  GÂMON.  i5i 

teur  des  Mémoires  de  Gamon  «  ait  embrassé  lui-même 
la  Réforme.  ]>  Aussi  peu  bienveillants  les  uns  que  les 
autres  pour  leurs  adversaires,  chacun  d'eux  s'étonne 
qu'un  écrivain  d'une  autre  religion  que  la  sienne,  soit 
impartial  et  modéré  ;  et  nous  devons  reconnaître  que 
leur  étonnement  à  tous  s'explique,  l'impartialité  et  la 
modération  qui  ne  sont  pas  assurément  qualités  com- 
munes de  nos  jours,  chez  ceux  qui  s'occupent  des 
guerres  civiles  du  XVP*  siècle,  étant  à  peu  près  com- 
plètement étrangères  aux  écrivains  de  cette  époque  (i). 
Mais  pour  en  revenir  à  notre  sujet,  la  religion  de 
Gamon,  il  est  extrêmement  vraisemblable  que  suivant 
la  remarque  de  M.  de  Gallier,  notre  mémorialiste  en 
arriva  «  à  une  sorte  d'indifférence  en  une  aussi  grave 
matière  ;  »  conclusion  qui  est  également  celle  de  M. 
Mazon.  Seulement  il  ne  nous  est  pas  possible  de  voir 
comme  ce  dernier,  dans  cette  indifférence,  le  décou- 
ragement et  la  lassitude  d'un  esprit  sage,  en  présence  des 
épouvantables  excès  dont  tous  les  partis  se  rendirent 
alors  coupables  ;  car  il  ne  faut  pas  oublier  que  Gamon, 
qui  ne  se  montra  pas  tout  d'abord  favorable  aux  nou- 
velles doctrines  religieuses,  ainsi  que  le  prouvent  les 
résolutions  prises  sous  son  inspiration,  dans  une  as- 
semblée générale  des  habitants  d'Annonay,  (mars  1559,) 
dont  nous  avons  parlé  tout  à  l'heure,  inclina  du  côté  de 
ces  doctrines,  au  moment  même  où  ceux  qui  en  étaient 
les  champions,  cessèrent  d'être  d'intéressantes  victimes, 


(x)  Mémoires  de  Gamon,  —-  Hist.  gin.  du  Languedoc,  VIII.  —  Haag.  La 
Famce  protestante  V"  Gamon.  —  Poncer.  Mémoires  historiques  sur  Annonay, 
II,  ao.  »  FiLHOL.  Hist,  d'Annonay,  l,  634. 


l52         SOCIÉTÉ    D^ ARCHÉOLOGIE  ET  DE   STATISTIQUE. 

pour  devenir  d'ambitieux  et  menaçants  révoltés,  d'op- 
primés, oppresseurs.  Mais  nous  sommes  du  reste 
amplement  fixés,  sur  les  véritables  sentiments  de  notre 
mémorialiste,  par  son  Livre  de  raison^  une  sorte  de 
registre  dans  lequel  Gamon  a  consigné  le  souvenir 
de  ses  plus  importantes  affaires  domestiques  et  de  ses 
principaux  événements  de  famille,  acquisitions,  ventes, 
échanges,  naissances,  mariages  et  morts,  en  un  mot, 
tout  ce  qui  Tintéressa  le  plus  ici  bas  (i). 

Instruit  et  lettré  comme  l'étaient  généralement  alors 
les  hommes  de  sa  condition,  Gamon  a  effectivement 
émaillé  ce  recueil  de  citations  et  de  sentences,  dont 
quelques-unes  sont  caractéristiques.  Par  exemple  celle- 
ci,  qui  placée  en  tête  du  registre,  indique  suffisamment 
la  pensée  qui  a  présidé  à  sa  confection  :  Ùivitiarum 
quœrendarum  non  solum  rationem  habere  oportet^  sed  etiam 
collocandarum^  ut  perpétuas  sumptus  suppeditent  nec  so- 
lum necessarios  sed  etiam  libérales  ;  ou  bien  encore  cette 
autre,  qui  n'est,  christianisée  dans  sa  forme,  qu'une  re- 
production du  Salve  lucro  des  Romains  de  la  décadence  : 
Benedidus  Dominus  qui  servat  et  auget.  Béni  soit  le  Sei- 
gneur qui  conserve  et  qui  enrichit.  Et  de  fait,  il  n'y  a 
qu'à  parcourir  ce  registre,  pour  se  convaincre  que  Ga- 
mon était  par  excellence,  ce  que  l'on  appellerait  de 
nos  jours  un  homme  pratique,  autrement  un  homme  qui 
ne  se  laissa  jamais  distraire  du  soin  d'augmenter  sa  for- 


(i)  Ce  registre  qui  passa  des  Gamon  aux  du  Pont  de  Munas,  dans  les 
commencements  du  XVIII*  siècle,  a  été  donné  à  la  bibliothèque  publique 
d*Annonajr,  par  M.  le  baron  de  La  Roque,  dont  les  ancêtres  étaient  seigneurs 
de  Munas  avant  la  Réroluiion. 


MÉMOIRES   D*ACHILLE   GAMON.  l53 

tune  ;  car  il  y  est  question  pour  ainsi  dire  à  chaque 
page,  d'acquisitions  d'immeubles  ou  de  rentes  fonciè- 
res. Au  modeste  héritage  de  ses  parents,  augmenté 
des  sept  cents  livres  tournois  formant  la  dot  de  sa  fem- 
me, et  de  l'héritage  de  son  oncle  et  tuteur,  le  juge-royal 
Antoine  Gamon,  qui  mourant  en  1564  a  rempli  de  jours 
et  d'âge  »,  lui  légua  une  maison  dans  Annonayet  la  moi- 
tié du  port  d'Andance,  notre  avocat  ajouta  en  effet  dès 
1 57 1  une  moitié  du  domaine  de  La  Lombardière,  acquise 
moyennant  1400  livres,  de  noble  Antoine  deCriveKde 
Chambaran,  et  l'année  suivante  l'autre  moitié,  payée 
1521,  livres  à  Balthazard  de  Crivel,  qui  ayant  ensuite 
demandé  la  résiliation  du  contrat  pour  cause  de  lésion, 
obtint  un  supplément  de  300  livres.  Il  arrondit  ensuite  le 
domaine  d'Esteyses,  qui  lui  venait  des  Massabeuf  et 
qui  comprenait  en  fin  de  compte  cinquante  pièces  de 
terre  ;  puis  acheta  le  domaine  de  Fourany  qui  en  com- 
prenait dix-neuf  ;  puis  celui  de  Brunieu  formé  de  onze  ; 
puis  les  moulins  de  Faya,  qui  revendus  en  1636,  par  un 
de  ses  petits-fils,  à  Barthélémy  et  Mathieu  Johannot, 
d'Ambert  en  Auvergne,  furent  alors  convertis  en  une 
papeterie  ;  et  nous  n'en  finirions  pas  si  nous  voulions 
énumérer  toutes  ces  acquisitions.  En  pleine  guerre 
civile,  alors  qu'il  n'y  avait  pas  en  quelque  sorte  de  mai- 
son qui  ne  s'appauvrît,  lui  s'enrichissait  ;  et  ce  qu'il  im- 
porte de  remarquer  encore,  c'est  que  non  moins  prudent 
que  thésaurisateur,  il  s'efforça  toujours  de  dissimuler 
son  florissant  état  de  fortune.  Tellement,  que  mariant 
en  1574  sa  fille  Blanche,  un  tiers  de  la  dot,  soit  mille 
livres,  furent  portées  dans  le  contrat  comme  étant  don- 


i54      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

nées  par  Blanche  de  La  Rivoîre,  veuve  Gamon,  grand'- 
tante  de  la  future,  tandis  qu'il  résulte  des  renseigne- 
ments fournis  par  le  Livre  de  raison^  que  cette  somme 
fut  en  réalité  donnée  par  le  père,  qui  «  pour  éviter  tout 
bruyt  envîeulx  ne  vouloit  estre  veu,  si  grande  dote  excé- 
dant sa  portée  ».  Le  trait  peint  l'homme  (i). 

En  tout  cas,  déchargé  du  consulat  le  24  mars  1561, 
qui  est  le  dernier  jour  de  l'année  1560,  suivant  l'ancien 
calendrier,  c'est-à-dire  au  moment  même  où  le  pays 
devenait  décidément  et  pour  longtemps  la  proie  des 
factions,  il  s'inspira  assez  de  l'une  de  ses  sentences  : 
Bene  qui  latuil  bene  vixit,  pour  qu'on  ne  le  trouve  que 
quatre  ou  cinq  fois  mêlé,  et  cela  encore  d'une  ma- 
nière tout  à  fait  incidente,  aux  affaires  publiques,  pen- 
dant les  trente  sept  années  qui  précédèrent  sa  mort. 
La  première  fois  c'est  en  1568.  Ayant  employé  les 
trop  nombreux  loisirs  que  lui  firent  les  guerres  civiles, 
en  suspendant  le  cours  de  la  justice,  à  déchiffrer  et  tra- 
duire les  chartes  de  libertés,  concédées  aux  habitants 
d'Annonay  par  leurs  différents  seigneurs,  il  fit  hommage 
de  ce  travail  aux  consuls  d'alors,  en  l'accompagnant 
d'une  lettre,  dont  au  moins  un  passage  mérite  d'être 
cité,  parcequ'il  est  une  nouvelle  preuve  de  sa  modéra- 
tion. «  Recevez  —  dit-il  —  recevez  donc  Messieurs 
«  vosdites  libertés,  droits  et  usances,  comme  l'une 
((  des  singularités  dont  votre  ville  et  baronnie  se  peut 
<K  dire  douée.  Si  en  les  lisant  elles  semblent  à  quelqu'un 


(i)  De  Gallier.  Les  Toumonnaist  41  et  38.  —  A.    Mazon.  Notice   30. 
«-  Mémoires  de  Gamon. 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  lb5 

«  ne  s'estendre  aussi  loing  qu'il  pourroit  le  désirer, 
«  dites  avec  Platon  que  subjection  et  liberté  excédant 
a  le  moyen,  toutes  deux  sont  mauvaises,  et  estant  mo- 
«  dérées  Tune  et  l'autre  sont  sages.  »  Huit  ans  plus 
tard  (1576),  les  protestants  annonéens  ayant  acquis 
une  maison  particulière  pour  la  convertir  en  temple, 
Gamon  fut  un  de  leurs  prête-noms,  en  attendant  qu'ils 
pussent  Tacquérir  légalement  ;  et  c'est  douze  ans  après, 
autrement  en  i«588,  que  notre  homme  fut  chargé  de 
refaire  le  cadastre  de  la  communauté  d'Annonay,  tra- 
vail pour  lequel  il  était  préparé  plus  que  personne  par 
ses  recherches  dans  les  archives  municipales,  et  au  ter- 
me duquel  il  fut  appelé  pour  les  mêmes  raisons,  a  com- 
plimenter publiquement  le  duc  de  Ventadour,  qui  nou- 
vellement reconnu  seigneur  d'Annonay,  par  arrêt  du 
parlement  de  Paris,  vint  prendre  possession  de  cette 
seigneurie  le  9  avril  1590.  Enfin  nous  trouvons  sa  signa- 
ture et  celles  de  ses  deux  fils  aînés,  au  bas  d'une  lettre 
que  le  Procureur  du  Roi  et  les  avocats  d'Annonay, 
adressèrent  le  2  mai  1591  au  Juge-royal,  pour  se  plain- 
dre de  l'inexactitude  des  magistrats  du  bailliage  et  des 
lenteurs  qui  en  résultaient  pour  le  public,  de  la  mau- 
vaise tenue  des  registres  du  greffe  et  de  l'augmenta- 
tion des  frais  de  justice,  le  priant  enfin  de  remédier 
à  tous  ces  abus,  en  restaurant  les  anciens  règlements 
des  cours  royales  (1). 

Abstration  faite  de  ce  que  Gamon  nous  raconte  lui- 
même,  le  concernant,  dans  ses  Mémoires,  et  de  quelques 


(i)  Poncer.  Mémoires  historiques  sur  Annonay,  I,  1 18  et  II,  34.^  Filhol. 
II«  16.  —  Mazon*  33. 


i56      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

détails  sans  intérêt  touchant  ses  affaires  domestiques, 
nous  ne  savons  rien  de  plus  sur  notre  mémorialiste;  sinon 
qu'il  mourut  à  Annonay  le  22  décembre  1 597,  et  qu'il  fut 
enterré  dans  le  cimetière  protestant  de  cette  ville.  Ajou- 
tons que  de  son  mariage  avec  Jeanne  Massabeuf,  Achille 
Gamon  n'eut  pas  moins  de  quatorze  enfants  dont  quatre 
seulement  lui  survécurent  :  Blanche  qui  n'étant  encore 
âgée  que  de  quatorze  ans,  épousa  en  1574  M*  Pierre 
Gautier,  sie\ir  de  Gourdanel  ;  Mondon,  Théodore  et 
Christophe  (i). 

Mondon  Gamon  qui  se  disait,  sieur  de  la  Collange, 
du  nom  d'un  petit  fief  sur  Eclassan  (2),  était  en  1596 
syndic  des  avocats  d'Annonay,  et  fut  de  plus  juge  sei- 
gneurial des  terres  de  Revirand  et  d'Oriol.  Marié  le 
14  janvier  1588  avec  Catherine  de  La  Rivoire,  fille  de 
Claude  et  nièce  de  Blanche  de  La  Rivoire,  sa  grand'- 
tante,  il  eut  :  r  Achille,  autre  avocat,  né  le  27  avril 
1597  et  marié  le  5  novembre  1634  avec  Jeanne  de  Bré- 
nas,  fille  de  feu  Christophe,  seigneur  d'Oriol  et  de 
Madeleine  de  Montchenu,  dont  les  descendants  con- 
damnés en  1698  pour  usurpation  de  titres  de  noblesse, 
se  sont  vraisemblablement  éteints  au  commencement  du 
XVI II"*  siècle,  chez  les  du  Pont  de  Munas,  qui  héritè- 
rent ainsi  du  Livre  de  raison  de  son  aïeul.  2°  Jeanne 
dont  le  mari  Jean  Etoile,  fut  premier  consul  d'Annonay 
en  1626.  j**  Catherine  qui  naquit  en  1 599  et  fut  femme  de 
l'avocat  Jean  Primet.  4**  et  5**  Pierre  et  Jean.  Ce  der- 


(l)   MaZON.    31.    —   FiLHOL.    II,  48. 

(2)  Commune  du  canton  de  Tournon  (Ardèche). 


MÉMOIRES   d'aCHILLE   GAMON.  167 

nier  n'est  eonnu  que  par  le  contrat  de  mariage  de  son 
frère  aîné,  dans  lequel  il  figure  comme  témoin,  et  nous 
parlerons  de  Pierre  après  avoir  fait  connaître  ses  on- 
cles ((). 

Théodore  Gamon,  sieur  de  La  Lombardière,  avocat 
comme  son  père  et  son  frère  aîné,  et  premier  consul 
d'Annonay  en  1607,  épousa  le  30  mars  1596  Madeleine 
de  Gurin,  fille  d'André,  seigneur  de  Matré  ,  qui  lui 
donna  entr' autres  enfants  :  1°  André  ,  mort  jeune, 
2°  Une  fille  qui  tour  à  tour  appelée  Anne  et  Madeleine, 
naquit  le  27  juin  1599  et  fut  femme  de  Balthazard  de 
Cusson,  exempt  des  gardes  du  corps  du  Roi,  demeurant 
à  Monistrol.  }°  Enfin  Antoine,  un  avocat  encore,  qui 
s'étant  fait  catholique,  vendit  sous  réserve  du  nom,  la 
terre  de  La  Lombardière  aux  Barou  et  fut  ensuite  s'établir 
à  Valence  ;  attiré  qu'il  y  était  par  un  petit-cousin,  Claude 
Gamon,  petit-fils  d'André,  notaire  à  Saint-Péray,  de 
qui  il  est  question  dans  divers  actes  de  l'an  1Ô09.  Cet 
Antoine  Gamon  mourut  avocat  du  Roi  au  Présidial  de 
cette  ville  en   1669(2). 

Christophe  ou  Christophle  Gamon,  qui  se  qualifiait  en 
1617  sieur  de  Chomenas,  est  le  poète,  dont  le  principal 
mérite  à  nos  yeux,  est  d'avoir  donné  lieu  à  l'intéres- 
sante et  substantielle  étude  de  M.  Mazon.  Première- 
ment mis  en  pension  chez  un  pédagogue  de  Boulieu, 
moyennant  dix  livres  tournois  par  an  ;  puis  à  Tournon,  à 


(i)  Db  Gallier.  Lês  Toumonnaist  ^9.  —  Archives  de  VArdèche^  B  4.  *- 
Ma2on,  28. 

(3)  Arch,  de  VArdèche.  B  3.  —  id.  ie  la  Drômet  B  3  et  E  3587  et  3509. 
—  A.  Mazon.  39,  36. 

Tome  XX.-  1886.  11 


i58       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

raison  de  trois  écus  vingt  sols  par  mois  ;  ensuite  à 
Nîmes,  ayant  reçu  de  son  père  «  dix  escus  pour  sa 
pension  de  troys  mois  et  deux  escus  pour  sa  despence 
en  chemin  et  autres  menus  affaires,  »  il  fut  enfin  envoyé 
à  Montpellier  au  mois  de  septembre  1 590  pour  y  étudier 
»  la  pratique  des  finances.  »  Mais  abandonnant  bient6t 
le  culte  de  Plutus  pour  celui  des  Muses,  comme  il  au- 
rait dit  lui-même,  il  publia  dès  1598  un  recueil  de  vers, 
intitulé  Pescheries  (i),  en  tête  duquel  se  trouve  sa  por- 
traiture, et  ne  paraît  s'être  distrait  de  ses  poétiques 
occupations,  que  pour  aller  représenter  l'église  protes- 
tante d'Annonay,  au  synode  de  la  Rochelle  en  1607. 
CoUetet  et  le  docteur  Duret,  cités  par  M.  Mazon,  disent 
qu'il  mourut  à  Annonay  en  1621,  et  qu'il  ne  laissa  pas 
de  postérité  (2). 

Disons  maintenant  quelques  mots  de  celui  des  petits 
fils  de  notre  mémorialiste,  dont  la  descendance  s'est 
continuée  jusqu'à  nos  jours. 

Pierre  Gamon,  deuxième  fils  de  Mondon  et  de  Ca- 
therine de  La  Rivoire,  que  nous  voyons  figurer  avec  le 
titre  de  docteur  es  droits,  dans  le  contrat  de  mariage  de 
son  frère  aîné  (5  novembre  1634),  voulant  aller  en 
Hollande,  pour  y  compléter  son  éducation,  afferma 
le  19  octobre  1622,  toutes  ses  terres  à  sieur  Jac- 
ques Fressenel,  qui  lui  avança  la  somme  de  400  li- 
vres sur  le  prix  convenu,  pour  se  pourvoir  d'habits  et 


(1)  Les  Pescheries,  divisées  en  deux  parties,  où  sont  contenues  par  un 
nouveau  genre  d'écrire  et  sous  des  aussi  beaux  que  divers  enseignements,  les 
plaisirs  de  la  mer  et  de  Veau  douce,  —  A  Lyon,  chez  Thibaud  Ancelin,  1 598 
in-ia. 

(2)  A.  Mazon.  39  et  suiv. 


MÉMOIRES   d'aCHILLE  GAMON.  iSq 

de  chausses.  Revenu  en  France  il  se  fixa  auprès  de  son 
cousin  Antoine,  qui  venait  de  quitter  Annonay  pour 
Valence,  et  d'abord  avocat  consistorial  près  le  parlement 
de  Dauphiné,  obtint  ensuite  une  charge  d'avocat  du  Roi 
au  Présidial,dont  il  était  pourvu  dès  1640,  date  à  laquelle 
il  lui  fut  permis  d'exercer  en  même  temps  celle  de 
juge  seigneurial  d^AUex  et  de  la  Baume-Cornillanne,  et 
qu'il  remplissait  encore  en  1661.  C'est  peut-être  le 
même,  qui  en  sa  qualité  de  substitut  du  Procureur  géné- 
ral du  Roi  en  la  Cour  des  monnaies,  poursuivait  en  165 1 
des  muletiers  arrêtés  à  Châteaubourg  (Ardèche),  con- 
duisant des  bêtes  de  somme  chargées  de  deniers  au 
coin  d'Orange,  falsifiés  et  contrefaits  à  l'imitation  des 
deniers  tournois  de  France.  «  Frauduleux  commerce, 
«  qui  enlève  —  dit-il  dans  sa  procédure,  —  toutes  les 
«  bonnes  espèces  et  remplit  les  provinces  de  monnaies 
«  altérées,  contrefaites  et  défectueuses;  dont  le  décri 
«  ruineroit  en  un  jour  plusieurs  familles  »  (i). 

Ce  Pierre  Gamon  qui  joignait  dès  1659  à  son  nom 
patronymique  celui  de  La  Lombardière,  qu'ont  porté  tous 
ses  descendants,  est  selon  toutes  probabilités  l'auteur 
de  Pierre- François  et  de  Charles,  qui  était  en  1699 
prêtre  habitué  de  la  cathédrale  de  Valence  (2). 

Pierre- François  Gamon  de  La  Lombardière,  con- 
seiller du  Roi  en  la  Sénéchaussée  et  siège  présidial  de 
Valence,  ayant  résigné  son  office  en  faveur  de  son  fils 
aîné,  obtint  en  1730  des  lettres  patentes,  l'autorisant  à 


(i)  Arch,  de  V Ardèche,  B  4.  —  Mazon.  —  Arch,  de  la  Drâme,B  ^,  73,  153. 
(3)  Arch.  de  la  Drame,  B  45J. 


i6o      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

conserver  nonobstant  cela,  le  titre  de  conseiller.  Il  laissa 
entr'autres  enfants  :  Louis-Claude  et  Pierre,  major  de 
la  citadelle  de  Valence,  qui  mourut  en  1750,  laissant 
tous  ses  biens  à  son  frère  aîné  (i). 

Louis-Claude  Gamon  de  La  Lombardière,  conseiller 
au  Présidial  de  Valence  ensuite  de  la  résignation  de  son 
père  (1730),  épousa  vers  1738  Elisabeth  de  Marquet, 
fille  de  Louis  et  d'Hyppolite  Fornet  de  Fontenille,  de 
laquelle  il  eut  T  Pierre-Marie,  2°  Louis-Claude  Gamon 
de  La  Lombardière  de  Gournier,  qui  nommé  major  de  la 
citadelle  de  Valence,  le  13  octobre  1762,  vivait  encore 
en  1769  (2), 

Pierre-Marie  de  La  Lombardière,  capitaine  au  régi- 
ment de  la  Couronne,  en  faveur  de  qui  Claude-Just  de 
Marquet  son  grand-oncle  maternel,  testa  le  12  septem- 
bre 1762,  épousa  à  Montmeyran,  le  14  .février  1774, 
Marie-Suzanne-Elisabeth  de  Ban,  fille  de  Charles,  châ- 
telain du  lieu  et  de  Madeleine-Catherine  de  Bruno.  Il 
fut  probablement  le  père  du  dernier  La  Lombardière, 
décédé  à  Montmeyran  il  y  a  une  vingtaine  d'années, 
sans  enfants  mâles  ;  celui  qui  avait  dans  ses  papiers  le 
manuscrit  des  Mémoires  de  Gamon  (3). 


(i)  Arch,  de  la  Drâmet  B  537  et  562. 
(3)  Arch.  de  la  Drames  B  535  et  578. 
(3)  Arch,  de  la  Drame.  B  56a  — A.  Lacroix,  La  maison  des  têtes,  — 


:^s>ç^^Ê^^ 


SOMhfeAI*RE  DlSCOimS  "D'tAUCUNES  CHOSES  ^EMCyRA'BLES 
^ARRIVÉES  EN  L<A  VILLE  'D'cAnNONcAY  ET  LIEUX 
CmCONVOISINS,  'DESTUIS  VtANNÉE  (MIL  CINQ  CENS 
CINQUANTE    UNG,   TA*R  cACHILLE    GtAV^ON,    LICENTIÉ. 

Et  hoec  olim  meuinissb  juvabit. 

Afin  que  parmy  les  négoces  domestiques,  il  soit  laissé  à 
la  postérité  quelque  mémoire  de  ceux  qui  touchent  le 
public,  comme  aussy  chascun  de  nous  doibt  rendre 
ce  debvoir  à  son  propre  pays,  de  luy  estre  utile  en  tant 
que  faire  se  peut,  et  ne  permette  pas  que  Testât  des  affai- 
res publiques  demeure  esteinct  et  ensevely  par  oubliance  ; 
est  icy  recuilli,  partie  des  choses  mémorables  arrivées  de 
mon  temps  en  la  ville  d'Annonay  et  ez  environs,  desquel- 
les je  n'ay  voulu  parler  (par)  crédit  ny  soubs  la  foy  d'au- 
truy,  (mais)  asseurées  pour  les  (avoir)  ouy  et  endu- 
rées comme  l'ung  (des)  habitans  de  la  ville,  que  ne  (se 
peut)  mettre  en  doubte  de  la  vérité  des  choses  suivantes. 
Mais  considérant  le  (nombre  des)  evenemens  et  conti- 
nuelles mutations  des  choses  humaines,  rapporte  le 
tout  à  la  puissance  de  Dieu,  pour  luy  en  rendre  honneur 
et  gloire  en  tous  siècles 

Estât  de  la  ville  d'Annonay. 

La  ville  d'Annonay  en  l'hault  pays  de  Vivarois,  d'an- 
cieneté  fut  ornée  de  trois  prieurés  (i),  trois  clochers  de 


(i)  Le  prieuré  de  Notre-Dame,  dont  Téglise  servait  de  paroisse,  et  qui 
fondé  en  1095,  était  de  Tordre  de  St-Ruf  ;  le  prieuré  de  St-Jacques  et  St- 
Philippe  de  Trachin,  qui  fut  fondé  en  1320  par  Guigues  Trachin,  bourgeois 
d'Annonay;  en6n  le  prieuré  de  St-Denis,  qui  n'était  à  proprement  parier 
qu'une  chapelle,  de  la  dépendance  du  prieuré  de  Notre-Dame,  et  qui  était 
bâti  sur  les  rochers  de  ce  nom  au  levant  d'Annonay. 


102        SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

grande  manufacture,  trois  hospitaux  (i),  trois  portes 
principales  (2),  trois  ponts  (3),  trois  faulxbourgs  (4),  deux 
monastères  (5),  deux  rivières  (6),  une  commanderie  (7), 
un  chasteau,  un  marché  très  fréquent  et  un  vignoble  fort 
ample  et  excellent.  Elle  fut  du  domaine  des  comtes  de 
Villars,  seigneurs  de  Roussillon,  Roche  en  Régnier  et 
plusieurs  aultres  places,  de  la  maison  de  Levi  ;  après  des 
ducs  de  Bourbonnois,  comtes  de  Forest,  et  despuîs  la 
révolte  du  duc  Charles  de  Bourbon,  connestable  de  Fran- 


(i)  L'hôpital  de  Notre-Dame  de  TAumône,  connu  dès  1320,  et  dont  Téglise 
reconstruite  en  1655,  sert  aujourd'hui  de  temple  protestant;  Thôpital  de 
Notre-Dame  la  Belle,  fondé  en  1336  par  le  cardinal  Pierre  Bertrand  et  l'hô- 
pital ou  commanderie  de  St-Antoine,  fondé  en  1330  par  Louis  de  Langhac. 

(3)  Suivant  un  plan  de  l'an  1560,  Annonay  avait  alors  treize  portes,  qui 
étaient  celles  de  St-Jean,  de  Peupailloux,  de  Maleton,  du  Petit-Maleton,  de 
Ste-Marie,  du  Château,  de  Bourgville,  des  Martins,  de  Valgela,  de  Cancc,  du 
pont  de  Cance,  du  pont  de  Valgela  et  du  pont  de  Déome. 

(3)  Le  pont  de  Cance  sur  la  rivière  de  ce  nom  et  ceux  de  Déome  et  de 
Valgela  sur  la  Déome. 

(4)  Les  faubourgs  de  Cance,  de  Déome  et  des  Paras. 

(5)  Le  monastère  de  Ste-Claire,  fondé  en  1338  par  le  cardinal  Pierre  Ber- 
trand, et  le  couvent  des  Cordeliers  dont  il  est  question  dès  1 266. 

(6)  La  Cance  qui  a  sa  source  au  col  de  St-Bonnet-le-Froid  (Haute-Loire) 
et  se  jette  dans  le  Rhône  à  Pied-de-Bœuf,  après  un  cours  d'environ  50  kilo- 
mètres. La  Déome  qui  vient  des  hauteurs  de  St-Sauveur-en-Rue  (Loire)  et  se 
jette  dans  la  Cance  au  dessous  d'Annonay  après  un  cours  d'environ  29  kilomè- 
tres. 

(7)  Cette  commanderie  dont  les  bâtiments  furent  acquis  en  1777  par  la 
famille  Blachier,  était  de  l'ordre  de  St-Jean  de  Jérusalem  et  sous  le  vocable 
de  St-Geor^es.  Fondée  dit-on  en  1350  par  la  famille  de  Roussillon,  elle  était 
appelée  au  XIV™*  siècle  la  maison  de  Doix.  —  Domus  de  Doix  Annoniaci  — 
et  dépendait  de  la  commanderie  de  Devesset  près  St-Agrève  (Ardèche).  Les 
protestants  la  ruinèrent  en  1574,  ^^  ^i^^  ^"^  après  une  enquête  ayant  été 
faite  sur  l'état  de  ses  bâtiments,  il  y  est  dit  que  a  la  maison  est  vacante  et 
exposée  à  tous  les  manans  et  habitans,  pour  y  jouer  et  exercer  plusieurs  in- 
solences, blasphèmes,  batteries  pour  raison  de  jeu  ;  les  pourceaux  et  autres 
bestes  y  depaissent  et  on  y  fait  des  immondices  et  vilenies  comme  dans  une 
Cstablç.9  —  Archives  du  Rhône,  fds.  de  Malte, 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  l63 

ce,  en  Tan  mil  cinq  cens  vingt  trois,  unie  avec  le  surplus 
de  ses  terres  et  sei-gneuries  au  domaine  du  Roy  (i).  Deux 
nobles  et  illustres  familles,  du  Peloux  et  Jarnieu,  l'ont 
choisie  pour  leur  habitation  et  y  ont  encore  leurs  domi- 
ciles ordinaires  (2).  Le  reste  des  habitans  est  composé 
de  gens  de  lettres,  ecclésiastiques  et  de  justice,  bourgeois, 
marchands,  artisans  et  laboureurs  en  grand  nombre. 
Puis  quelque  temps,  le  siège  royal  d'Annonay  en  tiltre  de 
bailliage,  y  a  esté  transféré  du  lieu  de  Bocieu  (3)  ou  il 
avoit  demeuré    environ    neuf   vingt   ans  (4).    Plusieurs 


(i)  Fief  des  Dauphins  de  Viennois  et  arriêre-fief  des  archevêques  de  Lyon, 
la  seigneurie  d'Annonay  appartenait  dès  i  ao6  aux  Roussillon,  famille  cheva- 
leresque du  Dauphiné,  dont  une  branche  ainée,  dite  de  Roussillon-Annonay» 
s'éteignit  en  1364  chez  les  Villars-Thoire,  qui  eurent  en  1434  pour  héritiers 
les  Lévis.  Ceux-ci  vendirent  en  1473  Annonay  aux  ducs  de  Bourbon,  mais 
les  biens  de  ces  derniers  ayant  été  confisqués,  en  1523,  ils  revendiquèrent 
alors  cette  seigneurie,  en  vertu  de  certaines  substitutions,  et  de  longs  procès 
s'en  étant  tout  naturellement  suivis,  ils  obtinrent  finalement  gain  de  cause 
devant  le  parlement  de  Paris,  le  15  février  1594.  Redevenus  ainsi  seigneurs 
d'Annonay,  les  Lévis  le  furent  jusqu'en  1694,  qu'un  mariage  fit  passer  celte 
terre  chez  les  Rohan-Soubise,  qui  furent  eux-mêmes  remplacés  en  1753 
par  les  Bourbons-Condé,  derniers  marquis  d'Annonay. 

(a)  Les  du  Peloux  de  Gourdan,  que  l'on  croit  être  une  branche  de  la  famille 
dauphinoise  du  même  nom,  et  qui  s'éteignirent  au  XVII'"*  siècle  chez  les 
Vogûé  et  les  Beaufort-Canillac,  étaient  fixés  à  Annonay  dès  1353,  date  à 
laquelle  Jean  du  Peloux  acquit  une  moitié  du  poids  public  de  cette  ville. 
Leur  maison  qui  fut  ensuite  acquise  par  les  de  Serres,  est  celle  qui  appartient 
aujourd'hui  aux  Giraud.  Quant  aux  Boulieu  de  Jarnieu,  de  qui  il  est  question 
dès  1 346,  dans  les  annales  d'Annonay,  ils  habitaient  rue  Seyssel,  une  maison 
flanquée  d'une  tour  qui  leur  ^l  apportée  en  mariage,  vers  1540,  par  Jeanne 
de  Pelet,  fille  d'Etienne,  seigneur  de  Chai  et  femme  de  Méraud  de  Boulieu, 
bailli  d'Annonay. 

(3)  Boucieu-le-Roi,  commune  du  canton  de  St-Félicien  (Ardèche),  dont  le 
village  fut  bâti  par  ordre  de  Philippe-le-Bcl,  sur  un  emplacement  acquis  le 
34  octobre  1291,  du  seigneur  de  St-Romain-Valmordanc. 

(4)  Ce  bailliage  qui  était  un  des  six  dont  se  composait  le  ressort  de  la  séné- 
chaussée de  Beaucaire  et  de  Nimes,  fut  créé  dit-on  en  1285  par  le  roi  Phi- 
lippe-le-Bel,  qui  en  fixa  peu  après  le  siège  à  Boucieu,  d'où  il  fut  transféré  U 


164        SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

privilèges  et  libertez  ont  esté  octroyés  a  ladicte  ville,  par 
ceux  qui  en  ont  esté  les  seigneurs,  dont  elle  use  encores 
aujourd'huy.  En  charges,  contributions  et  grandeur,  elle 
est  tenue  pour  la  seconde  du  Vivarois. 

Les  habitans  de  ladicte  ville,  ayant  dez  longtemps  pre- 
veu  la  ruine  imminente  du  clocher  de  leur  grande  église 
parrochialle,  avoient  appelle  plusieurs  maistres  massons 
pour  la  faire  abbattre,  affin  que  par  sa  cheute  les  maisons 
voisines  ne  feussent  endommagées  et  aulcuns  hommes 
tuez,  comme  il  estoit  à  craindre  ;  pour  estre  ledict  clo- 
cher sur  la  grande  rue,  de  grande  et  haute  structure,  fort 
pesant  et  mal  fondé;  mais  il  advint  que  Tan  i552  et  le 
20"*  jour  de  décembre,  environ  les  trois  heures  du  matin, 
il  tomba  de  soy  mesme  jusques  aux  fondemens,  sans  aul- 
cun  mal  ny  dommage  de  personne.  Seulement  furent 
quelques  cloches,  rompues  et  le  couvert  de  deux  maisons 
enfoncé  (1).  Ainsy  Dieu  par  sa  bonté  deslivra  la  ville  en 
ung  instant,  de  frais,  de  crainte,  et  de  péril,  estans  consuls 
M"  Guillaume  de  Sauzéa,  notaire  (2)  et  Jehan  Therode. 

{A  continuer.)  J.  BRUN-DURAND. 


Annonay  dans  les  premiers  jours  du  mois  de  juin  1565.  Sa  juridiction  s'é- 
tendait alors  sur  tout  le  Vivarais  ;  mais  un  semblable  tribunal  ayant  été  établi 
en  1606,  à  VilIeneuve-de-Berg,  pour  les  pays  de  la  rive  droite  de  TErieux, 
il  y  eut  dès  lors  deux  bailliages,  Tun  du  Haut  et  l'autre  du  Bas-Vivarais,  sous 
un  seul  bailli,  qui  n*était  du  reste  qu'un  magistrat  d'épée  se  faisant  remplacer 
dans  chaque  siège  par  un  juge-mage  ou  lieutenant-général,  magistrat  de  robe. 

(i)  L'emplacement  de  ce  clocher,  dit  de  S t- Jean,  à  cause  de  la  chapelle 
qui  était  au-dessous,  fut  d'abord  converti  en  un  cimetière  pour  les  enfants» 
puis  devint  une  sorte  d'avant-cour  pour  Téglise. 

(2)  Né  en  1515,  ainsi  qu'il  résulte  d'une  enquête  faite  en  1565,  ce  no- 
taire était  probablement  le  père  d'Antoine  de  Sauzéa,  lieutenant  du  juge 
d'Ânnonay  en  161 5,  et  fut  par  suite  l'aïeul  d'André  de  Sauzéa,  évêque  de 
Bethléem  et  recteur  du  collège  d'Autun  à  Paris,  qui  fonda  en  1641  un  collè- 
ge dans  Annonay  sa  ville  natale  et  mourut  en  1644. 


ÉVÉQUES  d' AVIGNON  ET  DE  VALENCE.        l65 


Hôtes  et  Documents 


POUR   SERVIR   A  L  HISTOIRE 


'  A 


DES  EVEOUES  D'AVIGNON  ET  DE  VALENCE 


DANS  LA  SECONDE  MOITIÉ  DU  Xffl'  SIÈCLE 


•-i^» 


II 


Le  successeur  de  Bertrand  de  Saint-Martin  sur  le  ^ège  épisco- 
pal  d*  Avignon  fut  Robert  y  de  la  famille  des  seigneurs  d'Uzès, 
chapelain  du  pape  Clément  IV,  Il  ne  gouverna  que  quelques  mois 
r Eglise  d* Avignon j  car  le  6  juillet  1267  il  était  transféré  à  Va- 
lence etf  par  une  lettre  du  2']  du  même  mois,  l'élection  de  son  suc- 
cesseur était  confirmée.  Ce  dernier  appartenait  lui  aussi  à  la  fa- 
mille des  seigneurs  d'Usés  et  se  nommait  également  Robert  :  il 
avait  été  archidiacre  de  Nîmes  et  prieur  de  Posquières, 

Que  Tévêque  d'Avignon,  successeur  immédiat  de  Bertrand 
de  Saint-Martin,  appartienne  à  la  famille  des  seigneurs  d'Uzès, 
nous  en  trouvons  la  preuve  dans  un  document  pontifical  daté 
de  Viterbe,  le  13  juin  1267.  Clément  IV  écrivait  à  i'évcquc 
d'Avignon  et  à  Décan,  seigneur  d'Uzès,  son  frère (^ermano  ejus) 
les  priant,  leur  enjoignant  au  besoin  de  s'en  remettre  à  la  dé- 
cision de  frère  Raymond  de  Mévouillon,  de  l'ordre  des  Frères 
Prêcheurs,  et  à  celle  de  C.  de  Melgueil,  chevalier,  touchant  leur 


i66       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

différend  avec  Dracontict  de  Montauban  (i).  Ce  Décan,  sei- 
gneur d*Uzès,  est  mentionné  dans  d'autres  pièces  que  nous 
rappellerons  ici,  comme  pouvant  fournir  quelques  renseigne- 
ments sur  l'évêque,  son  frère.  Décan  était  fils  de  Bèrmond  II, 
seigneur  d*Uzès  (2).  En  1254,  il  confirme  à  la  demande  de 
révoque  d*Uzès  et  du  prévôt  de  la  cathédrale  un  accord,  fait 
en  II 44,  entre  leurs  prédécesseurs.  Dix  années  plus  tard,  en 
1264,  agissant  comme  fondé  de  pouvoirs  de  Robert,  son  frère, 
chapelain  du  pape,  il  cède  au  roi  de  Sicile  et  comte  de  Proven- 
ce, les  droits  que  ledit  Robert  avait  sur  le  château  de  Calvis- 
son.  Il  était  à  la  cour  pontificale  au  commencement  de  Tannée 
1267,  car  une  lettre  de  Clément  IV,  datée  de  Viterbe  22  jan- 
vier, nous  apprend  que  le  pape  a  confié  quelques  reliques  à 
Décan,  seigneur  d*Uzès,  qui  s*est  chargé  de  les  remettre  à  Tabbé 
de  Saint-Gilles  (3). 

Sur  Tépiscopat  de  Robert  I"  d'Uzès,  à  Avignon,  nous  n'a- 
vons pour  le  moment  d'autres  données  que  la  lettre  pontificale 
du  13  juin  1267.  Quelques  jours  après,  6  juillet,  il  devenait 
évêque  de  Valence. 

On  a  vu  plus  haut  qu'en  cette  circonstance  le  pape  écrivit  à 
Aymar  de  Poitiers,  comte  de  Valcntinois,  pour  lui  dire  que  le 
choix  de  ce  nouveau  prélat  ne  pouvait  manquer  de  lui  être 


(i)  Cette  lettre  se  retrouve  dans  trois  des  Registres  de   Clément  IV,  au 

Vatican.  Reg.  xxxiv,  f*  lxxxviii  (verso)  :  Venerabili  fratri (sic),  episco- 

po  Avinionen.  et  dU.  filio  no(bili)  vi(ro)  Decano,  dno   Utrecie  germano  eius. 

Licet  pacis  consilia  generaliter  nobis  placeant Datum  ViUrbiij  idibusjunii, 

anno  tertio.  —  Reg.  xxxv,  f»  65  (verso)  :  Epo  Aviton.  (sic.)  et  nobtli  viro 
Decano  dno  Utrerie  (sic),  germano  eius.  Licet...  (ut  supra).  —  Reg.  xxxvi, 
f"  CCI  (recto)  :  Venerabili  fratri  epo  Avinionen .  et  dilecto  filio  nobili  viro  De- 
cano et  dno  Utecie  germano  eius.  Licet  pacis  (ut  supra).  Datum  Viterbii  VIII 
Kal.  junii,  anno  IlL 

(3)  Vaissittb. /ftsi.  gén.  du  Languedoc,  t.  iv  (187a),  p.  228;  — (Marquis 
D*AuBMs).  Pièces  fugitives j  Paris,  1759,  t.  I,  p.  320. 

(3)  Ces  diverses  pièces  sont  analysées  dans  :  G.  Charvet.  Généalogie  de  la 
première  maison  oCU:{ès^  travail  publié  par  les  Annales  de  la  Société  littéraire 
(CAlais. 


ÉVÊQUES  d' AVIGNON   ET   DE   VALENCE.  l6j 

agrréable,  attendu  qu'il  était  son  parent.  Quels  étaient  ces  liens 
de  parenté,  qui  unissaient  Tévêque  et  le  comte,  et  sur  lesquels 
le  souverain  pontife  fondait  de  si  belles  espérances  pour  la 
tranquillité  de  notre  diocèse  ?  Cette  parenté  venait  probable- 
ment par  l'intermédiaire  des  Adhémar,  seigneurs  de  Roche- 
maure.  Pithon-Curt  nous  apprend  qu'un  Bermond  d'Uzès 
avait  épousé  Giraudc  Adhémar,  fille  du  seigneur  de  Roche- 
maure.  D'autre  part,  une  charte  de  l'année  laio  nous  apprend 
aussi  que  Giraudet  Adhémar,  fils  de  Giraud,  seigneur  de  Ro- 
chemaure,  et  probablement  frère  de  Giraude,  était  neveu  ou 
petit-fils  (nepos)  d'Aymar  de  Poitiers,  comte  de  Valentinois  (i). 
La  candidature  de  Robert,  archidiacre  de  Nîmes  et  prieur  de 
Posquières  (2),  rencontra  une  vive  opposition  dans  les  rangs 
des  chanoines  d'Avignon,  appelés  à  donner  un  successeur  à 
Robert  i"  d'Uzès  ;  leurs  suffrages  semblaient  vouloir  se  réunir 
de  préférence  sur  le  prévôt  de  Marseille  (3).  Nous  avons  appris, 


(i)  Chevalier.  Documents  inédits  relatifs  au  Dauphiné,  Grenoble,  1868; 
sixième  livraison,  p.  38-9. 

(3]  Le  prieuré  de  N.-D.  de  Posqoières,  aujourd'hui  Vauvert,  au  dioc.  de 
Nîmes.  — Teulet.  Layettes  du  trésor  des  chartes,  t.  11,  col.  311,  n"  4272  : 
en  1356  Robert  Décan,  archidiacre  de  Nîmes  et  prieur  de  Posquières,  figure 
comme  témoin.  Nous  écrivons  Robert  Décan  ;  M.  Teulet  a  écrit  :  fresenti- 
bus  testibus  R,  decano,  archidiacono  Nemausensi,  priore  de  Poscheriis. —  Une 
branche  de  la  famille  d'Uzès  possédait  alors  la  seigneurie  de  Posquières. 
Rostaing,  seigneur  de  Posquières  et  de  Marguerites,  avait  épousé  Aigline, 
dame  de  Castries,  qui  testa  le  7  octobre  1353  ;  il  fut  père  de  Douce,  dame 
de  Posquières,  qui  épousa  Héracle,  seigneur  de  Montlaur  et  d*Âubenas,  au 
diocèse  de  Viviers.  Pièces  fugitives,  t.  I,  p.  331. 

(3)  Ce  prévôt  de  Marseille  était  Raymond  de  Nîmes.  Il  avait  été  médecin 
et  chapelain  d'Urbain  IV,  qui  le  ch^gea  de  visiter  Pierre  de  Rossel,  célèbre 
professeur  de  théologie  de  Paris,  soupçonné  d'avoir  la  lèpre  ;  il  déclara  qu'il 
était  sain  et  sa  déclaration  est  consignée  dans  une  bulle  du  37  février  1364. 
Nommé  à  la  prévOié  de  Marseille,  au  mois  de  juillet  1363,  il  résigna,  au 
mois  de  décembre  suivant,  sa  charge  de  recteur  de  l'église  de  St-Gilles  de 
Seraco,  au  diocèse  de  Nîmes,  en  faveur  de  son  neveu  Pons  Senerio.  Il  ne  per- 
dit rien  en  n'obtenant  pas  l'évéché  d'Avignon,  car  il  était  appelé  le  33  dé- 
cembre 1 367  au  siège  épiscopal  de  Marseille,  vacant  par  la  mort  de  Benoit. 


i68       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

par  une  lettre  pontificale  mentionnée  plus  haut,  que  la  conduite 
antérieure  de  Tarchidiacre  de  Nîmes  inspirait  à  tous  des  crain- 
tes légitimes.  Au  témoignage  de  Polycarpe  de  la  Rivière,  ce  fut 
Tévèque  de  Valence  qui  triompha  de  toutes  les  hésitations  du 
chapitre  et  réussit  à  faire  asseoir  sur  le  siège  épiscopal  d*Avi- 
giion  son  parent  Robert,  qui  appartenait  comme  lui  à  la  mai- 
son d'Uzès  (i).  Clément  IV  se  résigna  à  confirmer  cette  élec- 
tion et  écrivit  à  Robert  la  lettre  suivante,  que  Polycarpe  de  la 
Rivière  donne  dans  ses  Annales  Ecclesiœ  civitatis  et  comiiaius 
Aventonensts  (lib.  iv,  §  lxxxi),  mais  que  nous  avons  vainement 
recherchée  dans  les  sept  volumes  des  Regestes  de  Clément  IV, 
conservés  aux  archives  du  Vatican. 


Dans  la  bulle  qui  lui  fut  adressée  à  cette  occasion,  il  est  ainsi  qualifié  par  le 
Pape  :  Virum  muUiplicium  decoratum  varietate  virtutum^  eminentium  rêdi- 
mitum  insigniis  meritorum,  in  spiritualibus  quoque  ac  iemporalibus  cireuns- 
pectum,  prout  diuturna  Jamiliaris  experientia  nos  instruxit.  (Archives  du  Va- 
tican. Registre  de  Clément  IV,  3*  année,  lettre  ti8).  En  1274»  il  était  au 
concile  de  Lyon,  et  en  ia86  à  Rome.  Le  6  août  1286,  le  pape  Tautorisait  à 
avoir  un  coadjuteur,  pourvu  que  le  chapitre  y  consentit.  Il  mourut  le  1 5  juil- 
let 1288,  et  eut  pour  successeur,  le  17  avril  de  Tannée  suivante,  Durand, 
précenteur  de  Marseille. 

(i)  Cette  élection  est  ainsi  racontée  par  Polycarpe  de  la  Rivière,  dans  ses 
AnnaleSf  lib.  iv,  §  lxx^i.  Ad  Valentinensem  vero  priusquam  urbem  et  sedem 
discederêtf  Bertrandus  (il  faut  lire  Rebertus)  fopuli  elerique  Aventonensts 
favorem  omni  studio  captare  adlaboravit  gente  ut  e  sua  Ucetica,  communs 
omnium  consensu  et  voto^  Robertus  praesul  designaretur  ;  sed  hac  in  re, 
praeter  spem  et  voluntatem,  quamplurimos  etiam  domus  suae  studiosos,  si  non 
plane  adversarios,  tergiversantes  ad  modum  et  parum  faventes  invenit,  quod 
quempiam  alium  designari  episcopum  praeoptarent,  et  facta  neutri  parti 
adhaerentium  auctoritate  et  opera^  ut  Massiliensi  praeposito  in  quem  potioris 
partis  suffragia  propendebant  post  habitOt  Robertus  ab  Ucetica^  archidiaconus 
Nemausensis  et  prier  ecclesiae  Poscheriarum^  non  citra  multorum  invidiam 
ullam^  etsi  citra  seditionem,  pontificatum  urbis,  mutata  in  melius  cleri  ac  po^ 
puli  voluntatej  ascenderet.  —  Nous  devons  la  transcription  des  nombreux 
passages  des  Annales  de  Polycarpe  de  la  Rivière,  que  nous  citons  dans  ce 
travail, à  Textrftme  obligeance  de  M.  Barrés,  conservateur  delà  bibliothèque 
de  Carpentras. 


ÉVÉQUES   D* AVIGNON   ET   DE  VALENCE.  169 

Cletnens  episcopus,  servus  servorum  Dei,  venerabili  fratri  Ro^ 
berto,  electo  episcopo  Aventonensi,  salutem  et  aposlolicam  hene» 
dtcttonem. 

Cuniy  juxta  mandatum  et  contineniiam  litterarum  nostrarunif 
canontci  Avenionensis  ecclesiae  per  translationem  venerabilis  fra^ 
tris  nostri  Bertrandi  (lisez  Roberti)  (i),  tune  Avenionensis  épis- 
copij  ad  Valentinensem  ecclesiam^  pastoris  solatio  destituae,  die 
statuta  convenientes  in  unum,  praesentibus  omnibus  qui  debe-- 
bant  et  poterant  commode  intéresse,  ex  quattuor  quos  praesenta^ 
vimus,  te  videlicet  archidiaconum  Nemausensem  etpriorem  eccle^ 
siae  Poscheriariim,  G.  de  Gardiis,  canonicum  Nemausensem,  P. 
Galcelmij  Massiliensem  canonicum,  et  magistrum  R,  de  Nemauso^ 
physicum  etcapellanum  nostrum,  Massiliensem  praepositum,  con- 
corditer  et  canonice  in  suum  te  elegerint  episcopum  et  pastorem, 
et  praesentato  nobis  decreto  suae  electionis,  conjirmari  ipsam 
electionem  humiliter  et  instanter  petierint  :  Nos,  dictorum  cano- 
nicorum  supplicationibus  inclinati,  et  de  personae  luae,  ad  quam 
speciaïis  benevolentiae  affectum  jam  olim  direximus,  merito  certi^ 
defratrum  nostrorum  consilio  et  apostolicae  plenitudine  potesta-^ 
tis,  electionem  ipsam  attente  perspectam  et  tanquam  canonice  ha-* 
bitam  confirmantes,  te  ipsum  electum  praedictae  Avenionensis 
ecclesiae  praeficimus  in  episcopum  et  pastorem,  curam  et  admi* 
nistrationem  illius  in  spiritualibus  et  temporalibus  committentes, 
firma  ductifiducia  quod  eadem  ecclesia  per  tuam  solertiam,  in-^ 
dustriam  et  providentiam,  divina  in  omnibus  coopérante  clemeti" 
Ha,  votivis  proficiet  incrementis,  et  tam  clerus  quam  populus,  tuo 
commissus  regimini,  tua  salubri  doctrina  et  piae  aciionis  exemplo 
ad  salutem  aedificabitur  et  prospère  dirigetur,  nosque  exinde  te* 
nebimur  praecipui  favoris  gratia  personam  tuam  prosequi,  in  tuis 
laudibus  non  immerito  exultantes,  Datum  Viterbii,  sexto  calendas 
Augusti,  anno  tertio  (2). 


(i)  Le  texte  original,  que  Polycarpe  de  la  Rivière  avait  sous  les  yeux,  por- 
tait probablement  :  R,  R(oherti)  qu'on  aura  lu  B(ertrandi),  la  translation  de 
Bertrand  de  St-Martîn  à  Arles,  faite  le  11  octobre  1266,  n'étant  point  con-* 
nue  à  cet  historien. 

(2)  Polycarpe  de  la  Rivière.  Ibid. 


170  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

Le  8  août  1267,  Robert,  cvêquc  d'Avignon,  transigeait  avec 
Alfant,  prieur  de  la  chartreuse  de  Bonpas,  au  sujet  des  droits 
de  son  Eglise  sur  le  pont  de  la  Durance,  et  au  sujet  d'autres 
prétentions  réciproques.  Cet  acte  fut  passé  en  présence  de  Gi- 
raud,  évêque  de  Cavaillon,  dans  le  diocèse  duquel  se  trouvait 
le  monastère  de  Bonpas  (i).  Des  difficultés  plus  sérieuses  ne 
tardèrent  pas  à  s'élever  entre  le  nouvel  évêque  et  les  officiers  de 
Charles,  roi  de  Sicile  et  comte  de  Provence,  au  sujet  de  la  ju* 
ridiction  sur  le  château  de  Noves,  sur  les  terres  de  Barbentane 
et  de  Verquières  (2).  Ce  prince  pour  éviter  une  guerre,  dont  les 
suites  ne  pouvaient  être  que  déplorables,  accepta  que  l'affaire 
fût  soumise  à  l'arbitrage  de  deux  cardinaux.  Les  parties  choisi* 
rent  Visdomini,  qui  avait  été  archevêque  d'Aix  et  qui  venait 
d'être  nommé  cardinal-évêque  de  Palestrina,  et  Bertrand  de 
St-Martin,  l'ancien  évêque  d'Avignon.  Celui-ci  reçut  bientôt 
de  son  collègue,  avec  l'agrément  de  Charles  d'Anjou,  plein 
pouvoir  pour  juger  seul  ce  différend.  L'acte  délivré  à  cette  occa- 
sion par  le  cardinal  Visdomini  a  été  en  partie  reproduit  dans 
le  manuscrit  de  Polycarpe  de  la  Rivière  ;  il  est  daté  de  la  se- 
conde année  du  pontificat  de  Grégoire  X  (3).  Le  jugement  dé- 
finitif fut  rendu  le  25  mai  1274  :  la  juridiction  du  château  de 
Noves  demeurait  à  l'évêque  d'Avignon,  sous  la  majeure  sei- 
gneurie du  roi  de  Sicile  et  comte  de  Provence  (4). 

Nous  ne  poursuivrons  pas  plus  loin  l'histoire  de  Robert  !!• 
d'Uzès,  que  Polycarpe  de  la  Rivière  fait  siéger  à  Avignon  jus- 
qu'en 1291,  se  fondant  sur  diverses  pièces,  entre  autres  sur 


(1)  FoRNÉRY.  Hist,  eccl,  dC Avignon.  Ms.,p.  120. 

(2)  Inventaire  des  archives  des  Bouches-du~Rhânej  B,  373. 

(3)  Polycarpe  de  la  Rivière.  Ibid.  Secundum  quod  compromissum  Vice- 
dominus,  cardinalis  Praenesiinus,  collegae  suo  Bertrando  Sabinensi  episcopo 
partes  suas  praetnittit  eo  ipso  anno,  datis  ad  eum  his  litteris  quas  subnectimus 
ex  archivas  regiis  Aquensibus,  subministratas  ab  eruditissimo  humanissimo' 
que  domino  de  Petrisco,  ejusdem  senatus  consiliario. 

(4)  Trichaud.  Hist.  de  la  Sainte  Eglise  d* Arles.  Paris,  1859,  in-8«,  t. 
IV,  p.   182.  —  Inventaire  des  arch,  des  Bouches-du-Rhôney  B,  373. 


ÉVEQUES   d'aVIGNON   ET   DE  VALENCE.  X^l 

l'acte  de  1  élection  d'André  de  Languisel,  successeur.  Revenons 
à  Robert,  évêque  de  Valence. 


III 


Robert  na  laissé  aucune  trace  de  son  passage  sur  le  siège  de 
Valence.  L'année  126J  ne  s'était  point  encore  complètement  écou- 
lée  que  les  chanoines  de  cette  Eglise  se  réunissaient  pour  procéder 
à  une  nouvelle  élection.  Une  partie  du  chapitre  élut  Guy  de  Mont- 
laur,  parent  de  Robert,  tandis  quune  autre  partie  ne  cessa  de  lui 
faire  opposition  jusquen  I2j2,  époque  oii  cet  énergique  prélat 
finit  par  triompher  de  toutes  les  résistances  et  réussit  à /aire  con- 
firmer son  élection  par  Grégoire  X. 

Nous  ne  sommes  point  en  mesure  de  dire  ce  qu'est  devenu 
Tévêque  Robert,  mais  ce  qui  est  certain,  c'est  que  vers  la  fin 
de  Tannée  1367  les  chanoines  de  Valence  s'occupaient  de  lui 
donner  un  successeur.  Comme  ils  ne  parvenaient  point  à  s'en- 
tendre, ils  firent  entre  eux  un  compromis,  et  remirent  l'élection 
à  trois  membres  de  leur  chapitre.  Le  doyen  Guillaume  de  Hau- 
teville,  le  prévôt  Guillaume  de  Monteil,  et  Bernard,  abbé  de 
St-Félix,  qui  étaient  les  premiers  dignitaires,  avaient  été  dési- 
gnés à  cet  effet  par  leurs  collègues.  Que  se  passa-t-il  en  réalité 
dans  la  conférence  qu'ils  eurent  ensemble?  nous  l'ignorons  ; 
mais  le  doyen,  au  sortir  de  la  réunion,  s'empressa  d'annoncer 
officiellement  en  plein  chapitre  qu'ils  venaient  d'élire  Guy  de 
Montlaur,  doyen  de  l'Eglise  du  Puy  (1).  Une  énergique  pro- 


(i)  Il  appartenait  à  une  ancienne  famille  du  Languedoc.  Il  existe  à  la  bi- 
bliothèque de  Grenoble  une  généalogie  manuscrite  de  cette  famille,  dan»  le 
volume  B,  80  (t.  iz,  p.  555,  n**  77).  Elle  commence  avec  Pons  de  Montlaur, 
qui  prit  part  à  la  première  croisade.  Pons  IV  de  Montlaur  épousa  Agnès  de 
Posquières  de  la  maison  d'Uzès,  et  eut  :  Eracle  de  Montlaur,  et  Pierre,  évft- 
que  de  Marseille.  Eracle  fui  le  père  de  Guy  de  Montlaur,  élu  de  Valence.— 
D'après  la  généalogie  de  la  famille  d'Uzès  (Hist.  du  Languedoc,  t.  iv,  p.  238) 
Eracle  de  Montlaur  aurait  épousé  Douce  de  Posquières,  fille  de  Rostaing. 


172  SOCIETE  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

testatîon  s'élève  aussitôt  des  rangs  des  chanoines  et  quelques- 
uns  d'entre  eux»  ayant  à  leur  tête  le  prévôt  lui-même,  refusent 
d'accepter  l'élection,  se  fondant  sur  ce  qu'elle  a  été  faite  con 
trairement  aux  règles  canoniques,  contrairement  aux  clauses 
du  compromis  et  enfin  par  une  minorité.  Ils  en  appellent  du 
reste  au  jugement  du  siège  apostolique. 

Cependant  le  doyen  et  les  chanoines,  qui  tiennent  pour  Guy 
de  Montlaur,  demandent  au  chapitre  de  Vienne,  le  siège  mé- 
tropolitain étant  alors  vacant,  de  vouloir  bien  confirmer  l'élec- 
tion, ce  qui  fut  accordé,  malgré  Tappel  interjeté.  Le  différend 
entra  alors  dans  une  phase  aigûe.  Le  prévôt  Guillaume  de 
Monteil  et  le  chanoine  Pierre  de  la  Laupie,  qui  paraissent  les 
plus  acharnés  contre  Guy  de  Montlaur,  cherchent  à  se  faire  un 
appui  d'Aymar  de  Poitiers,  qui  n'avait  jamais  travaillé  qu'à 
s'enrichir  aux  dépens  de  l'Eglise  de  Valence.  Le  16  décembre 
1267,  à  Montélimar,  ils  concluent  avec  lui  une  alliance,  dans 
laquelle  entra  Lambert  de  Monteil,  coseigneur  de  Montélimar. 
Les  contractants  s'engagent  à  se  soutenir  mutuellement,  au  be- 
soin les  armes  à  la  main,  et  ad  invicem  nos  juvare  de  guerra. 
Le  comte  et  Lambert  promettent  de  seconder  le  prévôt,  dans 
les  démarches  qu'il  va  faire  en  cour  de  Rome,pour  obtenir  que 
l'élection  de  Guy  soit  annulée  (i). 

Quelques  jours  après,  le  28  décembre,  Guillaume  de  Monteil 
protestait  à  la  cathédrale,  devant  tous  les  chanoines,  contre  la 
nomination,  ou  plutôt  contre  ce  qu'il  appelait  la  postulation  de 
Guy  de  Montlaur  (2).  Le  i"  janvier  1268  (n.  s.)  Guillaume  et 
les  chanoines  ses  adhérents  se  trouvent  à  Etoile,  où  ils  s'ér 
taient  donné  rendez-vous  avec  Aymar  de  Poitiers,  Raymond  de 
Mévouillon,  Pierre,  prieur  de  Vaulnavey,  et  le  notaire  Ber- 
mond.  Ils  passent  procuration  à  maître  Nicolas  Anglicus  d'Ey- 


(i)  Archives  du  départ,  de  Tlsère.  Cartons  du  Valentinois,  paquet  J,  n**  5. 

(2)  Archives  du  départ,  de  l'Isère.  Ibid.,  n»  6.  —  Cum  presens  appellatio 
factafuitf  et  eiiam  presentata,  et  etiam  cum  fuit  posita  super  majori  altari 
ecclesie  cathedralis  Valentie. 


ÉVÊQUES   d'aVIGNON   ET   DE   VALENCE.  lyS 

meux  {de  Eismtaco)^  pour  faire  une  seconde  protestation  devant 
le  doyen  du  Puy,  devant  Hugues,  évêque  de  Viviers,  ou  devant 
tout  autre  personne  constituée  en  dignité  (i).  Le  lundi  après  la 
fête  de  l'Epiphanie  (9  janvier)  1268,  nouvelle  protestation  à 
Valence,  en  plein  chapitre,  par  Guillaume  de  Chandeyrol  (2). 

De  son  côté,  comme  on  le  pense  bien,  Guy  de  Montlaur  ne 
demeurait  point  inactif.  Il  avait  envoyé  auprès  du  pape,  qui  te- 
nait alors  sa  cour  à  Orviéto,  deux  fondés  de  pouvoirs,  hier,  cha- 
noine de  Brives,  et  Jourdan  Ferrol,  avec  mission  de  défendre 
sa  cause.  Ces  députés  trouvèrent  à  Orviéto  Guillaume  de  Mon- 
teil,  qui  était  venu  lui-même  dénoncer  au  pape  les  irrégulari- 
tés commises  dans  la  prétendue  élection  de  Guy.  Les  débats 
s'engagèrent  bientôt,  et  Ton  y  mit  de  part  et  d'autre  cette  ai- 
greur, cette  opiniâtreté,  qui  signalent  d'ordinaire  les  divi- 
sions entre  frères.  Ce  fut  le  6  octobre  1268  que  Clément  IV  se 
prononça  dans  cette  délicate  affaire.  Guillaume  de  Monteil 
triomphait  ;  l'élection  de  Guy  était  annuUée,  tous  les  actes  faits 
par  lui  jusqu'à  ce  jour  étaient  cassés,  et  on  lui  défendait  sous 
peine  d'anathème  de  s'ingérer  plus  longtemps  dans  l'adminis- 
tration du  diocèse  de  Valence  (3). 

Energiquement  soutenu  par  les  chanoines  de  sa  faction,  Guy 


(i)  Archives  du  dép.  de  Tlsère.  Ibid.,  n®  3.  —  Notum  sU  omnibus,.,  quoi 
anno  M.cc.Lzvn^,  infesto  circumsiscionis  domini  nostrii  Guillelmus  de  Mon- 
Hlio  prepositus  ecclesie  Valent. t  nomine  nostro  et  omnium  concanonicorum 
nobis  adherenciumt  constituimus , . .  procuratorem  nostrum...  magistrum 
Nicolaum  Anglicum  de  Eismiaco,  presentatorem  hujus  procurationiSf  ad  ap^ 
pellandum  et  presentandum  venerabili  viro  Guidoni  de  Montelauro  decano 
Aniciensi  appellaiionemf  quam  fecimus  et/acimus.,.  ab  ipso  venerabili  viro 
decano  Aniciensi  et  ab  electione^  que  dicitur  esse  facta  de  ipso  in  episcopum 
etpastorem  ecclesie  Valent,  per  Guillelmum  de  Altavilla,decanum  Valent,  et 
per  quosdam  alios  canonicos,  ei  adhérentes,  contra  firmam  canonicam,  et 
contra  formam  compromissi,  auctoritate  cujus  processisse  dicuntur,  et  a  mi- 
nore parte  capituli...  Acta  suntapud  Stellam,  infomello  quondam  Bertrandi 
de  Valler.... 

(3)  Archives  du  dép.  de  Tlsère.  Ibid.,  n*  6. 

(3)  Archives  du  dép.  de  l'Isère.  Ibid.,  n«  9.  —  Cette  bulle  a  été  publiée 
dans  le  Gallia  christiana,  t.  xvi,  instrumenta,  p.  119. 

Tome  XX.  -  1886.  12 


174         SOCIÉTÉ   D  ARCHÉOLOGIE  ET   DE   STATISTIQUE. 

de  Montlaur  refusa  d'abandonner  le  siège  épiscopal  :  la  mort 
de  Clément  IV,  arrivée  sur  ces  entrefaites,  le  29  novembre,  et  la 
longue  vacance  du  saint  siège  qui  la  suivit,  ne  favorisèrent  que 
trop  la  révolte  de  lorgueilleux  prélat.  La  lutte  continua  au  sein 
du  chapitre  de  Valence.  Par  un  acte  du  12  février  1269  (n.  s.), 
les  chanoines  Roger  de  Clérieux  et  Pierre  de  la  Laupie  passè- 
rent procuration  au  prévôt  Guillaume  de  Monteil,  pour  dénon- 
cer aux  cardinaux  la  conduite  scandaleuse  de  Guy  de  Mont- 
laur et  lui  intenter  un  nouveau  procès  (i).  Mais  les  cardinaux, 
divisés  entre  eux,  avaient  autre  chose  à  faire  que  de  s'occuper 
des  querelles  du  chapitre  de  Valence.  Il  fallut  attendre  des  jours 
meilleurs. 

Guy  de  Montlaur,  nous  devons  le  reconnaître,  gouverna  le 
diocèse  avec  habileté  et  énergie.  Il  voulut  réprimer  les  violences 
d*Aymar  de  Poitiers,  et  faisant  droit  aux  réclamations  des  moi- 
nes de  St-Chaffre,  qui  avaient  à  se  plaindre  de  ce  terrible  com- 
te, il  n'hésita  pas  à  l'excommunier  et  à  mettre  en  interdit  tou- 
tes ses  terres  (2).  Ce  n'était  rien  moins  que  lui  déclarer  la  guer- 
re. Il  sut  la  soutenir,  et  le  comte  fut  bientôt  réduit  à  deman- 
der une  suspension  d'armes.  Le  prélat  lui  accorda  une  trêve  qui 
ne  devait  durer  que  quelques  jours,  depuis  le  mercredi  après 
la  fctc  de  S.  Luc  1269(23  octobre)  jusqu'au  i"  novembre  (3). 


(i)  Archives  du  dép.  de  Tlsère.  Ibid.,  n**  4.  —  Constituimus , , .  Guillelmum 
de  Moniilio.»,  procuratorem  nostrurtif  ad  prosequendum  in  curia  romana 
appellationeniiquam  facimus  contra  venerabilem  virum  Guillelmum  de  Monte- 
lauro,  decanum  Aniciensem  qui  se  gerit  pro  electo  Valent. ^  eo  quod  ingeritse 
contra  justiciam  administrationi  eccleste  Valent.,  cum  ejus  confirmatio  per 
sedem  apostolicam  sit  cassata 

(2)  Chevalier.  Documents  inédits  relatifs  au  Dauphini,  Grenoble,  1868. 
Sixième  livraison,  p.  46. 

(3)  Archives  du  dép.  de  Tlsère.  Ibid.,  n*>  10.  —  Nos  G.,  miseratione  divina 
tlectus  Valentinensis,  notum  facimus , . .  quod  nos  pro  nobis,  hominibus  coad- 
jutoribus,  valitoribus  nostris,  omnibus  et  singulis,  et  tota  terra  nostra,  da~ 
mus  bonas  treugas^  fidèles  etfirmas  nobili  viro  Ademari  de  Pictavia  jusque 
subjectis  homtnibus , , ,  usque  ad  Jestum  omnium  sanctorum  proxime  ventu-^ 
rum . . .  Actum  die  mercurii,  post  festum  beati  Luce  evangeliste^  anno  domini 
Af»  CO  LX*nono... 


ÉVÊQUES   d'AVIGNON   ET   DE   VALENCE.  îyS 

Grégoire  X  ayant  été  élu  le  i"  septembre  1271,  après  une 
vacance  du  siège  apostolique  de  deux  ans  et  neuf  mois,  les  cha- 
noines de  Valence,  qui  persistaient  à  considérer  Guy  de  Mont- 
laur  comme  un  intrus,  reprirent  courage  et  choisirent,  le  29 
novembre  1271,  Guillaume  de  Monteil,  pour  aller  à  Viterbe 
faire  entendre  leurs  plaintes  auprès  du  nouveau  pontife  (i). 
Guy  de  Monllaur  sut  avec  habileté  conjurer  le  danger.  Pensant 
avec  raison  que  sa  présence  à  la  cour  pontificale  serait  consi- 
dérée comme  une  marque  de  sa  déférence  à  Tautorité  du  saint 
siège  et  ne  pourrait  avoir  que  de  bons  résultats,  il  prit  la  route 
de  ritalie.  Ses  démarches  auprès  du  pape  eurent  tout  le  succès 
qu*il  s'était  promis.  Grégoire  X  était  un  vertueux  pontife,  qui 
inclinait  toujours  à  la  conciliation,  à  la  paix.  Il  se  rendit  aux 
raisons  que  fit  valoir  Guy  de  Montlaur  et,  le  6  août  1272,  à 
Orviéto,  confirma  solennellement  son  élection  (2). 

Fort  de  Tappui  que  venait  de  lui  accorder  la  cour  romaine, 
Télu  de  Valence  reprit  avec  vigueur  la  lutte  contre  Aymar  de 
Poitiers.  Quelque  temps  après,  le  Pape  étant  venu  en  France 
pour  présider  le  concile  œcuménique  de  Lyon,  qui  s'ouvrit  le 
!•'  mai  1274,  reçut  les  plaintes  réciproques  de  l'évêque  et  du 
comte.  Résolu  de  mettre  un  terme  à  leur  longue  querelle,  il 
chargea  deux  cardinaux  de  régler  les  conditions  d'une  paix  dé- 
finitive :  c'étaient  Visdomini,  évêque  de  Palestrina  et  Bertrand 
de  St-Martin,  l'ancien  archevêque  d'Arles.  Les  cardinaux  dé- 
légués se  mirent  aussitôt  à  l'œuvre,  et  le  jour  même  où  se  tint 
la  cinquième  session  du  concile,  16  juillet  1274,  ^Is  relevaient 
provisoirement  le  comte  de  l'excommunication  qu'avait  lancée 
contre  lui  l'évêque  de  Valence,  et  faisaient  cesser  partout  l'in- 
terdit qui  pesait  sur  ses  domaines  (3). 


(i)  Archives  du  dép.  de  Tlsère.  Ibid.,  n^  13.  —  Super  quadam  eUctione 
que  de  ipso  decano  dicitur  esse/acta. 

(a)  Gallia  christiana,  t.  XVI,  col.  316. 

(3)  Archives  du  dép.  de  Tlsère,  Ibid.  n"  16.  —  Ut  auttm  tutius,  absque 
animarum   nostrarum  periculo,  possimus  in  predictis  questionibus  procedere 


176         SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Les  choses  en  étaient  là  et  rien  n*avait  encore  été  décidé, 
lorsque  le  pape  se  rendant  en  Provence,  où  il  avait  donné 
rendez- vous  au  roi  de  Castille  et  de  Léon  (i),  passait  à  Valence 
vers  la  fin  d'avril  1275  (2).  Il  put  alors  constater  de  ses  pro- 
pres yeux  les  désordres  de  toute  espèce  qu'avait  engendré  Tétat 
d'hostilité  et  cTanarchie  dans  lequel  vivaient  depuis  si  long- 
temps le  clergé  et  le  peuple  de  ce  malheureux  diocèse.  Profon- 
dément aiBigé  d'un  pareil  spectacle,  il  résolut  de  se  porter  lui- 
même  médiateur  entre  Tévêque  et  le  comte  de  Valentinois  (3). 

Comme  il  était  attendu  dans  le  midi,  il  invita  Guy  de  Mont- 
laur  et  Aymar  de  Poitiers  à  ne  point  s'éloigner,  afin  qu'il  pût  à 
son  retour  les  entendre  et  vider  leurs  querelles.  Aymar  qui  re- 
doutait l'issue  du  procès,  chercha  un  prétexte  pour  ne  pas 
comparaître  devant  le  pape  ;  il  prétendit  être  appelé  à  la  cour 
de  France.  Grégoire  X  écrivit  alors  à  Philippe  le  Hardi  pour 
le  prier  d'accorder  au  comte  un  sursis  et  par  là  faciliter  la  con- 
clusion d'un  traité  de  paix.  Cette  lettre  pontificale  a  été  publiée 
pour  la  première  fois  par  M.  Léopold  Delisle,  dans  le  XXVII* 


cum  eodem  {Ademaro),  ex  potestate  in  compromisso  a  partibus  nobis  data  ac 
eiiam  ex  voluniate  et  mandata  domini  pape  speciali,  eumdem  A(demarum) 
sub  forma  certa  absolvimus  ad  cautelam  et  predictam  interdicti  sententiam 
duximus  relaxandam.  Unde  mandamus  vobis  universis  et  singulis  ac  districte 
precipimus  quatenus  predictam  absolutionem  et  interdicti  relaxationem  in  ves- 
tris  ecclesiis  publicetis  seu  publicari  faciatis,  dum  ibidem  populus  convenerit 
ad  divina,  et  corpora  defunctorum  tempore  interdicti  hujusmodi  in  vestris 
parrochiis  extra  cymeterium  sepulta  exhumari  faciatis  et  in  vestris  cymeteriis, 
in  aliqua  ipsorum  parte,  eadem  corpora  tumulari.  Reddite  litteras  in  signum 
hujusmodi  mandati  nostri  fideliter  executi  sigillorum  vestrorum  munimine 
communitas.  Et  nos  predicti  cardinales  in  testimon*'um  predictorum  présentes 
litteras  sigillis  nostris  fecimus  roborari.  Datum  Lugduni,  kal.  augusti,  anno 
domini  M*.  CC^.  LXX^  quarto,  pontificatus  domini  Gregorii  pape  decimi 
anno  III^. 
(i)  Ratnaldi.  Annales,  ad  an.  1^74»  n^  54. 

(2)  P0TTHA8T.  Regesta,  p.  1696. 

(3)  Grégoire  X  s'intéressait  tout  particulièrement  à  TEglise   de  Valence. 
Dans  sa  jeunesse  il  avait  servi  parmi  les  clercs  de  cette  Eglise.  Ce  détail  nous 


EVÉQUES   d' AVIGNON   ET   DE  VALENCE.  I77 

volume  (2*  partie)  des  Notices  des  manuscrits  (1)  ;  comme  elle 
a  une  réelle  importance  pour  établir  la  chronologie  de  nos  évê- 
ques  de  Valence  et  que  du  reste  elle  est  peu  connue,  nous 
avons  pensé  qu'on  serait  bien  aise  d  en  retrouver  le  texte  dans 
le  Bulletin. 

Idem,  régi  Francorum  illustri,  Nuper,  dum  per  Valenciam  et 
Valentinam  dyocesim  transitum  faceremus,  sic  in  aures  nostras 
clamor  pauperum,  post  annosam  guerrarum  inquietudinem^  pacis 
quietem  implorantium,  introivit  ut  ad  concordiam  inter  dilectum 
filium  electum  et  ecclesiam  Valentinam,  ex  parte  una,  et  nohilem 
virum  Ademarum  de  Pictaviafaciendam,  quorum  inveterata  diS' 
cordia  jamdiu  toti  patrie  tranquillitatis  commoda  desideranda 
subtraxit,  ejjicaciter  nostrum  excitaret  animum  et  invitaret  affec- 
tum  ;  propter  quod  deliberavimus  quod  dicti  electus  et  Ademarus 
nequaquam  se  ad  presens  de  illis  partibus  absentarent,  ut  in  nos- 
tro  reditu  per  easdem,  quod  de  hujusmodi  concordia  facienda 
concepimus  ad  effectum,  previo  rege  pacifico,  deducamus.  Et  licet 
idem  Ademarus  pro  licentia  veniendi,  prout  in  mandatis  se  récé- 
pissé dicebat,  ad  presentiam  régie  serenitatis  instaret,  nos  tamen 
eum  sub  confidentia  tue  démentie  duximus  retinendum,  sperantes 
quod  idf  ne  tam  pium  opus,  quod  de  nostra  presentia  consumma^- 
tionem/acilius,  Deo  favente,  recipiet,  per  ipsius  absentiam  impe- 
diri  contingatj  benignus  sustinebis,  imitaturus  in  hoc  clore  me- 
morie  Ludovici,  régis  Francorum,  genitoris  tui,  recolenda  vesti^ 


est  révélé  par  la  lettre  qtt*il  écrivit  de  Vienne,  le  30  septembre  ia75f  à  Amé- 

dée  de  Roussillon  pour  confirmer  son  élection  à  Tévéché  de  Valence 

Forenamque  non  valemus  immemoreSt  quin  imo  fréquenter  ad  memoriam  re- 
vocamuSf  quod  prœjata  nos  olim  eeclesia  fovity  ut  filium  maternis  pertractavit 
affectibus  suorumque  nobis  uberum  pocula  propinavit.  Ideoque  cutn  jam  reeo^ 

gnoscat  in  patrem  quem  in  filium  cognocebat 

(i)  Le  travail  de  M.  Delisle,  où  se  trouve  le  texte  de  ce  document,  a  eu 
un  tirage  à  part.  Notice  sur  cinq  manuscrits  de  la  bibliothèque  nationale  et 
sur  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Bordeaux,  contenant  des  recueils  épis- 
tolaires  de  Bérard  de  Naples.  Paris,  1877,  in-4*,  87  pp. 


178         SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

gia,  qtiem  talibus  vacare  non  piguit  fréquenter^  propriis  etiam 
negotiis  tntermissis.  Ideoque  serenitaiem  regiam  rogamus  ethor^ 
tamur  in  Domino  quatinus^  illius  intuitu  cujus  in  premissis  bener 
placitis  placere  studemus,  et  oh  reverentiam  apostolice  sedis  ac 
nosiram  memoratum  nobilem  in  hoc  habeatis  exctisatum,  preser- 
tim  cum  paratus  sit,  hujus  modi  concordie  in  proximo^  sicut  va- 
rie conjecture  promittunt^  expedito  tractatu,  in  termino  compe- 
tenti,  de  quo  excellentie  tue  mandare  placuerit,  regio  se  conspec^ 
tui  presentare. 

Guy  de  Montlaur  accompagna  le  pape  dans  le  midi,  et  il 
était  encore  à  la  cour  pontificale,  lorsque  la  mort  vint  le  sur- 
prendre à  Tarascon  (i). 

Grégoire  X,  de  retour  de  son  voyage,  repassait  à  Valence  le 
13  septembre  de  cette  même  année  1275  (3).  Ce  fut  alors  qu'il 
résolut  d'unir  les  deux  diocèses  de  Valence  et  de  Die,  mais  la 
bulle  qui  devait  consommer  cette  union  ne  fut  promulguée  qu'à 
Vienne,  le  25  septembre  suivant  (3). Cinq  jours  après,  Grégoire 
écrivait  à  Amédée  de  Roussillon,  abbé  de  Savigny,  pour  lui 
annoncer  qu'il  le  nommait  évêque  de  Valence  (4).  Ce  prélat, 
comme  on  le  sait,  recueillit  la  succession  épiscopale  de  son 


(1)  Vita  Amedei  Rossilonœi  episcopi  Valentini  et  Diensis  primi,  dans  Go* 
LUMBi,  Opuscula  variaf  Lugduni,  1668,  in-f»,  p.  355  :  Per  idem  tempus^  an- 
no  incarnaiionis  domini  millesimo  ducentesimo  septuagesimo  quarto^  dominus 
Guido  de  Montelauro  sanctce  memoricKf  electus  Valentiœ,  apud  Bellicastrum 
a  GregOTio  decimo  conJirmatuSj  adhuc  exislens  in  curia  apud  Tarasconem, 
migravit  ad  Dominum.  Comme  il  est  facile  de  le  constater,  il  y  a  dans  ce 
passage  deux  erreurs  :  l'élection  de  Guy  de  Montlaur  avait  été  confirmée 
déjà,  le  6  août  1272,  à  Orviéto  ;  la  mort  de  ce  prélat,  ainsi  que  le  voyage 
de  Grégoire  X  à  Beaucaire,  doit  fttre  placée  non  en  1274,  mais  Tannée  sui- 
vante. Tous  les  historiens  ont  accepté  sans  le  contrôler  le  témoignage  sur  ce 
point  de  Tauteur  anonyme  de  cette  Vie  d'Amédée  de  Roussillon. 

(2)  PoTTHAST.  Regesta^  p.  1699. 

(3)  Gallia  christiana,  t.  XVI,  inst.,  col.  120-2  ;  —  Gampi,  Historia  eccl. 
di  Piacenza,    165 1,   in-f»,  t.  Il,  p.  479,  n°  212  ;  —  Golumbi,  Opuscula^  p, 

273-4- 

(4)  Gallia  Christiana,  t.  XVI,  inst.  col.  122. 


EVEQUES   D  AVIGNON   ET   DE   VALENCE,  I79 

oncle,  Amédée  de  Genève,  qui  mourut  à  Die,  le  22  janvier 
1276  (i),  après  avoir  gouverné  cette  Eglise  avec  sagesse  pen- 
dant plus  de  vingt-neuf  ans. 


(i)  Amédée  de  Genève  fit  son  testament'le  31  janvier  1276  (Mémoires  et 
documents  publiés  par  la  Société  d*hist,  et  d'Arch.  de  Genève,  t.  XIV,  (1862), 
p.  405-6).  Il  moarut  le  lendemain.  Vita  Amedei,  dans  Columbi,  p.  356  :.... 
Mense  januarii  in  festo  Saneti  Vencentii,  venerabilis  pater  Amedeus  de  Ge- 
benna,  Diensis  episcopus,  vir  plus  et  pacificus  migravit  ad  Dominum.  — 
VObituaire  de  P église  cathédrale  de  St-Pierre  de  Genève,  publié  par  M.  Sa- 
rasin  dans  les  Mémoires  et  doc...  de  Genève,  t.  XX  (188  ),  p*  31,  donne  la 
date  du  2 1  janvier  :  XII  Kal.  februariù  Obiit  Hamedeus,  Dyensis  episcopus, 
pro  cujus  anniversario  X  solidi. 

Jules  CHEVALIER. 


i8o       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

ESSAI    HISTORIQUE 

SUR 

LE      VERGORS 

(Drôme). 


(Voir  les  67%  68%  69*,  70%  yi*,  73%  jy,  74%  75*  et  76»  livraisons). 


En  1574,  noble  Antoine  Faure  de  Vercors  reçoit  di- 
verses reconnaissances  de  pensions,  dont  Tune  avait  été 
constituée  en  1 5 1 2  en  faveur  de  noble  Jourdan  Faure  ; 
noble  Pierre  Faure  de  Vercors,  coseigneur  de  Vercors, 
en  reçoit  d'autres  en  1583. 

Noble  Antoine  Faure  de  Vercors  paraît  décédé  en 
1594,  quand  son  fils,  Jean,  coseigneur  de  Vercors, 
charge  Mourier,  notaire,  de  recouvrer  ses  droits  en  ce 
lieu.  Jean  habitait  Die  et  était  en  1615  un  des  person- 
nages chargés  de  rédiger  l'inventaire  général  des  archi- 
ves de  cette  ville.  Il  avait  épousé  depuis  plusieurs  années 
Melchionne  de  Reynier,  lorsque,  le  22  juin  1616,  Phi- 
lippe de  Sauvain  du  Cheylar,  sa  mère,  veuve  d'Antoine, 
lui  fit  donation  entre  vifs  de  tous  ses  droits  sur  la  maison 
du  Cheylar. 

Il  décéda  de  1641  à  1650,  laissant  pour  enfants  Gas- 
pard, Jean,  Louis-Antoine,  Daniel,  Alexandre,  et  une 
fille  nommée  Hortense, 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  l8l 

Sa  veuve  et  héritière,  Melchionne  de  Rey nier,  dame 
de  Vercors,  fut  condamnée  en  1650  à  prouver  son  droit 
de  franchise  du  fournage  réclamé  à  Aouste  par  Louise 
de  Sauvain,  fille  et  héritière  de  Pierre,  et  eut  en  1652  un 
procès  avec  Tévêque  au  sujet  des  bois  du  Vercors. 

Noble  Gaspard  du  Faure,  son  fils,  sieur  de  St-Agnan, 
plaide  à  son  tour  avec  Tévêque,  en  165  j,  sur  le  même 
sujet. 

Jean,  son  second  fils,  est  apparemment  le  coseigneur 
du  Vercors  de  ce  nom  à  qui,  vers  le  même  temps,  Louise 
Sauvain  du  Cheylard,  fut  condamnée  à  payer  les  lods  et 
censés  auxquels  il  avait  droit. 

Louis-Antoine  épousa  Françoise  Hugon.  Celle-ci, 
qui  habitait  Die,  est  en  1703  qualifiée  veuve  de  noble 
Louis- Antoine  Faure,  coseigneur  de  Saint-Martin-en- 
Vercors.  Elle  eut  pour  héritier  Hercule  de  Sibeud,  sei- 
gneur de  St-Ferréol. 

Daniel,  sieur  de  la  Chapelle,  donne  4  bœufs  à  mi- 
croît  à  des  habitants  de  St-Julien-en- Vercors,  en  1652. 
Il  reçoit,  avec  Verancy  de  Villeneuve,  des  reconnaissan- 
ces de  pensions  pour  biens  situés  vers  Aouste,  en  1662, 
et  est  qualifié  «  seigneur  de  Charens  et  Chamel,  cosei- 
gneur de  Vercors,  »  dans  une  procuration  qu'il  donna 
vers  1675  pour  consentir  au  mariage  d'Alexandre,  son 
frère,  avec  Hélène  de  Rozet,  de  Genève. 

Alexandre  épousa  en  effet  cette  dernière,  et  en  eut 
Daniel  et  5  autres  fils,  ainsi  qu'une  fille  nommée  Marthe- 
Sara.  Il  était  mort  dès  1688,  après  avoir,  étant  cosei- 
gneur de  Vercors,  institué  pour  son  héritier  Daniel  son 
fils  aîné,  avec  substitution,  en  cas  de  mort  de  ses  fils 


l82  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

sans  enfants  légitimes,  en  faveur  de  sa  fille  Marthe-Sara. 
Bientôt  sa  veuve  épousait  noble  Jean  de  Cluzel,  capitai- 
ne au  régiment  de  Castres  ;  et  Légier,  tuteur  du  jeune 
Daniel,  lequel  avait  également  hérité  des  biens  de  son 
oncle  Daniel,  était  obligé  de  plaider  pour  obtenir  des 
mariés  de  Cluzel  restitution  des  effets  ayant  appartenu  à 
Alexandre  Faure.  Cette  revendication  eut  lieu  vers  1689 
et  fut  suivie  d'un  bail  judiciaire  des  biens  de  Daniel, 
qualifié  sieur  de  Charens.  Le  compte  de  curatelle  de  ce 
jeune  homme,  fourni  par  Hélène  sa  mère  vers  169 1 ,  accu- 
se 32,849  livres  de  recettes  et  2,444  livres  ^®  dépen- 
ses. Après  la  «  curatelle  de  noble  Daniel  Faure,  sieur 
de  Vercors,  déférée  à  Isoard,  procureur,  »  on  trouve 
des  procès  de  Daniel  contre  Roussin,  en  1704  ;  contre 
des  habitants  d'Aouste  et  autres  dévastant  ses  bois,  vers 
171 5  ;  contre  Bec,  son  fermier,  vers  1720.  Il  mourut  vers 
17}  j  et,  ses  trois  frères  étant  morts,  ses  biens  échurent 
à  Marthe-Sara,  leur  sœur,  qui  avait  épousé  César  de 
Jouven,  sieur  de  la  Blachette,  et  était  alors  dame  du 
Monestier-de-Percy.  En  prenant  possession  des  biens  de 
son  frère,  Marthe-Sara  constata  que  ce  dernier  en  avait 
aliéné  une  partie,  malgré  la  substitution  qui  le  lui  interdi- 
sait. Ainsi,  il  avait  vendu  en  17  ji  une  terre  au  grand  pré, 
terroir  de  St-Martin-en- Vercors.  Aussi,  le  ji  août 
1739,  Claude- Alexandre  de  Jouven,  chevalier,  capitaine 
au  régiment  de  Tallard-Infanterie,  fils  de  feu  César,  tran- 
sigeait, au  nom  de  sa  mère,  avec  l'acquéreur.  On  a  des 
arrentements  de  1736  et  1744,  passés  à  des  particuliers 
par  Mad*  de  la  Blachette,  de  son  domaine  de  St-Martin,^ 
qu'elle  avait  encore  en  1746  et  qui  passa  ensuite  à  «  M. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  l83 

de  Jouven  de  la  Blachette,  »  puis  à  Jean-Jacques  Rigot 
de  Montjoux.  Avant  1783,  le  fils  et  héritier  de  celui-ci, 
Claude-Esprit  de  Rigot,  marquis  de  Montjoux,  seigneur 
de  ce  lieu,  «  de  Bâtie-la- Lance,  Teyssières,  Odefret, 
La  Penne-sur-Vesc,  Monestier-du-Percy,  Charnel,  Ro- 
chegude  et  autres  places,  ancien  capitaine  au  régiment 
de  Flandre,  lieutenant  des  maréchaux  de  France  au 
département  de  Montélimar,  avait  ce  domaine,  qu'on 
trouve  encore  à  «  M.  de  Rigot  de  Monjoux  »  le 4  décem- 
bre 1793,  et  qui,  après  avoir  passé  à  M.  Revol  et  à  son 
possesseur  actuel,  M.  Eymard,  porte  aujourd'hui  le  nom 
de  la  Blachette. 

Quant  à  Hortense,  sœur  d'Alexandre  Faure  de  Ver- 
cors,  elle  fut  mariée  vers  1660  à  noble  Jean  de  Reynard, 
sieur  de  St-Auban,  et  figure  vers  1664  dans  une  quit- 
tance de  200  liv.  par  Jean  de  Reynard  à  Daniel  Faure 
son  beau-frère.  On  a  une  procédure  faite  vers  1745 
pour  Joseph  de  Gallien  de  Chabons,  seigneur  de  St- 
Auban,  héritier  d'Hortense  Faure  de  Vercors,  contre 
Laurent  de  Philibert  de  Perdeyer.  Les  biens  hérités 
d'Hortense  par  M.  de  Chabons,  comprenaient  sans 
doute  des  prés  que  M.  de  Bonniot  avait  acquis  de  ce 
dernier  et  donnait  à  ferme,  avec  d'autres  biens  au  Ver- 
cors,  en  1750  (i). 

En  bons  patriotes,  nos  Faure  avaient  pour  cri  :  Tou- 


(0  Minutes  cit.,  protoc.  /.  Chalvet,  n«  47,  ff.xxxvij,  xl,  Ixxij-lxxxij  ;  n«  ot- 

«X  XX 

ff.  XV,  vij    vj-viij,    xij  iiij  ;  protoc.  P.  Gauthier,  reg.  //,   f.  103-4,  Ferlin, 
reg.   de   1749-50,  f.   45-7,  etc.   passim  ;  —  Arch.  de  la  Dr.,  B,  143,   86a, 


184  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

jours  Vercors.   »  Quant  à  leur  devise,  elle  était  :  Pour 
rien  (i). 

Artaud'Montauban.  —  Guigues  Artaud,  coseigneur 
de  Vassieux  pour  la  parerie  dans  laquelle  il  y  avait  suc* 
cédé  aux  d'Urre,  reçut  en  1392  et  en  1397  la  recon- 
naissance de  divers  particuliers  de  ce  lieu.  Cette  bran- 
che des  Artaud  prit  le  nom  de  Montauban,  à  cause  de 
l'alliance  de  Guillaume  Artaud  avec  Isoarde  de  Mon- 
tauban, l'an  1405  ;  et  Jean  de  Montauban- Artaud,  sei- 
gneur d'Aix,  rendit  hommage  en  1449,  à  l'évèque  Louis 
de  Poitiers,  pour  sa  parerie  de  Vassieux,  qu'il  vendait 
en  1452  à  Jacques  Penchinat. 

Cependant  «  Reynaud  de  Montauban,  escuyer,  sei- 
gneur de  Rycobel,  »  vendait  plus  tard  à  Gauthier  un 
pré  situé  à  Vassieux,  et  dont  «  Mons'  de  Piégon  » 
donnait  en  1561,  l'investiture  à  l'acheteur  (2). 

D'Hostun.  —  Noble  Guillaume  d'Hostun  avait  des 
biens  au  Vercors.  Le  2  mars  1 596,  il  en  jfit  hommage  à 
l'évèque,  et  un  acte  de  1399  nous  signale  à  St-Agnan, 
lieu  dit  al  SireY\ier,  un  fonds  tenu  de  la  seigneurie  de 
noble  Guillaume  d'Hostun. 

Antoine  son  frère  renouvela  cet  hommage  en  1441. 

Puis  viennent  Jacques  d'Hostun,  seigneur  d'Hostun, 


1043-5,  *o63,  1073,  1084,  1091,  iioo,  1118,  1127-9,  1130-3,  1140-1, 
1149,  1153,  1158,  1170  ;  D.  66-7  ;  E,  787,  1436,  2237,  2^51-2, 
3343,  2646,2649,  4034;  —  Ul.  Chevalier,  Cart.  de  Die,  not  prélim., 
p.  xxiv  ;  —  Chorier,  Estât  polit,,  III,  p.  143  ;  —  Bull,  d'hist...  de  Valence^ 
III,  219-20  ;  IV,  14 1-2. 
(i)  G.  DE  RivoiRE  DE  LA  Batie,  ArmoHal  du  Dauphiné^  p.  220 
(2)  Arch.  Dr.,  fonds  de  TEv.  de  Die;  —  Gut-Allaro,  op.  cit.,  I,  78-9  ;  — 
Chorixr  Estât  polit.,  III,  36-7;  —  Minutes  cit.,  reg.  n*  47,  f.  Ixzxj. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  l85 

Claveyson,  la  Laupie  et  Vercors  ;  Geoffroy,  fils  de  Jac- 
ques, et  seigneur  d'Hostun,  Claveyson,  la  Bâtie  et 
Vercors  ;  et  Gilet  d'Hostun  (frère  de  Geoffroy),  qui 
renouvelle  en  1475  l'hommage  à  Tévêque  pour  les  biens 
du  Vercors. 

«  Noble  Mérault  d'Autun,  »  seigneur  de  la  Baume 
d'Autun,  »  ayant  acquis  «  du  sieur  de  Claveson  »  la 
conseigneurie  de  Vercors,  fournit,  le  2}  septembre 
1540,  devant  le  visénéchal  de  Crest  «  un  dénombre- 
ment où  il  déclara  tenir  en  fief  du  roi  dauphin  le  château, 
terre  et  seigneurie  d'Egluy  avec  ses  appartenances  et 
dépendances,  valant  100  livres  de  revenu;  plus  en  fief  de 
Tévêque  de  Valence  et  de  Die  la  conseigneurie  de 
Vercors,  »  valant  «  environ  1 5  livres  de  revenu,  etc.  » 

Cette  conseigneurie  avait  passé  avant  le  5  juin  1594 
aux  Odde  de  Bonniot,  aux  de  Chypre  et  aux  Faure  de 
Vercors  ;  car  ceux-ci  avaient  alors  au  Vercors  «  la  direc- 
te seigneurie  des  censés  apellées  de  Claveyzon,  »  et  en 
percevaient  les  revenus  (i). 

Bouvier.  — En  1399  plusieurs  fonds  delà  Chapelle  et 
de  Saint-Agnan  relevaient  de  la  seigneurie  de  Pierre 
Bouvier. 

Vers  1480,  noble  Claude  Bouvier,  de  Fontaines, 
rendit  hommage  devant  Dileri,  notaire  à  Valence,  à  Té- 
vêque  de  Die  et  de  Valence  pour  ses  biens  situés  à  la 
Bâtie  de  Vercors.    Ces   biens  passèrent    ensuite    aux 


(i)  Arch.  de  la  Dr.  fonds  et  Invent,  cit.,  et  E,  3123  ;  —  Columbi,  op.  cit., 
p.  171  ;  Opusc.   variit  p.  318;  —    Minutes  cit.,  protoc.  P.  Chalvetj  n^  ç'jt 

XX 

f.   vij  xviij-xjx;  — Bull,  arch,  de  la  Dr,,  xvi,  218-34. 


i86      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Faure  de  Vercors  et  à  d'autres  pariers  ;  car  vers  i  ç6o 
nobles  Jourdan  et  Gaspard  Faure  de  Vercors,  citoyens 
de  Die  et  coseigneurs  de  Vercors,  donnaient  l'investi- 
ture de  fonds  situés  à  la  Chapelle  et  en  vertu  des  «  cen- 
sés acquises  des  Boyers,  »  et,  en  1 594,  les  sieurs  de 
Soubreroche  et  de  Bonniot,  et  noble  Jean  Faure  de 
Vercors,  coseigneur  de  Vercors,  investissaient  aussi 
d'une  terre  située  à  la  Chapelle,  «  à  raison  des  censés 
acquizes  des  Boviers  »  (i). 

Penchinat.  —  Noble  Jacques  Penchinat,  receveur  en 
1449  et  145 1  de  révèque  de  Die  et  Valence,  acquit  en 
1452  de  Jean  de  Montauban  la  terre  de  ce  dernier  au 
mandement  de  Vassieux,  avec  les  hommes  censés,  ser- 
vices, revenus,  droits  et  actions  y  attachés,  la  haute  et 
basse  justice,  et  tous  les  droits  du  vendeur  audit  lieu. 

Aussi,  le  22  juillet  1452,  Jacques  Penchinat  était  à 
Vassieux,  où,  «  après  avoir  appelé  cinq  habitants  qui 
relevaient  et  dépendaient  auparavant  dudit  noble  Jean 
Artaud,  il  se  mit  en  possession  réelle  et  corporelle  tant 
desdits  habitans,  que  des  censés,  services,  émoluments 
et  jurisdiction  »  de  lad.  terre,  «  lesquels  habitans  luy 
prêtèrent  hommage  et  luy  reconnurent  les  censés  et 
services  qu'ils  faisoient  audit  Artaud.  »  Acte  en  fut  dres- 
sé par  Falcon,  notaire. 

En  1475,  ^'  prêta  lui-même  hommage  pour  cette  pare- 
rie  à  l'évêque  Antoine  de  Bï4$ac. 

Le  mariage  de  Marguerite,  fitt^  de  Gaspard  Penchi- 


(1)  Arch.    cit.,   fonds   de   St-Jean-en-R.,    et  E,    2557;—  Minutes  cit., 
passim. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE  VERCORS.  187 

nat,  avec  François  Planchette,  en  1501,  porta  la  cosei  • 
gneurie  de  Vassieux  dans  la  famille  de  ce  dernier  (i). 

Alois.  —  A  la  mort  de  Ponce  de  Varces,  son  dona- 
taire, noble  Jean  Alois,  d'une  famille  déjà  noble  et  éta- 
blie à  Etoile  en  1420,  prit  possession  des  biens  donnés. 
Mais,  sous  prétexte  que  Ponce  s'en  était  réservé  l'usu- 
fruit jusqu'à  sa  mort,  Alois  omit  d'en  payer  les  lods  et 
d'en  prêter  hommage  à  l'évèque.  En  1475,  ^^^  furent 
réduits  entre  les  mains  du  prélat,  à  la  requête  du  pro- 
cureur patrimonial  de  Tévêché.  Alois  en  appela  au 
parlement,  auquel  il  réclama  «  la  main  levée,  avec  cau- 
tion qu'il  donna  pour  satisfere  à  tous  les  droits  dus 
aud.  seigneur  évêque.  »  Voici  comment  il  s'explique 
lui-même  au  sujet  des  biens  en  question  :  «  Lui,  noble 
Jean  Alois,  est^coseigneur  de  Vassieux,  des  châteaux 
de  Rousset  et  Ravel,  et  des  montagnes  de  Vercors  ; 
il  a  la  juridiction  haute,  basse,  pure  et  mixte  sur  hommes, 
les  revenus,  maisons,  prés,  terres  cultivées  et  incultes, 
et  tous  les  biens  que  noble  Ponce  de  Varces  a  eus  aux- 
dits  lieux.  Ce  dernier,  son  parent,  lui  en  a  fait  donation 
entre  vifs  légitime.  » 

Jean  Alois  finit  par  être  mis  en  possession  du  tout 
et  en  prêta  hommage  à  Tévêque  en  1475  n>ême.  Il  eut 
pour  héritier  Louis,  son  fils,  seigneur  de  Vassieux  en 
149}.  Puis,  le  mariage  de  Françoise  Alois,  fille  de  Louis, 
avec  Pierre  de  La  Baume-Suze,  porta  quelques  années 
après,  dans  la  maison  de  ce  dernier,  les  biens  dont  nous 
parlons  (2). 


(1)  Arch.  cit.,  fonds  de  TEv.  de  Die. 

(a)  Arch.  cit.,  fonds  cit.,  E,  ai  19  ;  —  Arch.  de  Die,  FF,  3. 


l88         SOCIÉTÉ   D^ ARCHÉOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

Rome/.  —  Robert  Romey,  notaire  de  la  Bâtie  de 
Vercors  en  1488,  voulant  honorer  Dieu  et  la  Ste  Vierge, 
donne  le  6  février  15 14,  à  chacun  des  couvents  de  St- 
François  et  de  St-Dominique  de  Die  une  rente  perpé- 
tuelle de  2  quartaux  de  blé,  le  quartal  étant  de  2  mesu- 
res de  la  Bâtie.  Le  blé  sera  remis  aux  frères  quêteurs  en 
tournée  au  Vercors.  Chaque  année,  le  jour  de  St-Ro- 
bert^  on  célébrera  pour  le  donateur  et  ses  parents  une 
messe  dans  ces  deux  couvents.  A  chacun  des  quêteurs 
on  donnera  5  liards  petite  monnaie,  pour  que  ces  frères 
célèbrent  à  la  Bâtie  une  messe  pour  le  donateur,  qui 
stipule  que  ses  héritiers  feront  dîner  ce  jour-là  les  reli- 
gieux qui  auront  ainsi  prié  pour  lui. 

Robert,  encore  notaire  en  i  Ç 19,  eut  de  noble  Louise 
Sève,  sa  femme,  Guichard  et  une  fille  nommée  Claude. 

Celle-ci  épousa  honorable  Louis  Gautier  de  la  Tour, 
de  St-Agnan.  Elle  en  était  veuve  en  1561,  date  où  elle 
fit  à  Pierre,  son  fils,  donation  entre  vifs  de  tous  les  biens 
à  elle  provenus  par  la  mort  de  «  feu  honorable  M*  Pierre 
Romey,  en  son  vivant  de  la  cité  de  Vallence,  fils  et 
héritier  à  feu  Mons'  Andrée  Romey,  advocat  en  son 
vivant  de  la  cité  de  Vallence.  » 

Guichard  était  notaire  à  la  Chapelle  de  1550  à  1569 
et  co-rentier  des  émoluments  de  la  châtellenie  de  la  Bâ- 
tie de  Vercors  en  1 5  5 1 . 

Un  des  siens,  Pierre  Romey,  épousa  Rose  de  Jonne, 
fille  de  noble  Pierre  de  Jonne  et  de  Louise  Silve.  Il  en 
avait  eu  Louis,  Pierre,  Jaine  et  Claude,  et  Rose  était 
morte,  quand,  le  22  janvier  1593,  il  recevait  de  noble 
Guigues  <(  de  Jone,  »  son  beau-frère,  sieur  d'Olanières 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  ïSg 

en  Trièves,  50  écus  «  en  pinateles  royaux  »,  à  compte 
de  la  dot  de  Rose. 

Pierre  Romey  contractait  mariage,  deux  mois  après, 
avec  Thonie  Dorchus,  veuve  à  M*  George  Alègre  d'Au- 
trans,  et  figure  ensuite  comme  négociant  et  exacteur  des 
droits  de  seigneurs  du  Vercors. 

Louis  Romey  fut  notaire  à  St-Agnan  de  1644  à  1652. 
Il  avait  une  grange  à  la  Breytière  (i). 

Arier.  —  Cette  famille,  représentée  au  Vercors  en 
1301  par  Pierre  Arier,  un  des  18  hommes  sur  lesquels 
révêque  céda  aux  Reynaud  sa  troisième  part  de  juri- 
diction, Tétait  en  1599,  tant  à  la  Chapelle  qu'à  Saint- 
Agnan,  par  diverses  personnes  parmi  lesquelles  il  serait 
bien  difficile  de  discerner  Tauteur  de  noble  Michel  Arier, 
de  la  Chapelle,  vivant  vers  i  çoo. 

Ce  dernier  épousa  Madeleine,  fille  de  Christophe  de 
Lapra,  de  Piégros,  et  d'Antonie  de  Sauvain,  fille  elle- 
même  de  Claude  et  de  Belline  de  Geys. 

Noble  Reymond  de  Lapra,  fils  et  cohéritier  de  Chris- 
tophe, fit  en  1519^  devant  Barrés,  notaire  à  Saillans,  un 
testament  en  faveur  de  Madeleine,  sa  sœur,  déjà  femme 
de  Michel  Arier,  avec  substitution  au  profit  d' Armicende, 
son  autre  sœur. 

Le  9  septembre  1540,  noble  Michel  Arier,  à  son  nom 
et  à  celui  d'Etienne  son  frère,  fit  dénombrement  devant 
le  visénéchal  de  Crest.  Il  déclara  posséder,  avec  sondit 
frère,  au  mandement  de  Vercors  des  censés  directes 
valant  environ  25  florins  de  revenu  ;  de  plus,  «  à  son 


(i)  Arch.  et  minutes  cit.,  passim. 

Tome  XX.  -  1886  13 


igO         SOCIÉTÉ   D^RCHÉOLOGIE   ET   DE    STATISTIQUE. 

Dom  et  de  Magdeleine  de  la  Pra  sa  femme,  ez  mande- 
ments du  Puygros,  Espenel,  Pontaix,  Quint,  Beaufort, 
Montclar,  Mirabel,  Saillans,  Saou  et  Francillon,  des 
censés  directes  valant  environ  1 5  florins  de  revenu.  »  Le 
12  septembre  1541,  il  fit  hommage  entre  les  «  mains 
de  Messieurs  des  Comptes  de  Dauphiné,  à  son  nom  et 
de  Louis  Arier  son  fils  »  et  d'Etienne  son  frère,  pour 
des  «  censés  et  rentes  qu'ils  possédaient  à  Espenel,  à 
Vercors  et  autres  lieux.  »  Michel  Arier  habitait  alors 
Piégros. 

Outre  son  fils  Louis,  il  avait  eu  de  Madeleine  de  La- 
pra,  Barthélémy,  qui  fut  prêtre  et  mourut  avant  1569,  et 
Dauphiné,  qui  fut  mariée  à  Guillaume  Gail  de  Luc. 

Guillaume  eut  de  Dauphiné  Arier  un  fils  nommé  Bar- 
thélémy, et  deux  filles,  Marguerite  et  Jeanne.  Cette  der- 
nière épousa,  avant  1569,  Nicolas  A Igo  dit  Peallalon^ 
qui  habitait  le  bourg  de  la  Chapelle  et  testait  le  1 5  sep- 
tembre 1569. 

Quant  à  Jeanne,  née  à  Luc,  elle  avait  perdu  son  père 
et  sa  mère,  et  habitait  la  Chapelle,  quand,  le  7  août  de 
la  même  année,  elle  épousa  Pierre  Guiboud,  de  St-Jean- 
en-Royans.  Barthélémy,  son  frère,  par  procuration  de 
noble  Louis  Arier,  écuyer,  son  oncle,  lui  constitua  en 
dot,  une  somme  de  joo  florins.  Cette  somme  se  compo- 
sait de  200  florins  parvenus  à  la  future  de  Dauphiné  sa 
mère,  de  50  légués  par  Barthélémy  Arier  son  oncle,  de 
25  légués  par  Madeleine  de  Lapra  sa  grand'mère,  et  de 
25  constitués  par  Louis  son  oncle,  écuyer. 

Quant  aux  censés  des  a  nobles  Arier  »  au  Vercors, 
nous  en  trouvons  à  là  Chapelle  en  1 5  50,  à  St-Agnan  en 


ESSAI   HISTORIQUE    SUR    LE   VERCORS.  IQ! 

1551  et  à  Saint-Julien  en  1561.  Mais  celles  de  Saint- 
Julien  étaient  alors  possédées  par  un  seul,  «  noble  Loys 
Arier,  dict  de  la  Franconnière,  »  et  mentionnées  au 
«  terrier  des  segneurs  de  la  Franconière.  »  Ce  noble, 
dont  il  avait  déjà  été  question  plus  haut,  habitait  la  Cha- 
pelle. Il  disparait  après  1 569  (i). 

La  Baume-Su{e.  —  Noble  Françoise  Alois,  fille  de 
Louis,  épousait  vers  1500  Pierre  de  la  Baume,  qui  fut 
seigneur  de  Suze,  et  de  son  chef  les  biens  des  Alois  à 
Vassieux  et  au  Vercors  échurent  aux  La  Baume. 

En  1507,  le  seigneur  de  Suze  transigeait  avec  les  ha- 
bitants de  Vassieux  au  sujet  des  «  prés,  herbages,  pâ- 
turages et  hermes  cédant  de  la  montagne  de  St-Genys 
et  TEyglette.  »  On  partagea  «  les  privilèges  et  pâturages 
dudit  terroir  en  deux  lots  pour  en  jouir  chacun  endroit 
soy  depuis  la  my  may  jusqu'à  la  fin  de  juillet^  passé  lequçl 
et  dez  le  i*'  aoust  ils  jouiront  en  commun  de  tous  lesd. 
terroirs  comme  ils  avoient  accoutumé  cy  devant  ;  chacune 
desd.  parties  payera  ses  censés  et  aura  passage  Tun 
dans  l'autre,  pour  aller  abreuver  à  la  fonteyne  ditte  Dou 
Plainet  ;  lesd.  de  Vacieu  auront  la  faculté  de  fere  fau- 
cher les  herbes  et  foins  en  croissans  dans  les  prés  du 
sieur  de  Suze,  de  les  emporter  pour  leur  usage,  pourvu 
que  cella  soit  fait  »  avant  la  St-Pierre.  L'acte  fut  fait  à 
Vassieux,  devant  la  maison  de  M.  de  Suze. 

Le  28  septembre  15  ij,  Pierre  de  la  Baume,  seigneur 
de  Suze,  par  acte  reçu  Romey,  notaire  du   Vercors, 


(i)  Arch.  de  la  Dr.,  fonds  cit.,  E,  2335,  2346,  et  Invent.  cit.  ;  —  Minutes 
cit.,  passim. 


192         SOCIÉTÉ  D^ARCHÉOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

acheta,  au  prix  de  5 1 5  florins  et  8  gros  petite  monnaie, 
des  prés  qu'il  avait  lui-même  précédemment  cédés  en 
échange  à  5  ou  6  particuliers.  Ils  étaient  situés  entre 
St-Genis,  Chironne,  le  bois  du  Pié-de-Mayosset,  et 
Marignac. 

Des  actes  de  1549,  ijji,  1561,  157J,  1594  et  1595 
parlent  des  droits  et  de  quelques  fonds  possédés  en  pro- 
pre par  les  de  Suze  à  Vassieux.  Mais  les  détails  sont  sans 
intérêt. 

En  1 597,  la  coseigneurie  passa  aux  de  Lattier  (i). 

Planchette.  —  Une  branche  de  cette  famille  eut  la 
seigneurie  de  Piégon  et  une  parerie  à  Vassieux,  par  le 
mariage,  en  ïçoi,  de  François  Planchette  avec  Mar- 
guerite Penchinat. 

De  ce  mariage  naquirent  François,  qui  épousa  Marie 
(}e  TEspine  ;  et  Guillaume,  qui  épousa  Marguerite  de 
Draguignan. 

Un  acte  de  1539  dit  François  Planchette  seigneur  de 
Piégon  et  coseigneur  de  Vassieux. 

Hercule  de  Gironde,  procureur  de  Monsieur  de 
Piégon,  investit  d'un  pré  à  Vassieux  en  1561,  et  permet 
à  un  particulier  en  1570  de  faire  des  ais  et  du  charbon 
au  bois  de  Vassieux. 

En  1574,  François  de  Planchette  écuyer,  sieur  de 
Piégon,  teste  en  faveur  de  son  fils  Louis,  avec  des  legs 
de  500  écus  d'or  sol  à  Scipion,  à  Henri-Charles-Maxi- 
milien-César  et  à  Annibal,  ses  autres  enfants;  de  50  écus 
à  Lucrèce,  sa  fille,  femme  de  noble   Marin  de   Colom- 


(i)  Arch.  et  fonds  cit. 


ESSAI   HISTORIQUE    SUR   LE   VERCORS.  igi 

baud,  outre  les  looo  livres  de  sa  dot;  et  à  Marie  de 
TEspine,  sa  femme,  des  juridictions  de  Piégon,  Vas- 
sieux  et  Aureaux,  et  de  la  censé  de  Valréas. 

Louis  Planchette  étant  mort  sans  enfants,  ses  droits 
passèrent  en  vertu  de  substitution,  à  Scipion  son  frère, 
qui,  ayant  épousé  Marguerite  de  Seguins,  en  eut  Jean- 
Marie  et  Marie  Planchette. 

Scipion  vendit,  le  14  décembre  1589,  devant  Alexan- 
dre Curti,  notaire  à  Carpentras,  sa  coseigneurie  de 
Vassieux  à  Gabriel-Marie  de  Seguins,  gentilhomme  de 
la  chambre  du  roi,  citoyen  de  Carpentras,  dont  les 
descendants  ont  continué  à  porter  le  nom  de  Vassieux 
et  sont  représentés  actuellement  par  le  marquis  de 
Seguins- Vassieux. 

Mais  les  de  Seguins  ne  devaient  pas  garder  longtemps 
leurs  droits  à  Vassieux. 

Dès  1 577,  le  testament  de  noble  Pierre  de  Raffin 
et  de  Catherine  Planchette,  mariés,  qualifiait  celle-ci 
dame  en  partie  de  Piégon,  Vassieux,  les  Aureaux  et 
Mialons.  En  1604,  furent  faites  des  procédures  pour 
Catherine  de  Raffin,  fille  de  Pierre  et  de  Catherine 
Planchette,  en  répétition  de  ses  droits  légitimaires  à 
Piégon,  Mialons,  Vassieux  et  les  Aureaux.  Ces  com- 
pétitions furent  peut-être  la  cause  pour  laquelle  les 
de  Seguins  abandonnèrent  Vassieux.  En  tout  cas,  ils  y 
étaient  remplacés  dès  1602  par  François  de  Gironde  (i). 


(i)  Arch.  et  fonds  cit.  ;  —  Arch.  Morin-Pons,  doss.  généal.,  n««  436  et 
654  ;  —  Minutes  cit.,  passim  ;  —  Lacroix,  Invenl.  arch.  Dr.»  E,  1468,  3^38, 
4610  et  4621. 


194      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Abicel.  —  Cette  famille  déjà  au  Vercors  par  Pierre 
Abicel  vers  i  joi,  y  était  représentée  en  1 550  par  Jean 
Abicel,  de  St-Martin-en-Vercors,  dont  le  testament,  du 
5  décembre  de  ladite  année,  suppose  une  fortune  consi- 
dérable. 

En  1 5  5 1 ,  <K  les  Abiceaulx  de  Sainct-Martin  aud. 
Vercors  »  avaient  directe  sur  une  maison  de  «  la  Matras- 
sière,  y>  à  St-Julien-en-Vercors,  proche  de  fonds  tenus 
des  Faure  de  Vercors. 

Ils  paraissent  avoir  quitté  depuis  longtemps  Saint- 
Martin.  Dès  mars  155 1,  Guillaume  Abicel,  de  ce  lieu, 
était  investi  de  biens  à  St-Agnan,  et,  8  mois  après, «  Mar- 
tin Abicel,  de  St-Martin-en-V.,  »  était  établi  à  Châtelus. 
Mais  le  quartier  qu'ils  habitaient,  à  900  mètres  au  nord 
de  Téglise  de  St-Martin,  était  à  la  fin  du  i6'  siècle, 
comme  aujourd'hui,  «  le  mas  des  Abisseaulx.  » 

Les  biens  de  Jean  Abicel,  testateur  de  15Ç0,  en  ce 
lieu,  passèrent  à  son  gendre,  Gabriel  Bonnet,  et  50  ans 
plus  tard  nous  y  trouvons  des  biens  à  M*  Claude  Bonnet 
notaire  (i). 

De  Piégros.  —  Cette  famille  était  représentée  en 
1496  par  noble  Antoine  de  Piégros,  qui  avait  alors  un 
moulin  à  Die. 

Par  dénombrement  fourni,  le  20  mars  1539,  devant  le 
visénéchal  de  Crest,  «  Jean  et  Guillaume  de  Piégros, 
cousins,  déclarèrent  posséder  à  Pontaix  etc.  ;  plus,  au 
Vercors,  en  la  paroisse  St-Agnan,  lieu  dit  à  la  Bretière, 


.  (i)  Arch.  Dr.,  fonds  cit.  ;  —  Minutes  cit.,  passim  ;  —  Mairie  de  St-Martin, 
parcellaire,  f.  93. 


ESSAI    HISTORIQUE   SUR    LE   VERCORS.  igS 

12  hommes  justiciables  dont  leurs  auteurs  avaient  fait 
hommage  à  Tévêque  de  Die  et  de  Valence,  et  estoient 
francs  de  leyde  à  Die  ;  plus,  qu'ils  prenaient  audit  lieu 
en  censés  directes  8  sestiers  i  quarte  i  coupe  1/2  sei- 
gle, 6  sestiers  1  quarte  j  coupes  et  1/2  avoine,  6  florins 
9  sols  2  deniers  et  4  poules,  etc.  » 

Plusieurs  actes  de  1551  prouvent  que  Guillaume  de 
Piégros,  écuyer  de  Piégros,  et  Jean  de  Piégros,  son 
cousin,  écuyer  de  Pontaix,  étaient  alors  seigneurs  di- 
rects d'une  terre  située  à  Saint-Agnan,  en  Rîousec,  et  de 
divers  fonds  et  maisons  situés  à  la  Breytière.  Le  premier 
avait  un  fils,  Jean,  écuyer,  qui  agissait  pour  lui.  Cepen- 
dant Louis  Rochas  fut  à  plusieurs  reprises  gérant  des 
deux  cousins  au  Vercors. 

<c  Noble  François  de  Puy  gros,  de  Barsac,  »  sei- 
gneur direct  d'immeubles  à  la  Breytière  en  164c,  était 
au  Vercors  en  1650  et  1652  (i). 

Chalvet.  —  Dès  1550,  «  M*  Jean  Chalvet^  natif  de 
Mens  enTriesves,  »>  comme  il  l'a  écrit  lui-même,  était 
notaire  et  habitait  «  la  Bastie  de  Vercors,  »  tandis  que 
Michel  Lamit,  son  collègue  de  notariat,  habitait  le  bourg 
même  de  la  Chapelle. 

Le  19  novembre  de  ladite  année,Marcellin  Pezet,  éga- 
lement habitant  «  de  la  Bastie  de  Vercors,  »  dont  il  était 
«  vibalhe,  »  passa  une  quittance  à  notre  Jean  Chalvet, 
qui  était  a  son  beaufilz.  »  Par  cet  acte,  Pezet  reconnais- 
sait avoir  reçu  de  ce  dernier  la  somme  de   joo  florins 


(i)  Guy-Allaro»  op.  cit.,  II,  336; — Bull,  d'hist.  eccl...  Valence^   II,  131- 
2  ;  —  Arch.  Dr.,  Invent,  cit.;  —  Minutes  cit.,  passim. 


igô       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

petite  monnaie,  et  ce  tant  en  60  écus  d*or  sol  qu'en  une 
cédule  de  70  florins  a  en  laquelle  Bontoux  Chalvet,  frère 
dud.  M*  Jehan  Chalvet,  por  et  au  nom  dud.  M*  Jehan, 
soy  est  soubmis  aud.  M*  Marcellin  Pezet  ;  et  ce  en 
déduction  et  par  la  première  paye  de  la  verchière  que 
led.  M*  Jehan  Chalvet  se  seroit  constitué  en  verchière 
avec  Margarite  Pezete,  fille  dud.  Marcellin,  »  en  contrat 
de  mariage  reçu  Lamit.  (i) 

On  ne  trouve  plus  Marcellin  Pezet  après  janvier  i  Ç  5 1 , 
mais  son  gendre  et  sa  fille  achètent  vers  1556  une  pro- 
priété considérable,  dont  les  bâtiments  étaient  au  lieu  dit 
en  Lalamende^  au  couchant  du  chemin  de  la  Chapelle  à 
la  Rivière  (2).  Cependant,  pendant  les  années  1561  et 
1569,  les  deux  seules  pour  lesquelles  nous  ayons  se$ 
registres  de  protocoles,  Jean  Chalvet  instrumentait  le 
plus  souvent  au  chasteau  de  la  Bastie  et  dans  sa  maison. 
Ainsi,  c'est  là  qu'il  reçut,  le  27  juin  1 569,  une  quittance 
faite  par  «  M'  Claude  Chalvet,  marchand  et  habitant  de 
Romans,  »  au  notaire  même  et  à  un  frère  de  celui-ci, 
nommé  Claude  comme  le  créancier,  lesquels  payaient 
au  nom  a  de  Bontous  Chalvet,  marchant  »  de  Mens  en 
Trièves,  delà  somme  de  120  florins,  à  compte  de  plus 
forte  somme  due  par  ce  dernier  à  Claude  Chalvet,  sui- 
vant acte  reçu  Claude  Magnan,  notaire  à  Mens. 

(i)  Minut.  cit.,  protoc.  Lamit àt  15 50-1,  f.  xxxviii  et  Ivii,  et  Jan  Chalvet, 
n«  47,  fol,  j. 
(a)  Ibid.,  parch.  orig.  couvrant  un  reg.  de  Sagnol  àc  1719-25. 

(A  continuer,) 

L'abbé  FILLET. 


ANDRE   DE   LAFAÏSSE.  I97 


ANDRÉ  DE  LAFAÏSSE 

(  d' Avibenas  ) 

MARÉCHAL    DE    BATAILLE 
Sa  Famille,  son  Histoire  et  sa  Correspondance. 

(1570-1681) 


Suite.  —  Voir  les  68«,  ôç»,  70*,  7i*,  ya*,  73%  74*,  75*  et  76*  livraisons. 


Le  prieuré  de  Cabrières,  près  de  Nîmes,  a  eu  pendant 
une  quarantaine  d^années,  pour  titulaire,  Charles  Tri- 
mond,  né  en  1620  et  mort  en  1686.  Louis,  son  père, 
avocat  à  Nîmes,  appartenait  à  une  famille  noble,  origi- 
naire de  Provence,  et  Léon,  son  frère,  avait  été  consul 
de  cette  ville  en  i655.  Le  Prieur  Charles  donna  de  la 
célébrité  au  village  où  il  passa  une  partie  de  sa  vie,  et 
dans  lequel  il  attirait  sans  cesse  une  grande  affluence  de 
monde. 

C'était  un  homme  très-charitable,  s'occupant  avec  suc- 
cès de  médecine,  donnant  ses  consultations  et  ses  remèdes 
pour  la  composition  desquels  il  était  cependant  très  mys- 
térieux. Ses  succès  portaient  principalement  sur  le  trai- 
tement des  hernies,  alors  fort  communes,  et  qui,  faute  de 
connaissances  pour  les  bien  traiter,  faisaient  périr  beau- 
coup de  monde. 

Louis  XIV  le  fit  venir  deux  fois  à  Paris;  d'abord  en 
1680,  pour  donner  ses  soins  à  la  duchesse  de  Fontanges, 
qui  mourut  Tannée  suivante,  et  en  1686.  Il  lui  fit  connaî- 


igS       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

tre  ses  recettes,  le  priant  de  ne  les  rendre  publiques  qu'a- 
près sa  mort,  qui  eut  lieu  bientôt  après.  Le  roi  faisait 
préparer  et  distribuer,  par  son  valet  de  chambre  de  ser- 
vice, les  remèdes  à  ceux  qui  en  demandaient  (i). 

M.  Guiran,  conseiller  au  parlement  d'Orange,  écrivait 
à  Lafaisse,  le  24  juin  1676  :  «  Si  le  syndic  Lulin  (2)  vient 
à  Cabrières^  je  ne  manquerai  pas  de  Palier  recommander 
à  M.  le  Prieur.  Vous  ne  sauriez  croire  quelle  foule  il  y  a 
près  de  cet  excellent  et  apostolique  maître  ;  on  y  accourt 
de  toute  part  ;  on  y  loge  dans  les  écuries,  et  tous  y  recou- 
vrent leur  santé.  J'appréhende  que  nous  le  perdrons,  soit 
parce  qu'il  succombera  sous  un  si  grand  travail  ;  soit  parce 
qu'on  l'obligera  d'aller  à  Paris,  pour  y  traiter  la  reine, 
qui  est  incommodée  de  vapeurs,  et  il  est  à  craindre  que 
les  médecins  royaux  ne  se  défassent  d'un  tel  maître > 

Une  lettre  du  comte  de  Dona,  datée  du  8  juillet  1677, 
porte  ce  qui  suit  :  «  mes  appréhensions  pour  la  santé  de 
ma  femme  durent  toujours.  Je  vous  supplie  de  faire  tenir 
cette  consulte  au  Prieur  de  Cabrières.  afin  qu'il  lui  plaise 
de  nous  dire  ses  sentiments  d'un  mal  qui  nous  tient  dans 
des  extrêmes  peines,  et  s'il  croit  avoir  des  remèdes  pour 
les  maux  de  cette  nature ». 

Une  lettre  non  signée,  écrite  de  Paris  le  23  décembre 


(1)  Madame  de  Sévigné,  parle  plusieurs  fois,  dans  ses  lettres,  du 
Prieur  de  Cabrières  ;  —  Voir  aussi:  Dionis,  Cours  d'opérations  de  chi- 
rurgie,  p.  314;  —  Ménard,  Histoire  de  Nîmes,  2*  édition,  t.  VII, 
p.  620  ;  —  Rivoire,  StaiUtique  du  Gard,  t.  I,  p.  609  ;  —  Baudry, 
Mémoires  de  FoucaxM,  p.  153,  etc. 

(2)  Jean  Lulin  ou  Lullin,  né  en  1619,  et  Jean  Antoine,  son  frère, 
ont  été  tous  deux  syndics  de  Genèv^e  ;  ils  appartenaient  à  la  même 
famille  que  Jean  Lullin,  syndic  de  cette  TÎlle  en  1538  (Grenus, 
Fragments  sur  Genève,  1815,  p.  450). 


ANDRÉ   DE   LAFÂÎSSE.  igQ 

1676,  est  relative  à  un  projet  formé  par  Charles  de  Grolce, 
comte  de  Viri ville,  gouverneur  de  Montélimar  (i),  marié 
en  i65i,  à  Catherine  de  Dorgeoise  de  la  Tivolière;  elle 
est  ainsi  conçue  :  «  Le  comte  de  Viriville  ne  peut  songer 
à  la  lieutenance  de  roi  du  Languedoc  (2),  à  moins  de  vou- 
loir ruiner  sa  maison  et  emprunter  pour  cela  quatre- 
vingts  ou  cent  mille  écus  (3)  ;  et  pour  celle  du  Dauphiné^ 
quand  même  le  comte  de  Tallard  (4),  agissant  en  amant 


(1)  Voir  de  Coston,  Histoire  de  Montélimar,  t.  III,  p.  47  et  333. 

(2)  Il  7  avait  simultanément  trois  lieutenants-généraux  en  Lan- 
guedoc, à  Cause  de  la  grande  étendue  de  cette  province. 

(3)  La  livre  ayait  alors  une  yeleur  intrinsèque  de  1  fr.  88,  el  Técu 
de  5  fr.  64^  représentant  environ  le  double  en  monnaie  actuelle 
(de  Wailly,  Mémoire,  etc.,  p.  228).  On  trouve  dans  les  Mémoires  de 
Dangeau,  du  marquis  de  Sourches,  du  duc  de  Saint-Simon,  etc., 
Tindication  des  prix  énormes  des  charges  de  cette  époque.  En  1685, 
le  marquis  de  Vérac  paya  une  des  lieutenances  de  roi  en  Poitou, 
80,000  livres  ;  en  1692,  le  comte  de  Médavy  paya  150,000  livres  le 
petit  gouvernement  de  Dunkerque  ;  en  1704,  les  enfants  du  mar- 
quis de  Pracomtal  (de  Montélimar),  tué  en  1703,  vendirent  142,000 
livres  le  gouvernement  de  la  ville  de  Menin.  En  1716,  le  maréchal 
de  Matignon  paya  230,000  livres  celui  de  l'Aunis  et  en  1717,  le  duc 
d*Albret  acheta  100,000  écus,  celui  de  TAuvergne,  mais  alors  Ti^cu 
n*avait  plus  qu'une  valeur  intrinsèque  de  4  fr.  44. 

Le  gouvernement  de  la  Basse  Navarre  rapportait  près  de  150,000 
livres  par  an;  celui  de  TAlsace,  près  de  100,000  ;  celui  de  la 
Picardie,  80,000;  celui  du  Dauphiné,  60,000,  sans  compter  les 
subventions,  les  cadeaux  et  autres  accessoires. 

(4)  Camille  d'Hostun,  comte  de  Tallard,  devenu  maréchal,  duc 
et  pair,  était  fils  de  Roger,  sénéchal  de  Lyon  et  de  Catherine  de 
Bonne  d'Auriac,  dame  de  Tallard,  cousine  de  Lesdiguières,  et  nièce 
du  maréchal  de  Villeroy,  gouverneur  du  Lyonnais  et  de  Camille, 
frère  de  ce  dernier,  archevêque  de  Lyon,  l'un  et  l'autre  tout  puis- 
sants à  la  cour.  N'ayant  pas  encore  25  ans,  il  était  simple  colonel  ; 
l'influence  de  sa  famille  lui   avait  valu  cette  charge,  vacante  par 


200  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

désintéressé^  la  lui  voudrait  céder,  et  prendre  celle  d'Au- 
vergne, il  ne  faut  pas  croire  que  Mgr.  l'archevêque  de 
Lyon  y  consentit.  Il  faut  donc  songer  à  quelqu'autre 
chose  qui  puisse  contenter  la  comtesse  de  Viriville,  et  il 
me  semble  que  ce  serait  à  elle  à  nous  en  faire  ouver- 
ture   Elle  ne  veut  pas  de  charge  à  la  cour,  sa  santé  ne 

lui  permettant  point  de  s'y  attacher,  et  dans  les  provinces 
on  n'en  voit  point  qui  lui  puisse  convenir.  L'on  donnerait 
bien  parole  pour  V ordre  de  chevalier  du  St '^Esprit  à  la 
première  promotion,  mais  on  n'en  donne  point  le  brevet.  » 

«  Si  cela  s'était  pu  je  crois  qu'elle  s'en  serait  contentée 
avec  divers  autres  avantages  qu'on  propose  pour  la  fa- 
mille ;  il  me  semble  qu'on  ne  devrait  pas  les  rejeter,  de  peur 

de  s'attirer  les  puissances  sur  les  bras »  Le  comte  de 

Viriville  n'obtint  pas  la  croix  du  Saint-Esprit,  accordée 
seulement,  en  général,  aux  plus  grands  personnages,  et  il 
mourut  vers  lyoS,  simple  gouverneur  de  Montélimar. 

Il  a  déjà  été  question,  à  la  date  de  i65i  et  à  celle 
de  1660,  de  la  famille  de  Faret  de  Fournès,  marquis 
de  Saint- Privât,  des  environs  d'Uzès.  Alexandre,  avait 
épousé,  en  i652,  Isabeau,  fille  de  (Charles  René  du  Puy, 
marquis  de  Montbrun,  général,  et  de  Diane  de  C^aumont, 
dont  il  eut  une  fille  unique,  Isabeau-Marguerite.  Comme 
elle  perdit  sa  mère  de  très-bonne  heure,  elle  fut  élevée 
par  sa  grand  mère  paternelle,  Jeanne  de  Launai  d'An- 
traigues,  qui  contribua   à   en   faire  une   des  merveilles 


le  décès  qui  eut  lieu  en  1674,  de  Charles  Nicolas  do  Créquy  de 
Bonne,  marquis  de  Ragny,  frère  cadet  de  François  Emmanuel, 
gouverneur  du  Dauphiné.  Il  épousa  plus  tard  Marie  Catherine,  fille 
du  comte  de  Viriville,  les  mots  :  Amard  désintéressé,  employés  par 
l'auteur  de  la  lettre,  semblent  indiquer  que  Tallard  songeait  déjà 
à  ce  mariage. 


ANDRE  DE   LAFAISSE.  201 

de  son  temps,  aussi  célèbre  par  sa  beauté  que  par  son 
esprit  (i),  mais  dont  le  caractère  parait  avoir  été  assez 
excentrique. 

Le  24  mars  1677,  M-  Delaborie  (ou  de  la  Borie  ?), 
pasteur  à  Uzès,  écrivit  à  Lafaïsse  la  lettre  suivante  : 
«  J'embrasse  avec  un  extrême  plaisir  la  charge  que  notre 
consistoire  m'a  donné  de  vous  informer  d'une  affaire  très- 
importante  et  très  délicate,  pour  remédier  aux  suites  fu- 
nestes qu'elle  peut  avoir Je  vous  supplie  donc  d'é- 
crire à  M.  de  Saint- Privât,  pour  lui  faire  connaître  qu'il 
doit  prendre  un  peu  plus  de  soin  de  la  conduite  de  sa  fille, 
qui  a  un  grand  commerce  avec  un  gentilhomme  de  la 
religion  contraire.  Nous  avons  fait  inutilement  plusieurs 
démarches,  pour  le  rompre.  M™'  de  Barnier  (il  en  a  été 
parlé  à  la  date  de  1666)  ne  s'y  est  pas  épargnée,  mais  elle 
n'a  pas  mieux  réussi  que  nous,  parce  que  M°'  de  Fournès 

a  trop  de  complaisance  pour  cette  demoiselle Il  est 

nécessaire  de  presser  M.  de  Saint-Privat  de  mettre  à  cette 
affaire  Tordre  que  lui  seul  peut  y  apporter  ». 

Il  faut  éloigner  d'ici  le  plus-tôt  possible  M"*  de  Saint- 
Privat,  ajoute  la  Borie  ;  son  père  «  contribuerait  au  dan- 
ger par  le  retardement  qu'il  apporterait.  Le  gentilhomme 
en  question  est  le  fils  de  M.  de  Robiac  (2),  qui  demeure  â 
Golias.  11  est  bien  en  toutes  manières,  mais  il  n'appartient 
pas  à  notre  religion,  et  c'est  la  seule  vue  qui  nous  fait 
agir  ». 


(1)  Mémoires  de  madame  du  Noyer,  1741,  p.  49. 

(2)  D'après  V Armoriai  du  Languedoc,  t.  1,  p.  505,  Pierre  de  Trè- 
molet-Montpezat,  seigneur  de  Roubiac  et  de  Colias,  me&tre  de 
camp,  marié  en  1651  avec  Catherine  de  Rignac  eut  huit  fils  :  c'est 
probablement  l'alné  qui  courtisait  M"'  de  Saint-Privat.  Louis  XIII 
coucha  dans  le  château  de  Colias,  le  2  juillet  1629. 


202  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Lafaîsse  prévint  le  marquis  ;  il  lui  répondit  de  Paris,  le 
17  avril  1677,  la  lettre  suivante  :  «  Je  suis  persuadé  aussi 
que  ma  fille  serait  beaucoup  mieux  avec  M"*' de  Mombnin  ; 
mais  elle  est  à  présent  au  château  de  fa  Nocle  (i).  Toutes 
ces  raisons  jointes  à  celles  que  vous  me  marquez,  que  la 
chose  presse,  m^engagent  à  vous  conjurer  de  me  faire  la 
grâce  d'aller  à  Saint-Privat  (près  d'Uzès),  sous  prétexte 
d'y  voir  ma  mère,  et  sur  l'avis  qu'on  vous  a  donné,  que 
j'allais  arriver,  et  d'avoir  la  bonté  de  m'y  attendre.  Je  ne 
doute  pas  que  vous  soyez  mieux  que  personne  capable  de 
lui  inspirer  les  sentiments  qu'elle  doit  avoir,  et  de  l'empê- 
cher de  prendre  ceux  que  l'on  vous  a  fait  craindre  ». 

Lafaîsse  paraît  avoir  échoué  dans  sa  mission  et  le  mar- 
quis fit  peu  de  cas  des  avis  qu'il^  avait  reçus. 

Une  lettre  écrite  deTarascon,  par  M.  Doucet,le27  juillet 
1677,  est  ainsi  conçue  :  «  M"*  de  Saint-Privat,  a  été  à  la 
foire  de  Beaucaire  toute  seule  et  sans  être  accompagnée 
d'aucune  parente  ni  femme  de  qualité.  De  là  elle  ira  pren- 
dre les  eaux  de  Meynes  (Gard),  et  elle  se  rendra  ensuite  en 
Dauphiné,  chez  ses  parents,  son  père  a  de  grands  torts 
envers  elle,  et  si,  par  malheur,  il  lui  arrivait  quelque 
chose,  il  en  serait  responsable  devant  Dieu  et  devant  les 
hommes  :  toute  la  terre  le  condamne  et  murmure  contre 
lui.  » 


(1)  Ce  château,  qui  est  près  de  Neyers,  appartenait  à  Louise  de 
la  Fin  de  Salins,  femme  d'Alexandre  du  Puj-Montbrun,  marquis  de 
Saint-André,  grand-oncle  de  M"»  de  Saint-Privat,  dont  j'ai  parlé  à 
la  date  de  1667. 

Tallemant  des  Réaux  (Histonettes,  1840,  t.  IX,  p.  229)  dit  :  M"**  de 
la  Fin  étaient  deux  filles  de  condition  et  héritières.  La  cadette  étant 
accordée  avec  Saint-André,  sa  sœur  aînée  vint  à  mourir.  La  voila 
un  grand  parti;  Saint-André  n'espérait  plus  l'épouser,  elle  fut  gé- 
néreuse et  lui  tint  ce  qu'elle  lui  avait  promis. 


ANDRÉ   DE   LAFAÏSSE.  2o3 

Le  marquis  et  sa  fille  moururent  peu  d'années  après 
d'une  manière  tragique.  M"' du  Noyer  (i)  fait  un  long 
récit  de  ce  double  événement.  M.  de  Saint-Privat,  con- 
damné à  mort  pour  crime  de  fausse  monnaie  (2),  fut  exé- 
cuté à  Paris  le  16  novembre  1680,  Charles,  son  frère, 
seigneur  de  Montfrin  et  marquis  de  Saint-Privat,  après 
la  mort  de  ses  quatre  frères  aînés,  fit  tout  ce  qu'il  put 
pour  le  sauver.  Il  offrit  inutilement  5o,ooo  livres  au  geô- 
lier pour  laisser  évader  son  prisonnier,  et  se  jeta  en  pleu- 
rant aux  pieds  de  Louis  XIV,  Le  roi  lui  répondit  qu'il 
avait  juré  de  ne  jamais  accorder  la  grâce  aux  duellistes  et 
aux  faux-monnayeurs  ;  que  les  fautes  étaient  personnelles, 
et  qu'il  lui  donnait  les  biens  confisqués  contre  son  frère. 

M"''  du  Noyer  ajoute  que  Charles  fut  si  charmé  du  mé- 
rite de  sa  nièce,  qu'il  résolut  de  ne  se  jamais  marier  (3), 
pour  lui  conserver  sa  fortune,  mais  cette  pauvre  demoiselle 
prit  de  Téloignement  pour  lui  (4).  Elle  écrivit  à  son  on- 
cle consanguin,  Jacques  du  Puy,  marquis  de  Montbrun, 
pour  le  prier  de  la  conduire  chez  lui,  en  Dauphiné,  où  il 
possédait  divers  fiefs  dans  les  Baronnies  ;  elle  passa  une 
transaction  avec  son  oncle  de  Saint-Privat  et  partit  de 
suite  après. 


(1)  Mémoires,  1741,  t.  1,  p,  51  ;  —  Voir  aussi  :  Charvet,  château  de 
Saint'Privat'dU'Gard,  1867,  p.  29. 

(2)  Ce  crime  était  relativement  commun  chez  les  gentilshommes 
de  cette  époque  :  Moreau,  marquis  de  Mazière  (de  Normandie),  fut 
décapité  en  1721  pour  le  même  fait.  Tallemant  des  Réaux  en  cite 
divers  exemples  dans  ses  Historiettes. 

(3)  L*auteur  a  sans  doute  voulu  dire  :  de  l'épouser, 

(4)  MM.  Haag  (La  France  protestante)  ajoutent  qu'elle  ne  voulut  pas 
habiter  avec  un  homme  enrichi  des  dépouilles  de  son  frère  le 
condamné. 


# 


204         SOCIETE   D  ARCHEOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

A  peine  arrivée  chez  du  Puy-Montbrun,  elle  fut  atta- 
quée d'un  mal  violent  et  fit  un  testament  par  lequel  elle 
léguait  tous  ses  biens  à  Louise  du  Puy-Montbrun,  sa 
cousine  germaine  (i).  Elle  ne  tarda  pas  à  mourir  le  i3  no- 
vembre 1681,  à  rage  de  22  ans.  L'autopsie  constata  qu'elle 
avait  succombé  à  un  empoisonnement  ;  ses  deux  oncles 
s'accusèrent  réciproquement  de  ce  crime.  L'un  disait 
qu'elle  était  morte  chez  M.  de  Montbrun  et  qu'elle  avait 
laissé  sa  fortune  à  sa  fille;  l'autre  répondait  qu'elle  était 
partie  très-mécontente  des  procédés  de  M.  de  Saint-Pri- 
vat  et  qu'elle  était  tombée  malade  en  chemin. 

Tous  deux  furent  incarcérés  ;  l'affaire  fut  longuement 
plaidée  et  la  Sénéchaussée  de  Nîmes  finit  par  mettre  les 
deux  parties  hors  de  cour  et  de  procès,  ce  qui  semble  indi- 
quer qu'au  lieu  de  crime  il  y  avait  eu  simplement  suicide  ; 
l'animosité  des  deux  parties  avait  déplacé  la  question, 
pour  satisfaire  une  vengeance. 

Ce  qui  vient  à  l'appui  de  cette  opinion,  c'est  que  peu  de 
temps  après  la  mort  de  sa  nièce,  Charles  de  Saint-Privat 
épousa  une  riche  héritière,  Anne  de  Ginestous,  dame  de 
Moissac.  Jean,  son  fils  aîné,  ne  laissa  qu'une  fille,  morte  à 
l'âge  de  deux  ans.  Jean  Henri  de  Faret,  comte  de  Fournès, 
son  fils  cadet,  brigadier,  épousa  M"^  de  Gabriac,  du 
Bourg-Saint-Andéol,  dont  il  eut  une  fille  unique,  Marie 
Anne,  mariée  en  1773  avec  Jean  Louis  Charles  François, 
comte  de  Marsanne,  de  Montélimar,  député  aux  Etats- 
généraux,  mort  sans  enfant  en  181 5. 


(1)  Cette  riche  héritière  épousa,  comme  on  l*a  tu,  M.  de  Pontevès, 
marquis  de  Fucus  ou  de  Buoux  (de  Provence).  Elle  renonça  au 
protestantisme,  mais  comme  on  disait  qu'elle  s'était  convertie  par 
politique f  l'évéque  d*Âpt,  exigea  qu'elle  fît  imprimer  les  motifs  de 
sa  conversion,  ce  qui  eut  lieu  en  1724,  sous  forme  de  Lettre  à  une 
dame  de  ses  amies. 


ANDRÉ   DE   LAFAÎSSE.  205 

Jean  Henri  avait  eu,  en  outre,  d'une  personne  que 
M.  Charvet  ne  nomme  pas,  trois  filles  et  un  fils.  Ce  der- 
nier, né  à  Toulouse  en  1762,  adopté  par  la  veuve  de  son 
père  naturel,  devint,  sous  les  noms  et  titres  de  Jules- 
Marie-Henri,  comte  de  Faret,  marquis  de  Fournès  et 
seigneur  de  St-Privat,  maréchal  de  camp,  sénéchal  de 
Beaucaire  et  de  Nîmes  et  député  de  la  noblesse  aux  Etats- 
généraux  ;  il  épousa  Philippine  de  Broglie. 

Un  de  ses  petits-fils,  cousin  de  la  duchesse  de  Magenta, 
née  de  la  Croix  de  Castries,  était  préfet  de  la  Savoie  au 
mois  d'avril  1876.  M.  Ricard,  ministre  de  l'intérieur, 
exigea  pendant  son  court  passage  aux  afiaires,  la  destitu- 
tion de  l'allié  du  maréchal  de  Mac-Mahon,  à  cause  de  ses 
opinions  anti-républicaines  très  accentuées  :  le  maréchal 
la  lui  accorda,  dan$  la  crainte  de  faire  de  cet  incident  une 
question  de  Cabinet. 

M.  Arnaud  (  i)  donne  divers  détails  sur  Louis  Rambaud, 
de  Die,  qui  embrassa  le  protestantisme,  fut  condamné  à 
mort,  par  contumace,  en  1675,  par  le  parlement  de  Gre- 
noble, et  se  réfugia  à  Genève,  ainsi  que  sa  femme  qui  se 
convertit  à  son  tour.  C'est  de  lui  que  veut  parler  M.  Sar- 
rasin (ou  Sarasin),  syndic  de  Genève,  dont  il  a  été  ques- 
tion à  la  date  de  1674. 

Il  écrit,  dans  une  longue  lettre  du  19  juin  1677,  V^^ 
Rambaud  est  réfugié  chez  M.  de  Duilliers  (2).  Par  déli- 


(1)  Histoire  des  protestants  du  Dauphiné,  t.  II,  p.  92  ;  sur  les  Ram- 
baud, de  Die,  Toir  aussi  le  Bulletin  ecclésiastique ,  1874,  p.  152  ;  à  la 
même  famille  appartenait  Antoine  Rambaud,  aTocat,  qui  joua  un 
fd  beau  rôle  dans  le  fameux  procès  des  tailles.  Voir  VHistoire  de  Mon- 
tHimar,  t.  U,  p.  40*2. 

(2)  La  famille  Fatio  de  Duilliers  avait  alors  plusieurs  représen- 
tants, entr'autres  Jean  Baptiste,  Jean  Christophe,  Nicolas  (mathé- 

TOME  XX  -  1886.  14 


2o6  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

catesse,  ajoute-t-il,  il  n'a  rien  voulu  accepter  encore  sur 
les  sommes  qui  sont  dans  la  caisse  de  M.  (Alexandre  ?)  de 
SilloI,  et  sur  laquelle  M.  (Jacques  ?)  Chamier  (avocat  ?)  est 
autorisé  à  tirer  des  mandats.  «  M.  Rambaud  n'est  incom- 
mode à  personne;  il  a  trouvé  un  asyle  chez  M.  de  Duilliers, 
il  en  trouvera  un  aussi  chez  moi,  quand  il  lui  plaira,  et  je 
ne  compterai  pas  pour  une  charge,  ce  que  je  pourrai  avoir 
le  bonheur  d'employer  pour  un  homme  de  cette  sorte  ». 

Le  syndic  Sarrasin  écrivait  le  25  décembre  1677  : 
<c  nous  avons  Thonneur  de  posséder  le  pieux  et  savant 
M.  Rambaud  avec  sa  chère  femme.  Elle  va  lui  donner  la 
consolation  qu'il  s'est  promise,  car  Dieu  lui  a  touché  le 
coeur  pour  lui  faire  remarquer  la  vérité  de  notre  religion. 
Il  a  reçu  de  M.  de  Sillol  des  lettres  pleines  de  cor- 
dialité, car  quoiqu^il  n'assigne  que  5o  écus  par  an  à  ce 
bon  prosélyte,  il  lui  fait  connaître  qu'il  est  prêt,  avec  ses 
autres  amis,  d'aller  au  delà,  c'est  à  dire  à  tout  ce  qu'il  leur 
faudra.  Comme  ces  5o  écus,  et  les  2b  qu'ils  tirent  de 
M.  du  Bœuf  (i)  ne  paraissent  pas  sufl5sants,  il  semble 
que  quand  la  dose  de  Montélimar  serait  doublée  et  au  delà, 
il  n'y  aurait  rien  de  trop » 

D'après  Grenus,  p.  468,  Jacques  Sarrasin,  né  en  1641, 
était  pasteur  à  Genève  ;  le  19  juin  1677,  il  écrivit  la  lettre 
suivante  :  «  le  sieur  de  la  Faye  (2)  loge  chez  le  s*"  Mercet, 


maticien  distingué),  et  Pierre,  condamné  à  mort  en  1707,  pour  rai- 
son d'Etat  »•  Son  fils,  appelé  aussi  Pierre,  deyint  général  dansl'ar* 
mée  du  roi  de  Sardaigne  (Grenus,  p.  234). 

(1)  Suzanne,  fille  et  héritière  de  Louis  Rambaud,  avocat  k  Die, 
épousa  Hugues  du  Bœuf,  avocat  dans  la  même  ville. 

(2)  Jean  de  la  Faye,  ministre  et  controversiste,  né  à  Loriol  en 
1610,  mourut  à  Genève,  en  1679  (Biographie  du  Dauphiné,  t.  II,  p.  8  ; 
—  M.  Arnaud,  t.  II,  p.  407  ;  Archives,  E,  2262  et  2263;.  Il  était  fils 


ANDRÉ   DE  LAFAÎSSE.  2O7 

qui  tient  des  pensionnaires  pour  6  ou  7  écus(r),  mais  vous 
pouvez  penser  qu'on  y  est  assez  mal  entretenu.  Les  pen- 
sions où  Ton  est  bien  sont  de  lo  à  12  écus  ;  j'ai  chez  moi 
quelques  messieurs  à  ces  deux  derniers  prix,  qui  ne  com- 
prennent que  la  chambre,  le  dîner  et  le  souper,  tout  le 
reste  se  paie  en  sus.  J'ai  parmi  mes  pensionnaires  le  fils 
de  M.  Amieu  (2),  de  Montélimar,  que  vous  connaissez  ;  si 
M.  de  Fontjuliane  (3),  veut  m'envoyer  le  sien,  je  le  pren- 
drai bien  volontiers  chez  moi  ».  On  voit  que  beaucoup  de 
protestants  envoyaient  leurs  fils  faire  leurs  études  à  Ge- 
nève. 

En  1677,  une  partie  de  l'Europe  était  en  guerre;  les 
Suédois,  alliés  de  la  France,  furent  battus  par  les  Danois, 
unis  aux  Norwégiens  ;  ils  perdirent  l'embouchure  de 
l'Oder  par  la  chute  de  Stettin,  rendue  à  PElecieur  de 
Brandebourg  après  six  mois  de  siège. 


diautre  Jean,  ministre  à  Loriol,  et  de  Marthe  Charnier,  et  épousa 
Jeanne  Thomas,  dont  il  eut  notamment  Paul,  ministre  à  Valdrôme, 
et  Théodore,  pasteur  é  Aoste  marié  en  1658,  ayec  Isabeau  Tron- 
chin  de  Genève,  qui  le  rendit  père  d*André  de  la  Faye. 

(1)  Par  mois  ;  Técu  avait  alors  une  valeur  intrinsèqtie  de  5  fr.  64, 
d'après  de  Wailly. 

(9)  Jean  Amieu,  de  yinsobres,'*caQton  de  Nyons,  avocat,  épousa 
en  1656,  Suzanne,  fille  de  Pierre  Feautrier  ou  Feutrier,  de  Monté* 
limar.  Ses  filles  se  marièrent  avec  MM.  de  Marsanne  et  Caritat  de 
Condorcet.  Son  fils^  élevé  chez  M.  Sarrasin,  se  nommait  Daniel 
Amieu;  il  laissa  une  fille  unique,  qui  épousa:  l^  Hector  Samson 
d^Agoult,  marquis  de  Montmaur  ;  2^  Bernard  de  Blégier,  marquis 
de  Taulignan. 

(3)  Pierre  de  Marsanne-Fontjulianne,  de  Montélimar,  lieutenant- 
colonel,  épousa  en  1655,  Jeanne,  fille  de  Pierre  Berlhe,  avocat  ;  il 
laissa  Gédéon  et  Louis,  émigrés  en  1685,  et  Charles  qui  lui  succéda. 
Voir  d'autres  détails  dans  l'Histoire  de  Monlélimar,  t.  I,  p.  438  ;  t.  Il, 
p.  376. 


208  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Le  comte  de  Dona,  qui  parait  avoir  eu  de  hautes  rela- 
tions diplomatiques,  écrivait  d'Espessoles,  le  9  février 
1678,  la  lettre  suivante  :  «  Si  on  prenait  des  pensées  de 
paix  peut-être  n'y  serai-je  pas  inutile.  Je  considère  avec 
vous  la  prise  de  Stettin  comme  une  chose  qui  porte  coup 
sur  la  gloire  de  la  France,  si  cela  devait  mettre  absolument 
les  Suédois  hors  de  TEmpire.  Comme  pourtant  il  leur 
reste  deux  ou  trois  bonnes  places,  je  crois  que  la  chose 
n'est  pas  sans  remède.  Si  mon  entremise  est  agréable  de 
ce  côté  là,  vos  amis,  et  encore  votre  grand  monarque, 
pourront  disposer  de  moi.  Pour  ce  qui  est  de  la  Suisse,  il 
est  mille  fois  plus  facile  de  servir  le  roi,  en  ce  pays,  que 
de  le  desservir.  Si  Pun  et  l'autre  s'est  pratiqué,  c'est  selon 
les  gens  que  Ton  y  emploie » 

Le  Comté  du  Pont  de  Veyle  (Ain)  fut  vendu  judiciaire- 
ment en  161 5,  après  la  mort  de  Christophe  d'Urfé  et 
acheté  par  le  connétable  de  Lesdiguières,  Françoise,  sa 
fille,  duchesse  de  Créquy-Lesdiguières,  le  vendit  à  Jean 
du  Puy-Montbrun,  seigneur  de  Ferrassières,  qui  le  reven- 
dit, en  1678,  à  Pierre  Jean  Bouchu  (i).  Le  comte  Frédéric 
de  Dona  possédait  ou  croyait  posséder  d'anciens  droits 
sur  ce  fief  important:  il  écrivit  d' Espessoles,  le  14  juin 
1678,  la  lettre  suivante  :  «  Puisque  M.  Bouchu,  inten- 
dant du  Dauphiné,  vient  d'acheter  la  Comté  du  Pont  de 
Veyle  du  duc  de  Lesdiguières,  et  que,  des  personnes  lui 
font  accroire  que  nous  possédons  quelques  pièces  sans 
lesquelles  le  seigneur  du  lieu  n'en  peut  jamais  jouir  com- 


(1)  M.  Gaigue,  Topographie  du  département  de  l'Ain^  1873,  p.  901, 
dit  que  le  Comté  fut  acheté  par  Claude  Bouchu,  (intendant  de  Bour- 
gogne et  père  du  dit  Pierre  Jean):  Voir  aussi  Guichenon,  Histoire 
de  la  Bresse,  1650,  p.  94.  Ce  fief  appartint  plus  tard  aux  familles  de 
Ferréol  et  d'Esclignac. 


ANDRE   DE   LAFÂÏSSE^  20g 

modément,  il  faut  donc  être  sur  les  lieux  afin  que  tout  se 
fasse  de  gré  à  gré  et  civilement,  s'il  plaît  à  Dieu,  en  cas 
quMl  ait  envie  de  s'entendre » 

Lafaïsse,  comme  on  l'a  vu,  avait  une  sœur,  nommée 
Marguerite,  mariée  à  Dupuy,  des  Vans,  dont  le  fils  se 
maria  en  Hollande,  où  il  servait,  comme  officier,  sous  le 
nom  de  du  Puy  de  Saint-Leydier.  Il  écrivit  de  Bruxelles, 
le  2  décembre  1677,  la  lettre  suivante:  «  J'arrive  d'Angle- 
terre, où  j'ai  accompagné  Son  Altesse  Royale  (i)  qui  m'a 
donné  ma  grâce  d'un  combat  que  nous  avons  fait,  deux 
contre  deux,  et  dont  un  capitaine,  de  qui  j'étais  le  second, 
est  demeuré  mort  sur  la  place,  c'était  une  fort  méchante 
affaire,  y  ayant  des  coups  de  main  donnés  au  neveu  du 
vicomte  ûanré Le  marquis  de  Monpouillan,  lieutenant- 
général,  et  M.  de  Créderode  me  disent  tous  les  jours  qu'ils 
ne  veulent  pas  me  laisser  capitaine  et  m'ont  promis  la 
première  compagnie  de  cavalerie  vacante  dans  leur  régi- 
ment ».  Dupuy  offre  ses  bons  offices  dans  le  cas  où  un 
de  ses  jeunes  parents  voudrait  prendre  du  service  en 
Hollande. 

Il  écrivit  à  son  oncle,  le  25  mars  1678  :  que  sa  femme 
était  accouchée  d'une  fille,  dont  le  parrain  avait  été  le 
marquis  d'Haucourt,  «  capitaine  dans  son  régiment  et  son 
ami  sans  réserve  »,  parent  de  la  comtesse  d'Antraigues,  et 
la  marraine  M"®  d'Aumale,  sa  sœur.  Il  mentionne  la  mort 
du  comte  de  Dona  dont  il  avait  été  page,  et  l'abjuration 
de  sa  sœur  en  ces  termes  :  «  j'ai  du  déplaisir  d'apprendre 
la  perversion  de  cette  misérable  sœur  que  désormais  je  ne 


(1)  Guillaume  III  de  Nassau,  prince  d'Orange,  qui  épousa,  en 
1677,  Marie  Stuart,  fille  de  Jacques  II,  et  fut  proclamé,  roi  d* An- 
gleterre en  1688. 


2IO  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

nommerai  plus,  puisqu'elle  a  fait  honte  à  toute  sa  famille, 
je  voudrais  de  tout  mon  cœur  avoir  appris  sa  mort,  plutôt 
que  le  déplaisir  de  voir  qu'elle  a  renié  la  foi  dans  laquelle 

Dieu  lui  avait  fait  la  grâce  de  naître M.  Berckoffer  (i) 

après  avoir  traîné  long-temps  dans  la  misère  a  obtenu  du 
prince  une  compagnie  marine  qui  est  assurée  sur  mer,  et 
où  il  n'est  pas  obligé  d'être  ». 

Dupuy  de  Saint- Leydier  écrivait  le  12  octobre  1678  : 
«  Je  n'ai  pas  été  tué  à  la  bataille  de  Saint-Denis  pour 
secourir  Mons.  J'ai  eu  tout  le  bonheur  imaginable  à  cette 
journée  ».  Il  décrit  les  différentes  phases  du  combat;  sa 
compagnie,  composée  de  cent  fusiliers  eut  vingt  hommes 
tués  et  douze  blessés.  «  Le  comte  de  Nassau,  ajoute-t-il, 
me  mena  le  lendemain  à  la  cour  et  dit,  à  Son  Altesse  cent 
belles  choses  à  mon  avantage,  que  j'avais  forcé  un  poste 
devant  lequel  deux  ou  trois  bataillons  devaient  périr  et 
que  j'avais  sauvé  la  cavalerie.  Son  Altesse  était  résolue 
de  me  donner  une  compagnie  dans  ses  gardes  ;  elle  en  fut 
empêchée  par  le  comte  de  Sol  (ou  de  Fol  ?),  qui  en  était 
colonel  et  avait  un  favori  auquel  il  la  fit  donner  ».  Le 
25  novembre  suivant,  le  comte  de  Dona,  écrivait  que  le 
prince  était  très-bien  disposé  «  à  faire  accorder  quelque 
bel  établissement  à  M.  du  Puy  ». 

Au  nombre  des  familles  protestantes  qui  habitaient 
Villeneuve-de-Berg,  se  trouvait  celle  des  Jeune  ou  Lejeune 
de  Chambeson.  François  Jeune  de  Chambeson,  seigneur 
de  Barry  et  juge  en  la  Viguerie,  tint  en  1720,  dans  sa 
maison  (2),  comme  remplaçant  Joachim   de  Montagut, 


(1)  Il  avait  été  gouverneur  d^Orange,  comme  on  l'a  vu  à  la  date 
de  1671. 

(2)  Elle  avait  appartenu  à  une  branche  de  la  famille  des  Astards 
et  Louis  XIII  7  coucha  en  1629.  Elle  a  été  achetée  et  reconstruite 


ANDRÉ   DE   LAFAISSE.  2  (  I 

comte  d'Aps,  les  Etats  du  Vivarais.  De  même  que  ses  deux 
fils,  nouveaux  convertis  comme  lui,  il  se  signala  par  son 
exaltation  à  l'époque  de  la  guerre  des  Camisards.  Cest  de 
lui  qu'était  issu  le  général  François  Lejeune,  né  en  1770, 
un  des  plus  beaux  hommes  de  Parmée  Française,  tué  en 
Egypte  et  dont  la  famille  est  éteinte.  Il  était  fils  de  Fran- 
çois, avocat  au  bailliage,  et  avait  un  frère  officier,  tué 
en  Hollande;  sa  fille  Anne  Gabrielle,  épousa,  en  1723, 
Joachim  Scipion  de  la  Garde,  procureur  du  roi  en  la  maî- 
trise des  eaux  et  forêts  dont  Tarrière-petit-fils,  M.  Henri 
de  la  Garde,  ancien  capitaine,  qui  habite  Romans,  a  publié, 
en  1 884,  Le  duc  de  Rohan  et  les  protestants  sous  Louis 
XÎTI,  volume  couronné  par  Tlnstitut. 

Jeune  de  Chambeson,  probablement  le  père  de  François 
écrivait  le  10  octobre  1678,  qu'il  venait  d'être  l'objet  d'une 
tentative  d'assassinat.  Romegouse,  de  Montpezat,  L'avait 
attendu,  la  nuit,  près  de  sa  porte,  et  lui  avait  tiré  deux 
coups  de  pistolet  sans  l'atteindre. 

Dans  une  lettre  assez  obscure,  écrite  vers  la  même  épo* 
que.  Jeune  parle  d'un  enfant  de  quatorze  ans,  son  parent, 
qu'on  voulait  enlever  à  sa  famille  pour  le  faire  élever  dans 
la  religion  catholique.  Les  lois  de  cette  époque,  qui  allaient 


il  7  a  une  cinquantaine  d'années  par  M.  Hejraud  (L'abbé  Mollier, 
ViUeneuve'de-Berg,  1866,  p.  266  et  361)  ;  Archives  C.  540  et  1230. 

Le  plancher  orné  d'écussons  coloriés  du  X7I*  siècle,  qui  se 
trouvait  à  Villeneuve,  dans  la  maison  de  Barruel,  et  dont  j'ai  parlé 
à  la  date  de  1667,  vient  d*étre  endommagé  par  la  foudre,  enlevé  et 
brûlé.  Elle  avait  appartenu  à  une  branche  de  la  famille  de  la  Roche 
des  Astards  ou  de  Laudun.  On  trouve  dans  les  plaidoyers  de  Guy^ 
Basset,  1668,  p.  84  :  dans  le  BtUletin  archéologique,  188?,  p.  390,  et  dans 
V Armoriai  du  Dauphiné,  des  détails  très  curieux  et  assez  longs  sur 
divers  membres  de  cette  famille. 


212  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE, 

beaucoup  plus  loin  que  celle  du  29  mars  1882,  sur  ren- 
seignement obligatoire,  permettaient  d'arracher  à  leurs 
parents  des  enfants  qui  demandaient  à  être  instruits  dans 
la  religion  catholique  et  d'obliger  leur  père  à  payer  une 
pension  à  la  personne  ou  au  couvent  qui  se  chargeait  de 
leur  éducation. 
Jeune  ajoute  ce  qui  suit  :  «  le  valet  de  M.  Ozil  (i),  qui 


(I)  On  a  TU  qu*en  1734,  Alexandre  d'Antraigues  épousa  Thérèse 
d*Ozil  ;  Simon  d'Ozil  était  seigneur  de  Saint-Vincent- de-Barrès  en 
1717  et  avait  épousé  Marie,  fille  de  Jean  d*André^  seigneur  de  Mont^ 
fort,  du  Gévaudan.  Louis  XIII  donna,  en  1629,  à  Jean  de  Surville, 
les  biens  confisqués  contre  Pierre  Ozil,  de  la  Gorce,  protestant 
rebelle. 

Puisque  le  nom  d'Antraigues  revient  sous  ma  plume,  il  conrient 
de  mentionner  un  document  que  je  ne  connaissais  pas  et  qui  aurait 
dû  trouver  place  dans  la  première  partie  de  la  généalogie  de  cette 
famille,  donnée  à  la  date  de  1646. 

Il  est  emprunté  aux  lettres  missives  d'Henri  IV,  t.  II,  p.  398,  pu- 
bliées par  Berger  de  Xivrej.  Cette  lettre,  datée  du  25  octobre  1588, 
adressée  k  VL.  de  Launey,  baron  d^Entraigues,  me  parait  apocryphe, 
comme  beaucoup  d'autres  attribuées  à  Henri  lY  :  elles  ont  été  fa- 
briquées, en  général,  dans  le  but  d'obtenir  plus  facilement  un 
jugement  de  maintenue  de  noblesse  à  l'ëpoque  des  recherches  or- 
données en  1666. 

On  a  Yu  que  Trophime  de  Launai  épousa  en  1601  seulement 
Marie  de  Cajres,  qui  lui  apporta  la  seigneurie  d'Entraigues  en  1605. 
De  Launai  ne  pouvait  donc  pas  être  baron  d'Entraigues  en  1588. 

Cette  missive  contient  le  passage  suivant.  «  Sans  doute  vous 
n*aurés  manqué  ainsi  que  vous  l'avez  annoncé  à  Moruay  de  vendre 
vos  bois  de  Mezilhac  et  Cuze,  et  ils  auront  produit  quelques  milles 
pistoles.  Si  ce  est,  ne  faite  faulte  de  m'apporter  tout  ce  que  vous 
pourrès,  et  je  ne  scais  quand,  ni  d*où,  si  jamais  je  pourra]^  tous  les 
rendre  »,  etc. 

Henri  lY,  alors  simple  roi  de  Navarre,  était  trop  fin  pour  préve- 
nir d'avance  les  personnes  auxquelles  il  voulait  emprunter,  qu'il 


ANDRÉ  DE   LAFAÏSSE.  2l3 

VOUS  remettra  cette  lettre,  va  chercher  ce  jeune  garçon  : 
nous  voulions  le  faire  conduire  en  Languedoc,  mais  le 
malheur   qui   l'accompagne  ne  le  veut   pas  permettre. 

Essayez  de  lui  faire  parler  par  les  filles  de  M.  Ozil Si 

vous  pouviez  l'enlever  de  Tendroit  où  il  est,  nous  le  ferions 

conduire  à  Genève ce  qui  augmentera  la  douleur  de 

son  père,  c'est  que  le  syndic  du  clergé  lui  fera  payer, 
comme  on  Ta  fait  pour  le  fils  de  madame  de  Mirabel,  une 
pension  de  3oo  livres  pour  aliments  et  éducation,  bien 
que  le  pauvre  homme  ne  soit  pas  en  état  de  donner  cinq 
sols  x>. 

De  i66o  à  1697,  la  principauté  d'Orange  fut,  à  trois 
reprises  différentes,  et  pendant  26  ans,  occupée  parles 
troupes  de  Louis  XIV.  La  domination  momentanée  du 
comte  d'Auvergne  cessa  en  1679  ^^  M-  ^^  Riomal  reprit 
possession  de  la  ville  au  nom  du  prince,  à  qui  les  habi* 
tants,  pour  lui  témoigner  leur  affection,  firent  don  de 
3o,ooo  livres. 

Le  comte  de  Dona  écrivit,  à  cette  occasion,  au  mois  d'a- 
vril 1679,  à  M.  du  Bois,  d'Orange,  une  lettre  très  flatteuse 
pour  Lafaïsse*  Il  disait  que  si  les  habitants  de  cette  ville  ne 
pouvaient  pas  s'entendre  sur  le  choix  d'un  député  auprès 
du  prince  souverain,  ils  devraient  songer  à  lui.  Il  rappe- 
lait les  missions  dont  il  avait  été  chargé  et  louait  son  désin- 
téressement et  sa  probité.  Une  note  jointe  à  la  copie  de  la 
lettre  du  comte,  annonçait  qu'il  était  question  d'envoyer 


ne  les  rembourserait  probablement  jamais.  Il  n'était  pas  le  régis- 
seur ou  l'intendant  de  Trophime  pour  savoir  quels  étaient  les  biens 
les  plus  faciles  à  vendre.  Le  rédacteur  de  cette  lettre,  qui  se  ter- 
mine d'une  manière  assez  burlesque,  a  eu  le  tort  de  vouloir  trop 
bien  préciser,  et  on  peut  lui  appliquer  cet  adage  :  Nimia  precauHo 
dolus. 


214  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

en  Hollande,  comme  député,  M.  de  Beaucastel  (ou  de  Bel* 
castel). 

Sa  famille  était  originaire  du  Rouergue  ;  une  branche 
se  fixa  à  Montpellier  et  une  autre  à  Orange,  Jacques  de 
Beaucastel,  marié  vers  i6i5  avec  Isabeau,  fille  de  Jacques 
de  Vesc  de  la  Lo,  de  Montélimar,  avait  eu  cinq  fils  : 
Alexandre,  Pierre,  Henri,  Gédéon  et  Jacques,  et  c'est 
sans  doute  de  Tun  d'eux  que  parle  cette  note. 

Charles  de  Faret,  comte  de  Fournès  et  seigneur  de 
Saint- Privât,  écrivit  le  24  mars  1680  la  lettre  suivante  : 
«  comme  vous  avez  parlé  à  M.  de  Brison  (i)  pour  ache- 
ter ma  compagnie,  je  vous  dirai  qu'il  est  très  difficile  d'a- 
voir l'agrément  de  la  Cour,  attendu  qu'on  ne  veut  que 
10,000  chevaux  en  France,  formant  400  compagnies.  Les 
capitaines  sont  presque  tous  colonels,  ou  majors  au  moins, 
et  commandent  à  tous  les  capitaines  réformés,  et  on  met 
difficilement  des  jeunes  gens  à  la  tête  de  la  cavalerie.  Je 
crois  cependant  que  je  pourrais  faire  agréer  M.  de  Brison. 
La  compagnie  est  une  des  plus  belles  et  des  meilleures 
du  royaume,  et  le  prix  serait  de  10,000  livres  ».  Une 
compagnie  de  chevau-légers  composée  de  25  cavaliers 
coûtait  donc  alors  environ  40,000  francs  de  notre  mon- 
naie :  d'après  Roussel,  (Etat  des  régiments)^  dans  les  ré- 
giments de  cavaler/e,  le  nombre  des  maîtres  (cavaliers) 
d'une  compagnie,  a  varié,  sous  Louis  XIV,  de  vingt  à  cin- 
quante. 

Presque  toutes  les  autres  lettres  écrites  en  1679  ^^  ^^ 
1680  concernent  l'abbaye  de  Saint-André-des-Ramières, 


(1)  C'était  sans   doute  François  (fils  aîné  de  Rostaing  de  Beau- 
mont  de  Brison,  du  Vivarais),  marié   en  1688  avec  Françoise  du 

* 

Bosc  de  Salignac. 


ANDRE  DE  LAFAISSE.  2l5 

près  de  Gigondas  (Vaucluse)  ;  elles  feront  le  sujet  d'un  ap- 
pendice. 

Il  résulte  d'une  quittance  du  19  juin  1681  (Chalamel, 
notaire)  que  Paul  Gresse,  chirurgien,  reçut  de  Jean  La- 
faisse,  de  Meysse,  héritier  bénéficiaire  d'André,  son  oncle, 
demeurant  à  Montélimar,  126  livres.  Cette  somme  fut 
payée  pour  soins  et  médicaments  donnés  à  André,  pen- 
dant sa  dernière  maladie  d'hydropisie,  compliquée  de  fiè- 
vre et  d'ulcères  aux  jambes,  depuis  le]  3  novembre  jus- 
qu'au i5  décembre  1680.  Le  malade  paraît  donc  avoir 
succombé  à  une  maladie  au  cœur  :  il  était  âgé  de  Sg  ans, 
et  ne  laissa  pas  de  postérité. 

J'ai  cherché  inutilement  son  acte  de  décès  dans  les  regis- 
tres qui  sont  à  la  mairie  de  Montélimar.  J'ai  fini  par  le 
trouver  au  greffe  du  tribunal  civil,  où  il  existe  dix-sept 
registres  concernant  l'Etat  civil  des  protestants.  On  les  y  a 
laissés  par  la  raison  assez  peu  plausible  qu'ils  proviennent 
du  greffe  de  la  visénéchaussée  où  Ton  était  obligé  de  dé- 
poser un  des  doubles  de  ces  volumes. 

Cet  acte  est  ainsi  conçu  :  ce  Le  23  décembre  1680  a  esté 
enterré  au  cimetière  proche  du  Temple  (1)  noble  André 
de  la  Faysse,  décédé  le  22  du  courant  ;  et  ont  assisté  au 
convoi  Pierre  Chiron,  ministre,  Alexandre  de  Sillol,  sei- 
gneur de  Saint- Vincent  et  de  Cléon-d'Andran,  et  Pierre 
de  la  Faïsse,  nepvcu  du  défunt  ». 

Lafaisse  mourut  cinq  ans  environ  avant  la  révocation 
de  l'Edit  de  Nantes  :  il  n'eut  pas  la  douleur  d'être  témoin 


(1)  Ce  cimetière  occupait  une  partie  de  la  place  du  Temple  et  la 
cour  de  rancienne  maison  Rochas  qui  est  affectée  aujourd'hui  à 
récole  des  Frères  de  la  Doctrine  Chrétienne.  On  a  cessé  d*j  en- 
terrer en  1684,  à  l'époque  de  la  démolition  du  Temple  par  suite 
d'un  arrêt  rendu  par  le  parlement  de  Grenoble. 


2i6         SOCIÉTÉ  D^ARCHÉOLOGIE  ET  DE   STATISTIQUE. 

des  persécutions  si  rigoureuses  exercées  par  ordre  de 
Louis  XIV  contre  les  protestants.  Il  put  donc  finir  ses 
jours  tranquillement  dans  son  lit,  au  lieu  de  mourir  en 
prison  ou  en  exil,  dans  le  cas  où  il  serait  parvenu  à  quitter 
la  France^  malgré  les  mesures  si  arbitraires  prises  pour 
empêcher  les  Religionnaires  de  se  réfugier  à  l'étranger. 
On  leur  défendait  d'y  chercher  la  liberté  de  conscience  et 
la  tranquillité  dont  ils  ne  pouvaient  pas  jouir  dans  leur 
patrie. 


(A  continuer.) 


Bon  DE  COSTON. 


NUMISMATIQUE   DU   PARLEMENT  DE   GRENOBLE.  217 


NUMISMATIQUE 

DU    PARLEMENT 


-DE    G%BV<iOmLB. 


Suite.  —  Voir  )a  71%  7a*,  73*,  74*  75*  et  76*  livraison. 

ENNEMOND  FRANÇOIS  DE  LA  COSTE 
ET   JOSEPH    DE    CHATELARD   DE   GARCIN 

1781 


+  MON    PARRAIN   MESSIRE   ENNEMOND  FRANÇOIS  DE   LA 
COSTE^*^  ANCIEN  PRESIDENT  A 

G^   MORTIER    DU     PARLEMENT    DE     GRENOBLE     CONSEI- 
GNBUR  PATRIMONIAL  DU  MANDEMENT 

DE    PARISET  ET    MA    MARRNE^*'  ANTOINETTE   PATRAS   DE 
LANGE  EPOUSE  DE  MESSIRE 

l^  JOSEPH     DE    CHATELARD    DE     GARCIN^*^    CONSEILLER 
AU  DIT  PARLEMENT   »> 

Au  bas  : 

ANDRE  BONNEVIE  MA  FAITE  LAN    I781    )e> 


2l8  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Cloche  de  Seyssinet.  —  Diamètre  :  72  centimètres. 


(1)  Ennemond-François  de  La  Coste  de  Saint-Nizier,  aTocat  en  la 
Cour,  Conseiller  au  Parlement,  en  remplacemeni  et  sur  la  résigna* 
tion  de  François  de  La  Coste,  son  père  (lettres  du  4  juin  1734  ;  reçu 
le  30  du  même  mois)  ;  Président  (lettres  du  12  juin  1750  ;  reçu  le 
19  du  même  mois).  —  (2)  Marraine.  —  (3)  Joseph  de  Garcin  de 
Cbâtelard,  avocat  en  la  Cour,  Conseiller  (lettres  du  6  octobre  1756  : 
reçu  le  26  novembre  suivant).  Décédé  le  25  juillet  1785. 


JACQ.  FOIS  CHEVALIER  DE  SINARD 

1781 


MARIA    SUSANNA    NOMEN     ET     ANTEA     SOCIAM    DEDERE 
NOBILSSIMUS  POTENTISSIMUS^*'  UIR 

lAC  FARN^^^  DE  CHEVALLIER  SINARDI  DOMINnS^*^  IN  SUP^*' 
CURIA  DELPH^'^  SENATOR  ET  DE 

SUSANNE    DE    PLAN     DES    SIEGE^^    lEUS^'    UXOR^  OLLO- 
GNE^^'CURE  I781 

Au  bas  : 
aAVRiG  ra  aNARaHDAvp^^^  dechemin  chain^"^  f 
Cloche  de  Sinard.  —  Diamètre  :  77  centimètres. 


(1)  Nohilissimw  potentissimusque.  —  (2)  FARN  pour  FRAN.  — 
(3)  Dominus.  —  Jacques-François  de  Chevalier  Distras  de  Sinard, 
né  à  Grenoble,  le  29  juillet  1743,  avocat  en  la  Cour,  Conseiller  au 
Parlement  à  22  ans  et  demi  (lettres  du  12  février  1766  ;  reçu  le  10 


NUMISMATIQUE  DU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE.     219 

mars  suivant).  —  (4)  Supremà.  —  «S)  Delphinatùs.  — (6)  De,  mot 
parasite.  —  (7)  De  Sieyès,  (VArmorial  l'appelle  Victoire,  par  erreur 
sans  doute.)  —  (8)  E^jw.  —  (9)  Marie  Susanne  sont  les  noms  que 
m'ont  donnés  le  très-noble  et  très-puissant  homme  Jacques-Fran- 
çois de  Chevalier  de  Sinard,  Seigneur,  Sénateur  (Conseiller)  à  la 
Cour  suprême  de  Dauphiné,  et  Suzanne  de  Plan  de  Sieyès,  son 
épouse.  —  (10)  Ollagnié,  curé.  (Rectification  faite  sur  les  registres 
de  la  paroisse.)  —  (11)  Les  caractères  R,  6,  R  et  F  sont  à  rebours 
comme  les  autres,  mais  n'ont  pu  être  imprimés  de  la  sorte,  faute  de 
caractères  spéciaux.  11  faut  donc  lire  ces  deux  noms  :  FAVCHË- 
RAND  BJ  GIRAVD,  en  commençant  par  la  fin.  —  (12;  Châtelain. 


BARTHÉLÉMY  ARTUS    DE    SAYVE 

1785 


Deo  juvante^  auspice^^^  Dei  parâ^  et  sanctis  Levitis 
Laurentio^^^  et  Stephano,  sumptibus publicis ^  Renovaia  sum, 
anno  Dni  1785*,  et  ammente^*'^  altissimo  et  potentissimo 
Dno  Bartholomeo  Artus  a  Souaevo^^  cum  altissimâ  et 
potentîssimâ  Dnd  Adlaidâ-Rosâ-Vidoriâ,  nomen  accepi 
Adlaide^^  Laurence.  Sedente  parrocho  magistro  Joan. 
Bapt.  Fouilluj  multum  juvante  Dno  Andr.  Chu:[el^, 

Ancienne  cloche  d'Arzai^î. 


(1)  Pour  auspicihus,  —  (2)  Pour  pare,  —  (3)  St  Laurent  est  le 
patron  de  la  paroisse.  —  (4)  Pour  eminente  altissimo.  —  (5)  Barthé- 
lemy-Artus  de  La  Croix  de  Sayve,  avocat  en  la  Cour,  Avocat  gé- 
néral au  Parlement  de  Grenoble  (lettres  du  5  août  1767,  avec  dis- 
pense d'âge  et  de  parenté,  en  remplacement  et  sur  la  résignation  de 
Jean-Jacques  Vidaud  de  la  Tour  ;  reçu  le  22  du  même  mois).  Né  à 


220         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE    STATISTIQUE. 

Grenoble  le  29  ayril  1756,  il  lui  manquait  donc  8  ans,  9  mois  et 
quelques  jours  pour  avoir  les  30  ans  d'âge  exigés  par  les  ordon- 
nances. Son  père,  Artus-Joseph  de  la  Croix  de  Cheynères  de 
Sajve^  marquis  d'Omacieux,  était  en  même  temps  Président  à 
mortier  au  Parlement.  Il  résigna  ses  fonctions  en  1780.  —  (6)  Pré- 
nom écrit  comme  il  se  prononce  encore  dans  nos  campagnes.  — 
(7)  Ayec  l'aide  de  Dieu,  sous  les  auspices  de  l'égale  de  Dieu  et  des 
saints  Lévites  Laurent  et  Etienne,  aux  frais  publics,  j'ai  été  refon- 
due l'an  du  Seigneur  1785'»  et,  par  Téminent,  très-haut  et  très- 
puissant  Seigneur  Barthélemy-Artus  de  Sayye,  avec  la  très-haute 
et  très-puissante  Dame  Adélaïde-Rose-Yictoire,  j'ai  été  nommée 
Adélaïde-Laurence.  Etant  curé  Maître  Jean-Baptiste  Fouillu,  arec 
le  concours  efficace  de  Messire  André  Chuzel.  —  (8)  Je  dois  la 
communication  de  cette  légende  de  l'ancienne  cloche  d'Arzai  à  M. 
G^  Bouchardon,  maire  de  la  localité,  qui  a  bien  touIu  me  la 
montrer  dans  les  anciens  registres  de  la  commune.  Cetle  cloche 
avait  été  placée  dans  le  clocher,  le  1*'  dimanche  de  l'Ayent  de 
l'année  1785.  Transportée  à  Balbin,  j'ignore  à  quelle  époque,  elle 
fut  prise,  un  jour,  pour  point  de  mire  par  un  chasseur,  qui  la  brisa 
d'un  coup  de  fusil. 


PIERRE-L.-C.  PASCALIS  DE  LONGPRA 

1786 


+  J.  M.  J.   S"  PAULE^*^  MON  PARRAIN  NOBLE  PIERRE  L.  C. 

ï^    PASCALIS    DE  LONGPRA.  MARRAINE  DEMOISELLE 
LAURENCE  PLANELLI  DE  LA  VALETTE^  ENFANS   DE  MESSI 
EURS  LES  DIRECTEURS  DE  LA  MAISON. 

Au  bas  : 

A.  BONNEVIE  MA  FAITE  LAN   I786. 


NUMISMATIQUE   DU    PARLEMENT   DE   GRENOBLE.  221 

2*'  cloche  de  Theys.  —  Diamètre  :  46  centimètres. 


(1)  Jésus.  Marie.  Joseph.  Saint  Paul  (sous-enteudu  :  prie  pour 
nous.  —  (2)  Il  7  a  eu  un  Joseph-Jean-Baptiste-Claude  Planelli  de 
la  Valette,  Chevalier  d^honneur  à  la  Chambre  des  Comptes  (lettres 
du  15  janvier  1766  ;  reçu  le  29  du  même  mois).  Il  exerçait  encore  en 
1790.  Je  le  crois  père  de  Laurence,  marraine  de  notre  cloche. 

Il  7  avait  quelque  chose  de  fort  obscur  pour  moi  dans  cette  ins- 
cription, trouvée  sur  une  cloche  de  Téglise  de  The7S,....  et  ces 
mfants  de  Messieurs  les  Directeurs  de  la  maison  me  faisaient  rêver.... 
A  force  de  recherches  pourtant,  je  finis  par  apprendre,  —  mais  je 
le  donne  pour  ce  qu'on  me  l'a  donné  à  moi-même  et  sans  avoir  pu 
le  vérifier,  que  M"  Pascalis  de  Longpra  et  Planelli  de  la  Va- 
lette, pères  des  parrain  et  marraine  de  la  cloche,  avaient  été  Direc- 
teurs de  l*Hospice  de  Grenoble,  et  que  cette  cloche,  enlevée  par  la 
Révolution  à  cet  établissement ,  avait ,  plus  tard^  été  donnée  à 
réglise  de  The7s.  Je  ne  garantis  rien  pourtant,  n*a7ant  pu  vérifier 
ces  assertions.  Je  me  contente  de  mettre  sur  la  voie  ceux  que  ce 
petit  problème  pourrait  tenter. 


DAVID  DE  BLOSSET  DE  ROCHEVIVE 

1787 


Le  22  mai  1787,  le  conseil  général  de  la  Communauté 
de  Mens  vote  la  refonte  de  la  grosse  cloche,  cassée 
depuis  quelques  mois.  Elle  fut  coulée  le  17  juillet.  Le  22 
du  même  mois,  cette  cloche  «  fut  solennellement  bap- 
tisée par  M.  Bac,  en  présence  de  Monsieur  Joseph- 
Armand  Sibeud  de  St-FerréoH*',  parrain,  résident  à 
Cornillon  ;  de  Dame  Magdeleine-Thérèse  Achard  de  la 
I^oche,  épouse  de  Messire  David  de  Blosset  de  Roche- 
ToME  XX.  —  1886  15 


222  SOCIÉTÉ   d'archéologie  ET   DE   STATISTIQUE* 

vive^,  conseiller  au  Parlement,  marraine;  »  en  pré- 
sence encore  d'une  nombreuse  réunion  de  personnes 
marquantes  et  des  prêtres  des  environs. 

(  Note  extraite  du  Registre  des  Délibérations  de  la  pa- 
roisse de  Mens  par  M.  l'abbé  Lagier,  curé  de  Tréminis, 
et  communiquée  par  lui). 

(A  continuer.)  G.  VALLIER. 


(I)  Sans  doute  l'Armand-Joseph  de  V Armoriai  du  Dauphini,  né  en 
1750  et  décédé  en  1837,  car  son  fils  Joseph-Armand-Gaspard- 
Vincent  de  Paule,  n'étant  né  qu'en  1785,  n'aurait  eu  que  deux  ans 
k  cette  époque.  —  (3)  Conseiller  au  Parlement,  suivant  VArmorial, 
de  1779  à  1789  ;  ce  qui  est  une  erreur,  attendu  que,  selon  Vlnven- 
taire-sommaire  des  archives  départementales,  Dayid  (X^Àrmorial  dit 
Danielf  autre  erreur)  de  Blosset,  avocat  en  la  Cour,  fut  nommé 
Conseiller  au  Parlement  par  lettres  du  15  juillet  1754  et  regu  le  9 
août  suivant.  Il  exerçait  encore  sa  charge,  lors  de  la  suppression 
du  Parlement  en  1789. 


-••*•« 


m:^: 


UNE  OBOLE  INÉDITE 

DES 

ARCHEVÊQUES     D'ARLES 


La  ville  d'Arles,  Arelate  Constantina^  à  laquelle  Cons- 
tantin donna  son  nom  et  qu'il  affectionnait  tout  particu- 
lièrement, ne  fut  d'abord  qu'un  évêché  sufTragant  de  Téglise 
de  Vienne  et  ne  devint  métropole  qu'à  la  fin  du  IV*  siècle. 
Ses  archevêques  battirent  monnaie  depuis  le  IX*  siècle 
jusque  dans  les  premières  années  du  XVP^.  (]e  privilège 
leur  fut  confirmé  en  92 1  par  Louis  l'Aveugle,  fils  de  Boson, 
roi  d'Arles,  et  renouvelé  successivement  en  1143  par 
l'empereur  Conrad  III,  en  T164  par  Frédéric  Barbe- 
rousse  et  en  1 186  par  le  pape  Urbain  III. 

«  Par  suite  de  cette  prolongation  du  monnayage,  »  dit 
Poey  d'Avant  (i),  «  le  type  des  espèces  d'Arles  a  dû  être 
«  très  variable.  Les  évêques  prirent  d'abord  celui  du 
«  temple  Carlovingien.  Ensuite  naquit  l'empreinte  que 
«  j'ai  appelée  spontanée  â  savoir  la  crosse  semblable  à 
«  celle  de  Viviers  et  la  main  bénissante.  Puis  vient  le 
«  type  de  St-Trophime  assis  ou  debout;  c'est  celui  qui 
«  persiste  le  plus.  Employé  d'abord  par  les  évêques  dont 
«  les  monnaies  sont  anonymes,  il  fut  ensuite  gardé  assez 
«  longtemps  par  ceux  qui  les  signèrent.  Malgré  quelques 
€(  tentatives  momentanées  de  changement  de  type,  on  y 


(1)  PoBT  d'Avàmt.  Monn.  féod.  de  France.  Tom.  Il  p.  337. 


224         SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

a  revint  à  différentes  fois.  Les  évêques  d'Arles  ont  mis 
«  sur  leurs  espèces  le  titre  de  princeps  et  plus  tard  celui  de 
«  presuL  Comme  ils  relevaient  du  serment  de  l'empire 
<(  ils  y  ont  aussi  fait  figurer  des  aigles.  » 

A  la  série  assez  étendue  des  monnaies  des  archevêques 
d'Arles  vient  s'ajouter  une  obole  inédite  d'Eustache  de 
Levis  (1476- 1489),  trouvée  depuis  un  an  à  Andancetie,  au 
lieu  dit  des  Petits-Prés,  où  j'avais,  il  y  a  quatre  ans  déjà, 
constaté  la  présence  de  nombreuses  incinérations  et  recueil- 
li des  ossuaires  brisés  et  différentes  monnaies  romaines. 
L'intéressante  médaille  qui  va  nous  occuper,  était  enfouie 
dans  le  sol,  ainsi  qu'un  denier  d'argent  des  archevêques  de 
Vienne,  au  type  de  St-Maurice  et  à  la  légende  MAXCIMA 
GALLIARVM,  croix  flieuronnée  cantonnée  des  lettres 
VIEN  ;  toutes  deux  étaient  à  une  soixantaine  de  mètres  de 
l'emplacement  d'une  petite  église  ogivale  dont  les  derniers 
vestiges  ont  disparu  par  suite  des  travaux  d'agrandissement 
du  cimetière  en  1871. 


Au  droit  :  une  mitre  au-dessous  de  laquelle  est  un  anne- 
let  et  autour  la  légende 

m    EVSTACIVS   DE    LHEV. 

Au  revers  :  une  croix  pattée  cantonnée  d'un  point  au 
3««  et  autour  la  légende 

-|-  EPISCOPUS.  AREL.  {episcopus  arelatensis) 

Obole  de  cuivre  d'un  diamètre  de  9  millimètres  et  du 
poids  de  76  centigrammes. 


UNE   OBOLE   INÉDITE  DES   ARCHEVEQUES   d'aRLES.       225 

Le  mot  episcopus  a  été  employé  de  préférence  au  mot 
archieptscopus  afin  de  pouvoir  indiquer  à  la  suite  le  nom 
de  la  métropole  d'Arles. Deux  variétés  de  cette  obole  exis- 
tent au  musée  de  Marseille  (voir  Caron,  Monn.  féod,  fran- 
çaises n*  407  à  410,  PL  XVII.,  i5  à  i8).  Mais  on  lit  au 
revers  la  légende  archiepiscopus  contrairement  à  celle  de 
la  nôtre  qui  se  rapproche,  par  ce  caractère  spécial,  d'une 
monnaie  de  Nicolas  Cibo,  archevêque  d'Arles  et  succes- 
seur d'Eustache  de  Levis  (1489-1499)  laquelle  porte  éga- 
lement au  revers  AREL  EPISGOPVS.  (Numism.  Bar- 
thélémy n*  463).  Nous  nous  croyons  donc  autorisé  à 
considérer  cette  obole  comme  inédite. 

L'atelier  de  fabrication  dut  d'abord  être  établi  à  Arles  ; 
sous  Michel  de  Moriez  qui  siégeait  de  i2o3  à  12 17,  il  fut 
placé  au  château  de  Beaucaire,  enfin  en  1483,  c'est-à-dire 
sous  l'épiscopat  d'Eustache  de  Levis,  il  y  eut  une  officine 
à  Mondragon.  L'obole  de  Nicolas  Cibo  dont  nous  avons 
parlé  tout  à  l'heure  doit  sortir  de  cet  atelier  et  nous 
pouvons  émettre  la  conjecture  que  celle  qui  fait  l'objet  de 
ces  lignes  doit  également  en  provenir.  Ce  serait  du  moins 
une  explication  du  changement  survenu  dans  la  légende 
du  revers,  mentionnant  le  nom  de  la  ville  d'Arles,  et  le 
délaissement  du  mot  archiepiscopus  pour  celui  plus 
court  dCepiscopus^  à  la  suite  duquel  on  pût  inscrire  le  nom 
de  cette  cité. 

Eustache  de  Levis  et  son  frère  Philippe,  appelé  le  car- 
dinal d'Arles,  furent  tous  deux  archevêques  de  cette  ville. 
Ils  étaient  issus  de  très  nobles  ancêtres  aussi  bien  en  ligne 
paternelle  qu'en  ligne  maternelle. 

Ils  eurent  pour  père  Eustache  de  Levis,  baron  de  Qué- 
lus,  et  pour  mère  Adélaïde  de  Couzan  fille  de  Guidon, 
grand  maître  de  la  maison  du  roi  Charles  VI. 

Philippe,  âgé  de  dix-huit  ans  de  moins  que  son  frère. 


226         SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

eut  une  carrière  ecclésiastique  plus  illustre  bien  que  plus 
courte.  Après  avoir  été  pendant  quelques  années  évêque 
d'Agde,  il  occupa  le  siège  épiscopal  de  la  métropole  d'Auch. 
Il  déposa  cette  dignité  en  faveur  de  son  neveu  et  fut  don- 
né pour  successeur  à  Pierre,  cardinal  de  Foix  et  nommé 
archevêque  d^ Arles  en  1463  par  une  bulle  du  pape  Pie  II, 
conservée  dans  les  archives  de  cette  ville.  Elu  dans  la 
suite  membre  du  Sénat  Sacré  et  du  collège  des  cardinaux, 
sous  le  pontificat  de  Sixte  IV  aux  nones  de  mai  1473,  il 
dut  confier  l'administration  de  son  diocèse  à  Tévêque  de 
Digne.  Il  mourut  en  1475  à  Rome,  où  il  est  enseveli  avec 
son  frère,  près  la  porte  de  Ste-Marie  Majeure  ;  on  lit  sur 
son  tombeau  Tépitaphe  suivante  : 

PHILIPPVS   DE   LEVIS. 

it  Tituli  sanctorum  Pétri  et  Marcellini,  cardinalis  Are- 
«  latensis,  e  Gallia  ortus,  illustris  natalibus,  virtute  illus- 
«  trior,  Romanis  pontificibus  et  christianissimis  Franco- 
«  rum  regibus  magno  in  pretio  habitus,  in  senatum  apos- 
<c  tolicum  probitate  adscitus.  Obiit  suo  natali,  magno  sui 
«  relicto  desiderio,  quippè  qui  corporis  et  animi  bonis 
»  prœditus,  summaque  auctoritate  pollens,  profuit  quibus 
«  potuit,  obfuit  nemini.  Vixit  annos  XL,  obiit  anno 
«  MCCCCLXXV,  pridie  nonas  novembris.  Duo  fratres 
«  jacent  hic  eodem  clausi  sepulcro  :  Philippus  et  Eusta- 
cc  chius;  primus  cardinalis  fuit,sed  uterque  archiepiscopus 
«  arelatensis.  (i)  > 

Eustache  de  Levis,  abbé  du  monastère  de  St-Pierre  de 
Montmajeur  fut,  en  Tannée  1476,  proclamé  à  Rome, 
archevêque  d'Arles  par  Sixte  IV.  Il  fit  son  entrée  solennel- 


(I;  GalLChrùt.Tom.  I,  col.  587. 


UNE  OBOLE  INEDITE   DES  ARCHEVÊQUES    d' ARLES.       227 

le  dans  cette  ville  et  peu  après,  le  19  juin  de  la  même 
année,  reçut  Thommage  de  Mondragon.  Ce  fut  sous  son 
épiscopat  que  René,  roi  de  Jérusalem  et  comte  de  Pro- 
vence cpnfirma  en  1478  les  libertés  de  St-Trophime  et  que 
la  Provence,  léguée  en  148 1  à  Louis  XI  par  Charles  III, 
comte  du  Maine,  neveu  et  héritier  de  René  d'Anjou,  fut 
réunie  à  la  couronne  en  1487,  sous  le  règne  de  Charles 
VIII. 

Eustache  de  Levis  mourut  en  1489  et  voulut  être  ense- 
veli dans  le  même  tombeau  que  son  frère  Philippe  le 
cardinal  :  sur  le  double  sépulcre  on  lit  cette  autre  épita- 
phe  : 

a  Sedente  Innocentio  VIII  (i)  pontifice  maximo,  Eus- 
«  tachius  natione  Gallus,  nobili  Levorum  gente,  Arela- 
«  tensis  archiepiscopus,  hic  situs  est.  O  quanta  fuit  in  hoc 
«  antistite  fides,  pietas,  religio,  sanctitas  ;  ob  quse  eum 
«  merito  pontifex  maximus  inter  sacro-sanctos  sibi  divi- 
ne narum  ceremoniarum  antistites  connumerari  voluerit  : 
«  qui  cum  fratrem  Philippum  S.  R.  E.  cardinalem,  qui 
«  juxta  se  cubât  unice  dilexisset  in  vita,  in  morte  quoque, 
«  ut  tumulo  illi  jungeretur,  mandavit.  Vixit  annos  XLII. 
«  Obiit  MCCCCLXXXIXdie  22  mensis  aprilis..  »  (2) 

L.    B.    MOREL. 


(1)  Innocent  VIII.  —  Jean -Baptiste  Cibo,  cardinal  de  Melphe, 
oncle  de  Tarchevâque  Nicolas  Cibo,  d*une  illustre  famille  Génoise, 
successeur  d'Eustache  de  Levis. 

(2)  GoU.  CArirt.Tom.  1,  col.  583. 


tm    ■» 


228  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 


œRRESPONDiCE  D'ACHARD  DE  GERNIANE 

avec  M.  de  la  Coste 

L'UN  DES  DKRNKKS  PKtSIDElITS  à  MORTIEB  DO  PAKLEHENT  DK  DiOPBDIt 

pendant  Us    deux   premières   mnnies   de    VEmigraiion 

1791-1793. 


(Suite.  —  Voir  les  74*,  75*  et  76'  livraisons). 

XI 

Monsieur  le  Président, 

Leytellet  m'a  remis  55oo  fr.  qu'on  lui  a  prêtés,  et  dont 
il  payera  l'intérêt,  tandis  qu'à  peu  près  cette  somme  n'en 
supportait  point  dans  ses  mains,  puisqu'elle  procédait 
presque  entièrement  d'intérêts  arréragés  ou  de  dépens.  — 
Il  reste  devoir  1787  fr.  en  capital,  qu'il  a  promis  de  payer 
avec  intérêt.  On  impose  dans  les  communautés  la  moitié 
des  charges  de  l'année  dernière;  j'ai  été  d'avis  de  les  payer; 
mais  je  ne  me  presse  pas  de  payer  la  contribution  patrio- 
tique. 

M.  de  Virieu-Faverges  (i)  fut  mis  en  prison  avant-hier 


(1)  Le  texte  parait  contredire  Tassertioa  de  M.  Rivoire  de  la  Bâ- 
tie, qui  fait  éteindre  la  famille  de  Virieu-Faverges  en  la  personne 
de  Marguerite  de  Virieu,  fille  de  Pierre-Jacques  de  Virieu-Beauvoir» 
baron  de  Faverges  et  seigneur  de  Villeneuve,  qui  épousa,  le  8  fé- 
vrier 1660,  André  de  Virieu-Beauvoir,  de  Varacieux,  son  cousin  au 


> 


CORRESPONDANCE  D  ACHARD  DE  GERMANE.      229 

pour  n^avoir  pas  été  assez  respectueux  envers  M.  Pâques, 
faisant  une  visite  chez  Rivière,  traiteur.  Il  est  sorti  hier. 
—  La  Rivière,  pour  même  cause,  a  été  condamnée  à  huit 
jours  de  prison  et  à  3oo  fr.  d'aumône. —  Dans  ce  moment, 
M.  i'Evêque  de  Sisteron  (de  St-Tropez),  qui  a  été  arrêté 
à  Voiron,  est  conduit  avec  éclat  par  les  gardes  nationales 
à  la  municipalité,  où  il  va  être  interrogé.  On  le  dit  chargé 
d^or  (i).  Il  voulait  émigrer,  à  ce  qu^on  assure.  Je  doute  si 


4*  degré.  Le  personnage  dont  il  est  fait  ici  mention  est  peut-être 
celui  que  le  même  auteur  désigne  sous  le  nom  de  Nicolas- Alexandre 
de  Yirieu-BeauToir,  vicomte  de  Yirieu-Beauyoir,  premier  gentil- 
homme d'honneur  de  Monsieur,  comte  de  Provence,  maréchal  de 
camp  des  armées  du  roi,  commandeur  de  Tordre  de  S  Lazare  et  du 
Mont-Carmel,  élu  de  la  noblesse  de  Bourgogne  en  1731,  qui  avait 
épousé,  en  mai  1773,  Claudine  de  Malatesta. 

(1)  Louis-Jérôme  de  Suffren  de  Saint-Tropez,  né  en  1732  au 
château  de  St-Cannat,  en  Provence,  était  le  frère  aîné  du  célèbre 
bailli  de  Suffren.  Il  était  prévôt  du  chapitre  de  St-Vincent  de 
Marseille,  lorsqu'il  fut  nommé  évêque  de  Sisteron.  et  sacré  en  cette 
qualité,  le  30  septembre  1764.  Ce  prélat  a  attaché  son  nom  au  canal 
de  la  Durance,  qu'il  fît  commencer  en  1780,  et  qui  a  centuplé  la 
valeur  des  terres  sur  cinq  lieues  carrées  aux  environs  de  Sisteron. 
c  Les  pères  me  maudiront,  disait-il,  en  faisant  exécuter  ce  gigan- 
tesque travail  ;mais  les  enfants  béniront  ma  mémoire.  »  Cette  pré- 
diction s'est  réalisée  dans  ses  deux  parties.  En  revenant  des  Etats 
de  Provence,  le  29  janvier  1789,  il  fut  assailli  aux  portes  de  Ma- 
nosque  par  une  populace  en  fureur  ;  sa  voiture  fut  brisée,  ses  gens 
maltraités,  et  lui-même  blessé  au  visage  d'un  coup  de  pierre.  Il 
eût  perdu  la  vie  dans  cette  échaufourrée  sans  l'intervention  énergi- 
que des  consuls  et  de  quelques  jeunes  gens  courageux.  Cet  inci- 
dent détermina  le  prélat  à  quitter  un  diocèse  qui  reconnaissait  si 
mal  ses  bienfaits  et  oii  sa  vie  n'était  même  plus  en  sûreté.  Le  roi 
le  transféra,  au  mois  de  mai  de  la  même  année,àl'évêché  de  Nevers, 
dont  il  prit  possession  par  procureur  le  7  septembre  suivant,et  il  y  fit 
son  entrée  solennelle  deux  mois  après.  C'est  donc  à  tort  qu'Achard 
le  qualifie  d'évéque  de  Sisteron  ;  à  la  date  de  cette  lettre,  il  était 


230  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

on  le  mettra  en  prison.  Toujours  les  émigrations  conti* 
nuent.  La  nuit  dernière,  27  ont  passé  par  les  montagnes, 
ou  plutôt  durent  passer  ;  car  six,  par  erreur,  ont  été  ou- 
bliés à  un  rendez-vous  convenu  ;  les  autres  ont  filé.  On 
annonce  le  tocsin  pour  le  14  dans  cette  ville.  Ce  n'est 
vraisemblablement  que  pour  effrayer.  On  a  averti  le 
maire  que  Ton  voulait  faire  tapage.  —  M.  Giroud  m'a  fait 
signifier  un  acte  pour  annoncer  le  remboursement  des 
1 3,000  fr.  qu'il  vous  doit.  Tout  ce  qu'on  peut  faire,  c'est 
de  profiter  des  délais  stipulés  dans  les  actes  de  constitu- 
tion. Plusieurs  personnes  ont  demandé  des  assignats  à 
emprunter.  J'ai  répondu  que  vous  m'aviez  indiqué  la 
destination  des  fonds  qui  rentreraient.  M.  Coton  (i)  vou- 
drait i5  ou  20,000  fr.  Il  m'a  pressé.  Je  lui  ai  dit  que  je 
vous  écrirais.  Je  pense  qu'il  est  encore  plus  prudent  de 
suivre  le  premier  parti,  qui  est  de  remettre  à  M.  Péricr 
les  fonds  sans  intérêt.  M.  votre  frère  n'a  pas  encore  ré- 


remplacé depuis  près  de  deux  ans  dans  ce  dernier  siège  par  Mgr. 
François  de  Boyet  (de  Grenoble),  qui  deyint  archevêque  de  Tou- 
louse sous  la  Restauration. 

Monseigneur  de  Stp-Tropez  partait  pour  l'eiil,  lorsqu'il  fut  arrêté 
à  Yoiron  dans  les  circonstances  relatées  ci-dessus.  Il  fut  dirigé  de 
là,  ainsi  que  ses  malles,  sur  Grenoble  ;  les  administrateurs  envoyé* 
rent  son  argenterie  à  la  monnaie,  et  lui-même  en  prison  ;  toutefois 
il  fut  relâché  quelques  jours  après,  mais  allégé  de  sa  bourse.  Il 
profita  de  la  liberté  qui  lui  était  rendue  pour  émigrer  au  plus  vite  ; 
il  se  retira  à  Turin,  et  c'est  dans  cette  ville  qu'il  est  mort  en  1796. 
Son  corps  fut  inhumé  dans  la  cathédrale .  Par  un  sentiment  de 
tardive  reconnaissance,  la  ville  de  Sisteron  a  fait  ériger,  en  1824, 
un  obélisque  à  la  mémoire  de  ce  vertueux  et  bienfaisant  prélat. 

(1)  M.  Gotton  était  trésorier  de  France  à  Grenoble  et  directeur 
des  économats  ;  il  habitait  rue  des  Vieux-Jésuites.  Ow  trouve 
son  nom,  ainsi  que  celui  de  son  fils,  sur  la  liste  des  suspects  arrêtée 
par  les  commissaires  de  la  Convention  en  avril  et  mai  1793. 


CORRESPONDANCE   D^ACHARD  DE  GERMANE.  23 1 

pondu  à  ma  lettre.  Vous  comprendrez  que  je  vous  écris 
un  peu  précipitamment.  Je  vous  renouvelle  toujours  avec 
empressement  Tassurance  de  mon  respectueux  dévoue- 
ment. 

II  septembre. 

(A  Monsieur,  Monsieur  de  la  Costc,  Président  au  Par- 
lement de  Dauphiné,  rue  Condotte,  à  Rome.) 


XII. 

Monsieur, 

M.  Dupuy  de  St- Vincent  m'avait  dit  qu'il  n'insistait 
plus  *à  vous  offrir  votre  remboursement  ;  et  en  effet,  il 
avait  placé  tous  les  assignats,  qui  étaient  le  prix  de  sa 
charge  ;  mais  depuis  lors,  il  a  reçu  le  remboursement 
d'une  créance,  et  il  a  placé  10,000  fr.  chez  M.  Périer, 
qui  sont  destinés  à  votre  payement.  Il  m'a  fort  pressé  de 
les  recevoir,  et  il  m'a  chargé  expressément  de  vous  écrire 
à  ce  sujet.  Cependant,  j'ai  compris  qu'il  ne  voulait  pas 
d'hostilité  judiciaire.  Je  ne  lui  ai  pas  montré  votre  lettre, 
où  vous  me  parliez  de  lui  ;  mais  je  lui  ai  observé  que  ce 
remboursement  ne  vous  faisait  pas  plaisir,  et  que  je  n'avais 
pas  le  titre  pour  savoir  s'il  y  avait  un  délai  d'avertisse- 
ment, comme  dans  presque  tous  vos  contrats.  Il  m'a 
offert  de  payer  d'avance  les  intérêts  pendant  ce  délai,  s'il 
existait  ;  car  il  m'a  dit  qu'il  ne  connaissait  pas  ce  contrat. 
Si  vous  preniez  la  peine  de  m*écrire  à  ce  sujet,  je  lui 
montrerais  cette  partie  de  votre  lettre  pour  qu'il  puisse 
se  déterminer  ainsi  qu'il  avisera. 

M.  votre  frère  m'a  répondu  d'une  manière  à  me  per- 
suader qu'il  ne  recevrait  pas  son  remboursement  avec 


232  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE    STATISTIQUE. 

plaisir,  qu'il  était  exposé  à  perdre  un  quart  ou  un  cinquiè- 
me de  la  somme,  etc.  ;  mais  que  cependant,  comme  il  ne 
pouvait  refuser  son  remboursement,  il  l'accepterait  en  to- 
talité. MM.  Périer  et  Revol  étaient  assez  d'avis  de  le  payer  ; 
cependant,  M.  Barthélémy  a  cru  que  dans  le  moment 
critique  où  nous  sommes,  peut-être  on  pourrait  regarder 
comme  dur  ce  procédé.  En  conséquence,  j'ai  écrit  à  M.  vo- 
tre frère  que  puisqu'il  était  exposé  à  faire  une  perte  aussi 
considérable,  je  n'insistais  pas  sur  son  remboursement  ; 
que  je  lui  avais  fait  la  proposition  de  payer  la  totalité  ou 
la  moitié  de  la  créance  dans  le  cas  seulement  où  il  pour- 
rait les  placer  avantageusement  ;  que  M.  de  Montalban, 
son  ami,  m'avait  dit  que  son  objet  était  de  placer  sur  des 
maisons  à  Paris  cette  somme,  et  que  ce  placement  me 
paraissant  avoir  des  dangers,  j'aurais  peut-être  lieu  de 
regretter  d'avoir  fait  ce  remboursement. 

Au  reste,  dans  votre  caisse,  il  y  a  environ  5o,ooo  fr.  en 
assignats,  outre  les  payements  faits  à  M.  votre  frère  et  à 
Mad*  votre  sœur.  Mais  il  est  plusieurs  personnes  qui 
pressent  fort  de  recevoir  les  capitaux,  tels  que  Hache  (i). 


(1)  On  trouve  plusieurs  personnes  de  ce  nom  à  Grenoble  pen- 
dant la  Révolution.  Il  s'agit  très- vraisemblablement  ici  de  Jean- 
François  Hache,  dit  Hache  aîné,  ébéniste.  Il  fit  partie  du  conseil 
municipal  de  Grenoble  ,  lors  de  sa  première  organisation  en  no- 
vembre 1791,  et  il  y  fut  maintenu  lors  de  son  renouvellement 
l'année  d'après  ;  mais  il  ne  tarda  pas  à  devenir  suspect  à  cette 
assemblée,  qui  déclara,  dans  sa  séance  du  26  avril  1794,  que 
Hache  et  quelques  autres  ne  possédaient  plus  sa  confiance.  Il  fut 
inscrit  dès  lors  sur  la  liste  des  suspects,  avec  cette  mention  :  «Agé 
de  65  ans,  d'un  caractère  vif  et  impérieux,  ne  pouvant  qu'être 
ennemi  de  la  Révolution,  parce  qu'il  tenait  sa  fortune  des  ci-devant 
nobles.  »  Il  fut  arrêté  et  incarcéré  ;  mais  le  vrai  motif  de  sa  déten- 
tion fut  un  procès  qu'il  voulait  intenter  à  la  commune. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE   OERMANE.  233 

Giroud,  etc.  J'éloigne  autant  que  je  puis.  Giroud  m^a 
signifié  un  acte  d'avertissement  qu'il  payerait  dans  trois 
mois.  Il  voulait  absolument  que  je  reçusse  le  capital,  avec 
trois  mois  d'intérêts,  qu'il  offrait  de  payer  d'avance.  M. 
de  Besson  (i)  m'a  donné  une  déclaration  de  la  part  de 
M.  de  Biosset  (2),  portant  qu'il  payerait  une  partie  de  la 
créance  dans  les  trois  mois,  et  je  lui  en  ai  donné  une  am- 
pliation  pour  lui  éviter  les  frais  d'un  acte. 

Leytellet  a  achevé  de  payer.  Il  demandait  des  grâces. 
Je  lui  ai  dit  qu'il  ne  s'agissait  pas  de  mon  bien,  que  le 


Un  autre  membre  de  cette  famille,  Hache-Dumirail,  receveur 
des  domaines  nationaux,  se  comporta  aussi  avec  honneur  et  dignité 
pendant  les  mauvais  jours  de  la  Révolution.  Chargé  par  l'adminis- 
tration du  département  de  pourvoir  au  logement  du  Pape  Pie  VI, 
lors  de  son  passage  et  de  son  séjour  à  Grenoble,  en  juillet  1799,  il 
s'acquitta  de  cette  mission  avec  la  plus  parfaite  convenance,  et 
rendit  de  signalés  services,  tant  à  Tauguste  Pontife  qu'aux  person- 
nes qui  désiraient  le  voir.  (M"*  db  Franclibu,  Pie  VI  dans  îêt  prisons 
du  Dauphiné,  pp.  141  et  314.)  —  Nous  croyons  devoir  observer  ici 
que  ce  fut  sur  la  désignation  de  Hache-Dumirail  que  l'hôtel  de 
Yaulx  fut  choisi  pour  servir  de  pied-à-terre  au  Saint-Pére.  Comme 
il  était  régisseur  des  biens  de  la  famille  de  Yaulx,  il  ne  pouvait 
témoigner  d'une  manière  plus  délicate  sa  reconnaissance  envers  la 
baronne  de  Yaulx,  sa  bienfaitrice. 

(1)  Paul  Bertrand  de  Besson,  né  à  Grenoble,  le  1*'  décembre 
1757,  était  avocat  et  conseiller  au  Parlement  depuis  le  16  mars  1781. 
11  devint  plus  tard  conseiller  de  préfecture  de  l'Isère  (1811-1820), 
puis  secrétaire  général  de  la  même  préfecture,  jusqu'en  1830.  On 
le  trouve  avec  sa  femme  porté  comme  émigré  sur  la  liste  des 
notoirement  suspects  arrêtée  en  avril  et  mai  1793. 

(2)  David  de  Biosset  était  conseiller  au  parlement  depuis  le  15 
juillet  1754.  11  ^vait  épousé  Magdeleine-Thérèse  Achard  de  la 
Roche,  qui  mourut  en  1828.  —  Marie-Oljmpe-Catherine  de  Biosset 
sa  sœur,  veuve  en  1780  de  noble  N . . .  Bertrand  de  Besson,  était  la 
mère  ou  la  tante  du  précédent. 


234  SOCIÉTÉ  D^ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

genre  de  payement  et  ses  procédés  ne  devaient  pas  lui  en 
faire  espérer.  Sa  créance  s'est  trouvée  monter  à  8287  fr., 
qu'il  a  payés  et  empruntés.  Il  ne  gagnera  pas  beaucoup  ; 
car  la  plus  grande  partie  de  cette  somme  procédait  d'inté- 
rêts qui  n'en  produisaient  point. 

M.  de  Montferrat  est  ici.  On  dit  que  Pantin  des 
Odoards  (i),  son  confrère,  le  vexe  et  le  tourmente  à  Paris. 

Les  émigrations  continuent  toujours.  On  a  beau  garder 
les  passages  ;  il  passe  par  les  montagnes  quarante  ou  cin- 
quante personnes  toutes  les  nuits.  Quelquefois  la  garde 
nationale  des  frontières  en  ramène.  Hier  elle  en  a  conduit 
treize  à  Grenoble  ;  ce  sont  des  officiers  ou  jeunes  gens  de 
Grenoble.  Il  y  avait  de  plus  le  cocher  de  M.  de  Sayve^ 
avec  ses  deux  chevaux.  On  m'a  dit  que  ces  émigrants  sont 
en  prison.  Les  chevaux  sont  séquestrés  et  nous  sommes 
fort  embarrassés  pour  en  avoir  la  main  levée.  Notre  ville 
est  à  peu  près  déserte  ;  il  n'y  a  plus  de  noblesse  ;  les  jeu- 
nes gens  vont  tous  à  l'étranger,  sans  consulter  leurs  pa- 


(1)  Antoine-Etienne-Nicolas  Fantin  des  Odoards,  né  au  Pont- 
de-BeauToisin  le  26  décembre  1738,  fut  d'abord  jésuite  ;  mais  cet 
ordre  ayant  été  supprimé  ayant  qu'il  eût  fait  ses  vœux,  il  entra 
dans  le  clergé  séculier.  U  était  yicaire-général  d*Embrun  et  cha- 
noine de  la  Ste-Chapelle  de  Paris  lorsque  la  Révolution  éclata.  Il 
en  adopta  les  principes  avec  ardeur,  et  se  lança  dans  la  démagogie 
la  plus  avancée.  Il  se  lia  avec  Marat,  Chaumette  et  Collot-d'Herbois 
et  fréquenta  le  club  des  Jacobins.  Il  ne  réussit  point  cependant  à 
parvenir  à  une  situation  politique,  et  ce  n'est  qu'à  titre  de  renégat 
que  Achard  le  qualifie  ici  de  confrère  du  fameux  marquis  de  Mont- 
ferrat, qui  était  pour  lors  (1791)  juge  au  tribunal  de  cassation*  — 
L*ex-grand-vicaire  d'Embrun  est  l'auteur  d'une  Histoire  de  France 
conçue  dans  le  sens  révolutionnaire,  et  d'une  foule  d'autres  écrits. 
Il  est  mort  obscurément  à  Paris,  dans  un  état  voisin  de  la  misère,  le 
25  septembre  1820. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD  DE   GERMANE.  235 

rents.  Il  règne  un  enthousiasme  singulier  dans  les  esprits. 
Mad*  de  Sayve  est  parvenue  heureusement  à  Chambéry. 
—  Un  courrier  extraordinaire  nous  a  appris  hier  la  sanc- 
tion libre  du  Roi,  de  la  constitution  (i),la  suppression  des 
passeports  et  la  liberté  de  voyager.  C'est  peut-être  le  seul 
moyen  d'arrêter  les  émigrations. 

Le  14  du  courant,  il  y  eut  quelques  mouvements  dans 
le  peuple  ;  on  n'a  pas  pu  savoir  quel  en  était  le  prétexte  ; 
mais  le  but  était  bien  connu  :  c'était  de  piller.  Les  précau- 
tions qui  ont  été  prises  ont  prévenu  tout  désordre.  Per- 
sonne ne  veut  venir  commander  à  Grenoble  ;  c'est  tou- 
jours M.  Beylié  (2),  comme  plus  ancien  officier,  qui  com- 
mande. 

18  septembre. 

On  vient  de  faire  une  fouille  dans  l'appartement  qu'oc- 
cupe l'abbé  Daniel  (3)  dans  votre  maison.  C'est  la  munici- 
palité qui  a  fait  cette  incursion  ;  elle  s'est  emparée  de  la 
clef.  Madame  Normand  présume  que  quelques-uns  des 
émigrants  arrêtés,  et  qui  sont  en  prison,  portaient  des  let- 


(1)  Cette  phrase  incorrecte  doit  être  rétablie  ainsi  :  «  la  sanction 
libre  de  la  constitution  par  le  roi.  » 

(2)  Claude  Beylié,  né  à  Grenoble,  le  6  juin  17'29,  avait  fait  la 
campagne  d'Allemagne  en  1758.  Nommé  directeur  des  fortifications 
de  Grenoble  le  l**"  janvier  1791  «  il  fut  mis  à  la  retraite  avec  le  grade 
de  maréchal  de  camp,  le  16  décembre  1793.  Cet  officier  supérieur 
est  mort  à  Grenoble  en  J8I8.  (Rochas,  Biographie  du  Dauphiné). 

[d]  Jean-Jacques  Daniel,  né  à  Grenoble  en  1758,  était  pour  lors 
vicaire  à  St-Ferjus  de  la  Tronche.  11  émigra  en  i792,et  étant  rentré 
à  Grenoble  deux  ans  après,  il  fut  incarcéré  du  30  thermidor  an  111 
(17  août  1795)  au  2  pluviôse  an  V  (21  janvier  1797).  A  l'époque  du 
Concordat»  il  fut  nommé  curé  de  S.  Pierre  d'Allevard,  et  transféré 
de  là  à  Tarchiprétré  du  Villard  de  Lans,  où  il  est  mort  en  1810. 


Ji!iS^       SOCIÉTÉ   D^ ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

très  qui  ont  opéré  (i)  cette  incursion. —  Vial  (2)  m'est  venu 
dire  que  Ton  avait  pris  vos  canons  par  ordre  de  la  muni- 
cipalité. Je  lui  ai  dit  tie  se  procurer  copie  du  verbal,  pour 
sa  décharge.  On  m'a  dit  que  la  même  opération  avait  été 
faite  à  Jarrie. 

(A  continuer). 


{1}  Autre  mot  inexact.  Cette  lettre  est  singulièrement  négligée. 

(2)  Yial  était  fermier  de  Bouquéron.  Udeyint,  peu  après,  conseil- 
ler municipal  de  sa  commune,  et  s'associa  en  cette  qualité  à  toutes 
les  injustices  commises  contre  son  maître.  Nous  retrouverons 
encore  plus  loin  ce  peu  intéressant  personnage. 


••« 


,t,t.»,»,t.H-M-M-t«'»t»'>"»»»'t<"t'»'l"l"^t»»» 
UN  SCEAU  DES  ADHÉMAR 


Un  de  nos  bienveillants  et  irudîts  collègues,  M.  Flachaire  de 
Roustan,  nous  avait  confié  un  sceau  dauphinois,  pour  le  pu- 
blier dans  le  Bulletin,  avec  promesse  d'un  article  explicatif. 

D'autres  préoccupations  et  d'autres  travaux  ne  lui  ont  pas 
permis  de  réaliser  son  projet  et  il  nous  a  fait  prier  gracieuse- 
ment de  le  suppléer. 

Comme  il  y  aurait  eu  injustice  à  refuser  une  gravure  excco- 
"téc  sur  les  dessins  d'un  héraldistc  des  plus  habiles,  M.  Stcyert', 
nous  avons  accepté  la  proposition. 

Isolé  de  sa  charte,  ce  sceau  ne  révèle  aucune  date  et  aucun 
nom  de  famille,  mais  ses  armes  sont  celles  des  Adhéhar; 
-(d'azur  d  trots  bandes  d'or)  et  la  légende  (Bulh  Domini  Grai- 
gnika)  la  branche  de  Grignan, 

Or,  il  est  aujourd'hui  prouvé  par  des  titres  certains  qu'il  y  a 
eu  à  Grignan. 

i' Giràud,  mari  de  Mabille  de  Marseille  en  1212;  2"  Aimar 
en  1357;  3°  Guillaurae-le-Gros  et  Garccnde  de  la  Tour  d'Ai- 
guës en  1281  :  4''Giraud  et  Blonde  des  Deux-Chiens,  de  1294 
à  i  J08  ;  s"  Giraud  et  Dalmas  d'Uzès  de  1  î  16  à  1 328  ;  6°  Giraud 
et  Décanc  d'Uzès  vers  1 342;  7°  Giraud  et  Jeanne  de  Joyeuse  et 
Philippine  de  Morges,  vers  1357;  8"  Giraud  avec  Jeanne  de 
Tome  XX.  —  1886  16 


238       sociÉTi  d'archéologie  et  de  statistique. 

Prohîns  et  Marie  de  la  Boîssîère  ;  9®  Guyot  et  Miracle  de  Com- 
brct  ;  10®  Giraud  et  Blanche  de  Ganges,  vers  1420  ;  11®  Giraud 
et  Aglac  de  Lestrange,  vers  1473  ;  12**  Gaucher  et  Diane  de 
Montfort,  vers  1500  et  13**  enfin  Louis  et  Anne  de  St-Chamond. 

Comment  reconnaître  dans  cette  liste  lie  seigneur  de  Grignan 
du  sceau  de  M.  Flachaire  de  Roustan  > 

<  La  plus  ancienne  bulle  dauphinoise  (sceau  en  plomb),  à 
laquelle  on  puisse  assigner  une  date  certaine,  dit  M.  Em.  Pilot 
de  Thorey,  est  celle  de  Gérald  Adémar,  seigneur  de  Montéli- 
mar  et  vicomte  de  Marseille  ;  elle  est  appendue  à  un  acte  de 
vente  passé  en  1210,  par  ce  seigneur  à  Aimar  III,  comte  de 
Valentinois,  de  tous  les  droits  qu*il  possédait  dans  la  localité 
de  Cleu  (Cléond'Andran).  Le  dernier  exemple  de  Temploi  d'une 
bulle  en  plomb  est  celui  qui  nous  est  encore  fourni  par  un  au- 
tre membre  de  cette  puissante  famille,  Louis  Adémar,  baron 
de  Grignan,  en  Tannée  1500.  La  bulle  de  ce  seigneur  offre  à 
Tavers  le  type  équestre  avec  armoiries,  sans  légende,  et  au 
revers  un  écu  sur  lequel  se  voient  les  trois  bandes  de  la  famille 
Adémar  avec  la  légende  Bulla  Domini  Grtnhiact.(i)  » 

Si  la  légende  citée  par  notre  savant  collègue  eût  ressemblé 
à  la  nôtre,  la  question  était  résolue  :  mais  le  mot  Graigniha 
au  lieu  de  Grinhiaci  maintient  la  difficulté.  Or,  le  mélange  des 
lettres  onciales  g,  m,  a,  n,  e,  avec  des  capitales  romaines  indi- 
quant le  XIII^  siècle,  et  les  rosaces  à  lobes  dans  lesquelles  on 
inscrivait  l'écu,  la  fin  du  même  siècle,  on  arrive  à  Aimar,  à  Guil- 
laume-le-Gros  ou  à  Giraud,  mari  de  Blonde  des  Deux-Chiens. 
Toutefois  ce  sceau  avec  le  nom  seul  de  la  seigneurie  a  dû  ser- 
vir à  tous  ses  possesseurs  et  le  problème  demeurera  insoluble 
jusqu'à  la  découverte  d'une  charte  portant  la  même  légende, 
le  même  chevalier  et  les  mêmes  caractères. 

Deux  chartes  de  Salles  de  146 1  et  147 1  présentent  des  bulles 
semblables,  sauf  la  légende  Bulla  Dni  Graignani. 

A.  LACROIX. 


(1)  Etude  sur  la  sigillographie  du  Dauphiné  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
de  Statistique  de  Vlsère^  >S79i  P*  49,  50. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT,  239 


ANTIQUITÉS  DE  PACT 


Suite.  —   Voir  la  76^  livraison. 

Ba 

Des  lecteurs  bienveillants  et  instruits,  en  nous  signa- 
lant Terreur  commise  dans  Tattribution  du  territoire  d'un 
diocèse  au  pagus^  qui  en  est  seulement  une  division,  nous 
ont  exprimé  le  désir  d'avoir  des  renseignements  plus  éten- 
dus sur  la  période  préhistorique  à  Pact. 

A  la  vérité,  il  nous  aurait  été  fort  agréable  d'étudier 
rhomme  primitif,  s'ingéniant  à  vaincre  les  obstacles  sans 
nombre  accumulés  autour  de  lui  pour  se  nourrir  et  se 
défendre,  d'abord  avec  la  pierre  taillée,  puis  avec  la  pierre 
polie  et  en  dernier  lieu  avec  le  bronze  et  le  fer  (i)  ;  mais 
la  culture  des  coteaux  élevés  de  Moissieu,  Bellegarde  et 
Poussieu,  a  dispersé  et]  détruit  les  restes  d'un  hypogée, 
que  M.  Honoré  Rigaudy  avait  conservés  jusqu'en  novem- 
bre i885  et  les  grottes  de  Lapeyrouse-Mornay  sont  en- 
vahies par  les  buissons  et  comblées  par  les  éboulis.  Des 
têts  de  poterie  grise,  très  épaisse  et  cependant  d'un  poids 
très  léger,  des  mollusques,  des  charbons  de  bois,  des  os 
d'animaux  ouvragés  et  des  silex  nous  y  avaient  révélé, 
en  avril  et  août  i885,  des  foyers,  dont  les  traces  ont  été 


(1)  «  Aux  temps  qui  n'ont  pas  d^histoire,  l'homme  ne  possédant 
pas  la  connaissance  et  l'usage  des  métaux,  fabriquait  des  armes 
et  des  outils  de  pierre  et  habitait  des  cayern es.  »  Pline,  le  jeune, 
R%$t,  nat.  VII,  54. 


i4û       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

suivies  par  M.  Eugène  Jourdan  jusque  sous  le  poudingue 
de  Golat,  où  il  a  recueilli  la  même  poterie  et  les  mêmes 
mollusques.  Bien  plus,  à  Layat  (Moissieu)  i5  squelettes, 
offraht  les  mêmes  caractères  que  ceux  de  Mauphié  et  de 
Mornay,  ont  été  trouvés  dans  le  sable  nu,  tout  près  du 
trou  où  fut  ramassée  par  M,  Alphonse  Craponne  la  dent 
et  où  nous  avons  recueilli  les  ossements  fossiles  que  Ton 
peut  voir  aujourd'hui  au  musée  de  Grenoble  (i). 

Mais  les  propriétaires  en  général  se  défient  des  archéo- 
k>guès,  et  craignent  toujours  qu'on  leur  enlève  quelque 
trésor  mystérieux  ;  ils  préfèrent  tout  détruire  que  de  fa- 
voriser les  études  de  la  civilisation  primitive,  dont  ils 
n^apprécient  pas  l'importance. 

Ainsi  à  Moissieu,  lorsque  le  4  mars  1886,  nous  avons 
visité  avec  M.  le  Secrétaire  de  la  Société  d'archéologie  de 
la  Drôme,  la  sablière  à  grottes  sépulturales  préhistori- 
ques, la  pioche  avait  tout  démoli,  et  à  Lapeyrouse-Mor- 
nay,  on  en  fera  autant,  le  jour  où  nous  chercherons  les 
éclats  de  silex  de  Tâge  de  la  pierre  taillée  et  les  outils  en 
pierre  ou  en  os  de  la  période  néolithique. 

Faire  comprendre  à  la  foule  que  des  savants  s'intéres- 
sent à  des  objets  semblables,  c'est  peine  perdue. 
-   Dans  ces  conditions,  il  ne  serait  possible  que  de  réédi- 
ter des  faits  déjà  connus  des  archéologues  ;  nous  y  renon- 
çons, pour  aborder  directement  l'époque  gauloise. 

Le  Viennois  (2),  on  le  sait,  avait  pour  habitants  Jes 
Allobroges,  ainsi  nommés,  d'après  Ch.  Lagrange,  de  la 
Variété  de  leurs  idiomes  et  de  la  multiplicité  de  leurs 


(1)  Don  fait  le  27  février  1886. 
'   (2)  Ce  nom  remplaça  celui  d'AIlobrogie,  27  ans  environ  avant 
J.-C,  —  AU  mer.  Inscriptions  de  Vienne^  1. 17. 


ANTIQUITÉS  DE   PACT.  24 1 

collines  et  vallées  (i).  Plus  commerçants  qu'agriculteurs, 
ils  égalaient  cependant  en  richesse  et  en  puissance  les  tri- 
bus voisines,  et  plus  d'une  fois,  ils  franchirent  les 
Alpes  (2). 

M.  Allmer  leur  donne  une  origine  celtique,  les  fait 
descendre  du  nord  au  midi,  au  commencement  du  VI^ 
siècle  avant  notre  ère,  et  les  présente,  lors  du  passage  de 
Bellovèse,  viaorieusement  établis  sur  les  deux  rives  du 
Rhône  (3). 

Au  dire  de  Strabon,  les  Romains  auraient  les  premiers 
défriché  les  vallées:  affirmation  invraisemblable  pour  la 
Valloire,  à  cause  des  vivres  fournis  par  elle  aux  régions 
montagneuses. 

C'est  en  Tan  i53  avant  J.-C.  que  les  Romains  pénétrè- 
rent pour  la  première  fois  dans  les  Gaules  et  en  122  et 
121  qu'ils  en  battirent  les  habitants  à  Vindalium  et  au 
confluent  de  l'Isère  et  du  Rhône. 

La  période  gauloise  aurait  ainsi  duré  de  5  à  600  ans.. 

Un  mot  sur  le^  armes,  la  poterie,  les  tombeaux  et  les 
monnaies  de  cette  époque  démontrera  la  présence  des 
AUobroges  à  Pact. 

Les  armes  défensives  comprenaient  le  bouclier,  la  cui- 
rasse, etc..  et  les  armes  offensives  l'épée,  le  sabre,  le 
poignard,  la  hache,  la  masse,  le  couteau,  Tépieu  ferré 
(gœsum^  d'où  Gésates),  la  javeline,  la  hallebarde  et  enfin 


(1)  Stylus  cvrie  majoris  Viennensit  etc. 

(2)  Âllcbroges,  swperiortbus  annis,  muHù  admodum  hominibus  expe- 

ditiones  susceperunt  :  hoc  atate  rei  nuticœ  dediti Reliqui  tane  vica- 

tim  (BtcUem  agunt,  clarissimi  vero  Viennam  prius  quidem  vicum  habi- 
tantes, gentîs  tamen  metropolim  appellatam  in  civiMis  formam  appara- 
runt,  —  Strabon,  livre  IV. 

(3)  Inscriptions  de  Vienne.  ; 


24^  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Tare  et  les  flèches,  la  frondé  et  les  balles  de  pierre  et  de 
métal  (i). 

Jusqu'à  rinvention  de  la  poudre,  ces  armes  se  modifie- 
ront fort  peu  et  nous  les  retrouvons  déjà  en  grand  nombre 
à  l'époque  de  la  pierre  polie. 

Ainsi,  à  Pact,  quatre  hachettes  en  bronze  (2)  rappellent 
des  hachettes  en  pierres,  six  armes  à  dos  épais  avec  tran- 
chant se  rapprochent  d'un  long  couteau  (3). D'autres  tron- 
çons ont  été  mis  à  la  vitrine  de  la  bibliothèque  de  Gre- 
noble. 

La  poterie  noire  ou  très  brune  paraît  avoir  été  cuite  au 
four,  polie  et  décorée  à  la  main  avec  des  pointes  sèches  ; 
les  dessins  en  sont  rudimentaires. 

II  est  assez  rare  de  trouver  des  pots  entiers  :  cependant^ 
en  avril  et  août  i885,  nous  en  avons  recueilli  trois  à  Puvi- 
lin  et  Mauphié.  Un  couvercle,  ramassé  aux  Morelles, 
révèle  un  certain  art,  puisque  pour  Tenlever,  il  fallait  le 
tourner  par  côté  (4). 

On  reconnaît  dans  les  monnaies  trouvées  à  Pact  les  types 
à  tête  de  Pallas  à  droite,  avec  le  casque  aîlé  ;  devant  : 
LOVV  ;  au  revers,  un  cavalier  au  galop  ;  une  tète  bar- 
bare avec  ornements  aux  oreilles,  devant  :  DVRNAC...; 
au  revers,  un  cavalier  au  galop,  à  droite,  au  dessous  : 
DVRN...  Ce  sont  des  imitations  de  deniers  consulaires  ;  à 


(1)  Des  échantillons  des  principaux  objets  décrits  dans  ce  travail, 
grâce  à  Pobligeante  entremise  de  M.  Je  comte  de  la  Sizeranne,  ont 
été  étudiés  par  une  commission  du  Ministère  de  l'Instruction  pu- 
blique, présidée  par  M.  le  comte  de  Lasteyrie. 

(3)  Musée  de  M.  Chaste  de  Gallerands. 

(3)  Couteau  à  douille,  musée  de  M.  Chaste  de  Gallerands. 

(4)  Propriété  de  M.  le  secrétaire  de  la  Société  d'archéologie  de  la 
Dr6me, 


ANTIQUITÉS   DK    PACT.  243 

tête  laurée  d'Apollon,  à  gauche  ;  au  revers,  cheval  libre, 
au  dessus,  une  branche  à  5  baies,  au  dessous  parfois  un 
rond,  et  même  sans  rend  :  imitation  des  deniers  romains 
par  les  Volkes  Arécomiques  ;  à  tête  de  Pallas  avec  cas- 
que ailé  ;  au  revers,  cavalier  au  galop,  à  droite  ;  même 
type,  tourné  à  gauche.  D'autres  types  sont  au  musée  de 
MM.  Chaste  de  Gallerands  et  Berthin  Eolde;  ils  provien- 
nent de  deux  trésors  renfermés  dans  des  urnes  trouvées  à 
la  Tourelîère  par  MM.  Nicaise  Joseph  et  Couchoud  Sil- 
vain.  M.  Chaste  en  possède  encore  60  autres  attachées 
ensemble  par  Faction  du  feu. 

Les  auteurs  attribuent  aux  Gaulois  Vinhumation  par 
incinération  et  Tinhumation  des  corps  entiers  :  leurs  tom- 
beaux présentent  avec  des  ossements  calcinés,  des  trophées 
de  chasse,  des  os  d'animaux  domestiques  ou  sauvages. 

A  Pact,  sur  la  petite  colline  de  Mauphié,  le  long  de  la 
route  de  Beaurepaire  à  Sonnay,  au  7*  kilomètre,  des 
fouilles  ont  été  reprises,  le  22  février  i885,  3o  ans  après 
celles  de  M.  Torgue,  déjà  signalées  dans  la  précédente 
livraison. 

La  pioche  n'amena  d'abord  que  des  fragments  de  bri- 
ques à  crochets,  en  terre  jaune  et  en  terre  rouge  ;  puis 
quelques  ossements  apprirent  que  cette  première  tombe 
avait  déjà  été  fouillée.  Quand  le  fossé  eut  atteint  i  mètre 
de  profondeur,  on  remarqua  un  entassement  d'énormes 
cailloux  qui  furent  aussitôt  enlevés.  Une  dalle  en  grès  gris 
brute,  mesurant  2™.  o5  de  longueur,  o".  60  de  largeur, 
apparut,  et  au-dessous,  une  tombe  construite  avec  des 
quartiers  de  roches  de  même  matière  que  la  dalle,  me- 
surant en  hauteur  o"*.  25,  en  largeur  0°.  3o  ;  elle  renfer- 
mait 2  cadavres,  la  tête  de  l'un  touchant  les  pieds  de 
l'autre.  Sur  la  poitrine  du  corps  placé  à  droite  se  trou- 
vait une  tête  de  cheval.  Des  débris  de  vase  en  terre  noire, 


244       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

d'un  grossier  travail,  excluant  Tidée  de  l'usage  du  tour, 
deux  petites  hachettes  en  serpentine  mesurant  o".  o5  et 
o".  04,  des  dents  de  mouton,  de  porc,  des  charbons  de 
bois,  des  cendres  et  une  médaille  gauloise  en  complétaient 
le  mobilier.  Elle  était  orientée  du  couchant  au  midi  ;  les 
crânes  mesuraient  o".  008  millimètres  d'épaisseur.  Une 
seconde  tombe  fut  rencontrée  à  une  distance  de  o  "  25, 
sous  un  amas  de  tuiles  jaunes  et  bleues,  et  d'ossements 
mêlés  à  des  débris  de  poterie  en  terre  grise,  D'énorines 
cailloux  avaient  été  jetés  sur  la  dalle  en  grès  gris,  mesurant 
en  longueur  2".  en  largeur  o".  60,  posée  sur  le  tombeau 
dont  les  4  côtés  étaient  formés  par  de  gros  cailloux  joints 
ensemble  au  moyen  de  la  terre  sèche.  Deux  corps,  mesu- 
rant i".  90,  reposaient  sur  du  sable  fin  répandu  au  fond* 
A  côté  du  corps  de  droite  gisaient  à  terre  les  fragments 
d'un  vase  en  terre  grise,  une  hachette  en  serpentine,  me- 
surant o".  08,  une  pierre  en  grès  gris  et  en  silex  blanc  pré- 
sentant la  forme  d'une  jumelle,  des  dents  de  mouton  et  de. 
bœuf,  des  charbons  de  bois  ;  à  gauche,  les  morceaux  de 
deux  vases  en  terre  grise,  d'un  poids  très  léger  et  d'un 
travail  primitif,  un  couteau  à  douille  en  bronze,  une  petite 
pierre  en  grès  gris  ayant  une  parfaite  ressemblance  avec 
les  meules  dont  M.  Duruy  a  publié  le  dessin,  dans  le 
tome  II  de  Vhistoire  des  Romains.  L'orientation  du  tom- 
beau était  encore  du  couchant  au  midi.  Les  ossements 
ont  révélé  des  crânes  brachicéphales  mesurant  en  épais- 
seur o".  008.  Les  tibia  présentaient  une  proéminence  qui 
n'existe  plus  chez  les  races  d'aujourd'hui.  D'autre  part,  les 
rotules  et  les  autres  membres  accusent  chez  les  premiers 
habitants  de  Mauphié  une  haute  stature. 
*  La  troisième  tombe  avait  également  une  dalle  en  grès 
gris  sur  laquelle  étaient  entassés  des  cailloux.  Construite 
en  quartiers  de  roches  grises  mesurant  en  longueur  o".  20^ 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  246 

en  hauteur  o".  oi5,  les  débris  de  deux  vases  grossiers  en 
terre  noire,  des  dents  de  mouton  et  de  bœuf,  des  charbons 
de  bois. 

La  quatrième  tombe  terminant  la  première  rangée,  si* 
tuée  au  delà  des  fouilles  faites  par  M.  Torgue,  n^offrit  de 
particulier  que  des  silex  jaunes  arrondis  comme  les  pierres 
à  jets  et  les  grattoirs  de  Tâge  préhistorique,  dessinés  par 
M.  Fleury,  dans  son  grand  travail  sur  le  département  de 
TAisne,  et  par  MM.  Perrin  et  Rabut  dans  V Album  du  lac 
du  Bourget.  Au  dessus  de  la  dalle  en  grès  gris  étaient 
amoncelés  des  fragments  de  tuiles  jaunes  et  bleues,  de  po- 
terie en  terre  grise  et  des  ossements.  Dans  le  tombeau 
reposaient  deux  corps  mesurant  i".  yS,  de  longueur,  en- 
tourés des  débris  de  trois  vases  à  formes  diverses  en  terre 
grise,  d'une  hachette  mesurant  o™.  042,  des  éclats  de  silex 
jaune,  d^une  pierre]  grise  représentant  une  tête  humaine, 
déposée  à  la  vitrine  de  la  bibliothèque  de  Grenoble,  ayant 
son  similaire  dans  Tatlas  de  Caranda  (i). 

Les  deux  premières  tombes  d'une  seconde  rangée  furent 
visitées  superficiellement  et  abandonnées  à  la  nuit  ton!'* 
bante.  ^ 

Le  7  mai,  nous  reprîmes  les  fouilles  de  Mauphié,  vers 
les  trous  dans  lesquels  étaient  fichés  les  quartiers  de  ro- 
chers calcinés  à  leur  base  et  décrivant  sur  le  sol  une  jfigur< 
ovale.  M.  Torgue  voulut  bien  se  charger  de  surveiller  les 
travaux.  Deux  rangées  de  tombes  allant  du  couchant  au 
midi  ne  nous  apprirent  rien  de  nouveau.  Mais  une  dalle 
dirigée  du  nord  au  midi  nous  fit  soupçonner  que  les 
tombeaux  placés  dans  Tovale  avaient  une  direction  diffé- 
rente de  celles  des  tombeaux  étudiés  précédemment.  Notre 
attente^  fut-bien  déçue,-- quaad   le  -déblaiement   achevé ,. 

(1)  Page  78,  figure  45. 


246  SOCIÉTÉ  D^RCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

nous  reconnûmes  que  d^autres  visiteurs  nous  avaient  de- 
vancés. Le  soir,  un  ouvrier  ouvrit  la  tombe  du  troisième 
rang,  orienté  du  nord  au  midi,  et  nous  aperçûmes  une 
pierre  ne  ressemblant  aux  autres'  ni  par  la  forme,  ni  par 
la  matière  première.  Des  précautions  plus  minutieuses 
furent  prises  et  les  recherches  anxieusement  suivies.  A 
I  mètre  et  demi  de  profondeur,  la  pierre  se  trouva  com- 
plètement dégagée.  Trois  énormes  cailloux  roulés  sur  la 
dalle  d^une  tombe  lui  servaient  d^assises.  Sous  la  pierre 
nous  trouvâmes  les  morceaux  d'un  vase  à  anses,  en  pierre 
gris-noire,  des  conglomérats  de  bronze  fondu,  mêlés  à 
des  ossements  humains,  des  dents  de  bœuf  et  de  mouton, 
discernées  les  unes  des  autres  par  M.  Ernest  Chantre,  des 
charbons  de  bois  et  un  amas  de  cendres. 

La  pierre  en  grès  gris  mesure  o"'.  55  de  longueur,  0"^. 
44  de  largeur.  Elle  est  légèrement  creusée  à  une  profon- 
deur de  o".  04  pour  recevoir  une  table  de  marbre  blanc 
à  grains  très  fins,  qui  mesure  en  épaisseur  o™.  07,  en  lon- 
gueur o".  36,  en  largeur  o".  20.  Cette  table  de  pierre  et 
de  marbre,  établie  sur  trois  cailloux  reposant  eux-mêmes 
sur  la  dalle  d'un  tombeau  n'aurait-elle  aucune  analogie 
avec  les  autels  trouvés  dans  les  tumuli  de  la  province 
russe  de  Norogorod  par  M.  Iwanowski,  professeur  à 
l'Université  de  Varsovie,  et  plus  près  de  Pact,  dans  ceux 
du  Liby  par  M.  OUier  de  Marichard  ?(i).  Sous  la  dalle 
servant  d'assise  aux  cailloux  qui  portent  la  table  en  grès 
gris  et  en  marbre,  nous  avons  remarqué  deux  corps  éten- 
dus sur  le  sable  du  fond  du  tombeau.  Vers  la  poitrine  du 
squelette  de  droite  était  un  vase  en  terre  noire,  assez 
bien  conservé,  une  médaille  à  tête  barbare  avec  ornements 


(1)  Rapport  de  M.  Tanongi  à  la  Société  de  sicUittique  de  Marseille. 
1875,  imprimé  en  1876,  page  27,  —  Les  Carthaginois  en  France,  im- 
primé en  1870,  par  M.  Ollier  de  Marichard,  page  11. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  247 

aux  oreilles,  au  revers,  un  cheval  libre,  un  couteau  à 
douille  en  bronze,  un  ornement  difficile  à  déterminer  à 
cause  de  son  oxidation  et  déposé  à  la  vitrine  de  la  biblio- 
thèque de  Grenoble,  des  dents  de  bœuf,  de  mouton  et  de 
porc^  des  charbons  de  bois. 

D^autres  fouilles  furent  ordonnées  par  M.  Clément 
Jourdan,  les  26,  27  et  28  août,  en  présence  de  MM.  de 
Canson,  de  Jerphanion  et  de  Grosbos.  Durant  les  deux 
premiers  jours  on  ne  réussit  à  ouvrir  que  des  tombes  déjà 
visitées  à  une  époque  inconnue.  Les  dalles  de  trois  ran- 
gées étaient  déplacées,  les  ossements  mêlés  aux  cailloux. 
Une  tête  même  avait  été  replacée  la  face  contre  terre. 

Le  28  août  on  revint  aux  tombeaux  situés  dans  Tovale, 
et  qu'on  avait  abandonnés  le  7  mai,  au  soir.  Des  tuiles  jau- 
nes et  rouges,  à  rebords,  des  ossements  mêlés  aux  cailloux 
et  aux  débris  de  verre  irisé,  annoncèrent  de  nouveau  que 
le  premier  étage  avait  été  fouillé  autrefois.  La  première 
dalle  placée  au-dessous  des  cailloux  parut  avoir  été  re- 
muée. Toutefois  le  cadavre  d'une  femme,  étudié  par  M.  It 
docteur  Rey,  était  encore  couché  sur  le  sable,  entouré  des 
fragments  d'un  vase  en  terre  noire,  d'une  petite  hachette 
en  serpentine  mesurant  o"*.  og,  d'une  petite  pierre  sur 
laquelle  étaient  taillés  les  rayons  solaires,  le  tout  recueilli 
par  M.  Clément  Jourdan. 

Vers  les  six  heures  du  soir,  il  fut  résolu  de  terminer  les 
fouilles  de  Mauphié  par  l'examen  attentif  de  deux  tom- 
beaux dont  les  dalles  avaient  été  aperçues.  Après  le  dé- 
blaiement d'un  tas  considérable  de  débris  de  tuiles  jaunes 
et  rouges,  à  rebords,  d'ossements  mêlés  à  des  cailloux  et 
à  des  fragments  de  poterie  grise,  on  trouva  sur  les  deux 
dalles  une  pierre  en  craie  blanche,  taillée  comme  la  petite 
table  en  marbre  que  recevait  une  plus  grande  table  en  grès 
gris,  mais  brisée  à  Tune  de  ses  extrémités.  Elle  mesure 


248       SOCIÉTÉ  d\rchéologie  et  de  statistique. 

en  épaisseur  o".  12,  en  largeur  o".  20,  en  longueur  o". 
29.  LWaissement  des  dalles  et  le  déplacement  des  autres 
cadavres  nous  dirent  que  là  devaient  se  borner  nos  obser- 
tions,  car  d^autres  visiteurs  nous  avaient  précédés  au 
cimetière  gaulois. 

.  Remarquons,  en  terminant,  la  persistance  des  traditions 
et  des  usages  funèbres  chez  les  Gaulois,ensevelissant  leurs 
morts  avec  des  hachettes  de  Tâge  de  la  pierre  polie  et  de 
fa  pierre  taillée,  usages  qui  dérouteraient  les  archéologues 
si  des  faits  pareils  n^avaient  été  signalés  ailleurs.  . 
.  La  présence  de  dents  d^animaux  domestiques  à  côté 
des  cadavres,  rappelle  aussi  Thabitudede  Page  de  la  pierre 
polie,  perpétuée  chez  les  Gaulois. 

Sous  ce  deuxième  étage  des  tombes  gauloises  était 
placé,  à  une  profondeur  de  deux  mètres  et  demi,  un  troi- 
sième étage  où  la  crémation  était  évidente.  La  couverture 
du  tombeau  était  formée  par  deux  pierres  en  grès  gris 
mesurant  chacune  en  longueur  o"*.  40,  en  largeur  o".  25. 
Les  4  côtés  étaient  en  blocs  de  roches  grises  mesurant  en 
hauteur  o".  45,  en  largeur  o™.  20,  en  longueur  o".  25. 
Sur  la  dalle  étaient  entassés  des  cailloux,  surmontés  d^une 
tombe  gauloise.  Au  fond  nous  remarquâmes  un  sable  très 
fin  sur  lequel  étaient  des  cendres,  des  conglomérats  d'osse- 
ments humains  et  de  bronze  fondu,  des  débris  de  métal, 
des  fragments  d'armes,  deux  médailles  gauloises,  un  vase 
en  terre  noire  et  d'autres  têts  de  poterie  en  terre  grise, 
une  tête  de  cheval,  des  dents  de  mouton,  de  porc  et  de 
bœuf  avec  des  charbons  de  bois.  Une  distance  de  deux 
mètres  séparait  ce  tombeau  d'un  puits  mis  à  jour  par 
M.  Girard  Henri.  Dans  ce  puits,  en  pierres  sèches  mesu- 
rant un  mètre  et  demi  de  diamètre  et  trois  mètres  de 
profondeur,  ont  été  recueillis  deux  cadavres  humains,  la 
tête  d'un  cheval  et  trois  médailles  gauloises. 


ÀNTlQUiTES   DÉ   PACT.  ^49 


IV 


PÉRIODE  GALLO-ROMAINE  OU  PLUTOT  ROMAINE 


Une  fois  maîtres  du  Viennois,  les  Romains  y  établirent 
une  colonie,  souvent  agitée  par  les  exactions  des  Fontéius 
et  des  Clodîus,  jusqu'à  la  défaîte  de  Catughat  devant  Vett" 
lia  et  Solonium^  61  ans  avant  l'ère  chrétienne. 

M.  Âllmér,  qui  a  très  habilement  résumé  l'histoire  de 
cette  période,  ne  signale  jamais  le  passage  de  César  en 
Valloire  ;  est-ce  à  dire  que  les  armées  romaines  n'y 
soient  jamais  venues  ?  nous  n'oserions  l'afBrmer.  Les  au«- 
leurs  latins  et  grecs  ne  se  sont  pas  occupés  de  la  région^ 
voilà  tout.  Cependant  la  description  de  TAUobrogie  par 
lès  historiens  du  passage  d'Annibal  paraît  à  M.  AUmer 
répondre  au  panorama  dont  jouit  le  savant  égaré  sur  l'une 
des  montagnes  dominant  les  plaines  de  la  Vallbire. 

Afin  dé  procéder  avec  méthode,  nous  étudierons  sépa* 
rément  et  avec  toute  concision  les  camps,  les  routes,  les 
villas,  les  mosaïques,  les  statuettes,  les  bijoux,  objets  d^e 
luxe  et  camées,  la  poterie,  les  sépultures,  les  armes  et 
les  inscriptions,  négligeant  à  dessein  les  enceintes  de  villes 
et  les  théâtres,  inconnus  dans  notre  région,  ainsi  que  (es 
palais,  les  bains  et  les  peintures  murales  dont  M.  AUnier 
a  toutefois  distingué  quelques  traces  parmi  les  débris  pro'- 
Venant  des  Ocellats,  de  Piivilin  et  de  Môrnay. 

i^  Camps. —  Le  plateau  de  Tourelière,  immédiatement 
au-dessus  du  village  actuel  de  Pact  et  .même  le  2*  plateau 
.des  Ocellats,  séparé  de  Tourelière  par  le  torrent  de  Royon, 
mesurant, l'un  et  l'autre,  depuis  le  moulin  de  M.  Margarit 


250  SOCIÉTÉ  d'aRCHÉOLOGTE  ET  DE  STATISTIQUE. 

Louis  jusqu'au  chemin  de  l'ancienne  forêt  de  Valcites  (i), 
600  m.^  ont  pu  servir  de  camp  ou  de  châtelet  à  Thomme 
de  la  pierre  polie,  aux  Gaulois  et  aux  Romains,  à  cause 
de  leur  situation  exceptionnelle  au  dessus  de  la  plaine,  et 
des  ravins  qui  en  remplacent  les  fossés.  On  pourrait  recon- 
naître une  tour  gauloise  utilisée  par  les  Romains  dans  une 
enceinte  carrée,  légèrement  arrondie  aux  deux  extrémités 
regardant  Moras  ;  elle  mesure  en  longueur  gS  mètres,  en 
largeur  100  mètres  et  précède  les  plateaux  deTourelière 
et  des  Ocellats  (2);  Joseph  Nicaise  travaillant  à  la  vigne  de 
M"*  Givord  y  découvrit  naguères  des  murs  en  cailloux  et 
en  ciment  romain.  Parmi, les  débris  de  tuiles  à  rebords  et 
de  vases  en  terre  grise  se  rencontra  une  urne  remplie  de 
médailles  gauloises.  Au  dessous  de  ces  murs  romains, 
M.  Bitz  Antoine,  en  1884,  a  découvert  un  mur  en  pierres 
sèches  et  en  arbres  abattus  et  étendus  dans  toute  leur 
longueur  (3).  Des  tuiles  à  rebords  et  des  fn^ments  de 
vases  en  terre  grise  sont  entassés  le  long  des  murs  du  ci- 
metière où  M.  Maurice  Couchoud  a  ramassé  des  pièces 
romaines.  Au  quartier  des  Ocellats,  présentement  désigné 
sous  le  nom  de  Carta,  le  12  mars  1886,  M.  Rémy  Delay 
en  creusant  des  fossés  pour  y  mettre  des  plants  de  vignes, 
a  rencontré  des  entassements  de  moulins  domestiques,  de 
tuiles  à  rebords,  avec  des  urnes  et  des  vases  en  terre 


(1)  La  forêt  de  Valcites,  citée  dans  la  charte  de  Guy  de  fiourgo^ 
gne,  archevêque  de  Vienne  en  1060,  porte  aujourd'hui  le  nom  de 
Varilies. 

(!Q  Le  tracé  de  l'Oppidum  ne  doit  être  ni  carré,  ni  formé  d'angles 
saillants,  il  doit  être  circulaire,  afin  que  l'ennemi  soit  en  vue  de 
plus  de  points  possible.  Il  est  essentiel  que  les  accès  soient  obli- 
ques. —  Vitruve.  De  Architectural  lib.  1,  cap.  1. 

(3)  Bulletin  de  la  Société  tT Archéologie  de  la  Drôme^  juillet  1885.  — 
Voir  les  Commentaires  de  César ^  VII,  23. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  25 1 

grise,  etc.  Enfin  nous  rappellerons  aussi  des  pierres  vi- 
trifiées qui  s^y  rencontrent  même  dans  le  béton  romain  en 
ciment  blanc  et  de  gros  cailloux  entièrement  revêtus  d^une 
couche  de  vitrification  mesurant  o".  oo3. 

2''  Les  Routes  ne  favorisaient  pas  seulement  le  com-^ 
merce  et  Tagriculture  ;  elles  servaient  aussi  avantageuse- 
ment à  la  guerre.  La  marche  rapide  des  armées  de  César 
démontre  clairement  Texistence  de  voies  antérieures  à  cel- 
les des  Romains,  contemporaines  d^ Auguste  et  d^ Agrippa. 

M.  Ed.  Fleury  a  dit  avec  raison  que  Tensemble  de  la 
vicinalité  gauloise  répondait  à  celui  de  nos  jours,  reliant 
les  bourgades  aux  villes  et  les  villages  aux  villages.  Si  les 
chemins  n^étaient  ni  dressés,  ni  empierrés,  ils  étaient  ce- 
pendant entretenus  avec  un  certain  soin.  Généralement  le 
tracé  était  rectiligne,  sauf  au  passage  des  rivières  quMl  fal- 
lait traverser  à  gué. 

Les  Romains  utilisèrent  ces  voies  et  leur  œuvre  spéciale 
réside  dans  les  routes  de  Lyon  à  Arles  et  de  Vienne  à 
Grenoble  par  la  forêt  de  Taranne,  Tourdan,  St-Barthéle- 
my  d'Eygabuse,  Marcilloles,  Rives  et  Moirans.  Cest  là 
un  point  démontré  (i). 

Mais  à  côté  de  cette  route,  un  raccordement  avec  la  voie 
de  Lyon  à  Arles  n'avait-il  pas  sa  raison  d'être  ?  et  la  Vie- 
Arlot  allant  de  Beaurepaire  à  Sablons  ne  répond-elle  pas 
merveilleusement  à  cette  destination  ? 

Un  fait  positif  démontre  cette  attribution,  c'est  l'exis- 
tence de  tombeaux  et  de  ruines  le  long  de  la  Vie-Arlot  de- 
puis la  Guillotière  (Beaurepaire),  Montanet  et  les  Morelles 
jusqu'à  Golat,  au-dessous  de  Chambalud.  Il  est  facile  en- 


(1)  Le  Prieuré  de  Tourdan  dont  le  style  primitif  de  l'église  est 
identique  à  celui  de  l'église  de  Pact  fut  construit  près  l'ancienne 
voie  romaine  sur  les  ruines  d'une  riche  villa. 


252  SOCIETE  D^ARCHÉOLOGIÈ   ET   DE   STATISTIQUE. 

core  aujourd'hui  de  reconndître  à  la  Verne  (Beaurepaire), 
à  Montanet,  aux  Morelles  et  à  Golat  des  restes  de  colonnes 
avec  soubassement  et  chapiteaux,  du  béton  en  briques 
rouges  pilées,  du  ciment  blanc  orné  de  peintures  romai- 
nes, etc. 

-  Cependant,  comme  on  retrouve  ces  tombeaux  et  ces 
mêmes  ruines  le  long  des  chemins  de  Vienne  à  Die  par 
Taranne,  les  Ocellats,  Lens-Lestang,  Grand-Serre,  St- 
Anioine,  et  le  Vercors,  et  de  Vienne  à  Valence  par  Taran- 
te, les  Morelles,  Moras,  Hauterives,  Romans,  ou  par  St- 
Sorlin  et  Anneyron,  il  est  permis  de  regarder  ces  chemins 
secondaires  pour  la  province  comme  très  importants  pour 
Ja  colonie. 

3®  Villas.  —  Pendant  le  premier  siècle  qui  suivit  la 
conquête,  les  Romains  ne  construisirent  pas  encore  de 
villas  ;  ils  habitaient  Vienne  où  la  sécurité  était  plus  gran«^ 
de.  Mais  au  2*  siècle  de  notre  ère,  le  maintien  de  la  paix 
autorisa  la  construction  d^édifices  plus  ou  moins  somp* 
tueux  dans  la  plaine  de  Pact,  où  les  riches  habitants  de  la 
cité  venaient  passer  la  belle  saison. 

Ces  villas  en  plaine  ou  à  mi-coteau  offraient  au  milieu 
une  habitation  isolée  pour  le  maître,  beaucoup  plus  élé- 
gante, et  sur  les  côtés  des  constructions  pour  les  esclaves, 
pour  le  cheptel  et  les  récoltes. 

La  propriété,  aux  mains  de  quelques  familles,  était 
exploitée  par  des  esclaves  ou  des  colons,. assez  nombreux, 
il  en  juger  par  les  sépultures  rencontrées  le  long  desche^ 
mins  principaux. 

.  JusquMci  nous  n^avons  pu  constater  l'emplacement 
complet  de  villa  quelque  peu  somptueuse  qu^autour  de 
réglisede  Pact,  à  l'ancien  château  delphinal  de  Bellegarde, 
depuis  la  maison  de  M.  Alphonse  Craponne  jusqu'à  celle 
de  M.  Rey  qui  vient  d'enlever  les  derniers  débris  de  mpr 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  253 

salques,  enfin  à  St-Sulpice  chez  M.  Dupuy,  près  du  châ- 
teau des  Gallerands.  Les  nombreux  poids  de  tisserands  en 
brique  rouge  ou  en  plomb  trouvés  à  Connet,  derrière  le 
château  Vert  de  Pact,  aux  Morelles  et  à  Montanet,  prou- 
vent, suivant  la  remarque  de  M.  le  comte  de  la  Sizeranne, 
Texistence  de  quelques  fabriques  d^étoffes. 

4^.  —  Quant  aux  mosaïques,  des  fragments  seuls  en  ont 
afiBrmé  Texistence,  et,  en  faisant  une  réserve  pour  les 
Ocellatset  la  maison  somptueuse  dont  Téglise  de  Pactet 
les  dépendances  occupent  remplacement,  il  n^est  pas  pos- 
sible d'affirmer  s'ils  révèlent  des  bains  ou  des  villas. 

b"*  Une  idée  du  luxe  comme  aussi  de  Tesprit  religieux 
de  cette  population  nous  est  donnée  par  le  nombre  assez 
grand  de  statuettes  découvertes  dans  le  sol  et  aussitôt 
vendues  aux  brocanteurs  de  passage,  véritables  fléaux  de 
l'archéologie  locale. 

Parmi  les  statuettes  demeurées  dans  les  musées  de  la 
localité,  nous  remarquons  i*  un  Mercure,  mutilé  d'un 
bras  et  d^une  jambe,  d'un  assez  bon  style,  mais  avec  des 
détails  peu  soignés.  Comme  ce  Dieu  était  la  divinité  topi- 
que des  Gaules  on  la  retrouve  fréquemment  ailleurs  ; 
2®  un  danseur  à  longue  et  abondante  chevelure,  à  la  tuni- 
que écourtée  tenant  de  la  main  droite  un  rhython  et  de  la 
gauche  une  patère  ou  coupe.  La  patine  et  les  draperies 
flottantes  sont  assez  bonnes  et  la  statuette  assez  bien  trai- 
tée ;  y  le  bras  d'une  statue  de  plus  grande  dimension  et 
d'un  bon  style  ;  ce  qui  fait  regretter  la  perte  du  sujet 
complet  ;  4®  une  statuette  en  fer  d'un  style  barbare  avec 
draperie  singulière,  que  l'on  a  prise  pour  une  Hygie. 
Toutefois,  la  déesse  de  la  santé  n'est  pas  représentée  de  la 
sorte  ordinairement,  car  ici  la  femme  est  à  genoux  avec 
un  long  serpent  enroulé  autour  du  bras  gauche  et  du  cou, 
tandis  que  la  main  droite  tient  le  reptile  par  la  queue  : 

TOMB  XX  -  1886.  17 


254         SOCIÉTÉ  D^ARCHÉOLOGIE  ET   DE   STATISTIQUE. 

5*"  une  Vénus  dont  la  laideur  et  la  forme  sont  loin  de 
rappeler  celle  de  Milo  ;  6^  une  autre  statuette,  plus  mal 
travaillée,  ayant  peut-être  servie  de  poignée  à  une  épée  et 
prise  pour  un  Hercule  gaulois  ;  7*  un  morceau  de  frise  en 
plomb  sur  lequel  on  voit  un  cavalier  tête  nue,  armé  d'un 
bouclier  rond  et  terrassant  avec  une  lance  un  ennemi 
renversé  à  terre  ;  8*  une  hampe  en  bronze  représentant 
une  Minerve,  d'un  assez  mauvais  travail  ;  g""  une  applique 
en  plomb  figurant  une  Vénus  ;  10"  un  crocodile  en 
plomb  (i)  ;  T  i"  la  partie  supérieure  d'une  tête  de  fauve,  en 
marbre  ;  1 2®  une  tête  de  victoire,  en  bronze,  ayant  servi 
d'anse  à  un  vase  bleu  (2). 

Cette  énumération  est  loin  d'être  complète,  les  mar- 
chands d'antiquités  et  les  collectionneurs  ayant  acheté  les 
plus  beaux  types. 

Nous  ajouterons  ici  qu'un  autel  octogone  en  marbre 
blanc  avec  inscription  a  été  découvert  à  Golat  et  que  les 
bustes  de  haut  relief  de  Jupiter,  Junon,  Mars,  Neptune, 
Diane,  Mercure,  Minerve  et  une  déesse  inconnue  en  déco- 
rent le  pourtour. 

{A  suivre.) 

L'abbé  CHAPELLE. 


(1)  Nous  TaTons  donné  à  la  yitrine  de  la  bibliothèque  de  Greno- 
ble...  Plumbum  album  incoquitur  œreis  operibus,  Galliarum  in^en- 
to,  ita  ut  vir  discerni  possitab  argento,..  Pline  XXXIV,  47  II. 

(2)  Donnée  à  la  vitrine  de  Grenoble .  Les  autres  statuettes  sont 
aux  Musées  de  MM.  Jourdan,  Chaste  de  Gallerands.Berthin,  Eolde, 
et  Jouffroy  de  Vienne. 


COMPTE-RENDU   DU   TRESORIER.  255 


COMPTE-RENDU  DU  TRÉSORIER 


ANNÉE    ^88A 


L'encaisse  au  i*'  février  1884  était  de  .  .  .     3,355  72 

Le  montant  des  recettes  effectuées  en  1 884 
pour  cotisations  et  abonnements  a  été  de.  .  .     2,5 18    » 

La  vente  de  livraisons  du  Bulletin  de  la 
Société  a  produit 24    » 

L'intérêt  des  5,174  francs  que  la  Société  a 
placés  en  rentes  3  p.  7o  a  été  de 180    » 


Total  de  l'encaisse  et  des  recettes 6,077  73 

DÉPENSES. 

Frais  d'impression  et  d'affran- 
chissement des  68*  69"  70*  et  71*  li- 
vraisons du  Bulletin  de  la  Société  .  2,144    ^' 

Abonnement  aux  deux  années 
i883  et  1884  du  Bulletin  épigra- 
phique  et  acquisition  du  Cartulaire 
de  Lérins 5o    » 

Gravures,  lettres  de  convocation, 
frais  de  bureau  et  de  recouvrement 
d'une  partie  des  cotisations  ....      253  80 

Total  des  dépenses  .....  2,447  80    2,447  80 


Reste  en  caisse  au  i*' février  i885 3,629  9^ 


256       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique* 


ANNÉE   ^885 


Recettes. 

Le  montant  des  cotisations  et  des  abonne- 
ments recouvrés  en  i885aétéde 2,^64    » 

La  vente  de  livraisons  et  d'ouvrages  de  la 
Société  a  produit  la  somme  de 397     » 

L'intérêt  du  capital  placé  a  été  de 180    »  , 

1» 

Total  des  recettes 3,141     » 

  ajouter  ce  qui  était  en  caisse  au  1"  février 
i885 3,62g  92 

Total 6,770  92 

Dépenses. 

Frais  d'impression  et  d'affrafi- 
chissement  des  72*  73*  74*  75*  et  76* 
livraisons  du  Bulletin  de  la  Société  2,833     » 

Payement  d'à-comptes  sur  le 
montant  de  l'impression  des  M^- 
woire^  d'Eustache  Piémond.  .  .  .  2,000    » 

Impression  de  lettres  de  convo- 
cation et  de  circulaires,  frais  de  bu- 
reau et  de  recouvrement  d'une  par- 
tie des  cotisations 1 5 1  60 

Total 4^984  60    4,984  60 

Reste  en  caisse  au  1 5  mars  1886 1,786  32 


NÉCROLOGIE.  25^ 


NÉCROLOGIE 


M.  GILLY  (Louis), 

Cmbvalier    de   s.  Grégoire-le-Grànd 


Né  à  Valence,  en  i8i3,  notre  regretté  collègue  fit  ses 
études  de  droit  à  Paris  et,  en  1843,  s'établit  comme  avo- 
cat dans  sa  ville  natale.  C'est  là  qu'il  a  prodigué  ses  œu- 
vres de  charité,  d'humilité  et  de  piété  chrétiennes.  Mem- 
bre de  la  Société  d'Archéologie,  il  s'intéressa  à  ses  travaux 
sans  y  prendre  part  :  les  soucis  de  la  bienfaisance  l'absor- 
baient, et  sa  mort  a  été  un  véritable  deuil  public.  Il  appar- 
tenait à  ce  chrétien  véritable  de  montrer  l'emploi  de  la 
fortune,  se  confinant  dans  sa  maison  en  une  petite  pièce 
modestement  meublée,  et  consacrant  ses  économies  à  sou- 
lager toutes  les  misères.  Comme  le  génie,  la  richesse  est 
un  don  du  ciel  ;  il  s'en  servit  plus  pour  ses  semblables 
que  pour  lui-même,  et  on  a  pu  dire  sur  sa  tombe,  sans 
crainte  d'un  démenti,  qu'il  se  voua,  dans  le  monde,  au 
service  de  Dieu  et  des  pauvres.  De  tels  exemples  méritent 
d'être  signalés  et  donnent  une  haute  idée  des  vertus  de 
notre  collègue  défunt. 


258  SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE   ET  DE  STATISTIQUE, 


SÉANCE    DU    l""'   FÉVRIER    1886 


PKfsDiiiei  II  I.  TiiiiHin, 


Lecture  est  donnée  des  circulaires  ministérielles  sur  le 
congrès  des  sociétés  savantes  et  sur  l'étude  de  Torganisa- 
tion  municipale  des  communautés. 

M.  le  Président  expose  que  les  pouvoirs  du  bureau 
étant  expirés,  il  y  aura  lieu  de  procéder  incessamment  à 
de  nouvelles  élections  ;  il  ajoute  que  M.  de  Gallier,  à  la 
suite  d'un  deuil  récent,  a  exprimé  le  désir  de  n'être  plus 
réélu,  ^e  qui  serait  pour  la  société  une  dure  épreuve. 
Après  une  discussion  sur  les  voies  et  moyens  d'exprimer 
à  notre  sympathique  président  les  regrets  causés  par  sa 
détermination,  il  est  résolu  d'ajourner  l'élection  prochaine 
et  de  déléguer  M.  le  Secrétaire  auprès  de  M.  de  Gallier 
pour  le  prier  de  rester  à  la  tête  d'une  œuvre  qu'il  a  su 
rendre  prospère. 

Sont  ensuite  proclamés  membres  titulaires  : 

M.  Colomb,  ancien  négociant  à  Valence. 

M.  Patan-Dumoulin,  ancien  conseiller  à  la  cour  d'Aix. 

M.  l'abbé  Chevalier,  désirant  publier  un  Régest  Dau- 
phinois, dems^nde  l'avis  de  la  société  sur  le  mode  à  adopter 
dans  ce  travail  et,  après  discussion,  il  est  décidé  que  l'ana- 
lyse devra  être  en  français  et  conforme  à  l'œuvre  du  même 
savant,  intitulée  Inventaire  des  archives  dauphinoises  de 
M,  Morin-Pons^  et  que  son  expérience  lui  indiquera  les 
modifications  de  détail  et  les  réformes  à  introduire. 

M.  le  Secrétaire  réclame  à  son  tour  l'avis  de  la  Société 
sur  les  fouilles  de  Pact,  et  toute  décision  est  ajournée  jus- 
qu'à l'examen  attentif  des  lieux  par  MM.  Alphonse  Nugues 
et  Lacroix, 


CHRONIQUE.  259 


CHRONIQUE 


Nous  avons  reçu  pendant  ce  trimestre  de  fort  intéressantes 
études  sur  divers  sujets  et  notamment  : 

I.  Notes  sur  les  thèses  illustrées  dauphinoises,  par  un  vieux 
bibliophile  dauphinois  (M.  Eugène  Chaper)  ;  Grenoble,  Allier, 
1886,  br.  in-8%  48  pp. 

II.  Emigrés  dauphinois  secourus  par  la  bourse  française  de 
Genève  de  1680  d  /770.  Liste  publiée  pour  la  première  /ois, 
par  M.  E.  Arnaud,  pasteur,  président  du  consistoire  de  Crest, 
officier  d* Académie;  Grenoble,  Allier,  1885,  br.  in-8'*,  68  pp. 

III.  Quel  est  le  destinataire  d'une  lettre  du  cardinal  Le  Camus 
écrite  à  Grenoble  le  28  octobre  iyo$,  par  M.  Tabbé  Bellet  ; 
Grenoble,  Dardelet,  br.  in-8'*,  10  pp. 

IV.  La  charte  communale  de  Veynes  {Hautes^Alpes)  ly  novem^ 
bre  i2g6,  publiée  par  A.  Prudhomme,  archiviste  de  l'Isère, 
correspondant  du  ministère  de  Tlnstruction  publique  pour  les 
travaux  historiques  ;  Paris,  Larose  et  Forcel,  1886,  br.  in-8% 
31  pp. 

V.  Histoire  généalogique  de  la  maison  de  Rabot,  par  Jean  de 
Rabot,  conseiller  au  Parlement  de  Grenoble,  annotée  et  publiée 
par  Jules  Chevalier,  professeur  d*histoire  au  grand-séminaire 
de  Romans  ;  Valence,  Céas,  1886,  br.  in-8'*,  iio  pp.  (tirage  à 
part  du  Bulletin). 

VI.  Succession  Florian  Malgras,  Consultation  de  M,  Chirol  de 
Labrousse,  bâtonnier  en  exercice  de  Tordre  des  avocats  à  Riom, 

conseiller  honoraire  près  la  cour  de  cette  ville,  etc.  ;  Lyon, 
1885,  in-4%  16  pp. 


26o  SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET  DE  STATISTIQUE. 

VII.  Hommage  aux  membres  du  barreau  de  Rtom,  par  M. 
Chirol  de  Labrousse,  bâtonnier;  Riom,  1885.  in-8®.  (Notice 
sur  les  avocats  de  Riom)  ;  Riom,  Jouvet,  1885,  br.  in-4^  103 
pages. 

VIII.  Dilemme  résultant  des  termes  mêmes  comparés  de  F  acte 
de  prétendue  transaction  des  79  et  21  janvier  1880,  notaire  MeS" 
trallet,  à  Lyon,  entaché  de  nullité  pour  cause  d'erreur  de  /ait, 
par  Martial  Malgras  ;  Marseille,  1883,  br.  in-8",  43  pp. 

IX.  Numismatique  mérovingienne.  Un  tiers  de  sol  d*  or  frappé 
à  Die.  (Tirage  à  part  du  Bulletin)  ;  Valence,  Céas,  1886,  br. 
in•8^  18  pp. 

X.  Notice  sur  la  vie  de  Daniel  de  Cosnac,  évêque  et  comte  de 
Valence  et  Die,  archevêque  d'Aix,  commandeur  de  F  ordre  du 
Saint-Esprit,  par  le  comte  de  Cosnac  (Gabriel-Jules),  chevalier 
de  la  Légion  d'honneur,  officier  de  la  Couronne  de  chêne  des 
Pays-Bas,  suivie  d'une  relation  inédite  des  obsèques  de  ce  prélat; 
Brive,  M.  Roche,  1886,  br.  in-8*,  63  pp. 

XI.  Le  plus  ancien  document  synodal  connu  de  F  époque  du  dé- 
sert, ou  actes  du  premier  synode  du  Dauphiné  du  XVIII^  siècle, 
publié  pour  la  première  fois  à  {occasion  de  t anniversaire  de  la 
révocation  de  tédit  de  Nantes,  par  M.  E.  Arnaud,  pasteur,  pré- 
sident du  consistoire  de  Crest,  officier  d'académie  ;  Paris,  Gra- 
pard,  1885,  br.  in-8®,  10  pp. 

XII.  Inventaire  sommaire  des  archives  départementales  de  la 
Drôme,  tome  IV  (série  E,  supplément,  communes),  par  A.  La- 
croix ;  Valence,  Chenevier  et  Pessieux,  in-4',  460  pp. 

M.  Baratier  (Emile),  libraire  à  Grenoble,  se  propose  de  com- 
mencer prochainement  la  publication  d'une  Petite  Revue  dau- 
phinoise tout  à  la  fois  bibliographique  et  historique,  paraissant 
chaque  mois  par  livraison  de  16  à  32  pages,  au  prix  de  3  fr.  50 
par  an  (papier  ordinaire)  et  de  6  fr.  (papier  Hollande). 

A.     L. 


TABLEAU   DES   MEMBRES   DE  LA   SOCIÉTÉ.  26 1 


TABLEAU  DES  MEMBRES 


DE   LA 


SOCIÉTÉ  D'ARCHÉOLOGIE 

ET    DE    STATISTIQUE 

DE     LA     DROME 


Président  d'honneur. 
M.  le  Préfet  de  la  Drôme. 

Président  honoraire. 
Mgr.  l'Evoque  de  Valence. 

Membres  fondateurs. 

Messieurs 

Lacroix  Saint-Pierre,  ancien  député,  à  Chabeuil. 
Marquis  de  Pisançon,  à  Pisançon. 

M0NTLUI8ANT  (de),  général  d'artillerie  en  retraite,  à  Marsanne. 
MoRiN,  ancien  député,  à  Oieulefit. 

Membres  titulaires. 

Messieurs 

Allemand  fFabbé),  supérieur  du  petit-séminaire,  à  Valence. 
Arces  fle  marqu'S  o'),  à  Mercurol. 
Arnaud,  pasteur,  à  Crest. 

Tome  XX.  -  1886  18 


202  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

Baboin  (Henri), ancien  député,  au  château  d' Alivct,  près  Renage. 

Bégou  (l'abbé),  supérieur  du  grand-séminaire,  à  Romans. 

Bellet  (l'abbéj,  à  Tain. 

Bellier  du  Charmeil,  avocat,  à  Valence. 

Bernon  (le  baron  Prudent  de),  ancien  maître  des  requêtes,  à 
Saint-Sorlin. 

Bernon  (J.  de),  docteur  en  droit,  à  Paris. 

Berger,  président  au  conseil  d'Etat,  à  Paris. 

Boisson,  ancien  percepteur,  architecte,  au  Pont-Saint-Esprit. 

Bonnet,  docteur  en  médecine,  vice-président  de  la  Société,  à 
Valence. 

Bordas  (Joseph-Michel),  à  Saint-Martin-d'Août. 

BoREL  de  Soubéran  (Louis),  à  Crest. 

BoREL  de  Soubéran  (Charles),  à  Crest. 

BoTTU  DE  Verchères,  à  Saint- Jean-de-Muzols. 

BoucoD  (Auguste),  à  Saint-Vallier. 

BovET,  notaire,  à  Crest. 
BoYER  DE  BouiLLANE,  avocat,  à  Valence. 
Bourg  (Contran  du),  au  château  de  l'Ile- Vieille,  près  Mont- 
dragon. 
BouFFiER  (Amédée  de),  à  Livron. 
Brun-Durand  (Justin),  ancien  juge  de  paix,  vice-président,  à 

Crest. 
Bruyas  (Emile),  à  Lyon. 

ChabriIlRes-Arlès,  trésorier-payeur-général,  à  Lyon. 
Chabrillan  (le  comte  Fortuné  de),  à  Paris. 
Chabrillan  (le  comte  Paul  de),  à  Saint-Vallier. 
Chaix,  ancien  notaire,  à  Lyon. 
Chakras  (Edouardj,  négoc  ant,  à  Nyons. 
Chcnevier,  imprimeur,  à  Valence. 
Chevalier  (Ulysse),  docteur  en  médecine,  à  Romans. 
Chevali  r   (l'abbé  C.  U.  J.^,  correspondant   du   Ministère  de 

l'instruction  publique,  à  Romans. 
Chevalier  (l'abbé  Jules),  aumônier,  à  Romans. 
Clément,  directeur  de  la  Société  générale  des  eaux  minérales 
de  Vais,  à  Valence. 


TABLEAU  DES  MEMBRES  DE  LA  SOCIÉTÉ.       203 

Clément  (Emile),  à  Romans. 

Colomb  (Victor),  directeur  de  l'Assurance  La  France,  secrétaire 

adjoint  de  la  Société,  à  Valence. 
Colomb  (Antoine),  ancien  négociant,  à  Valence. 
CosTON  (le  baron  de),  à  Montélimar. 
Dériard,  directeur  de  la  Verrerie,  à  Rive-de-Gier. 
DiDELOT  (l'abbé),  curé  de  la  cathédrale,  à  Valence. 
DuMONTEL  (l'abbé).  Chanoine,  secrétaire-général  de  TEvêché, 

à  Valence. 
Du  Port-Roux,  à  Romans. 

DuvERNET,  secrétaire  général  de  la  préfecture,  à  Valence. 
Emblard,  ancien  magistrat,  à  Valence. 
Epailly,  architecte,  trésorier  de  la  Société,  à  Valence. 
Faure-Biguet,  président  à  la  cour  d'appel,  à  Paris. 
Faure,  ancien  président  du  tribunal,  à  Valence. 
Feugier,  ancien  avoué,  à  Valence. 
FiLLET  (l'abbé),  curé  d'Allex. 

Florans  (le  marquis  de),  à  La  Roque,  par  Lambesc. 
Fontgalland  (Anatole  de),  à  Die. 
FoRCHERON  (Emile),  juge,  à  Valence. 

FoRQUET  DE  DoRNE,  président  de  la  Cour  d'appel  d'Angers. 
François  (Eugène),  avocat,  à  Valence. 
Galliër  (Anatole  de),  président  de  la  Société,  à  Tain. 
GiRARDON,  avocat,  à  Valence. 
GuiLLEMiNET,  profcsscur  au  collège  d'Arles. 
Hectorne  (Emile),  receveur  de  l'hôpital,  à  Valence. 
IsNARD  (l'abbé),  curé,  à  Suze-la-Rousse. 
Jassoud  (l'abbé),  curé,  à  Mureils. 
JuLLiAN  (Johannis),  peintre,  à  Montélimar. 
Labareyre  (de),  ancien  juge,  à  Valence. 
La  Baume  (le  comte   de),    marquis  de  Puy-Montbrun,  à  la 

Garde-Adhémar. 
Lacroix  (André),   archiviste   départemental,  secrétaire  de  la 

Société,  à  Valence. 
Lalande,  avoué,  à  Valence. 
Laman,  ancien  notaire,  à  Valence. 


264  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

Lambert,  ancien  maire  de  Combovin. 

Larnaoe  (le  comte  Vincent  de  Garcin  de),  à  Paris. 

Latune  (Gustave),  à  Crest. 

Latune  (Henri),  à  Crest. 

Malens,  premier  Président  à  la  Cour  d  appel,  à  Grenoble. 

Marcieu  (le  marquis  de),  à  Crépol. 

Maurin  CAlcide),  docteur  en  médecine,  à  Crest. 

Mazet  (labbé),  aumônier,  à  Valence. 

Messié,  avocat,  à  Montélimar. 

Meynot  (Adrien),  à  Donzère. 

Monier  de  La  SizERANNE(le  comte  Fernand),  à  Beausemblant. 

MoNTCHENU  (le  marquis  de),  à  Montchenu. 

MoNTEYNARD  (1©  comte  de),  àMontelicr. 

MoREL,  archéologue,  à  Andancette. 

MoRiN-PoNS,  auteur  de  la  Numismatique  féodale  du  Dauphinéi 

à  Lyon. 
MoRiN  (Henri),  négociant,  à  Dieulefit. 
MoRiN  (Adolphe),  à  Dieulefit. 
NuGUES  (Félix),  à  Orange. 
Nuques  (^Alphonse),  à  Romans. 
Payan  du  Moulin  (de),  ancien  conseiller  à  la  Cour  d*Aix,  à 

Fiancey-Bressac. 
Peloux  (Jules),  inspecteur  général  des  ponts  et  chaussées  à 

Valence. 
Perrossier  (l'abbé  Cyprien),  curé,  à  Parnans. 
PoMPÉi,  avocat,  à  Valence. 
Reboul  de  La  Juillière,  ancien  auditeur  au  conseil  d*Etat,  à 

Paris. 
Rey,  architecte,  à  Valence. 
Romain,  docteur  en  médecine,  à  Valence. 
Sayn  (Gustave,,  à  Montvendre 
Sollier,  avocat,  à  Valence. 
SouBEYRAN,  architcctc,  à  Lachamp-Condillac. 
Sièyes  'le  marquis  de),  au  château  du  Valentin,   Bourg-lès- 

Valence. 
Soulier  (l'abbé),  curé,  à  Vesc. 


TABLEAU  DES  MEMBRES  DE  LA  SOCiÉTE.       205 

Tracol,  architecte,  trésorier  adjoint,  à  Valence. 
Urtin  TMarc),  avocat,  à  Valence. 

Vallentin,  juge,  vice-président  de  la  Société,  à  Montélimar. 
Vertupier  (Louis),  à  Crest. 
Veyrenc  (labbéj,  curé,  à  MoUans. 
Vigne  (Mgr.),  archevêque  d'Avignon. 

Villard  (Marins),  chef  de  la   direction  du  service  vicinal,  à 
Valence. 

Membres  correspondants. 

Messieurs 

Accarias,  ancien  conseiller  à  la  Cour  d*appel  de  Grenoble. 

Adhémar  (le  comte  Victor  d'),  à  Toulouse. 

Allmer,  ancien  conservateur  du  musée  d'épigraphie  de  la  ville 

de  Lyon. 
Andigné  (le  marquis  d'),  général  et  sénateur,  à  Paris. 
AuziAS  (Théodore),  avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Grenoble. 
Barrés,  bibliothécaire  de  la  ville  de  Carpentras. 
Battendier  (le  chanoine),  directeur  de  la  Semaine  religieuse, 

à  Viviers. 
Baume-Pluvinel  (le  marquis  de  la),  à  Paris. 
Belmont,  à  Lyon. 

Berger  (Emile),  conseiller  à  la  Cour  d'appel  d'Aix. 
Bernard,  conseiller  à  la  Cour  d'appel  de  Grenoble. 
Berthin  (Eoldc),  à  Beaurepaire. 
Bertrand  (Isidore),  ancien  directeur  de  l'imprimerie  des  Célcs- 

tins,  à  Bar-le-Duc. 
Bethoux  (l'abbé),  à  la  Motte-d'Aveillans  (Isère). 
Besset,  architecte,  à  Tournon. 
Blanchard  (l'abbé),  archiprêtre,  à  St-Péray. 
Blanchet  (Augustin),  manufacturier,  à  Rives. 
Blanchet  (Paul),  manufacturier,  à  Rives. 
BoissiEU  (Maurice  de),  à  Lyon. 

BoissiN  (Firmin),  rédacteur  en  chef  du  Messager  de  Toulouse. 
BoucHARDON  (Gustavc),  à  Bonnevaux,  près  la  Côte-St-André. 


266  SOCIÉTÉ   D^ ARCHÉOLOGIE    ET   DE  STATISTIQUE. 

Brouchoud,  avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Lyon. 

BuLOT,  architecte  départemental,  à  Melun. 

Caize  (Albert),  à  Louveciennes. 

Caize,  ancien  inspecteur  divisionnaire  des  douanes,  à  Louve- 
ciennes. 

Chaper  (Eugène),  ancien  député,  à  Grenoble. 

Chabrand,  docteur  en  médecine,  à  Grenoble. 

Champavier  (Maurice),  à  Paris. 

Chapelle  (l'abbé),  curé  de  Pact,  près  Beaurepaire. 

Charpin-Feugerolles  (le  comte  de),  ancien  député,  au  château 
de  Feugerolles. 

CosNAC  (le  comte  de)  au  château  du  Pin,  par  Salon  La  Tour. 

Delloye,  conservateur  du  musée  Calvet,  à  Avignon. 

Dubois,  ancien  magistrat,  à  Thueyts. 

Dufour  (Louis),  aide  archiviste  d'Etat,  à  Genève. 

Dupré-Latour,  ancien  magistrat,  à  Paris. 

Falavel,  notaire,  à  Saint-Marcellin. 

Falsan,  géologue,  à  Saint-Cyr-au-Mont-d'Or,  près  Lyon. 

Faucher  (Paul  de),  à  BoUène. 

Faure,  maréchal  des  logis  au  i8"'  dragons,  à  Lunévillc. 

Fayard,  conseillera  la  Cour  d'appel  de  Lyon. 

Flachaire  de  Roustan  (Marcel),  à  Lyon. 

Flasseur,  à  Grenoble. 

Franclieu  (M"*  Aimée  de),  au  château  de  Longpra  sur  Saint- 
Geoirs. 

Gallet  (Louis),  directeur  de  Thôpital  Lariboissière,  à  Paris. 

Gap  (Lucien),  instituteur,  à  Sainte-Cécile. 

Genthon,  juge,  à  Saint-Marcellin. 

Gréau  (Julien),  à  Paris. 

Gueyffier,  juge  de  paix,  à  Saint-Etienne  de  Saint-Geoirs. 

Guillaume  (l'abbé),  archiviste  des  Hautes-Alpes,  à  Gap. 

Guiremand,  avocat,  à  Paris. 

Helme,  vice- président  du  tribunal,  à  Saint-Etienne  (Loire). 

JouFFRAY  (A.),  capitaine  d'Artillerie  au  2*  régiment,  à  Grenoble. 

Lafayolle,  juge  de  paix,  au  Cheylard. 

Lamotte,  docteur  en  médecine,  au  Pouzin. 


TABLEAU    DES   MEMBRES   DE   LA   SOCIETE.  267 

Lascombe  (M"*),  née  Comte,  à  Saint-Pierrcville. 

Lavauden,  ancien  préfet,  avocat  à  Grenoble, 

Leblanc,  bibliothécaire  et  conservateur  du  musée  de  Vienne. 

Lombard,  avocat,  à  Grenoble. 

Macé,  doyen  de  la  Faculté  de  Grenoble. 

Masimbert,  avocat,  à  Grenoble. 

Maignien  (Edmond),  bibliothécaire  de  la  ville,  à  Grenoble. 

Mazon,  publiciste,  à  Paris. 

MoLiN  (Joseph),  négociant,  à  Lyon. 

MoNTALivET  (Gcorgcs  de),  à  Paris. 

MoNTRAVEL  (le  vicomtc  de),  à  Joyeuse. 

Monts  (le  comte  de),  au  château  d'Armanais,  à  Balbin,  près 
la  Côte-Saint-André. 

MoREL,  receveur  des  finances,  à  Carpentras. 

Ollier  de  Marichard,  à. Vallon. 

Oriol  rrabbé),  à  Annonay. 

Pallias  (Honoré),  ancien  membre  du  conseil  général  des  Hau- 
tes-Alpes, à  Lyon. 

Parisot  de  Laboisse  (Jules  de),  à  Montpellier. 

Perrossier  (Ernest),  lieutenant-colonel  au  9*  de  iigne,à  Agen. 

Petit  (l'abbé),  curé  de  St-Antoine. 

Peyrot,  chef  de  division  retraité  de  la  préfecture  de  l'Isère,  à 
Grenoble, 

PiLOT  DE  Thorey  (Emmanuel),  vice-consul  d'Italie,  à  Grenoble. 

PiOLLET,  substitut  à  la  Cour  d'appel  de  Grenoble. 

PoiNçoT,  à  Hericy  (Seine-et-Marne). 

PoNCiNS  (le  comte  de),  à  Feurs. 

Prunières  (le  comte  de),  au  château  de  la  Baume-Seyssins, 
près  Grenoble. 

Reynaud  (Horace),  avocat  à  la  Cour  d'appel  de  Lyon. 

Robert-Gentil  (Charles),  à  la  Ferté-sur-Aube,  par  Clairvaux. 

Rocher  (Henri  de),  à  BoUène. 

Roman  (Joseph),  avocat,  au  château  de  Picomtal,  par  Embrun. 

RouiN  (Flavien),  receveur  principal  des  postes,  à  Gap. 

Saint-Ferréol  (le  vicomte  de),  à  Uriage. 

Saint-Genis  (Victor  de),  à  Corbeil,  près  Paris. 


268      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Saint- Victor  (Ch.  dej,  à  Lyon. 

Saurel  (le  chanoine),  membre  de  T Académie  de  Montpellier. 

Taillas  (de),  à  Grenoble. 

Terrebasse  (de),  à  Ville-sous- Anjou. 

Tour-du-Pin-Chambly  (le  baron  de  La),  à  Nantes. 

Tour-du-Pin-la-Charce  (le  comte  de  La),  à  BezonviUe. 

Vallier  (Gustave),  à  Grenoble. 

Vaschalde,  directeur  de  l'établissement  thermal  de  Vais. 

Vaschalde  (Albert),  pharmacien,  à  Vais,  (Ardèche) 

Vellot  (A.),  avocat,  à  Grenoble. 

Vossier,  lieutenant  au  68*  de  ligne,  à  Issoudun. 

Communes  abonnées, 

Aouste.  —  Bourg-du-Péage.  —  Crest.  —  Montélimar. 
—  Montrigaud.  —  Bibliothèque  de  Grenoble.  — 
Archives  de  Grenoble.  —  Bibliothèque  de  Romans. 

Membres  du  Bureau  réélus  le  10  mai  1886. 

Messieurs 

De  GalheRj  Président. 

Vallentin  (Ludovic),  Brun-Durand  et  Bonnet,  vice-Présidents 

Epailly,  Trésorier. 

Tracol,  vice-Trésorier, 

Lacroix,  Secrétaire. 

Colomb  (Victor),  vice-Secrétaire. 

Membres  du  comité  de  publication. 

Messieurs 
Peloux,  de  Labareyre,  Pompéi  et  Sollier. 


ANDRE   DE   LAFAÏSSE.  26g 


ANDRÉ  DE  LAFAÏSSE 

(  d' Aiobenas  ) 

MARÉCHAL    DE    BATAILLE 

Sa  Famille,  son  Histoire  et  sa  Correspondance. 

(1570-1681) 


SuiTf.— Voir  les  68*,  69*,  70%  71;  ya*,  73%  74*,  75*,  76*  et  77»  ItTraisoai. 


-««<aa«<*- 


Le  monastère  des  femmes  de  Prébayon  {Pratum  Baio- 
nis\  appelé  vulgairement  Prévalon,  était  situé  à  cinq  ou 
six  kilomètres  au  levant  du  village  de  Sablet  (Vaucluse) 
et  dans  le  diocèse  de  Vaison.  Construit  en  6i  i,  dans  une 
gorge  reculée  et  sauvage,  dominée  par  de  hautes  monta- 
gnes, il  fut  détruit  par  les  Sarrasins  et  reconstruit  vers 
85o.  Dans  le  siècle  suivant,  le  torrent  de  Trignon  emporta 
une  partie  des  bâtiments,  dont  il  ne  reste  plus  que  des 
ruines,  et  les  remplit  de  boue.  Ce  couvent  occupait  le 
fond  d'une  gorge  profonde,  souvent  inondée,  ce  qui 
occasionnait  de  fréquentes  épidémies. 

A  sept  ou  huit  kilomètres  au  couchant  de  Prébayon, 
sur  la  rive  gauche  de  TOuvèze,  et  à  trois  ou  quatre  kilo- 
mètres au  nord-ouest  de  Gigondas,  se  trouvait  le  vaste 
domaine  de  Ramière  ou  des  Ramières.  Il  avait  été  donné 
aux  moines  de  Montmajour,  par  le  comte  de  Provence. 
Le  prieur  de  ce  monastère  le  visita  en  gSS  et  apprit  que 
les  religieuses  de  Prébayon  étaient  victimes  d'une  épidé- 
mie. 


270         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Il  leur  proposa  de  leur  céder  Ramières  ainsi  que  la 
chapelle  érigée  sous  le  vocable  de  Saint-André  :  leur 
installation  dans  ce  nouveau  local  eut  lieu  en  963.  Cet 
albergement  fut  consenti  moyennant  une  redevance  de 
soixante  sétîers  de  froment  et  de  sept  de  pois  chiches  ; 
mais  le  cens  ayant  paru  trop  fort,  fut  réduit  plus  tard  à 
une  obole  d'or,  La  règle  de  Saint-Benoît  fut  observée  à 
Saint- André  jusqu'en  1268;  à  cette  époque,  Clément  IV 
accorda  aux  religieuses  les  privilèges  des  Chartreux  aux- 
quels il  portait  une  affection  particulière,  et  les  exempta 
de  la  juridiction  de  l'évêque  de  leur  diocèse.  En  i563,  les 
protestants  brûlèrent  ce  couvent  dont  la  supérieure  était 
alors  Catherine,  fille  de  Pierre  de  la  Baume,  seigneur  de 
Suze-la- Rousse  et  de  Françoise-Aloyse  de  Vassieux  (r). 

D'après  YHistoire  des  guerres  du  Comté  Venaissin 
écrite  par  Louis  de  Pérussis  et  publiée  en  1769  par  le 
marquis  d'Aubaîs,  p.  253,  la  famille  de  Chabrillan  a  fourni 
au  couvent  de  Saint-André-des-Ramières,  qu'elle  regar- 
dait presque  comme  un  héritage,quatre  abbesses. C'étaient 
Claire,  fille  de  François  de  Moreton,  seigneur  de  Cha- 
brillan et  de  Sauzet,  coseigneur  de  Châteauneuf-de-Ma- 
zenc,  marié  en  1 5o6  avec  Dauphine  de  Seytres  ;  Louise, 
nièce  de  la  précédente,  Ragonde  ou  Racdegonde  et  enfin 
Charlotte. 

Une  notice  manuscrite,  composée  par  Lafaïsse  vers 
1675,  et  un  Mémoire  contenant  huit  pages,  imprimé  vers 


(1)  Courtet,  Bictionnam  des  communes  de  Vaucliise  1857.  p.  278  et 
312; —  L'abbé  Bruyère,  Notice  sur  Prébayon  et  Vàbbaye  de  Satnf- 
André-<leS'Ramières,  1869  ;  —Bulletin  des  travaux  historiques ,  1882,  p. 
234  ;  —  M.  Lucien  Gap,  Bulletin  archéologique,  1875,  p.  97.  Il  existe 
dans  les  archives  de  Vaucluse  divers  dossiers,  et  M.  Raspail,  de 
Gigondas,  possède  un  manuscrit  concernant  ce  couvent. 


ANDRÉ  DE   LAFAÏSSE.  27 1 

i656,  que  M.  Lacroix  a  eu  Tobligeance  de  me  signaler  (î)i 
donnent  divers  renseignements  sur  Saint-André.  Le  fac- 
tum  imprimé  a  pour  titre  :  Mémoire  pour  Gasparde  de 
Moreton  de  Saint -Gervats^  coadfutrice  au  monastère  de 
Saint-André  et  les  religieuses,  contre  le  procureur-géné- 
ral du  parlement  d'Orange,  agissant  au  nom  du  prince 
d'Orange,  qui  se  prétend  jus-patron  et  fondateur  de  leur 
maison. 

L'abbé  de  Montmajour  (près  d'Arles),  disait  de  son 
côté  pouvoir  disposer  du  prieuré  de  Saint-André,  comme 
on  l'avait  fait  en  faveur  des  religieuses  qui  en  avaient  joui 
paisiblement  et  sous  la  protection  des  papes.  D'après  la 
bulle  de  1268  l'élection  de  la  prieure  appartenait  aux  reli- 
gieuses, et  sa  confirmation,  aux  Souverains  pontifes.  Jus- 
qu'en ibyg,  les  princes  d'Orange  n'avaient  jamais  reven- 
diqué le  droit  de  nommer  les  prieures.  A  cette  époque 
Jeanne  de  Chabot,  abbesse  du  Paraclet,  obtint  par  sur- 
prise, un  brevet  du  prince,  malgré  l'élection  faite,  par  les 
religieuses,  de  Claire  de  Chabrillan. 

Un  procès  relatif  à  cette  double  nomination  fut  cause 
du  séquestre  des  biens  du  prieuré.  Un  jugement  rendu 
par  le  cardinal  d'Armagnac,  co-légat  d'Avignon,  et  par  le 
duc  de  Montmorency,  gouverneur  de  la  principauté 
d'Orange,  donna  gain  de  cause  à  Claire. 

Ragonde  ou  Racdegonde,  sa  nièce,  qui  lui  succéda,  fut 
condamnée,  en  ibgS,  par  le  parlement  d'Orange,  à  rendre 
hommage  au  prince  pour  les  biens  du  prieuré,  mais  les 
religieuses  protestèrent.  Charlotte  de  Chabrillan,  qui  suc- 
céda à   Ragonde,  se  pourvut  contre  un  arrêt  rendu  en 


(1)  Archives  E.  1233  ;  Voir  aussi  l'abbé  Granget,  Histoire  du  diocèse 
d'Avignon,  t.  Il,  p.  326.  —  Les  larmes  de  Pineton  de  Chambrtm,  p.  62. 


17*         SOCŒTÉ   D*AXGHÉOLOGI£   IT  DE  STATlSTtQUt. 

i634y  qai  Tobliçeaft  ao  mctnc  hotnmagt-  D  f  cor,  en  1639, 
on  arrêt  de  partage  poar  drader  si  ou  non  le  poorroi 
derah  être  admis,  et  quatre  fours  après,  an  secood  arrêt 
décida  que  celui  de  1634  derait  être  ctœDté,  sauf  aux 
rdigîeases  à  se  pourroîr  deram  le  prixKe.  Elles  œ  tooIo- 
reot  pas  le  Cure,  soit  a  cause  de  la  distance,  soit  parce  que 
ie  cooseii  do  prince  était  composé  de  proicsiants.  D*aprcs 
M.  Gap,  Frédéric  Henri  de  Nassau  fut  plus  heureux  en 
f6|i  et  triompha,  par  des  mesures  arbitraires  de  Toppo- 
sinon  de  Tabbcsse  et  de  son  Chapitre. 

En  i655,  Charlotte  de  Chabrillan,  trcs-arancn  en  âge, 
fit  nommer  coadjutrice  Gasparde,  sa  nièce,  connue  soos 
le  nom  de  M*""  de  Saint-Gerrais,  emprunté  i  un  fief  qui 
appartenait  a  son  père.  Le  procureur'-général  dX)rangc 
s*opp<isa  à  {^enregistrement  des  bulles  et  menaçait  de  saisir 
les  biens,  parce  qu*on  aTait  méconnu  les  droits  du  prince. 

Les  religieuses  disaient  que  la  qualité  de  Souverain, 
appartenant  à  ce  dernier,  lui  donnait  seulement  un  droit 
de  souveraineté  sur  Tabhaye,  mais  qu'il  ne  possédait  pas 
celui  de  patronage  ou  de  fondation,  ni  de  nomination  ;  que 
depuis  i36o  dles  avaient  toutes  été  pourvues  par  élec- 
tion on  résignation,  et  que  le  prince  ne  pouvait  pas  leur 
refuser  de  plaider  à  Orange,  devant  un  tribunal  composé 
de  juges  mi-partie  catholiques  et  protestants. 

Le  Mémoire  de  Lafaisse  donne  quelques  autres  détails  : 
depuis  la  bulle  de  1268,  les  évêques  de  Vaison,  n'avaient 
jamais  entrepris  de  troubler  les  religieuses.  Le  dernier 
prélat  (i)  sWorça  de  leur  enlever  leurs  privilèges,  soit 


(l)  Loais  Alphonse  de  Soarès  d'Anlan,  né  en  1642.  sacré  éTêqne 
de  Taison  en  1671  (à  29  ans),  en  remplacement  de  Cliaries  Joseph 
de  Soarès,  son  oncle. 


ANDRÉ  DE   LAFAISSE.  2ji 

pour  satisfaire  son  caprice,  soit  dans  Tespoir  d^obtenir 
des  chartreux  une  récompense  dans  le  cas  où  il  obligerait 
ces  religieuses  à  leur  remettre  les  biens  appartenant  à  leur 
couvent. 

Pour  parvenir  à  son  but,  il  chercha  à  s'attribuer  des 
privilèges  que  ses  prédécesseurs  n^avaient  jamais  réclamés, 
et  il  profita  de  la  vieillesse  de  la  supérieure  pour  empiéter 
sur  le  temporel  du  couvent.  Afin  de  se  rendre  favorables 
les  conseillers  du  prince  d*Orange,  il  diffama  les  religieu- 
ses, mais  craignant  que  Topinion  publique  ne  se  déclarât 
contre  lui,  il  se  désista  de  ses  poursuites,  en  1673,  abu- 
sant de  son  autorité,  il  interdit  les  religieuses  sous  pré- 
texte qu^elles  avaient  manqué  de  soumission  à  ses  ordon- 
nances, ferma  leur  église  et  tint  sur  leur  compte  des  pro- 
pos calomnieux. 

D'après  Courtet,  précité,  et  Boyer  de  Sainte-Marthe  (i). 
Ces  mesures  avaient  été  prises  pour  mettre  un  terme  au 
relâchement  introduit  depuis  long-temps  parmi  les  reli- 
gieuses. Elles  appelèrent  de  cet  interdit  comme  d'abus 
devant  le  parlement  de  Grenoble,  qui  les  renvoya  devant 
le  premier  évêque  voisin.  Celui-ci  ne  voulut  pas  se  confor- 
mer à  cet  arrêt  et  renvoya  les  religieuses  à  leur  évêque 
ordinaire. 

Ce  dernier  étant  absent,  son  grand-vicaire  refusa  de 
lever  Tinterdit,  sous  prétexte  qu'il  se  conformait  aux  ordres 
du  prélat.  Le  parlement  le  menaça  de  la  saisie  de  son 
temporel,  et  même  de  la  prison,  s'il  n'obéissait  pas  à 
Tarrêc  rendu  contre  lui. 


(1)  Hùroire  de  l'Bglise  d$  Va%s<m,  p.  246.  Il  est  aussi  question  de 
tous  ces  tiraillements  dans  le  tome  V  de  la  collection  des  Procès^ 
verbaux  des  assemblées  générales  du  clergé  de  France, 


^74       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  stattstiqûe. 

La  principauté  d'Orange  ayant  changé  de  maître,  Tévê* 
que  réclama  l'intervention  de  Louis  XIV  ;  de  leur  côté, 
les  religieuses  prièrent  le  roi  de  désigner  le  parlement 
devant  lequel  elles  devaient  porter  leur  demande,  celui 
d'Orange  ayant  été  supprimé,  et  d'ordonner  au  comte  de 
Grignan,  de  suspendre,  jusqu'à  plus  ample  informé,  l'exé- 
cution des  mesures  qui  lui  avaient  été  prescrites. 

L'affaire  fut  portée  devant  le  Grand  Conseil,  sous  pré- 
texte que  le  roi  était  jus-patron,  ou  représentant  du  fon- 
dateur ou  du  donateur  du  couvent,  mais  il  la  renvoya 
devant  le  parlement  de  Grenoble.  D'après  Pineton  de 
Chambrun,  précité,  Moran,  intendant  de  la  Provence,  qui 
paraît  être  le  même  personnage  que  le  conseiller  d'Etat 
de  ce  nom  chargé,  en  1649,  de  diriger  des  poursuites  en 
Guienne,  contre  Lafaïsse,  vint  à  Orange  au  mois  de  dé- 
cembre 1682  pour  exécuter  les  ordres  de  la  Cour.  Accom- 
pagné d'un  prévôt  et  de  ses  archers,  il  se  rendit  à  Saint- 
André  pour  enlever  les  archives.  Les  religieuses  furent 
obligées  d'ouvrir  les  portes  et  de  livrer  tous  leurs  papiers. 
Elles  protestèrent  et  déclarèrent  qu'elles  reconnaissaient 
le  prince  d'Orange  seul,  et  non  pas  le  roi  pour  leur  jus- 
patron  (i). 


(1)  Ces  intrigues  et  ces  désordres  rappellent  ceux  qui  avaient 
lieu  dans  la  célèbre  abbaye  de  Remiremont.  Pour  en  faire  partie, 
il  fallait  prouver  neuf  générations  de  noblesse  chevaleresque,  tant 
du  côté  du  père  que  du  côté  de  la  mère.  Fières  de  leur  haute 
naissance,  les  dames  de  Remiremont  ont  presque  toujours  été  en 
querelle,  soit  entre  elles,  soit  avec  les  ducs  de  Lorraine,  leurs  sei- 
gneurs. Elles  se  sont  révoltées  plusieurs  fois  contre  eux  ne  voulant 
relever  que  de  TEmpire,  et  ne  cédant  le  plus  souvent  qu*à  Temploi 
de  la  force,  lorsqu'on  envoyait  une  garnison  dans  leur  couvent. 
(Comte  d*Haussonville,  Histoire  de  la  réunion  de  la  Lorraine  à  la 
France f  t.  I^  p.  455). 


ANDRÉ   DE   LAFAiSSE.  2jb 

Dans  l'espoir  d'empêcher  de  pareils  désordres  à  l'avenir, 
Louis  XIV  se  déclara  jus-patron  du  couvent  :  il  nomma 
pour  abbesse  M"*  de  Tressan,  et  après  elle,  en  1708 
M°*  de  Dreuiller,  de  Toulouse.  Cette  dernière  fut  accusée 
de  dilapider  les  revenus  du  monastère  et  de  repousser  les 
personnes  qui  voulaient  faire  profession.  Pour  se  défen- 
dre, elle  adressa  au  vice-légat  d'Avignon  un  Mémoire  que 
M.  Paul  de  Faucher  a  eu  Tobligeance  de  me  signaler,  et 
dont  on  trouve  une  copie  dans  le  vingtième  volume  de  la 
Collection  Tissot^  à  la  bibliothèque  de  Carpentras. 

Ce  couvent  tomba  dans  un  tel  discrédit  qu'aucune 
jeune  fille  ne  venait  plus  s'y  consacrer  à  Dieu  ;  Tévêque 
fit  de  vains  efforts  pour  reconstituer  le  couvent.  En  1710, 
il  y  installa  une  religieuse  Bénédictine  chargée  d'y  intro- 
duire la  réforme  de  saint  Benoit,  mais  elle  ne  put  y  par- 
venir. Elle  offrit,  en  17 14,  de  résigner  ses  fonctions  entre 
les  mains  du  général  des  chartreux,  à  condition  qu'il  éta- 
blirait une  communauté  de  son  ordre  ;  les  bâtiments 
cessant  d'être  entretenus  s'écroulèrent  en  partie  en  1720. 

Les  deux  religieuses  qui  s'y  trouvaient  encore  en  1766, 
désespérant  de  relever  le  couvent,  faute  de  sujets,  se  reti- 
rèrent à  Toulouse,  avec  une  pension.  Roussel  de  Tilly, 
évêque  d'Orange,  voulant  augmenter  son  revenu  qui  était 
de  14,000  livres  seulement,  réunit  alors,  avec  l'approba- 
bation  du  roi  et  celle  du  pape,  les  biens  du  couvent  à  la 
manse  épiscopale,  et  mourut,  en  1774,  à  Saint- André,  où 
il  s'était  retiré  à  cause  de  son  grand  âge.  L'immeuble  fut 
vendu  par  le  gouvernement  révolutionnaire. 


Il  y  avait  en  AlIemagDe  des  Chapitres  protestants  :  les  dames  qui 
en  faisaient  partie  jouissaient,  sous  les  rapports  nobiliaires,  des 
mêmes  avantages  que  dans  les  Chapitres  catholiques.  {Mémoires  de 
la  baronne  d'Oijerkirch,  1869,  t.  I,  p.  16,  37,  54;  t.  II,  p.  358). 


276         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Les  bâtiments  actuels  n^ont  conservé  aucune  trace  d^ar- 
chitecture  féodale,  ou  religieuse  :  ils  servent  à  Texploita- 
tion  d'une  vaste  ferme,  contenant  environ  168  hectares, 
dans  laquelle  se  trouve  une  maison  de  campagne.  Elle 
appartient  à  MM.  Henri  et  Edmond  Corrcnson,  frères. 
Les  allées  ombragées  et  les  bouquets  de  verdure  qu'on  y 
rencontre  justifient  encore  son  nom  de  Ramières, 

L'exposition  de  ces  faits  généraux  se  rattachant  à  un 
couvent,  dont  les  religieuses  ont  tant  fait  parler  d'elles, 
était  nécessaire  pour  bien  comprendre  les  lettres  adressées 
à  Lafaïsse.  Celles-ci  serviront  en  outre  à  combler  les  lacu- 
nes du  récit  qui  précède,  en  nous  révélant  de  nouveaux 
incidents  inconnus  jusqu'à  ce  jour.  Je  dois  la  communica- 
tion d'une  partie  de  ces  lenres  à  l'obligeance  de  M.  Paul 
Maignot,  conseiller  général  de  l'Ardèche,  dont  j'ai  déjà 
parlé  au  commencement  de  cette  publication,  et  qui  les 
tient  de  M.  Joseph  de  Miraval.  Le  surplus  appanient  à 
M.  Kerviler  qui  a  bien  voulu  m'autoriser  à  terminer  ce 
volume.  Quelques  uns  de  ces  épisodes  font  peut  être  dou- 
ble emploi,  ce  qui  est  difficile  à  préciser. 

Charles  de  Grolée,  comte  de  Viriville,  gouverneur  de 
Moniélimar,  écrivit  le  i**  avril  1667,  la  lettre  suivante  à 
Lafaïsse,  qui  se  trouvait  alors  à  Meysse  :  «  Je  suis  de 
vos  amis  depuis  trop  long-temps  pour  ne  pas  vous  faire 
connaître  les  grands  sujets  de  plaintes  que  le  comte  de 
Chabrillan  (i)  et  sa  famille  prétendent  avoir  contre  vous, 


(1)  C*était  Joseph  de  Moreton,  lieutenant  de  roi  dans  le  VaJen* 
tinois  :  Il  obtint,  au  mois  'Tuctobre  1674,  Térection  en  marquisat 
du  fief  de  Chabrillan  que  sa  famille  possédait  depuis  plus  de  deux 
siècles.  Il  avait  quinze  frères  ou  sœurs,  et  Antoine,  son  père,  en 
avait  douze.  Les  couvents  offraient,  en  pareil  cas,  une  grande  res-- 
source  :  las  demoiselles  nobles  qui  avaient  une  légitime  peu  consi- 


ANDRÉ   DE  LAFAÏSSE.  277 

de  ce  que  vous  vous  êtes  mêlé  des  affaires  de  Pabbaye  de 
Saint-André.  Mesdames  de  Chabrillan,  ses  tantes,  lui  ont 
protesté  qu'elles  ne  vous  avaient  jamais  fait  aucune  prière 
à  cet  égard.  Je  vous  conjure  de  me  faire  savoir  pour  quel 
motif  vous  avez  agi  de  la  sorte,  etc.  » 

Lafaisse  répondit,  le  (4  juin  1667,  d'une  façon  assez 
obscure  et  diplomatique  :  «  Je  n'aurais  jamais  cru  que  le 
marquis  de  Chabrillan,  de  qui  j'aurais  plutôt  attendu  des 
remercîments  que  des  plaintes,  dût  être  le  premier  à  en 

former  contre  moi Mais  puisque  vous  voulez  avoir  la 

bonté  d'assoupir  ses  plaintes  qui  ont  fait  un  peu  trop  de 
bruit,  je  vous  supplie  de  me  donner  le  temps  d'apprendre 
le  sujet  que  je  puis  avoir  de  me  plaindre  de  lui.  Je  ne 
m'en  serais  point  mis  en  peine,  si  l'on  ne  m'avait  écrit 
qu'on  voulait  m'entretenir  de  violences  et  de  semblables 
choses  qui  se  sont  passées  à  Saint-André,  et  qu'on  ne 
pouvait  mettre  sur  le  papier. 

«  J'espère  en  être  informé  à  la  St-Jean.  Je  ne  vous 
demande  pas  ce  délai  à  dessein  d'en  tirer  un  prétexte  de 
résister  à  vos  volontés.  Quand  je  serais  d'une  humeur 
aussi  opposée  que  portée  à  la  paix,  et  que  nous  serions 
encore  au  temps  où  il  était  permis  de  se  faire  rendre  rai- 
son de  ceux  de  qui  on  avait  reçu  des  offenses Vous 

auriez  toujours  le  même  pouvoir  sur  moi Comme  le 

marquis  de  Chabrillan  a  été  informé  de  tout  et  qu'il  est 


dérable  et  ne  voulaient  pas  se  mésallier,  y  trouvaient  une  retraite 
convenable. 

Joseph  de  Moreton  épousa  en  1668  Antoinette  fille  de  Gaspard 
de  Vichy,  comte  de  Chamrond,  maréchal  de  camp,  et  mourut,  à 
Montélimar,  en  1706.  Pour  les  détails  généalogiques  sur  les  Cha- 
brillan, Voir  :  de  Coston.  Histoire  de  Montéhmar,  U  I,  p.  75  et  187  ; 
t.  II,  p,  14  et  151;  t.  III.  p    26  et  284. 

TOMB  XX.  -  1886.  19 


îyS      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

désabusé  de  ce  qu'il  aurait  voulu  croire,  il  est  juste  que  je 
le  sois  aussi,  et  que  je  sache  l'intérêt  que  moi  et  mes  pa- 
rents pouvons  avoir  en  ces  procédures  ». 

Il  a  été  question  à  la  date  de  1672,  de  M.  Sausin, 
greffier  du  prince,  à  Orange  ;  il  adressa,  au  sujet  des 
événements  qui  se  passaient  dans  cette  ville,  au  comte  de 
Dona,  une  note  que  celui-ci  envoya  le  22  octobre,  avec 
une  lettre.  Il  y  est  dit  en  substance  que  le  procès  survenu 
entre  le  prince  et  les  religieuses  est  pendant  devant  le  par- 
lement ;  que  s'il  n'était  pas  jugé  prochainement,  les  lettres 
de  survie  accordées  par  le  prince  à  M°*  de  Saint-Gervais 
(de  Chabrillan)  seraient  surannées;  qu'on  a  tort  de  lui 
contester  les  droits  qu'il  invoque  ;  que  les  religieuses  n'ob- 
tiendront pas  la  faveur  de  plaider  gratis,  parce  qu'il  y  a 
beaucoup  de  vieux  actes  à  examiner  et  qu'il  faudra  faire 
venir  des  magistrais  étrangers  pour  juger  sur  l'arrêt  de 
partage,  si  ceux  qui  y  avaient  pris  part  ne  pouvaient  plus 
connaître  de  l'affaire  et  que  le  prince  était  seulement  libre 
d'engager  son  parlement  à  modérer  les  éptces  le  plus  pos- 
sible. 

Pierre  Louis  de  Veynes(i),  seigneur  du  Prayet,  conseil- 


(1)  Il  épousa  Isabeau  de  Moreton  de  Chabrillan  ;  Claude  son  fils, 
fit  ériger  en  marquisat,  en  1695,  son  fief  du  Bourg-lès-Valence. 
Jean  Frédéric  François,  dernier  marquis  de  Veines,  épousa,  en 
1769,  Catherine  Charlotte  Françoise,  fille  de  Louis  François,  comte 
de  Maugiron.  lieutenant-général,  et  de  Marie-Françoise  de  Sasse- 
nage.  Elle  avait  une  immense  fortune,  mais  M.  de  la  Bâtie  ^ArmO" 
rialj  p.  397)  en  fait  un  portrait  peu  flatteur. 

Marguerite  Emilie  Esther,  sœur  du  dernier  marquis  de  Veynes, 
épousa  vers  1747  Jean  de  Plan,  seigneur  de  Siejès,  près  de  Digne, 
conseiller  au  parlement  de  Grenoble  de  1743  i  1781  dont  les  descen- 
dants habitent  Valence.  Le  père  de  Tabbé  comte  Sieyès,  conyen- 


ANDRÉ   DE  LAFAÏSSE.  279 

1er  au  parlement  de  Grenoble  en  i663  et  mort  en  1671, 
beau-frère  de  M.  de  Chabrillan,  écrivit  le  3  septembre 
1667  ^^  comte  de  Dona  :  «  Quelqu'embarras  que  les 
ennemis  des  dames  de  Saint-André  leur  aient  donné,  j'y 
trouve  des  avantages  considérables,  puisque  cela  m'a  pro- 
curé Thonneur  d'être  connu  de  vous. 

«  J'ai  su  la  bonté  que  vous  avez  d'employer  votre  cré- 
dit en  Hollande  afin  d'obtenir  un  brevet  pour  M"*  d'Our- 
ches  (de  Chabrillan),  et  de  procurer  en  même  temps  un 
brevet  pour  M"'  de  Saint-Gervais  (de  Chabrillan)  nommée 
coadjutrice.  Déjà  M.  de  Lafaïsse  avait  négocié  quelque 

chose  à  rinsu  de  toute  notre  famille J'ai  de  la  peine 

à  croire  que  M.  Dupré,  après  m'a  voir  donné  sa  parole, 

puisse  avoir  eu  d'autres  pensées  que  de  vivre  en  repos 

Nous  attendons  donc  sans  appréhender  cette  personne,  ni 
M.  de  Causans,  quoique  plus  puissant,  et  qui  menace  de 
sa  faveur  à  la  Cour  de  Hollande,  ce  que  vous  aurez  la  bonté 
de  nous  procurer  ». 

Le  comte  de  Dona  répondit  a  cette  lettre,  assez  obscure 
par  une  autre  aussi  énigmatique.  Il  dit  qu'il  a  toujours 
agi  franchement  ;  qu'il  n'y  avait  qu'une  voie  à  prendre; 
que  si  on  l'eut  suivie,  cela  aurait  sauvé  du  chagrin  à  bien 
du  monde.  «  J'enverrai  en  Hollande,  ajoute-t-il,  la  lettre 
de  M.  de  Chabrillan  et  la  votre,  bien  que  depuis  quelque 
temps  il  soit  arrivé  à  Orange  quantité  de  choses  qui  m'ont 
obligé  à  supplier  Son  Altesse  de  ne  m'y  employer  que 
dans  la  dernière  extrémité  de  son  service.  » 


tioDnel,  était,  dit-OD,  fils  naturel  de  Jean-Louis  de  Plan,  seigneur 
de  Sieyès,  trésorier-général  de  France  à  Aiz. 

M.  de  VayneM^Van-Bràhel,  lieutenant-colonel,  qui  habitait  Does- 
burg-sur-Tssel,  demandait  en  18il,  au  maire  de  Montélimar  des 
renseignements  sur  la  famille  de  Veynes,  connue  depuis  1302, 
dont  il  se  disait  issu 


280        SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

Le  comte  écrivit  de  Genève,  à  Lafaïsse,  le  20  septembre 
1667:  «  J'ai  envoyé  votre  lettre  en  Hollande,  jointe  à 

tous  les  raisonnements  dont  j'ai  été  capable Sausin  y 

est  fort  cru  et  agira  comme  il  doit  pour  vous  ». 

Lafaisse,  bien  que  protestant,  avait  été  amené  une  autre 
fois  à  intervenir  en  faveur  d'un  couvent,  car  en  1662 
M°"  de  Baronnat,  abbesse  de  Ste-Claire  d'Aubenas,  Tavait 
prié  de  la  protéger  contre  Tévêque  de  Viviers.  Gasparde 
de  Chabrillan,  qui  signe  de  St-Gervais^  coadjutrice  de  St- 
André,  lui  écrivit  de  Valence,  le  i5  août  1667,  une  lettre 
dont  l'orthographe  est  très-fantaisiste,  et  dont  la  teneur 
paraît  être  en  contradiction  avec  celle  du  marquis  de  Viri- 
ville.  «  J'ai  appris  par  M.  Dupré  que  vous  avez  reçu  mes 
provisions  (brevet  de  nomination.)  Vous  aurez  la  gloire 
de  finir  cette  affaire,  puisque  vous  avez  eu  la  bonté  de  la 
commencer Je  suis  tout  à  fait  sensible  aux  obliga- 
tions que  je  vous  ai,  etc.  » 

La  supérieure,  Charlotte  de  Chabrillan  (M"*  d'Ourches), 
remerciait  aussi,  en  1668,  celui  qui,  disait-elle,  avait  pro- 
curé le  bien  et  le  repos  de  sa  maison.  Elle  lui  adressait 
encore  le  19  août  1669,  une  lettre  ainsi  conçue  :  «  Vous 
m'avez  toujours  témoigné  beaucoup  de  bonté Per- 
mettez-moi de  vous  demander  la  grâce  de  vous  employer 
pour  ma  nièce.  Elle  est  fort  revenue  de  tous  ses  emporte- 
ments qui  paraissent  assez  légitimes,  imaginant  que  des 
filles  qui  sont  entrées  depuis  peu  en  religion  l'emportent 
sur  elle.  Vous  n'obligerez  pas  une  petite  famille  qui  a  assez 
de  puissance  pour  reconnaître  les  services  qu'on  lui  rend.  » 

La  lettre  suivante  écrite  de  la  Haye  par  le  comte  de 
Dona,  le  24  avril  16(59,  est  encore  relative  au  droit  de  pa- 
tronage réclamé  par  le  prince  d'Orange.  «  Le  chevalier 
de  Chabrillan,  dit-il,  est  en  ce  pays  avec  des  lettres  de 
Madame  Royale  d'Orléans  pour  S.  A.  qui  me  Ta  renvoyé. 


ANDRÉ   DE   LAFÂlSSE.  28 1 

J^ai  dit  à  S.  Â.  que  si  ceux  de  la  maison  de  Chabrillan 
avaient  offert  de  la  reconnaître  comme  il  faut,  on  n'aurait 

pas  mis  un  mot  entre  deux Le  chevalier,  se  targuant 

du  roi,  du  pape  et  de  l'ambassadeur,  je  lui  conseillai  de 
voir  ce  dernier,  homme  de  robe  et  fort  habile.  Il  le  fit  et 
me  dit  le  lendemain  qu'il  allait  partir.  » 

Les  longues  luttes  soutenues  par  les  religieuses  contre 
l'évêque  de  Vaison  étaient  déjà  commencées  en  lôyS. 
François  de  Castellane-Âdhémar,  comte  de  Grignan,  ma- 
rié en  troisièmes  noces  avec  la  fille  de  la  marquise  de 
Sévigné,  était  alors  lieutenant-général  au  gouvernement 
de  Provence  et  à  la  veille  de  s'emparer  d'Orange  et  d'en 
prendre  possession  au  nom  de  Louis  XIV.  Celui-ci  lui 
envoya,  le  24  octobre  lôyS,  Tordre  suivant  : 

«  Monsieur  le  comte  de  Grignan,  la  vie  si  scandaleuse 
que  mènent  depuis  long-temps  les  religieuses  Chartreuses 
établies  dans  la  principauté  d'Orange,  et  le  peu  de  respect 
qu'elles  ont  eu  jusqu'à  présent  pour  les  ordres  des  Pères 
Chartreux,  leurs  supérieurs,  les  ayant  forcés  d'en  aban- 
donner la  conduite  comme  des  filles  incorrigibles,  et  en- 
tièrement incapables  de  discipline  et  de  régularité,  le 
S*"  évêque  de  Vaison,  leur  supérieur,  a  cru  qu'il  était  du 
devoir  pastoral  que  lui  impose  son  caractère,  d'employer 
la  sévérité  des  lois  et  des  constitutions  ecclésiastiques  pour 
tâcher  de  remédier  à  cet  extrême  désordre,  et  il  a  en 
même  temps,  recouru  à  mon  autorité  pour  favoriser  l'exé- 
cution de  ses  ordonnances. 

(c  J'ai  voulu  vous  faire  cette  lettre  pour  vous  dire  que 
mon  intention  est  que  vous  ayez  à  donner  au  dit  S' évêque 
de  Vaison  toute  l'aide,  main  forte,  faveur  et  assistance 
dont  vous  serez  par  lui  requis,  et  de  laquelle  il  pourra 
avoir  besoin  pour  faire  exécuter  ses  ordonnances  contre 
les  susdites  religieuses,  sur  ce  je  prie  Dieu  qu'il  vous  aie^ 


282  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

Monsieur  le  comte  de  Grignan,  en  sa  sainte  garde.  Ecrit 
à  Versailles,  le  24*  jour  d'octobre  1673,  signé:  Louis.  » 

Avant  d'employer  la  violence,  le  comte  de  Grignan  écri- 
vit à  la  supérieure  une  lettre  ainsi  conçue  :  «  Vous  savez 
la  part  que  je  prends  dans  tout  ce  qui  regarde  votre  mai- 
son et  le  respect  que  j'ai  pour  vous.  Il  n'en  faut  pas  davan- 
tage pour  vous  persuader  que  vos  intérêts  me  sont  extrê- 
mement chers,  et  que  je  ferai  toujours  tout  ce  qui  dépen- 
dra de  moi  pour  vous  rendre  mes  très-humbles  services. 
Le  roi  désire  que  vous  vous  conformiez  au  règlement  que 
l'évêque  de  Vaison  veut  établir  dans  votre  monastère. 
S.  M.  m'a  envoyé  ses  ordres  pour  faire  exécuter  ceux  de 
ce  prélat.  Je  serais  bien  malheureux,  Madanie,  si  j'étais 
obligé,  en  cette  occasion,  de  servir  l'autorité  du  roi,  mais 
je  suis  persuadé  que  la  considération  que  vous  avez  pour 
votre  évêque,  et  la  prière  que  je  vous  fais  de  détérer  à  ses 
sentiments,  vous  porteront  à  faire  sans  répugnance,  ce 
que  S.  M.  souhaite  de  vous.  Je  vous  en  supplie,  très-hum- 
blement. Madame,  et  croyez,  qu'on  ne  peut  pas  vous 
honorer  plus  que  je  le  fais,  ni  être  plus  parfaitement  que 
je  suis  votre  très-humble  et  obéissant  serviteur,  Grignan.  » 

De  son  côté,  la  supérieure  de  Saint- André,  M"*  de  Cha- 
brillan,  adressa  le  8  janvier  1674,  ^  Simon  Arnauld,  mar- 
quis de  Pomponne,  ministre,  la  lettre  suivante  :  «  Dans 
l'extrême  déplaisir  que  mes  sœurs  et  moi  avons  reçu  en 
apprenant  que  l'évêque  de  Vaison  s'est  porté  à  nous  ca- 
lomnier auprès  de  S.  M.,  ce  qui  est  une  action  indigne  de 
la  part  d'un  prélat,  nous  avons  tiré  quelque  consolation 
d'apprendre  que  S.  M.  a  voulu  que  cette  affaire  passât 
par  vos  mains.  Nous  savons  que  vous  êtes  sorti  d'une 
famille  aussi  illustre  par  ses  vertus  que  par  sa  noblesse  : 
nous  espérons  que  vous  ne  nous  refuserez  pas  votre  pro- 
tection lorsque  notre  innocence  vous  sera  connue Le 


ANDRÉ  DE   LAFAÏSSE.  283 

comte  de  Grignan  sait  très-bien  que  nous  ne  soufiFrons 
rien. dans  notre  monastère  qui  puisse  choquer  la  régularité 
de  notre  ordre,  etc.  » 

Le  Conseil  d'Etat  renvoya  le  t6  avril  1674  l'affaire 
devant  le  parlement  de  Grenoble,  et  ordonna  au  comte  de 
Grignan  de  suspendre  l'exécution  des  ordres  de  la  Cour. 
Voici  des  extraits  de  cet  arrêt  : 

«i  Sur  ce  qui  a  été  représenté  au  roi,  étant  en  son 

conseil,  par  les  religieuses que  encore  que  depuis 

plusieurs  siècles  elles  aient  vécu  sous  la  mitigation  de 
Tordre  de  Saint-Bruno,  suivant  les  règles  du  dit  monas- 
tère approuvées  par  les  évêques  de  Vaison,  néanmoins  le 
S*"  évêque,  ayant  prétendu  que  les  suppliantes  menaient 
une  vie  trop  licencieuse,  il  aurait,  sous  ce  prétexte  fait 
une  ordonnance  pastorale  par  laquelle  il  veut  les  obliger 
à  la  clôture,  dont  elles  sont  exemptes  par  privilège  du 
Saint-Siège 

«  Mais  bien  que  les  suppliantes  aient  interjeté  appel 
comme  d'abus  de  cette  ordonnance  et  que  l'effet  en  doive 
être  suspendu,  et  les  suppliantes  maintenues  par  provision 

dans  leurs  privilèges le  ditS''évêque,au  préjudice  de  la 

pratique  générale  de  tous  les  tribunaux  de  l'Europe,  sans 
s'arrêter  au  dit  appel,  et  sans  avoir  aucun  égard  à  l'extrac- 
tion noble  des  suppliantes,  ni  à  l'intégrité  de  leur  vie  et  de 
leurs  mœurs^  les  aurait  excommuniées,  et  les  traitant  d'in- 
fâmes et  rebelles,  aurait  ôté  le  très-saint  sacrement  de  leur 
église,  et  mis  l'interdit  à  leur  porte 

«  Cette  procédure  si  extraordinaire  ayant  mu  la  piété 
de  révêque  de  Carpentras  à  s'entremettre,  l'évêque  de 
Vaison  a  pris  une  voie  toute  contraire,  et  a  recouru  à  la 
protection  de  S.  M.  Sous  un  vain  prétexte  de  libertinage 
prétendu  des  suppliantes,  il  a  obtenu  de  S.  M.  un  ordre 
par  lequel  il  enjoint  au  comte  de  Grignan  de  tenir  la  main 


284       SOCIÉTÉ   d'archéologie  ET   DE  STATISTIQUE. 

à  Texécution  de  la  dite  ordonnance  pastorale,  dont  Peffet 

doit  être  suspendu  en  vertu  de  Tappel  comme  d^abus 

Le  parlement  d'Orange  ayant  été  supprimé,  Sa  Majesté 
renvoie  les  parties  devant  le  parlement  de  Grenoble  pour 
prononcer  sur  le  dit  appel,  et  ordonne  de  surseoir  l'exécu- 
tion de  l'ordre  envoyé  au  sieur  de  Grignan A  Ver- 

sailleSy  le  i&^  jour  d'avril  1674.  » 

• 
(A  continuer.) 

Bon  DE  COSTON. 


NUMISMATIQUE  DU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE.    285 


NUMISMATIQUE 

DU    PARLEMENT 


'DE    G%EtK(yBLE. 


SuiTB.  —  Voir  la  71*,  73%  73*,  74*,  75%  76»  et  77»  livraison. 

LAURENT-CÉSAR  DE  CHALÉON 

1788 


J.  ^   MON    PARRAIN    MESSIRE    LAURENT   CESAR  DE   CHA- 


? 


LEON  DE  CHAMBRIER^*^ 

BARON  DE  CHATEAUNEUF  ET  DE  LALBENC  CONSEIL- 
LIER  AU  PARLEMENT 

MA  MARRAINE  DEMOISELLE  JUSTINE  DE    LA   GACHE 
DAME  DU  FIEF  DE 
ROUSSI  ERES 

Sur  la  panse  : 

Ecusson  de  Bonnevie,  sous  lequel  on  lit  :  1788 
3*  cloche  de  Vif.  —  Diamètre  :  47  centimètres. 


(1)  Laurent-César  de  Chaléon,  né  à  Grenoble,  le  iô  noTembre 
1729,  arocat  en  la  Cour,  n'avait  que  20  ans,  lorsqu'il  fut  nommé 


286       soaÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Conseiller  au  Parlement  (lettres  du  4  aTril  1750,  en  remplacement 
de  Sébastien  de  Guilliet  de  Lejssins,  décédé,  et  reçu  le  18  du 
même  mois)  ;  son  père,  Laurent  de  Cbaléon,  seigneur  de  Saint- 
Romand  (Armoriai  du  DauphinéJ,  Conseiller  au  Parlement  en  1680, 
arait  épousé  Marguerite  de  Chambrier  de  l'Isle.  M.  Pilot-Dethorey 
nomme  le  fils  tantôt  Laurent,  tantôt  Louis  :  notre  cloche,  d'accord 
avec  VArmariàl^  rétablit  son  véritable  prénom.  Laurent  César, 
baron  de  Cbaléon  de  Chambrier,  fut  député  de  la  Noblesse  aux 
États-Généraux  de  1788. 


CH.-ÉTNE  LE  CLET 

1789 


+    MON  PARRAIN  EST  TRES  HAUT  ET  PUISSANT  SEIGNEUR 
CHARLES  ETIENNE   LE  CLET^*'  CHEVALIER 

ar   SEIGNEUR    d'eybens    conseigneur    de    SEYSSINS. 

SEYSSINET.  PARIZET.  S'f   NIZIER.  ET  AUTRES 

ar  PLACES  CONSEILLER  AU  PARLEMENT  DE  DAUPHINE 
MA  MARRAINE  HAUTE  ET  PUISSANTE  DAME 

fir  MARGUERITE  JULIE  DE  JOANNIE  SON  EPOUSE  QUI 
MONT  NOMMEE  CHARLOTTE  JULIE  Sa^  M^  ROBER- 
TIERRE 

SIEURS  ANTOINE  RAVANNAT  ET  lOSEPH  MURAILLAT  DE- 
PUTES DE  LA  COM"^  DEYBENS  m* 


('loche  d'Eybens^î.  —  Diamètre  :  94  centimètres. 


(1)  Charles-Etienne  Leclet,  avocat  en  la  Cour,  Conseiller  au  Par- 
lement par  lettres  du  23  juillet  1777  ;  reçu  le  27  août  suivant.  Né 
à  Grenoble  le  21  juin  1754,  il  avait  donc  23  ans,  lorsqu'il  remplaça 


NUMISMATIQUE   DU   PARLEMENT   DE   GRENOBLE.  287 

son  père,  Pierre*Charles  Leclet,  décédé  le  29  octobre  1773,  et  Con- 
seiller depuis  le  1*'  septembre  1741.  —  (2)  Communauté.  — (3)  Cette 
cloche  ajant  été  mutilée,  cisaillée  complètement,  à  Tépoque  de  la 
Révolution,  c'est  avec  beaucoup  de  peine  que  j'ai  réussi  à  en  faire 
revivre  la  légende.  Je  ne  puis  en  dire  autant  pour  les  sujets  qui 
lui  servaient  d'ornement  ;  j'y  ai  complètement  échoué. 


FOIS.JH    DE  MEFFRAY 
DE  CÉSARGES  D'HAUTEFORT 

1804 


SIX      NOMEN     DOMINI     BENEDICTUM^*^     SAINT     MAURICE 
PATRON   DE  CHESENEUVE' 

Mî  FRANÇOIS  JOSEPH  DE  MEFFRAY  DE  SEZARGE    D    ÏIAU- 
TEFOR^*^  PARRAIN- 

M9    ENGELIQUE  JEANNE  THERESE  DE  LESSIN^^  MARRAINE- 
1804-  V.  ST^*^ 

&  SOUS  LA  MAIRIE  DE  JAQUES  JAIQUIER-    LAN-   12-    D-    L- 
R-  F-W 

Cloche  de  Chèseneuve.  —  Diamètre  :  Sy  centimètres. 


(l)/o6,  I,  V.  21.  —  Psaume  CXII.  ▼.  2.  —(2)  Ancien  officier  de 
dragons,  puis  avocat  en  la  Cour  ;  Conseiller  par  lettres  de  Com- 
piègne  du  1*'  août  1764,  avec  dispense  de  parenté  (en  remplacement 
et  sur  la  résignation  de  J^-M^  de  Barrai  de  Montferra,  nommé 
Président)  ;  reçu  le  31  du  même  mois.  Il  fut  maintenu  dans  ses 
fonctions  par  TEdit  d'octobre  1771  ;  puis  réintégré,  lors  du  rétablis- 
sement du  Parlement  par  Pordonnance  royale  du  10  avril  1775.  Il 
exerçait  encore  en  1790.  —  (3/  Sa  femme,  iille  de  F**'  de  Lejssin, 


288         SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

baron  de  DomejssiDf  en  Savoie,  capitaine  au  régiment  de  Monaco, 
chevalier  de  St-Louis,  et  de  Suzanne  de  Montquin.  Elle  était  nièce 
de  P^-L*  de  Lejssin,  qui  fut  le  dernier  archevêque  d'Embrun.  — 
(4)  Vieux  style.  —  (5)  Uan  \2dela  République  française. 


LAURENT-CÉSAR  DE  CHALÉON 

1811 


»1. 

+    SOUS  LE  REGNE  DE   LEMPEREUR  NAPOLEON    l"^  LE  VO- 
CABLE DE  S^  PIERRE^J  A  CROLLES  ET  LA 


MAIRIE     DE     M-     BOUVRET    ROCOUR    ON      MA    NOMME 
MARIE  •:•    MON  PARRAIN  A  ETE  M?  LAVRENT  CESAR 

ÏT   DE    CHALEON  DOYEN    DES    MAGISTRATS    DE    LANCIEN 
PARLEMENT  DE  GRENOBLE^*^  ••  ET  MA  MARRAINE 

\3r   MADAME  CHARLES  JOSEPHE  DE  BARRAL  NEE  BARNAVE 
DE  BOUDRA^*^  ..  JAI  ETE  BENITE  PAR 


M"^  JACQUES  CATHIARD  RECTEUR  DE  LA    SUCCURSALE 

EN  8"»  i8ii  .;• 

Sur  la  panse,  marque  du  fondeur  Bonnevie,  un  Cru- 
cifix, la  Vierge  au  prie-Dieu  et  Y  Ange  Gabriel. 

Cloche  de  Crolles.  —  Diamètre  :  1 14  centimètres. 


(1)  L'un  des  patrons  du  lieu.  —  (2)  V.  la  note  1  de  l'inscription 
campaoaire  de  Vif  de  1788  —  (3)  Boudrat  était  une  famille  de  Gre- 
noble qui  a  donné  un  Trésorier  général  de  Dauphiné  en  1770. 


NUMISMATIQUE  DU  PARLEMENT  DE  GRENOBLE.    289 


AUS-FOis  DE  GAUTERON  D'HURTIÈRES 

1818 


f-    FIDELES    VOCO    MORTUOS    PLORO     FUL-     * 

CURA^^  PELLO  

—  ly»  ALEXIS  FRANCISCUS  II  DE  GAUTERON^^  DONAVIT 

MAGDALENA  JOANNA  DE 

i^    LANGON  UXOR  EJUS  NOMINAVIT  ANNO  1818 

Au  bas,  marque  de  Bonnevie  et  écusson  aux  armes 
de  Langon^'î. 

Cloche  de  Tullins.  —  Diamètre  :  78  centimètres. 

Cette  cloche,  qui  était  la  deuxième,  a  été  vendue  au  fon- 
deur en  1869  et  remplacée,  la  même  année,  par  une  cloche 
nouvelle.  Je  me  félicite  d'en  avoir  relevé  l'inscription  en 
temps  utile. 


(1)  Pour  FULGURA.  —  (2)  Alexis-François  II  de  Gauteron 
d'Hurtière,  Président  en  la  Chambre  des  Comptes  de  Dauphiné 
par  lettres  patentes  du  1*'  août  1781,  en  remplacement  d* Alexis- 
François  1*'  de  Gauteron,  son  père  ;  reçu  le  23  mars  1782.  Il  est 
mort  sans  enfants  de  sa  femme,  Magdeleine-Jeanne  de  Langon.  — 
(3)  Parti  au  1  :  Bcartelé  aux  i  ei  \  de  gueules  au  lion  d'or  ;  au  2  et  3, 
d'azur  à  trois  fasces  d*or^  et,  sur  le  tout,  l'écusson  est  chargé  en  c(Bur 
d'une  coquille  de  méme^  qui  est  de  Gauteron  ;  au  2  :  de  gxàeuUs,  à  la 
tour  d'argent,  crénelée  de  quatre  piices,  maçonnée,  feneslrée  et  portiUée 
desa^le,  qui  est  de  Langon.  Le  tout  sous  une  couronne  de  marquis 
sommée  d'un  lion,  et  soutenue  par  deux  autres  lions. 


jt    -^^ 


290  SOCIETE   D  ARCHEOLOGIE   ET  DE   STATISTIQUE. 


jQUES.pRE  DE  BARRI N  DE  CHAMPROND 

1818 


(Croix  de  Lorraine)  dediee  a  la  s^*  vierge  marie  en 

SEPTEMBRE    1818   PARRAIN  JACQUES  PIERRE  DE 

(Croix  de  LorraineJ  barrin  champron  conseiller^*' 

MARRAINE  JOSEPHINE    EUGENIE   DE   BARRIN    CHAMBONAS 
DE  PERAU. 

Au  bas,  F  VALETTE  (^murque  de  Rosier  fondeur)  fecit 

Sur  la  panse,  un  crucifix^  entre  saint  pierre  et  s^ 
MICHEL  avec  ces  deux  légendes,  figurées  à  gauche  pour 
le  premier  et  à  droite  pour  le  second. 

Cloche  de  Beaurepaire.  —  Diamètre  :  82  centimètres. 


(1)  Jfl^w-pw  de  Barrin  de  Champrond,  ayocat  en  la  Cour,  Con- 
seiller par  lettres  du  SO  oct.  1784,  en  remplacement  d'Amable- 
Pierre- Albert  de  Bérulle,  nommé  Président  ;  reçu  le  28  déc  suivant. 
Il  exerçait  encore  en  1790,  lors  de  la  suppression  du  Parlement; 
mais,  nommé  Conseiller  à  la  Cour  impériale  et,  successivement,  à 
la  Cour  royale  de  Grenoble,  il  y  mourut  en  1834  11  est  auteur  de 
diverses  traductions  et  de  nombreux  opuscules  poétiques,  publiés 
sous  le  voile  de  l'anonyme  et  portant  ordinairement  cette  indica- 
tion :  par  un  Conseiller  honoraire  à  la  Cour  de  Grenoble  ou  par  un 
ancien  Conseiller  au  Parlement, 


NUMISMATIQUE   DU   PARLEMENT   DE   GRENOBLE.  2g{ 

JH-GAB.  DE  POURROY  DE  L'AUBERIVIÈRE 

DE  QUINSONNAS 

1819 


f     LAN     1819    DOM^*^    SIT    NOMEN    DOMINI    BENEDICTUM 
EGO  SUM  CATHARINA  CLAUDIA  lESU 

f     REDEMPTORI      NOSTRO    DICATA    JAI     ETE    BENIE    PAR 
M*  F*^^  VIALLET  CURE  DE  S''  BAUDILLE 

f   MON    PARRAIN    M*^  CLAUDE    ABEL  BERGER  DE    S^  BAU- 
DILLE BT  MA  MARREINE  D^   CATHERINE 

f   C=  DE    CHAPONAY  V=  DE    M^  DE  QUINSONNAS^^  1^    M"^ 
GABRIEL  BERGER  MAIRE 

i^   M"  A"  GOUMAND    ADJOINT    M*^  LOUIS    ROSE   BERT  M» 
PIERRE  HENRY  GRIOT  M»  LAURENT  MARQUE 

ar   M*^  PIERRE  FAVIE 

Au  bas  :  joseph  jean  b"  les  rosier  frere  mon 
FAIT,  et  leur  marque  de  fondeurs. 

Cloche  de  St-Baudille  (canton  de  Crémieux).  —  Dia- 
mètre :  88  centimètres. 


(1)  Deo  opiimo  maximo.  —  (3)  Catherine-Claudine  de  Chaponaj, 
yeuTe  de  M.  Gabriel  Pourroy  de  l'Auberivière  de  Quinsonnas, 
avocat  en  la  Cour.  —  Président  par  lettres  de  Compiègne  du  16 
juillet  1757,  en  remplacement  de  Maro-J**  Pourroy  de  TAuberivière, 
son  père,  décédé  en  1750  ;  —  reçu  le  8  août  suivant.  —  Démission- 
naire en  1771  et  mort  en  1786. 


2g2       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

La  Chesnaje-Desbois  l'appelle  Horace^  m**  de  Qainsonnas,  sei» 
gneur  du  comté  de  Sève,  des  terre  et  château  de  Villion  (Dombes), 
baron  de  Mérieu,  Morestel,  etc. 


ALïS-FOis  DE  GAUTERON  D'HURTIÈRES 

1820 


t  SONUS  CAMPANAE,  VOX  DEI.  SIT  NOMEN  DOMINI  BE- 
NEDICTUM.  cette  cloche  a  ETE  AUGMENTEE  ET  RE- 
FNODUE^*^ 

t  PAR  LES  SOINS  DE  M*  BARBIER,  MAIRE  DE  VIRIEU, 
15  JUILLET  1820.  LE  PARRAIN  A  ETE  M"^  LE  MARQUIS  DE 
GAUTERON^^ 

f  ET  LA  MARRAINE  MADAME  LA  MARQUISE  DE  GAUTERON 
NEE  DE  LANGON 

Au  bas,  marque  de  Rosier  fondeur. 

i"  cloche  de  Virieu.  —  Diamètre  :  99  centimètres. 

(1)  Pour  refondue.  —  (2)  V.  la  note  2  de  ^inscription  de  la  cloche 
de  TuUins  de  1818. 


CHARLES-ETIENNE  LE  CLET 

1821 


t>¥9m  LUDOVICO  DECIMO  OCTAVO  REGE  NOSTRO  ET 
OMNIBUS  PRINCIPIBUS  FAMILIΠ EJUS  AMOR  ET  FIDE- 
LITAS   182I 


NUMISMATIQUE   DU    PARLEMENT   DE   GRENOBLE.  293 

PARRAIN  M**  CHARLES  ETIENNE  LE  CLET  ANCIEN 
MAGISTRAT  AU  PARLEMENT^*^  DU  DAUPHINE  MARRAINE 
M'   MAGDELEINE 

—   JEANNE  DE  LAUZON^*^  V^    DE  GAUTERON 

Au  bas,  marque  de  l*.  frerejean  —  a  —  lyon 

r*  cloche  de  St-Louis,  de  Grenoble.  —  Diamètre  : 
145  centimètres. 


(1)  V.  la  note  1  de  la  cloche  de  1789.  —  (2)  Coquille  du  fondeur, 
qui  a  lu  Lauzon  au  lieu  de  Lançon,  (Y.  les  inscriptions  des  cloches 
de  Tullins  (1818)  et  de  Virieu  (1820). 


MICHEL-LUC-ANDRE  BARGES  DE  CERTEAU 

1823 


»7. 

—  f    EN    1823     lAI    ETE   BENITE    PAR  M-"^   I-    P-  MENTHAZ 
BERTHON    CURE   DE    VIGNEUX    lAI    EU  POUR    PARRAIN 

M-^   MICHEL  LUC  ANDRE 

—  t    BARGE  DE    CERTEAU^'^  CONSEILLER    HONORAIRE   A 
LA  COUR  ROYALE  DE  LYON    ET   POUR    MARRAINE  M" 
CATHERINE  VICTOIRE 

—  fUne  ligne  de  draperies  relevées  par  des  nœuds.) 

—  f    PALERNE     DE      SAVY     SON    EPOUSE     GABRIEL    PEY 
MAIRE 

Sur  la  panse,  Crucifix  entre  les  marques  de  Vallette 
et  Rosier. 

Tome  XX  -  1886.  20 


294      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Dessous  :  ecce  ancilla  domini  fiât  mihi  secundum 
VERBUM  tuum  ;  —  Evêque  ;  —  Set^^^  (la  Vierge)  marie 

Cloche  de  Vignieux.  —  Diamètre  :  97  centimètres. 


(1)  Michel-André-Z^uif-«/ac9u«5  (suiYant  V Inventaire-Sommaire  des 
Archives  du  Dauphiné),  Barges  de  Certeau,  avocat  au  Parlement,  fut 
nommé  Avocat  général  en  la  Chambre  des  Comptes  en  remplace- 
ment et  sur  la  résignation  de  Gabriel  Bozonier  de  TEspinace  et 
reçu  le  27  novembre  1784.  Il  était  encore  en  exercice  en  1790.  Lors 
de  la  Restauration,  il  fut  nommé  Conseiller  honoraire  à  la  Cour 
royale  de  Lyon.  Il  décéda  en  octobre  182-A.  —  (2)  Ste. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  296 


ANTIQUITÉS  DE  PACT 


Suite.  —  Voir  les  ^(i*  et  77»  livraisons. 

-ea 


En  1842,  on  trouva  près  des  fondations  d^une  habitation 
romaine  à  Tourdan  un  vase  en  argent  orné  de  deux  regis- 
tres de  figures  ciselées  en  très  bas  relief  et  du  travail  le 
plus  parfait.  Des  femmes  demi-nues,  couchées  ou  assises 
sur  des  animaux,  dans  des  attitudes  gracieuses,  accompa- 
gnées de  génies  ailés  qui  marchent  ou  voltigent  autour 
d^elles  en  tenant  des  emblèmes,  représentent  les  saisons 
dans  Tordre  de  leur  succession  naturelle.  Au-dessous,  une 
zone  plus  étroite  retrace  Timage  de  la  mer,  avec  des  mons- 
tres marins  sur  les  flots  portant  sur  le  dos  des  petits  génies. 
Une  ancre,  un  aviron,  des  poissons,  des  coquillages  com- 
plètent les  attributs  de  l'empire  de  Neptune.  «  Rien  n'est 
suave,  dit  M.  Allmer,  comme  l'ensemble  de  cette  compo- 
sition dont  l'exécution,  d'une  excellente  pureté  de  lignes 
et  d'une  exquise  perfection  de  modelé,  révèle  dans  son 
auteur  un  artiste  de  l'habileté  la  plus  grande.  » 

Ce  vase  précieux  de  o™  i6  de  haut,  de  forpe  ovoïde, 
enrichi  d'une  anse  mobile  en  torsade  a  passé  de  la  collec- 
tion Girard  au  British  Muséum  de  Londres  dont  il  fait 
l'ornement  principal. 

Pact,  situé  entre  Revel-Tourdan  et  Golat,  ne  pouvait 
manquer  de  fournir  son  contingent  d'antiquités.  Bien  des 
personnes,  et  notamment  MM.  Jourdan,  Chaste  de  Galle- 


296  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

rands,  H.  de  Terrebasse,  Eolde  Berthin,  ont  favorisé  nos 
recherches  ;  mais  l'exiguité  de  nos  ressources  ne  nous  a 
pas  permis  de  disputer  aux  brocanteurs  un  certain  nom- 
bre d'objets  dont  la  description  aurait  rendu  notre  faible 
travail  beaucoup  plus  intéressant. 

Nous  n'avons  trouvé  jusqu'ici  ni  bijoux  ni  camées, 
mais  simplement  des  fibules,  des  agrafes  et  quelques  objets 
de  toilette  peu  importants.  Les  tombeaux  gallo-romains 
du  Château- Vert  ont  fourni  des  bracelets  en  argent,  un 
ornement  retenant  un  voile  sur  la  tête,  passés  au  musée  de 
M.  Berthin  (i). 

Quant  aux  monnaies  en  argent  elles  rappellent  Jules 
César,  grand  prêtre.  César  Auguste,  Tibère,  Claude, 
Néron,  Galba,  Vespasien,  Titus,  Domitien,  Nerva,  Tra- 
jan,  Adrien,  Antonin-le-Pieux,  Marc-Aurèle,  Commode, 
Alexandre-Sévère,  Gordien  I,  Gordien  II,  Trébonianus, 
(]laude-Tacite,  Constance-Chlore,  outre  plusieurs  pièces 
de  familles  romaines.  Les  monnaies  en  bronze  sont  en 
nombre  considérable  :  on  les  compte  par  milliers  à  Pact 
et  Mornay.  Celles  qui  se  retrouvent  le  plus  fréquemment 
sont  des  colonies  de  Marseille,  de  Nîmes,  de  Vienne  et  de 
Lyon  (2). 

De  la  poterie  en  terre  rouge,  avec  dessins  et  médaillons, 
ainsi  que  de  celle  en  terre  noire  avec  fleurs  et  feuillages, 
nous  n'avons  jusqu'à  ce  jour  pu  recueillir  que  six  vases 
cassés,  dont  deux  présentent  des  scènes  mythologiques. 
Un  vase  noir  à  fleurs  et  feuillages  nous  a  paru  assez  rare. 


(1)  Bulletin  de  la  Société  d^archéologie  de  la  Drôme,  juillet  1885. 

(2)  MM.  Chaste  de  Gallerauds,  Berthin  de  Beaurepaire,  Delav 
de  Jarcieu  ont  formé  des  médailliers  avec  les  pièces  trouvées  en 
notre  localité. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  297 

Enfin  la  marque  OFI.  PRIM.  se  lit  sur  un  tesson  recueilli 
aux  Morelles. 

Dans  un  numéro  précédent  de  ce  Bulletin  nous  avons 
donné  la  description  de  deux  tombeaux  romains  trouvés  à 
Château-Vert.  Le  8  mars  i885  nous  en  avons  étudié 
deux  autres  au  cimetière  de  Pact,  devant  la  nouvelle  porte 
d'entrée.  Les  débris  d'un  vase  en  terre  rouge  et  un  glaive 
dont  la  pointe  était  en  fer  et  la  poignée  en  bronze,  une 
médaille  à  Teffigie  de  César-Auguste,  portant  au  revers 
l'inscription  :  ob  civis  servatos^  sont  les  seuls  objets  que 
nous  ayons  jugé  dignes  d'être  signalés.  Trouvés  isolément 
au  fur  et  à  mesure  des  travaux  de  la  culture,  les  tombeaux 
romains  des  Morelles  et  de  Montanet  n'ont  pu  être  étudiés 
avec  toute  l'attention  nécessaire.  Toutefois  dans  la  plu- 
part on  a  recueilli  des  médailles  de  Constance-Chlore  et 
des  glaives  semblables  à  celui  du  cimetière  de  Pact,  sauf 
la  forme  de  la  poignée  en  bronze. 

Trois  fragments  d'inscriptions  provenant  des  Ocellats, 
et  deux  autres  inscriptions  déjà  publiées,  du  V  au  VP 
siècle,  ne  sont  plus  romaines,  mais  déjà  Burgondes  ;  ces 
peuples  ayant  envahi  le  Viennois  de  407  à  436  pour  y 
fonder  un  royaume  qui 'échut  aux  Francs  en  6i3. 

Depuis  cette  époque  jusqu'à  la  féodalité  le  territoire  de 
Pact  se  couvre  de  ténèbres,  éclairées  un  instant  par  les 
chartes  déjà  citées. 

La  multiplicité  des  églises,  comme  Moissieu,  les  Ocel- 
lats, Pact,  Puvilin,  St-Sulpice,  et  St- Vincent  de  Golat  (1), 
dans  un  espace  assez  restreint  de  territoire  démontre  clai- 


(1)  M.  Eugène  Jourdan  possr  de  deux  fragments  d'inscriptions 
chrétiennes  du  V*  au  VI*  siècle,  suivant  M.  Allmer,  et  trouvés  à 
Golat. 


298  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET    DE   STATISTIQUE. 

rement  l'esprit  religieux  de  cette  population,  devenue 
chrétienne  très  vraisemblablement  dès  les  premiers  siècles 
delà  domination  romaine,  et  demeurant  dans  l'orthodoxie 
alors  que  les  Burgondes  introduisaient  Tarianisme.  C'est 
ce  que  nous  apprennent  les  inscriptions  sur  lesquelles  se 
trouvent  répétés  les  mots  conventionnels  :  bonœ  memoriœ^ 
au  V'  siècle. 

Il  nous  resterait  à  parler  des  amulettes  et  notamment 
d'un  morceau  de  stéatite  de  forme  ovale  ;  de  perles  en 
émail  bleu,  imitation  des  perles  égyptiennes,  ou  à  points 
jaunes  entourées  d'un  œil  blanc  ou  ovale  ;  d'un  calcaire 
rond,  convexe  sur  ses  deux  faces,  acuminées  au  centre  ; 
d'une  empreinte  d'ammonite  percée;  d'une  moitié  de  pierre 
d'aigle,  provenant  d'une  géode  de  fer  hydraté  et  d'autres 
jeux  de  la  nature  à  formes  étranges,  recueillis  avec  soin 
par  les  Gaulois. 

Enfin  un  débris  d'inscription  romaine  d'une  bonne 
époque,  peut-être  du  2*  siècle,  semble  indiquer  un  temple 
aux  Ocellats,  entouré  de  quelques  habitations. 

M.  AUmer  qui  a  vu  l'estampage  de  cette  insciption 
malheureusement  incomplète,  a  lu  le  nom  de 

MAIAE. 

«  C'est  suivant  toute  vraisemblance,  dit  Thabîle  épi- 
graphiste,  une  dédicace  à  Maïa,  la  mère  de  Mercure. 

a  II  devait  y  avoir  Maiae  AucusTiE  sacrum,  puis  les 
noms  du  dévot  qui  a  élevé  l'auiel,  sans  doute  d'après  un 
vœu  (i). 

«  Il  existe  à  Chatte,  près  Saint-Marcellin,  deux  autels, 
l'un  à  Mercure,  l'autre  à  Maïa...  » 

(1)  Voir  la  Revue  épigraphtque  de  M  Allmer,  juin  1886. 


ANTIQUITÉS   DE  PACT.  299 

Ce  serait  donc  là  le  débris  le  plus  significatif  de  nos 
fouilles. 

Mais  nous  en  avons  dit  assez  pour  démontrer  les  riches- 
ses de  notre  région  et  appeler  sur  elle  l'attention  des 
archéologues,  dans  Tespoir  de  trouver  plus  tard,  grâce  au 
concours  bienveillant  de  là  population,  des  objets  plus 
remarquables  encore. 

Les  Archives  du  Mandement  de  Bellegarde,  dont  Pact 
relevait,  furent  détruites  au  temps  de  la  Ligue  ou  peu 
après,  par  «  des  soldats  qui  en  rompirent  le  coffre  dans 
«  la  maison  Laurens^  emportèrent  des  papiers^  brûlèrent 
a  ou  gettèrent  les  autres  par  les  champs  »  et  ce  qui  res- 
tait disparut  a  en  temps  de  contagion  »,  c'est-à-dire  de 
1629  à  i63o.  Alors  un  procès  du  Mandement  contraignit 
les  consuls  de  déléguer  M.  Sébastien  Dubois  pour  copier 
à  Grenoble  et  à  Vienne  les  actes  concernant  les.  paroisses 
de  Pact,  Bellegarde,  Poussieu  et  Moissieu  (i). 

Devant  l'impossibilité  d'offrir  une  étude  suivie  des  vi- 
cissitudes de  la  seigneurie,  de  la  paroisse  et  de  la  com- 
mune, nous  nous  bornerons  à  quelques  notes  sur  le  clergé, 
la  noblesse  et  le  tiers-état. 


I 
CLERGÉ 


Chez  les  Gaulois  et  les  Romains,  les  prêtres  jouissaient 
d'une  grande  autorité,  et  si  la  hiérarchie  ecclésiastique 
se  montra  de  bonne  heure  dans  ses  degrés  divers,  au  dio- 


(1)  Archives  déposées  dans  une  arche  ds  la  chapelle  du  château 
des  Gallerands  1666,  et  retrouvées  intactes  en  1885.  Un  inventaire 
accompagne  ce  dépôt. 


3oo       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

cèse  de  Vienne,  on  ne  connaît  cependant  pas  exactement 
la  condition  sociale  du  clergé  paroissial  durant  les  pre- 
miers siècles  chrétiens.  xMais,  d'après  les  canons  des  con- 
ciles d'Albon,  en  5ii,  et  de  Valence,  en  855,  les  biens  des 
églises  provenus  de  dotations,  d'aumônes  et  d'offrandes, 
se  trouvaient  entourés  de  garanties  suffisantes  de  conser- 
vation. 

Les  ravages  des  Sarrazins,  des  Hongres  et  d'autres  en- 
vahisseurs ont  fait  disparaître  en  grande  partie  non  seule- 
ment les  titres  de  propriété  des  églises  et  des  monastères 
contemporains  des  Bourguignons  et  des  Francs,  mais  en- 
core jusqu'aux  traces  de  leurs  édifices  (i).  D'autre  part, les 
Maires  du  palais  et  Charles-Martel,  pour  s'attacher  les 
grands  avaient  dépouillé  le  clergé.  Les  enfants  de  Louis- 
le-Débonnaire  suivirent  leur  politique,  et  quand,  sous 
Charles-le-Chauve,  l'hérédité  des  bénéfices  organisa  la 
féodalité,  l'église,  en  conservant  son  patrimoine,  fut  in- 
vestie du  pouvoir  civil  et  judiciaire. 

Malgré  les  restitutions  déjà  connues,  laïques  et  clercs 
avaient  encore  simultanément,  au  XV  siècle,  des  droits 
sur  les  églises,  sur  les  cimetières,  sur  les  oblations  et  les 
dîmes  de  Pact  et  du  voisinage. 

Ainsi,  vers  1090,  Guy  de  Bourgogne,  archevêque  de 
Vienne,  qui  s'était  fait  céder  par  le  chapitre  de  St-Mau- 
rice  (2)  la  moitié  de  l'église,  des  offrandes,  du   cimetière. 


(1)  Une  exception  serait  peut-être  à  faire  pour  les  église<!  de 
Bougé  et  de  Chambalud  qui  furent  primitivement  des  chapelles  de 
prieurés. 

(2)  Baluze,  Cartuîaire  de  Vienne ^  folio  90  :  «  Notum  sit  cunctis  quod 
Viennensis  Ecclesia,  mortuo  Rostagnn  preposito^  de  benefictis  que  ah 
Ecclesia  possidebat  concessit  Guidoni  Archieptscopo  villam  de  Pac.  » 
(Bienveillante  communication  de  M    H.  Je  Terrebasse). 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  3o  I 

de  la  justice  et  du  bourg  de  Pact  (r),  racheta  l'autre  moitié 
de  Berlion,  fils  de  Bernard  (2),  d'Isard,  de  ses  fils  Falcon 
et  Ademar  (3)  et  de  Hugon,  fils  d'Otmar.  A  ces  premières 
acquisitions  Guy  de  Bourgogne  en  ajouta  d'autres  qui  le 
rendirent  maître  des  terres  et  des  hommes  de  Pact.  DeTot- 
bert  deMoras  il  acheta  les  mas  du  Fer  et  de  Brue,  ainsi  ap- 
pelés encore  aujourd'hui  ;  mais  cette  vente  faite  par  Totbert 
dut  être  approuvée  par  Nantelme  d'Anjou,  seigneur  de 
Roussillon,  qui  reçut  10  sols  en  sa  qualité  de  suzerain  (4). 
Drogon  de  Romanèche  lui  vendit  près  de  l'église  de  Pact 
une  maison  qu'habitèrent  jusqu'en  1789  les  archevêques 
de  Vienne,  lorsqu'ils  venaient  en  cette  contrée.  Drogon  de 
Romanèche  et  son  neveu  Humbert  cédèrent  à  l'archevê- 
que une  autre  maison  voisine  a  de  celle  qui  appartenait 
au  chanoine  faisant  le  service  religieux  de  Pact  et  pour  le- 
quel il  recevait  du  chapitre  de  St-Maurice  des  terres  dont 
fait  mention  la  charte  inédite  déjà  citée  (5).  »  Le  mas  de 
Batailhouze,  au  dessous  de  Pact,  et  le  bois  de  Valcites  (6) 
furent  encore  acquis  par  Guy  de  Bourgogne.  Parmi  les 
témoins  de  ces  ventes,  nous  remarquons  Rorgon  Alleman 


(1)  Cartulairede  St-André-h-Bas,  Appendice,  charte  124.  Charvet, 
dans  soQ  Histoire  de  l'Eglise  de  Vienne,  fait  remarquer  Timportance 
de  la  ville  de  Pact  à  cette  époque. 

(2)  Les  familles  ne  prenaient  alors  que  les  noms  donnés  au  bap- 
tême et  bientôt  après  ils  ajoutèrent  celui  de  leur  terre  patrimoniale. 

(3)  A  la  condition  que  Falcon  serait  reçu  chanoine  de  Vienne. 

(4)  Charvet  fait  remarquer  que  cette  charte  est  le  document  le  plus 
ancien  jusqu'à  ce  jour  faisant  mention  des  droits  réels  de  la  suze- 
raineté. 

(5)  Baluzb,  Cartulaire  de  Vienne,  folio  90  :  «  Exceptis  trtbus  cano^ 
nids  »...  Trois  parts  des  fruits  dont  jouissait  le  dit  chanoine. 

(6)  Appelé  aujourd'hui  Varilles. 


3o2  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

dont  la  sœur  avait  épousé  Totbert  de  Moras  (i),  Hum- 
bert  et  Falcon  de  Bellegarde,  Hugues  de  Chanas  et  Fal- 
que  de  Revel. 

Or,  à  cette  date,  les  églises  de  St-Martin  de  Tourdan, 
de  St-Didier  de  Moissieu  (2),  de  Notre-Dame  des  Ocel- 
lats  (3),  de  Notre-Dame  de  Puvilin  (4)  et  de  St- Vincent  de 
Golat,  avaient  été  renversées  et  incendiées  par  la  tour- 
mente survenue  de  927  àgbo,  et  la  population  rurale  dont 
les  flammes  avaient  détruit  les  maisons  (5),  était  venue  se 
grouper  à  Pact,  au  pied  d'un  coteau  protecteur. 

Le  23  mai  1 167,  suivant  un  usage  féodal  consigné  dans 
un  canon  du  concile  de  Valence,  en  855,  et  prescrivant 
de  placer  sous  la  garde  de  VEglise-Mère  les  églises  pa- 
roissiales et  leurs  biens  dotaux,  le  Pape  Adrien  prit  sous 
sa  haute  protection  les  propriétés  de  l'Eglise  de  Vienne  (6), 
au  nombre  desquelles  se  trouvent  en umérés  Pact  et  Mont- 
severoux  (7), 

En  1184,  le  chapitre   de  Vienne   racheta   de  Ponce 


(1)  Au-dessus  de  Puyilin  un  manse  est  encore  nommé  Alemane. 
Une  branche  des  Alleman  posséda  au  XV*  siècle,  à  Chatte,  une 
maison-forte  appelée  Puyilin  fChamhre  des  ComptesJ, 

(2)  Cartuîaire  de  Cluny,  par  Brubl,  t.l.  et  Cartulaire  de  St-Maurice, 

(3)  Baluzb,  Cartuîaire  de  Vienne,  charte  datée  d'un  vendredi  de 
Tannée  où  le  roi  Louis  fut  bénit.  —  Voir  aussi  Cartuîaire  de  St^ 
André'le-Bas,  Appendice,  page  21. —  Cartulaire  de  St-Maurice,  char- 
te 85.  —  Communication  de  M.  de  Terrebasse. 

(4)  Cartuîaire  de  St-Maurice,  charte  117,  folio  47,  verso.  —  Chi.r- 
VBT,  Histoire  de  îa  sainte  Egîise  de  Vienne,  page  243,  note  A. 

(5)  Parmi  les  ruines  amoncelées  depuis  Pact  jusqu*à  Golat,  M. 
AUmer  a  constaté  les  traces  d'un  immense  incendie. 

(6)  Les  Cartulaires  et  les  Déclarations  des  biens  d'églises  con- 
tiennent les  noms  des  bienfaiteurs  et  l'énumération  des  biens  don- 
nés aux  églises. 

(7)  St-André-le-Bas,  charte  84. 


ANTIQUITÉS   DK    PACT.  3o3 

de  Roussillon  toute  la  dîme  de  Bellegarde  quMl  tenait 
de  ses  parents  (i),  en  réservant  les  droits  de  l'abbaye 
de  St-Pierre  :  aussi  une  transaction  attribua-t-elle  à  cha- 
cun la  nomination  du  curé  de  Bellegarde-Poussieu  (2). 

Un  acte  de  1244  "^^s  montre  le  chapitre  de  St-Maurice, 
seigneur  direct  du  mandement  de  Bellegarde,  et,  en  i283, 
le  Dauphin  lui  renouvela  Thommage  de  Jacerand  et  de 
Martin  de  Bellegarde  auxquels  il  succédait  (3). 

Grâce  à  l'accomplissement  de  ce  devoir,  les  Dauphins, 
maîtres  de  Moras,  Beureapaire  et  Albon,  possédaient  la 
Valloire,  le  chapitre  ou  Tarchevêque  n'y  conservant  que 
la  dîme  et  quelques  biens  (4).  Le  prélat  jusqu'en  1789 
afferma  la  dîme  et  les  biens  dotaux  des  églises  de  Pact  et 
de  Jarcieux  (5)  et  vers  la  fin  du  XVIIP  siècle,  les  i3i  i  li- 


(1)  Manuscrit  de  Baluze,  Cartulaire  de  Vienne^  folio  80  .  c  In  l)ei 
nomine  . .  prasidente  Domno  Stephano  Viennensis  Eccletim^  per  manum 
Wilelmi  decdni  émit  Communia  Fratrum  de  Poncio  de  Rossillone  iotum 
decimum  de  Bellagarda  quod  libère  suum  erat  et  in  partem  hereditatis  ei 
contigerat,  »  Manuscrit  de  M.  de  Terrebasse. 

(2)  Archives  de  Tlsère,  Inventaire  des  Titres  de  St-Pierre  de 
Vienne,  et  Cartulaire  de  St-Maurice. 

(3)  Extrait  d'un  manuscrit  de  Mme  veuve  Chaptal,  publié  par  M. 
Ulysse  Chevalier.  Documents  inédits  relatifs  au  Bauphiné,  tome  I,  — 
et  Inventaire  des  Archives  des  Dauphins. 

(4)  Le  21  octobre  1460,  après  la  conclusion  du  traité  de  pariage, 
le  Dauphin  donna  à  l'Archevêque,  Jean  de  Poitiers,  les  châteaux  de 
Revel,  Azieu  et  Gênas.  Les  nécessités  créées  par  les  guerres  de  re- 
ligion obligèrent  l'archevêque  d'aliéner,  avec  droit  de  rachat,  les 
fiefs  d'Azieu  et  Gênas  à  la  famille  Gandil.  Pour  terminer  un  long 
procès  avec  les  habitants  de  Revel  qui  refusaient  de  payer  les  droits 
seigneuriaux,  le  cardinal  de  la  Tour  d'Auvergne,  vendit  Revel  à 
M.  Dupuy  de  Murinais  (Charvbt,  Fastês  de  Vienne^  p.  116). 

(Ô)  Jarcieu  possédait  un  château  antique  où  coucha  le  roi  Char- 
les IX,  le  mardi  15  août  1564,  venant  des  châteaux  d'Anjou  et  de 
Roussillon. 


3o4       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

vres  du  bail  ne  comprenaient  ni  la  portion  congrue  des 
curés,  ni  la  24*  partie  due  aux  pauvres,  ni  les  réparations 
du  chœur  des  églises  (i). 

De  leur  côté,  les  moines  de  (]luny,  prieurs  de  Manthes 
et  Tourdan,  adoptèrent  le  même  système  sous  l'adminis- 
tration d'abbés  commandataires  résidant  à  Paris  ou  à 
Grenoble,  et  les  populations  largement  desservies  par  les 
religieux  finirent  par  contester  la  dîme  à  des  mandataires 
peu  dévoués  (2). 

La  Réforme  profita  de  ces  dispositions  et  fit  des  prosé- 
lytes en  Valloire. 

Pendant  les  guerres  désastreuses  qui  de  i56o  à  iSgS 
troublèrent  la  province,  l'église  de  Pact  fut  en  partie  dé- 
truite et  dut  être  réparée  en  1609,  grâce  aux  dons  des 
Fromenton  et  des  fidèles  ;  cependant  les  travaux  de  la 
nef(3)nese  terminèrent  qu'en  1654,  et  près  d'un  siècle 
plus  tard,  le  3i  juillet  1761,  la  foudre  l'endommagea  avec 
le  clocher  (4). 


(1)  Archives  de  l'Isère,  Déclaration  des  biens  ecclésiastiques  aux 
assemblées  générales  du  clergé.  —  Canton  de  Beaurepaire. 

Le  27  mars  1791,  malgré  la  protestation  des  Administrateurs  de  la 
commune,  les  biens  ecclésiastiques  de  Pact  furent  vendus  au  prix 
de  12,1^52  livres  (Archives  de  Tlsère). 

(2)  Archives  de  Plsère,  Déclarations  des  biens  ecclésiastiques. 

(3)  Archives  du  mandement  de  Bellegarde  communiquées  par 
M.  Chaste  de  Gallerands.  L'Inventaire  de  1666  résume  tous  les 
actes.  —  La  nef  ne  répond  plus  à  l'ancien  style  du  chœur,  et  les 
ressources  ne  permirent  pas  de  laisser  à  l'église  ses  dimensions 
premières. 

(4)  En  1731,  eut  lieu  la  bénédiction  de  la  grosse  cloche  dont  M'* 
Joachim  Dupuy  de  Murinais,  seigneur  de  Bellegarde  fut  parrain  et 
Dame  Françoise  de  Chàtelard,  épouse  de  noble  Henri  de  Pelissac, 
marraine.  —  En  1732,  Antoine  Chapuis,  châtelain  de  Pact,  et  son 
épouse  Marie  de  la  Cour  furent  parrain  et  marraine  de  la  seconde 
cloche. 


ANTIQUITÉS   DE    PACT.  3o5 

Quelques  chapelles  avaient  une  dotation  immobiliè- 
re (i)  et  Ton  y  trouve  des  reinages  en  1607,  comme  en 
d'autres  paroisses  du  Viennois.  (>es  royautés  éphémères 
donnaient  lieu  à  des  fêtes  et  s'adjugeaient  à  ceux  qui 
offraient  le  plus  de  cire  pour  le  luminaire  de  Téglise  (2). 

Le  Fouillé  de  1774  nous  donne  les  renseignements  sui- 
vants : 

Pact  :  vocable,  St-Georges  ;  curé,  Badin  (Charles), 
âgé  de  5o  ans  (3),  pourvu  en  1762  ;  communiants,  3oo  ; 
patron,  monseigneur  l'archevêque,  qui  a  visité  l'église. 

Bellegarde-Poussieu  :  vocable,  Notre-Dame  ;  curé, 
Antoine  Givord,  âgé  de  53  ans,  pourvu  en  1753  ;  commu- 
niants 5oo  ;  revenus  800  livres;  décimes  5o;  patron,  l'ar- 
chevêque et  le  chapitre  de  Si- Pierre.  Un  vicaire  qui  n'est 
pas  dû  a  été  accordé  à  cause  de  l'état  de  santé  du  curé. 

MoissiEu  :  vocable,  St-Didier  ;  curé,  Benoît  Giroud  ;  âgé 
de  54  ans,  pourvu  en  1762  ;  communiants  260  ;  revenus 
55o  ;  décimes  3o  ;  patron,  le  chapitre  de  St-Pierre  (4). 


(1)  La  chapelle  de  la  S**  Vierge  fondée  parla  famille  de  Fromen- 
ton,  la  chapelle  des  Cinq-Plaies,  fondée  par  Melchior  Pillon  qui 
avait  épousé  une  D"*  de  Fromenton,  la  chapelle  de  S.  Roch,  fon- 
dée par  Hugues  de  Barbier,  de  Moras,  la  chapelle  de  S**-Marguerite 
fondée  par  la  famille  de  Luzy  de  Pélissac. 

(2)  Archives  de  la  cure. 

(3)  M.  Badin  signa  les  registres  de  Pact  jusqu'au  4  juillet  1791.  Il 
fut  remplacé  par  un  nommé  Jey,  de  Bellegarde,  intrus  de  Pact,  qui 
nommé  membre  du  Conseil  général,  signa  les  registres  et  remplit 
le  rôle  de  secrétaire  pour  baptêmes  et  mariages  jusqu'au  21  décem- 
bre 1792.  Les  fêtes  de  la  constitution,  de  la  jeunesse  et  autres  eu- 
rent lieu  dans  l'église  de  Pact  et  l'autel,  aujourd'hui  caché  sous  le 
marbre,  fut  badigeonné  pour  la  circonstance.  M.  Chalavon  fut  en- 
voyé à  Pact. 

(4)  Manuscrit  grand  in-folio  de  M.  H.  de  Terrebasse. 


3o6       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

II 

NOBLESSE 

D'après  César,  il  y  avait  en  Gaule  des  chevaliers  ou  no- 
bles, chez  les  Gallo-Romains  des  patriciens  et  des  séna- 
teurs,  et  sous  les  Mérovingiens  et  les  Carlovingiens,  des 
gouverneurs  civils  et  militaires,  devenus  seigneurs  indé- 
pendants, grâce  à  l'hérédité  des  bénéfices,  sous  Charles- 
le-Chauve.  Les  familles  de  Roussillon,  d'Anjou  et  de 
Bellegarde  au  nord,  et  les  comtes  d'Albon  au  midi,  s'attri- 
buèrent la  Valloire. 

Un  exposé,  même  succinct,  des  faits  et  gestes  de  ces 
familles,  nous  entraînerait  loin  de  notre  sujet:  il  sufiBrade 
rappeler  que  les  Roussillon  et  les  Bellegarde  figurent  dans 
la  charte  de  1090,  portant  aliénation  de  divers  biens  en 
faveur  de  l'Archevêque  de  Vienne,  qui  acquit  les  droits  de 
seigneurie  et  de  justice  à  Pact  et  à  Jarcieu. 

Les  Bellegarde  devinrent  de  bonne  heure  (i)  vassaux  des 
Dauphins,  leur  rendirent  hommage  en  1289,  1260  et 
s'éteignirent  au  XV*  siècle,  chez  les  Rachais,  les  d'Eschal- 
lier,  les  Doncicu,  les  Noir  et  les  Coste  St-Béron. 

On  voit  encore  les  ruines  de  leur  château  entre  Moissieu 
et  Poussieu,  sur  un  coteau  coupé  par  un  val  étroit  débou- 
chant dans  la  Valloire  (2). 

Les  Montluel  échangèrent,  en  i33i,  deux  fiefs  de  la 
Bresse  contre  Bellegarde  et  St-Donat  avec  Henri,  Dau- 


(1)  Inventaire  des  Archives  des  Dauphins ^  publié  par  M.  U.  Chbva- 
LiBR,  p.  73  et  89. 

(2)  L'ancienne  chapelle  sert  encore  aujourd'hui  au  serTioe  reli- 
gieux pour  la  section  de  Bellegarde. 


ANTIQUITÉS    DE   PACT.  3oj 

phin  (i),  et  en  1 343,  Chabert  de  Morestel  en  fit  autant  avec 
Humbert  II  ;  mais  le  fils  de  Chabert  aliéna  Bellegarde  à 
Chabert  Bues,  de  Vinay,  en  i36o  (2). 

Comment  la  seigneurie  échut-elle  à  Leuzon  de  Lemps 
qui  en  vendait  un  huitième,  en  1435,  à  noble  Antoine  de 
Lay,  fils  d'Eynard,  pour  200  florins  d'or  fin  ?  Nos  docu- 
ments ne  le  disent  pas. 

Un  descendant  de  l'acquéreur,  Claude  de  Lay,  transmit 
ses  droits,  le  20  avril  1529,  à  Guillaume  Garnier  de  St- 
Symphorien  d'Ozon,  moyennant  2,000  livres,  les  moulins 
exceptés.  Celui-ci,  en  1640,  évaluait  à  200  livres  ses  reve- 
nus annuels  de  Pact  et  de  Moissieu  (3). 

Cent  ans  plus  tard,  Louis  de  Vachon  et  Claude  de  Mau- 
giron  aliénaient  leurs  droits  à  Balthazard  de  Murinais 
(r65o),  et  Jean  de  Dorgeoise  (4)  à  Antoine-François  de 
Murinais  pour  29,367  livres  (1654)  (5). 

«  Le  29  mars  i685,  noble  Abel  Dupuy,  seigneur  de 


(1)  En  1311  le  Dauphia  avait  mis  uq  châtelain  à  Bellegarde,  uni 
aux  domaines  delphioaux  par  suite  de  la  mort  de  la  veuye  du  sei- 
gneur. —  Archives  de  la  Chambre  des  Comptes. 

(2)  Chambre  des  Comptes. 

(3)  Chambre  des  Comptes  de  Grenoble. 

(4)  Seigneur  de  Voiron,  etc. 

(5)  Jean  Balthazard  de  Murinais,  à  qui  le  cardinal  de  la  Tour 
d'Auvergne  vendit  le  château  et  la  seigneurie  de  Revel,  où  l'on 
voit  son  tombeau  qui  devint  celui  de  ses  descendants,  épousa  Fran- 
çoise d'Auberjon  Buissonrond.  Il  en  eut  : 

Jean  Buffevent  de  Murinais,  procureur  syndic  des  Etats  généraux 
du  Dauphiné,  marié  avec  Léonore  Servien.  fille  d*Abel. 

Leur  fils,  An  tome-François,  seigneur  de  Bellegarde  et  Montse- 
veroux,  aussi  procureur  syndic  des  Etats,  épousa,  en  1648,  Anne- 
Barbe  d'AvriJly,  dont  naquit  Abel,  seigneur  de  Bosancieu,  Revel, 
Bellegarde,  tige  des  Dupuy  de  Murinais. 


3o8       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Murinais,  Moras,  Bellegarde  (i),  etc.,  déclarait  posséder 
la  terre  et  seigneurie  de  Bellegarde-Poussieu,  dont  Pact  et 
Moissieu  avaient  été  détachés  depuis  1681,  pour  former 
un  niandement  distinct,  Reynaud  de  Revilliasc,  sieur  de 
Darne,  en  ayant  acheté  la  juridiction  (2).  » 

Parmi  les  ancêtres  de  ce  dernier,  suivant  Chorier,  figu- 
rent Gabriel  et  Michel.  Un  descendant  de  Gabriel  eut 
deux  fils  ;  Jean  et  Girard.  Le  26  mai  16 19,  Girard  de  Re- 
villiasc, coseigneur  de  Gap,  avec  la  famille  Angles  de 
Sainte-Guitte  et  de  Perceval,  était  nommé  gouverneur  de 
Moras  et  épousait  Bonne-Marguerite  de  Gandil,  qui  lui 
apporta  les  seigneuries  de  Gênas  et  d'Azieu  (3).  Il  laissa 
deux  fils,  Pierre,  d'abord  capitaine  d'une  compagnie  de 
chevau-légers,  4puis  prieur  de  St- Laurent  (4),  Reynaud, 
qui  acquit  de  Jean  -  Armand  de  St-Chamond ,  comte 
d'Anjou,  la  terre  de  Beaurepaire,  le  18  juin  i65i,  et  les 
seigneuries  de  Pact  et  Moissieu  de  M°*  de  Murinais,  au 
prix  de  41^175  livres,  plus  i,5oo  d'étrennes  (5). 


(1)  Claude  Laurent  de  Murât  Lestang  Dupuy,  comte  de  Muri- 
nais, major  du  régiment  royal-Dragon,  naquit  le  29  novembre  1729, 
du  mariage  de  Claude  de  Murât,  conseiller  au  Parlement,  avec 
Louise-Gabrielle  de  Falcoz.  Ayant  épousé  à  Paris  Pierrette  de 
Bectoz,  il  fit  son  entrée  solennelle  é  Pact  et  Revel,  le  28  mai  1764. 
Vers  1780,  il  hérita  de  son  parent,  le  seigneur  de  Revel,  à  la  con- 
dition de  prendre  son  nom. 

Le  28  novembre  1754,  Françoise  Dupuy  Murinais  épousa  Victor 
Falcoz,  comte  de  la  Blache,  fils  d'Alexandre-François-Laurent  de 
la  Blache,  comte  d'Anjou,  et  de  Dame  Gabrielle  de  Lay. 

(2)  Archives  de  la  Chambre  des  Comptes  de  Grenoble. 

(3)  Aliénés  avec  droit  de  rachat  par  Tarchevéque  de  Vienne. 

(4}  Il  légua  8,000  livres  au  grand  séminaire  de  Grenoble,  par  tes- 
tament du  12  juillet  1676. 
(5)  Archives  des  familles  Chapuis  et  Craponne  (Alphonse). 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  SoQ 

Son  fils,  Jean-François  Colonne  de  Revilliasc,  ancien 
lieutenant  au  royal -Dragon  et  conseiller  au  Parlement, 
vendit  la  seigneurie  de  Pact  et  Moissieu,  avec  justice  haute, 
moyenne  et  basse,  au  prix  de  27,600  livres,  plus  1,000 
livres  d'étrennes,  à  Jean  Dupuy,  conseiller  du  Roi,  rece- 
veur de  TElection  de  Vienne  et  résidapt  à  Gallerands,  sur 
Poussieu,  le  27  février  1714(1). 

A  côté  des  seigneurs  du  mandement,  on  trouve,  en 
i335,  Hugues  d'Anjou,  et  en  1348,  Aimar  d'Anjou,  vas- 
saux du  Dauphin  pour  leurs  biens  de  Bellegarde  ;  en 
1429,  Jordane  de  Roussillon,  qui  institua  héritiers  Jacques 
et  Louis  de  Miolans,  devenus  ainsi  comtes  d'Anjou  et  sei- 
gneurs de  Bellegarde  (2).  En  1684,  les  Miolans  Alitte  St- 
Chamond  se  qualifient  barons  d'Anjou  et  marquis  de  Gal- 
lerands (3). 

En  1430,  la  famille  de  Fromenton  est  établie  dans  la 
maison-forte  de  Bresson  sur  Moissieu.  En  1664  et  le  6 
mars,  Anne  de  Fromenton,  fille  de  Girard,  épousa  Fran- 
çois de  Langon  (4),  et  son  frère  Girard,  Florette  de  Cha- 
ponnay,  en  1571.  De  ce  mariage  naquirent:  Izabeau  de 
Fromenton,  mariée  à  Ghapuis,  (Antoine,)  bourgeois  de 
Revel  (ï6o5),  Françoise,  alliée  àMelchiorde  Pillon  (5),  et 
Claude  qui  épousa  Louise  d'Arvillard,  en  avril  i665.  Il 
eut  deux  filles  :  Claudine,  mariée  à  Alphonse  de  Simiane, 
le  16  avril  i665,  et  Françoise,  qui  porta  la  maison-forte 


(1)  Archives  des  mêmes  familles. 

(2)  Chambre  des  Comptes  de  Grenoble,  (St-Marcellin). 

(3)  Titres  du  mandement  de  Bellegarde,  dossier  du  procès   de 
Champuis  et  Taranne.  —  Notice  sur  Serves^  par  M.  Tabbé  Vincent. 

(4)  Nous  parlerons  de  cette  famille  dans  notre  notice  sur  Chélieu, 
au  mandement  de  Yirieu  sur  Bourbre. 

(5)  Fondateur  de  la  chapelle  des  cinq  Plaies. 

Tome  XX.  -  1886  21 


3(0       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

et  le  château  de  Bresson  à  son  époux  Claude  de  Luzy,  sei- 
gneur de  Largentière,  fils  du  marquis  de  Pélissac  (i). 

En  1702,  le  8  octobre,  Antoine  Chapuis,  bourgeois  de 
Revel,  acquit  des  terres  nobles  (2)  à  Pact  et  se  fit  céder 
par  M'"  Claude  Dubois,  notaire  et  châtelain  d'Anjou,  la 
partie  de  l'office  de  secrétaire  greffier  et  châtelain  pour  la 
communauté  de  Pact  et  Moissieu.  Marié  en  premières 
noces  à  Françoise  Richard,  et  en  secondes  noces  à  Marie 
de  la  Cour,  il  eut  cinq  filles,  et  deux  fils  :  Antoine,  mari 
d'Antoinette  Joubert  de  Revel  (3),  et  Jacques,  avocat  au 
Parlement,  qui  épousa  Virginie  de  Luzy  de  Bresson.  De 
ce  mariage  naquirent  Antoine  et  Virginie.  Cette  dernière 
s'allia  à  Gaspard  de  Montfort,  officier  de  cavalerie. 

Lié  d'amitié  avec  le  général  de  Montchoisy,  M*  Cha- 
puis Antoine,  avocat  au  Parlement  de  Grenoble,  et  nota- 
ble de  Pact,  reçut  du  commandant  en  chef  de  Lyon,  des 
lettres  fort  sympathiques  et  fort  élogieuses,  étrangères  à 


(1)  Le  13  janvier  1733  fut  bénite  dans  l'église  de  St-Georges  de 
Pact  la  chapelle  de  Ste-Margueritei  fondée  par  Henri  de  Pélissac. 
Les  membres  de  sa  famille  y  furent  ensevelis  ;  entre  autres  Enne- 
mond-Séraphin  de  Luzy  de  Pélissac,  âgé  de  20  ans,  chanoine  de 
St-Chef,  mort  le  26  février  1738,  et  Louis  de  Luzy,  chevalier  de  St- 
Louis,  capitaine  au  régiment  de  Bretagne. 

(2)  Le  domaine  du  Mollard,  portant  lods  avec  seigneurie  directe, 
fut  acquis  de  M"*  Guillet,  veuve  du  conseiller  de  Barrin,  à  qui  M** 
Barbe  d'Avrilly,  mariée  à  messire  de  Murinais  Tavait  vendu.  —  Le 
domaine  de  Bellegarde,  où  sont  les  écoles  dirigées  par  des  Frères 
Maristes,  fut  vendu  par  M.  de  Revilliasc.  —  Les  domaines  des  Ta- 
nins, des  Moulins  et  de  Vie  Marchère  furent  acquis  des  Revilliasc 
et  des  Fromenton. 

(3)  Les  bourgeois  de  la  Valloire  avaient  droit  de  porter  des  ar^ 
moiries,  et  la  famille  Chapuis  portait  de...  au  chevron  de...  ac- 
compagné 3  trèûes  de...  2  et  1,  surmonté  d'une  rose  de... 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  3ll 

notre  su  jet  (i),  et  des  certificats  de  civisme  signés  par  les 
membres  du  conseil  général  de  la  commune. 


m 

LE  TIERS-ÉTAT 

Ne  pouvant,  faute  de  titres,  étudier  ici  la  condition  des 
habitants  du  mandement  de  Bellegarde,  sous  les  Gaulois 
et  sous  les  Romains,  ni  même  sous  la  féodalité,  nous  nous 
bornerons  à  constater  leur  passage  successif  de  l'esclavage 
au  servage,  du  servage  à  la  main-morte  et  de  la  main- 
morte à  la  liberté  (2). 

Une  insurrection  au  X"  siècle  semble  accuser  en  Val- 
loire  un  malaise  général,  dont  profitèrent  quelques  agita- 
teurs pour  armer  la  foule.  La  reine  Mathilde,  femme  de 
Conrad,  poursuivit  les  rebelles  jusqu'au  château  de  Mont- 
breton  qu'elle  détruisit,  après  avoir  reçu  la  soumission 
des  seigneurs  qui  s'y  étaient  réfugiés.  Une  charte  rappelle 
cette  victoire  par  cette  fière  suscription  :  «  Vannée  où  Ma- 
thilde détruisit  le  château  de  Montbreton  (3).  » 

Les  Dauphins  devenus  possesseurs  du  château  de  Belle- 
garde  vers  i3ii  (4)  soumirent  les  habitants  du  mande- 
ment aux  coutumes  générales  de  leurs  domaines  (5).  Plu- 


(1)  Elles  seront  publiées  ailleurs. 

(2)  Les  chartes  des  Cartulaires  de  Cluny  et  de  St-Maurice  font 
mention  des  terres  et  des  serfs  cédés  en  dotation  aux  églises  de 
Moissieu,  des  Ocellatd  et  de  Tourdan^par  les  propriétaires  de  francs 
alleux  en  ces  contrées. 

(3)  FoNTANiEu,  Cartulaire  du  BawplmU^  année  973. 

(4)  Chambre  des  Comptes  de  Grenoble. 

(5)  Avant  les  Dauphins,  les  habitants  du  mandement  étaient  pla- 
cés sous  la  haute  suzeraineté  des  seigneurs  d'Anjou,  dont  M.  H.  de 
Terrebasse  se  propose  de  publier  les  coutumes. 


3 12  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE    STATISTIQUE. 

sieurs  documents  nous  prouvent  qu'au  XVIIP  siècle,  les 
usages  du  mandement  de  Beaurepaire  servirent  de  règle 
aux  habitants  de  Pact  et  de  Moissieu  (i). 

Au  XVI«  siècle,  la  population  du  mandement  et  du 
reste  de  la  Valloire  se  laissa  entraîner  jusqu'à  Moirans  où 
elle  fut  taillée  en  pièces.  Ce  fait  lamentable,  se  rattachant 
au  procès  des  tailles,  dont  Claude  Brosse,  châtelain  d'An- 
jou, fut  le  héros,  se  trouve  exposé  dans  les  auteurs  con- 
temporains, comme  Eustache  Piémont  (2). 

Qui  pourra  jamais  connaître  l'étendue  des  maux  des 
invasions  barbares,  des  compagnies  franches  et  même  des 
bandes  armées  du  XVP  siècle  surtout  à  Pact  où  la  tradition 
a  confondu  dans  un  même  anathème  les  Sarrazins  et  les 
guerriers  de  toutes  les  époques  ?  Pour  s'en  convaincre,  il 
suffit  de  regarder  les  parcellaires  (3)  et  le  plan  cadastral  de 
la  commune  (4). 

La  meilleure  preuve  des  souffrances  populaires  de  i56o 
à  1694,  se  tire  des  emprunts  contractés  pour  nourrir  les 


(1)  M.  Eolde  Berthin  a  fait  traduire  les  coutumes  de  Beaure- 
paire, d'après  un  moaument  du  XIV*  siècle. 

(2)  Voir  aussi  VEtude  sur  le  canton  du  Grand-Serre^  par  M.  Lacroix. 
Bulletin  d'Archéologie  de  la  Brome, 

(3)  En  164J,  le  parcellaire  fut  refait  par  ordre  de  rinteiidaiit,puis 
corrigé  en  1656.  Sur  la  demande  des  consuls  les  commissaires  de  la 
Révision  des  feux,  en  firent  rédiger  un  nouveau,  qui  fut  visé  par 
l'Intendant  Bouchu,  le  21  mars  1705.  On  j  remarque  le  mas  des 
Maures,  dont  les  confins  se  trouvent  désignés  dans  l'inventaire  des 
biens  du  châtelain  Chapuis  Antoine,  page  35.  —  Ses  limites  au 
couchant  sont  le  petit  Rival,  au  vent  et  levant,  petit  chemin  de 
Pact  à  Poussieu  et  bois  de  noble  Dijon,  ancien  juge  de  Beaurepaire, 
levant  et  bize,  terre  et  bois  de  M.  Giraud,  notaire. 

(4)  Le  plan  cadastral  a  été  fait  le  31  octobre  1835,  par  M.  Ro- 
mand, géomètre. On  7  voit  Puvilin  et  au  dessus  le  bois  des  Soldats. 


ANTIQUITÉS   DE   PACT.  3j3 

soldats  des  chefs  catholiques  et  des  capitaines  réfor- 
més (i). 

Toutefois,  le  rétablissement  de  la  paix  sous  Henri  IV 
n'arrêta  pas  les  logements  militaires,  puisqu'on  en  trouve 
à  Pact  et  à  Moissieu  en  i635,  en  i636,  en  1649,  ^"  '65o 
et  en  i6i)i.  Cette  dernière  année  la  dépense  atteignit 
12,647  livres  et  en  '638  l'affluence  des  gens  de  guerre 
ne  permit  pas  aux  consuls  de  dresser  l'inventaire  des 
archives,  déposées  dans  la  chapelle  du  château  des  Galle- 
rands  (2). 

A  ces  dépenses  s'ajoutèrent  celles  de  plusieurs  procé- 
dures pour  délimiter  le  mandement  avec  Jarcieu,  Revel, 
Montseveroux,  Anjou  et  Moras  en  i6o5,  pour  vérifier  et 
liquider  les  dettes  communales.  Un  procès  contre  le  sei- 
gneur Charles  de  la  Tour  Gouvernet  et  les  habitants  de 
la  Chapelle  qui  voulaient  usurper  les  forêts  de  Taran- 
ne  (3)  et  de  Champuis,  commencé  en  1609,  se  perpétua 
pendant  40  ans,  et  le  mandement  de  Bellegarde  finit  par 
obtenir  justice  des  prétentions  contraires. 

D'après  une  légende,  certaine  dame  en  réparation  d'ac- 
tes coupables  aurait  au  temps  jadis  donné  ces  forêts  aux 
quatre  paroisses. 

Mais  l'histoire  explique  aisément  ces  droits  par  la  pos- 
session indivise  des  bois  à  l'origine  de  la  féodalité. 


(1)  Délibérations  consulaires.  Ar  îh.  de  M.  Chaste  de  Gallerands. 

(2)  Sébastien  Dubois,  notaire  de  Sonnay,  acquit  en  1631,  de  Joa- 
chim  Ducros,  seigneur  de  Mantaille,  la  terre  seigneuriale  des  Gal- 
lerands où  il  construisit  un  château.  En  1741,  Michel  André,  tréso- 
rier de  France,  un  de  ses  descendants,  s*en  qualifiait  seigneur.  Il 
fit  héritier,  en  1771,  son  neveu  Chaste,  lieutenant  du  roi  à  Crest,  à 
la  condition  de  prendre  son  nom  et  ses  armes. 

(3)  A  la  fin  du  XVII*  siècle,  le  mot  Taranne  fut  traduit  dans  les 
actes  consulaires  par  Taravas. 


3 14       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Quoi  qu'il  en  soit,  les  frais  dus  à  noble  Michel  Dubois, 
pour  ce  dernier  procès,  arrivaient  en  1660  à  6,328  li- 
vres (i). 

Pour  subvenir  aux  charges  royales  et  communales  il  fut 
dressé  des  parcellaires  ou  cadastres  à  diverses  époques  et 
de  iSgô  à  1699,  sur  9  feux  et  demi  les  fonds  nobles  et  ec- 
clésiastiques arrivaient  de  la  moitié  aux  deux  tiers  et  sous 
Bochard  de  Champigny,  intendant  de  la  province,  ces 
feux  furent  réduits  à  6. 

Nous  savons  par  l'inventaire  de  1666,  que  les  tailles  de 
i582  à  1699  s'élevaient  à  26,175  écus,  soit  88,525  livres, 
et  en  16 16  à  1 3,268  livres  pour  les  fonds  taillables  et  588 
pour  les  fonds  nobles. 

La  communauté  était  régie  par  un  consul,  élu  en 
assemblée  générale  des  chefs  de  familles,  assisté  d'un  con- 
seil élu  chaque  année. 

Tel  est  le  tableau  succinct  du  passé  féodal  d'une  région 
habitée  par  les  Gaulois,  les  Romains,  les  Bourguignons 
et  les  Francs.  Des  débris  curieux  de  plusieurs  époques  et 
les  archives  (2)  nous  y  ont  révélé  déjà  des  faits  inconnus 
et  de  nouvelles  découvertes  permettront  un  jour  de  com- 
pléter cet  essai  (3). 


fl)  Archiyes  de  MM.  Chaste  de  Gallerands  et  Guillon,  ancien 
châtelain  de  Bellegarde. 

(2)  A  partir  de  1400  elles  sont  complètes. 

(3)  Nos  lecteurs  nous  pardonneront  quelques  affirmations  peut- 
être  un  peu  hasardées  et  notamment  le  titre  colonie  appliqué  au 
Viennois  avant  Auguste,  l'existence  de  camps  aux  Ocellats  et  de 
tour  romaine  au  nord  du  village.  Une  étude  embrassant  à  la 
fois  plus  de  dix-huit  siècles  exigeait  des  connaissances  trop  variées; 
nous  Tavons  esquissée,  de  plus  habiles  la  compléteront. 

L'abbé  CHAPELLE. 


MÉMOIRES   d'aCHILLE  GAMON.  3lb 


MEMOIRES 

DE 


Achille    GAMON 

Avocat  d'Annonay 

PAR 

J.    'B'RUV^-T>U'R(A3^T>. 


Suite.  —   Voir  la  yj*  livraison. 


EsTiENNE  Massabeuf.  i555. 

M*  Estienne  Massabeuf  rendit  l'esprit  à  Dieu,  le  penul- 
tienne  novembre  i555,  dans  sa  maison  d'habitation,  au 
bourg  de  Déome,  et  fut  enterré  le  lendemain  dans  le  tem- 
ple des  Cordeliers,  en  la  tombe  de  feu  M*  Hector  Massa- 
beuf, son  oncle,  Tan  de  son  aage  65°"^  Je  doibs  cest  hon- 
neur à  sa  mémoire  louable  et  très  honorable,  et  estant 
mon  beau-pere  (i). 

Le  jour  St-Jean  evangeliste,  27  décembre  1 558,  prins  au 
ib  mars  jour  de  l'Incarnation,  furent  créés  consuls  de  la 
dicte  ville  pour  Tannée  suivante.  M"  Achilles  Gamon, 
licentié  et  André  Marcland,  marchand  (2)  ;    et  au  jour 


(i)  Ce  paragraphe  est  en  marge  dans  le  manuscrit. 

(a)  Marc  de  Marcland  était  consul  d'Annonay  en  i435t  Mathieu  Marcland 
le  fut  en  1542,  et  nous  voyons  encore  revêtus  de  cette  charge,  André  Mar^ 
cland  en  1626  et  Antoine  Marcland  Tan  d'après. 


3i6       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

semblable  i559,  furent  encores  continuez  en  ladicte  char- 
ge pour  l'année  i56o  (i).  La  première  des  dictes  années 
fut  assez  paisible  et  tranquille,  mais  en  la  seconde  com- 
mencèrent les  troubles  et  esmotions  pour  le  faict  de  la 
religion.  La  compagnie  de  gens  d'armes  pour  Mgr.  le 
comte  de  Villars,  lieutenant  de  gouverneur  en  Langue- 
doc (2),  fut  logée  en  garnison  audict  Annonay,  dont  elle 
deslogea  bientost  par  le  moien  et  ayde  de  Mgr.  de 
Marillac,  abbé  de  Thiers  (3).  Durant  ce  consulat,  fut 
basty  de  nouveau  un  pont  en  la  Coste  latine  (4),  pour 
accommoder  le  chemin  de  Velay,  passant  par  la  Coste 
latine,  auparadvant  fort  rude  et  difficile  ;  et  y  furent  em- 
ployées deux  cens  livres,  à  ces  fins  octroyées  par  les 
Estats  du  Vivarois. 


(i)  Les  prédécesseurs  immédiats  d^Achille  Gamon  et  d^André  Marcland, 
furent  Jacques  Laurent  et  Etienne  Chomel  de  Varagnes  et  leurs  successeurs 
en  1561,  Jean  Indy  et  Flory  Lefévre.  Ces  magistrats  étaient  élus  pour  un  an, 
mais  on  renouvelait  quelquefois  leur  mandat. 

(3)  Honnorat  de  Savoie,  marquis  de  Villars,  comte  de  Tende  et  de 
Sommerive,  fils  puîné  de  René,  comte  de  Villars  et  d'Anne  Lascaris,  com- 
tesse de  Tende,  qui  devenu  en  1548  lieutenant  du  connétable  Anne  de 
Montmorency,  son  beau-frère,  dans  le  gouvernement  du  Languedoc,  en 
remplit  les  fonctions  jusqu'au  mois  de  mars  1561,  date  à  laquelle  il  fut  rem- 
placé par  le  vicomte  de  Joyeuse. Créé  maréchal  et  amiral  de  France  en  157a, 
et  chevalier  du  St-Esprit  en  1579,  il  mourut  Tannée  suivante.  Brantôme  qui 
le  dit  (r  bon  et  sage  seigneur  et  capitaine,  u  ajoute  qu'ayant  été  nommé 
gouverneur  de  Guyenne  en  quittant  le  Languedoc,  il  y  «  érigea  et  mesmes  a 
Bourdeaux,  certaine  confrairie  contre  les  huguenots,  laquelle  la  Royne 
venant  en  Guyenne,  mener  sa  fille  au  roy  de  Navarre  rabroua  fort  et  ren- 
versa du  tout.  Mais  M.  le  Marquis  de  Villars  estoit  mort,  »  remarque-t-il. 

(^)  D'Aubais  estime  que  cet  abbé  est  Bertrand  de  Marillac,  cinquième  fils 
de  Guillaume,  seigneur  de  St-Genest,  qui  devint  en  1565  évèque  de  Rennes 
et  mourut  en  1573.  Seulement  il  oublie  que  ce  Bertrand  était  cordelier  lors- 
qu'il fut  élevé  à  l'épiscopal  ;  ce  qui  nous  amène  à  croire  qu'il  s'agit  plutôt 
d'Antoine,  dixième  fils  du  même  Guillaume  de  Marillac,  que  les  généalogis- 
tes disent   avoir  embrassé  la  vie  religieuse  dans  l'abbaye  de  Thiers. 

(4)  Sur  le  chemin  de  Vocancc  et  du  Puy-en-Velay. 


MÉMOIRES   d'aCHILLE   GAMON.  ilj 

Ledict  Gamon  au  nom  de  la  ville,  ayant  le  tour  ceste 
année  (i),  adsista  deux  fois  aux  Estats  généraux  de  Lan- 
guedoc, la  première  à  Beaucaire  en  octobre  iSSg  (2)  et 
l'aultre  en  mars  r  56o  (3)  à  Montpellier,  où  lesdicts  Estats 
furent  extraordinairement  convoquez,  après  l'assemblée 
générale  de  ceux  de  toute  la  France,  tenue  à  Orléans,  sur 
le  commencement  du  règne  de  Charles  IX.  La  cause  fut 
pour  donner  advis,  ayde  et  moîen  au  Roy  d'acquitter  ses 
debtes,  qu'on  disoit  monter  quarante  deux  millions 
d'argent  et  plus  ;  surquoy  courroient  diverses  opinions. 
Les  ecclésiastiques  et  la  suite  de  tout  le  clergé  de  France, 
offrirent  17  millions  et  le  reste  rejeté  sur  le  peuple.La  No- 
blesse trouvoit  bon  ceste  offre,  et  aulcuns  d'eulx  adjous- 
toient  de  vendre  les  cloches,  calices,  argenterie  et  aultres 
joyaux  d'église  superflus  ;  mais  le  Tiers  estât  pour  lequel 
M*  Terlon,  advocat  et  capitoul  de  Toulouse  (4),  portoit  la 


(i)  Annonay  était  une  des  huit  villes  du  Vivarais,  dont  les  premiers  con- 
suls siégeaient  à  tour  de  r6le  dans  les  Etats-généraux  du  Languedoc  ;  les 
sept  autres  étant  :  Largentière,  Joyeuse,  Montlaur,  Le  Bourg-St-Andéol, 
Tournon,  Viviers  et  Boulogne. 

(2)  Ces  Etats  qui  se  tinrent  dans  Téglise  des  Cordeliers  de  Beaucaire,  du 
1 1  au  23  octobre,  eurent  lieu  en  1560  et  non  en  1559,  comme  le  fait  dire 
à  Gamon,  probablement  une  erreur  de  copiste  ;  car  les  Etats  de  1559  se  tin- 
rent à  Nimes,  et  nous  savons  du  reste  que  Tune  des  questions  qui  furent  agi- 
tées dans  les  Etats  de  Beaucaire,  est  celle  de  la  représentation  de  la  province 
aux  Etats-généraux  d'Orléans,  lesquels  ne  furent  convoqués  que  le  26  août 
1560,  pour  le  10  décembre  suivant. 

(3)  Gamon  commençant  Tannée  le  35  mars,  cette  seconde  date  est  exacte, 
car  c'est  du  20  au  33  mars  que  les  Etats  du  Languedoc  se  tinrent  à  Mont- 
pellier, sous  la  présidence  de  Guillaume  Pellissier,  évèque  de  cette  ville  ; 
seulement  il  ne  faut  pas  oublier  que  pour  nous  qui  faisons  commencer  l'an- 
née [le  i*""  janvier,  c'est  en  l'an  1561. 

(4)  Claude  Terlon,  avocat  et  ancien  capitoul  de  Toulouse,  qui  de  concert 
avec  Guy  du  Faur,  juge-mage  de  celte  ville,  représenta  la  sénéchaussée  de 
Toulouse,  aux  Etats-généraux  d'Orléans,  puis  aux  assemblées  de  Melun  et 
de  Pontoise.  Il  est  appelé  Claude  Ternon  ou  de  Thermion  dans  la  liste  des 
députés  aux  Etats-généraux,  donnée  par  M.  Augustin  Thierry. 


3i8       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

parole,  ne  trouva  moien  prompt  et  suffisant  que  de  faire 
vendre  par  Sa  Majesté  le  temporel  de  l'Eglise,  reservant 
aux  beneficiers  la  principalle  maison  de  leurs  bénéfices  et 
les  terres  adjacentes,  avec  une  pension  equipolente  à  leurs 
revenus,  que  Sa  Majesté  leur  assigneroit  sur  aulcunes 
bonnes  villes  de  son  royaume,  ou  seroit  mis  argent  suffi- 
sant à  cest  eflFect.  Du  reste,  le  Roy  acquitteroit  ses  debtes, 
et  si  en  demeuroit  bonne  quantité,  (seroit)  pour  soulager 
le  peuple  de  tant  de  tailles  et  de  charges  qu'il  soufTroit.  A 
ce,l'evesque  d'Usez  (2)  pour  le  Clergé,  s'opposa  vivement, 
jusques  à  s'attaquer  de  parole  avec  ledict  Terlon  ;  si  que 
le  reste  fut  traicté  assez  tumultuairement.  Sur  la  fin  Mons' 
Chabot,  advocat  de  Nisme  (3),  demanda  d'estre  ouy  sur 
certaines  propositions  qu'il  avoit  à  faire,  et  après  que 
audiance  luy  fut  par  trois  fois  desniée,  les  sieurs  du  Clergé 
et  de  la  Noblesse  estans  descendus  de  leurs  places,  fut  veu 
au  devant  la  maison  appellée  la  Loge,  où  se  tenoit  l'assem- 
blée, un  grand  amas  de  peuple  sans  armes,  murmurant, 
duquel  plusieurs  avoient  rempli  les  degrez  jusques  à  la 
porte  de  la  salle,  demandant  qu'on  donnât  audiance 
audict  Chabot,  qui  fit  que  chascun  reprit  sa  place  pour 
l'ouyr.  Il  harangua  assez  longuement  sur  la  corruption. 


(j)  Jean  de  St-Gelais,  qui  nommé  en  1531  évêque  d'Uzès,  sur  la  résigna- 
tion de  son  oncle,  fiit  déposé  en  1566  pour  cause  de  calvinisme.  Maintenu 
quand  même  par  le  roi  Charles  IX,  il  se  démit  volontairement  dans  la  suite 
et  fut  remplacé  dès  1570  par  Robert  Girard,  tandis  que  sa  mort  n'arriva 
qu'en  1574. 

(3)  Pierre  Chabot,  avocat  de  Nimes  et  syndic  des  églises  réformées  du 
Languedoc,  qui  siégea  à  ce  titre  dans  les  Etats-généraux  du  Languedoc 
tenus  à  Beziers  du  32  novembre  au  3  décembre  1561.  Ne  serait-ce  pas  le 
même  personnage,  qu'un  Philippe  Chabot,  également  de  Nimes,  qui  était 
suivant  le  chroniqueur  Jacques  de  Montagne,  un  des  chefs  des  insurgés  des 
Cévennes,  lorsqu'ils  furent  battus  au  mois  de  novembre  1560  par  le  marquis 
de  Villars  ? 


MÉMOCRES  d'achille  gâmon.  3ig 

mœurs,  et  doctrine  des  gens  d^Eglise,  qui  avoient,  ainsy 
qu'il  disoît,  nourris  les  hommes  à  ignorance  et  remply  le 
monde  d'erreurs  et  d'illusions,  aucthorisant  le  mensonge 
au  lieu  de  la  vérité  ;  laquelle  Dieu  ayant  faict  reluire  en 
ces  derniers  temps,  plusieurs  Tavoient  receue  avec  grand 
zelle,  se  retirans  des  abus  et  superstitions,qu'il  disoit  estre 
en  l'Eglise  romaine,  et  reprenant  la  pure  doctrine  evan- 
gelique  et  apostolique.  Mais  le  monde  qui  n'a  pu  souf- 
frir la  lumière,  conduict  par  le  prince  des  ténèbres  s'y 
estoit  opposé,  de  façon  que  tant  en  la  ville  de  Nismes  que 
ez  environs,  ceux  qui  suivoient  la  religion  reformée 
avoient  esté  deschassez,  pillez  et  saccagez  avec  grandes 
injures,  jusques  à  faire  rebaptiser  leurs  enfans.  Suppliant 
très  humblement  la  majesté  du  Roy,  leur  octroyer  liberté 
de  conscience  et  temples,  pour  exercer  en  public  ladicte 
religion,  affin  que  chascun  peut  veoir  si  les  calomnies  et 
impostures  dont  on  charge  leurs  assemblées  sont  vérita- 
bles, et  cognoistre  avec  quelle  impudence,  on  les  a  vouleu 
blasmer  d'infinis  crimes  et  desloyautez,  à  l'exemple  de  ce 
que  les  payens  ont  faict  contre  les  premiers  chrestiens. 
Neantmoins  qu'il  plaise  à  Sa  Majesté  faire  recompense  de 
leurs  pertes  sur  les  ecclésiastiques,  qu'il  disoit  estre  cause 
de  tout  le  desordre  ;  requérant  aussy  MM.  des  Estats 
insérer  leurs  doléances  en  leurs  cayers,  pour  avec  icelluy 
estre  présenté  au  Roy,  proposant  à  ces  fins  trente  deux 
syndicats  des  villes  de  Nismes,  Montpellier,  Usez  et 
aultres  lieux  circonvoisins,  attachez  à  la  requeste  qu'ils 
dressoient  à  Sa  Majesté  pour  ce  que  dessus.  Les  Estats  ne 
le  vouleurent  recepvoir,  mais  le  seigneur  de  Crussol,  duc 
d'Usez  0)î  se  chargea  de  présenter  au  Roy  ladicte    re- 


(i)  Antoine  de  Crussol,   vicomte   d'Uzès,  conseiller  au   Conseil  privé  du 
Roi,  qui   nommé  le  lo  décembre  1561  commandant  en   Languedoc,  Dau- 


320  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

queste  et  syndicats,  et  comme  ledict  Chabot  fut  sorty,tout 
le  peuple  qui  Pavoit  attendu  en  la  place  et  sur  les  degrez, 
s'escoula  sans  aulcun  bruict  (i). 

Le  mardy  6  janvier  1 56 1,  jour  des  Roys,  toutes  les 
croix  de  pierre  dressées  tant  dans  la  ville  d'Annonay,  que 
dans  les  faulxbourgs  et  aux  environs,  à  demie  lieue, 
qu'estoient  en  bien  grand  nombre,  furent  de  nuict  rom- 
pues et  abbattues.  La  justice  fit  dilligente  perquisition, 
mais  rien  n'en  fut  trouvé  ny  descouvert.  (2) 


phiné  et  Provence,  avec  mission  de  pacifier  ces  provinces,  inclina  bientôt 
du  côté  des  huguenots  languedociens,  qui  le  choisirent  pour  chef  dans  une 
assemblée  tenue  à  Nimes  le  2  novembre  156a.  Rallié  ensuite  au  parti  ca- 
tholique, il  obtint  au  mois  de  mai  1565  l'érection  de  la  vicomte  d'Uzès  en 
duché,  et  sept  ans  après  l'érection  de  ce  duché  en  duché-pairie  ;  enfin  il 
mourut  en  1 5 73,  ne  laissant  pas  d'enfants  de  son  mariage  avec  Louise  de  Cler- 
mont-Tallart. 

(i)  Dans  le  résumé  de  d'Aubais,  le  court  alinéa  qui  suit,  est  remplacé  par 
cet  autre,  qui  n'est  évidemment  pas  de  Gamon  :  n  La  crainte  d'exciter  une 
a  sédition  parmi  le  peuple,  empêcha  les  prélats,  les  barons,  et  les  autres* 
a  qui  composoient  l'assemblée  des  Etats,  de  faire  arrêter  cet  avocat  :  ils  vou- 
d  loient  le  faire  punir  comme  un  perturbateur  du  repos  public.  Leurs  senti- 
a  mens  étoient  d'ailleurs  si  partagés  sur  la  religion,  ils  se  deffioient  telle- 
«  ment  les  uns  des  autres,  que  personne  n'osa  proposer  sa  punition.  Un  air 
a  de  réforme,  dont  les  prédicateurs  de  la  nouvelle  religion  faisoient  voir  la  né- 
a  cessité,  séduisoit  les  uns*,  la  liberté  qu'elle  favorisoit  corrompoit  les  autres, 
«  et  dans  l'incertitude  ou  pour  mieux  dire  l'ignorance  de  la  religion  catholi- 
«t  que  et  de  la  religion  reformée,  où  on  étoit,  on  ne  sçavoit  à  quelle  des 
et  deux  on  devoit  s'attacher  et  quels  pasteurs  il  falloit  suivre.  La  nouvelle 
a  religion  fit  en  peu  de  tems  des  progrès  étonnans  dans  la  ville  d'Annonai 
a  et  dans  tous  autres  lieux  voisins,  d'où  elle  communiqua  et  se  répandit  de 
«  l'un  à  l'autre.  Quelques  uns  touchés  du  discours  de  l'avocat,  dont  nous 
a  avons  parlé,  se  firent  protestants  ;  leur  exemple  en  entraîna  d'autres,  et 
d  le  nombre  de  ceux  qui  les  suivirent  s'accrut  tellement,  et  leur  parti  devint 
a  si  supérieur  à  celui  des  catholiques,  qu'ils  abbattirent  pendant  la  nuit  du 
a  6  de  mars  1561,  toutes  les  croix  de  la  ville,  du  faulxbourg  et  des  lieux 
or  circonvoisins.  » 

(3)  En  marge  de  cet  alinéa  se  trouve  la  note  suivante,  qui  est  naturelle- 
ment d'un  continuateur  de  Gamon.  a  Le  samedy  13  juillet  1698,  la  croix 


MÉMOIRES   d'aCHILLE   GAMON.  321 

Aussy  audict  an  (i)  et  le  dimanche  i5  mars  sur  les  neuf 


«  de  la  place  des  Cordelliers  fut  dressée.  Le  mercredy  8*  juillet  1699,  elle  fut 
a  bénie  par  Mgr.  Armand  de  Montmorin,  arche vesque  de  Vienne,  lequel  ac- 
a  corda  quarante  jours  d'indulgence,  à  tous  ceux  qui  prieroient  devant  icelle 
«  pour  la  paix  entre  les  princes  chrestiens,  la  propagation  de  la  foy  et  Tex- 
«  tirpation  de  l'hérésie.  Nota  que  quoyquc  M.  de  Vogué  du  Peloux  ait  fait 
«  mettre  ses  armes  sur  icelle,  la  vérité  est  que  la  province  luy  avoit  remis 
a  400  livres  pour  le  payement  du  raccommodage  des  chemins,  qu'il  a  em- 
(i  ployé  là,  et  luy  en  couste  de  surplus  plus  de  200  livres.  Quelqu'un  fit  ces 
«  vers  : 

(i  L'honneur  qu'il  tirera  de  ceste  pierre, 

a  Augmentera  par  le  nombre  des  ans, 

«  Car  l'on  ne  sçaura  pas  que  l'assiette 

a  En  a  payé  trois  ou  quatre  cents  francs.  9 

(i)  Gamon  ne  donnant  pas  de  détails  sur  les  désordres  qui  se  commirent 
alors  à  Annonay,  nous  croyons  devoir  donner  ici  d'après  la  copie  de  Chomel 
le  journal  du  bailli  Jarnieu,  qui  complète  sur  ce  point  les  récits  de  notre 
mémorialiste:  a  Le  premier  jour  d'octobre  1561,  je  fiis  adverty  que  les  hu- 
a  guenots  vouloient  faire  prescher  ung  ministre  de  Genève  en  ceste  ville, 
a  pourquoy  s'assemblèrent  les  gens  de  bien,  de  ceste  ville,  ou  fust  conclud 
ff  de  les  engarder  par  toutes  voyes.  Genod  receut  les  actes  et  fust  dict  que 
0  M*  Jehan  Crottier  vouloit  faire  baptiser  un  enfant  à  la  mode  de  Genève. 
a  Le  premier  octobre  je  fis  venir  en  la  maison  du  lieutenant  de  ceste  ville 
<  ledict  Crottier,  ou  luy  fust  remonstré  que  l'on  m'avoit  adverty  qu'il  vouloit 
«  baptiser  un  sien  enfant  à  la  mode  de  Genève,  et  fit  responce  qu'il  n'avoit  en- 
a  core  résolu  comme  il  le  feroit  baptiser,  mais  que  s'il  le  fesoit  baptiser  à  la 
a  façon  aultre  que  nous  avons  accoustume  de  ce  faire,  qu'il  ne  le  feroit  point 
a  baptiser  dans  ceste  ville  ;  ce  que  dessus  fust  faict  et  dict  l'an  et  jour  susdicts, 
«  en  la  maison  dudict  lieutenant,  en  la  présence  de  moy,  dudict  lieutenant, 
«  des  deux  consuls,  de  M.  Mondon  Chomel  et  de  Rousset,  de  Boulieu. 

a  Item  le  mesme  jour,  moy  estant  dans  la  boutique  du  greffe  de  ceste 
a  ville,  avec  le  susdict  lieutenant,  examinant  certains  tesmoings  sur  le  crimi- 
«  nel,  vint  ung  nommé  M.  de  Fournier,  lequel  vint  me  demander  licence  de 
a  faire  prescher  en  ceste  ville  ;  je  luy  fis  responce  qui  le  mouvoit  à  faire  la 
ff  dicte  enqueste.  Il  me  respondit  que  beaucoup  de  gens  de  ceste  ville,  luy 
«  avoient  prié  de  le  faire,  qu'il  l'avouoit  bien.  Je  luy  dis  qu'il  s'estoit  bien 
a  oublié  de  me  tenir  un  tel  propos,  et  quand  les  aultres  viendroient  pour 
a  me  le  demander,  je  leur  feroy  responce  telle  qui  leur  appartient,  et  que 
«  j'en  avois  que   faire   de  parler   à  eulx  ;  mais  luy   defFendant  à   luy  et  aux 


322         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 

heures  du  soir,  tous  les   autels  furent  abbattus  et  les 


a  aultres  de  ne  faire  aulcune  assemblée  ny  presche,  et  ce  en  présence  de 
ff  M'*  Gilbert  Faure,  Jehan  Boiron,  Christophe  Chastaing,  Jehan  Vincent 
a  dict  de  Vergne.  Item  environ  un  quart  d'heure,  moy  estant  tousjours  en  la 
a  susdicte  boutique,  continuant  ladicte  inquisition,  vinrentM*  Jehan  Crottier, 
a  Antoine  Faure,  procureur,  Pierre  Cussonnel,  juge  d'appeaux;  André  Du- 
«  cros,  Estienne  Chomel,  Antoine  son  frère,  Pierre  Mosnier  dict  Chastinais, 
«  Jehan  Faure  dict  Bonhomme,  Jehan  Chomel  de  Varagne,  le  vieux  et  plus 
<  de  quarante  aultres  avec  Mathieu  Indy  leur  advocat,  qui  par  resolution 
ff  demandoit  licence,  au  nom  des  susnommez,  de  faire  prescher  la  parole  de 
ff  Dieu,  disant  qu'ils  avoient  longuement  erré  d'avoir  tenu  les  anciennes  cons- 
ff  titutions  de  nostre  Eglise  et  qu'ils  avoient  esté  idolastres,  de  quoy  ils 
c  crioient  mercy  à  Dieu,  et  plusieurs  aultres  propos,  sy  fascheux,  que  je  luy 
c  dis  qu'il  bailhat  son  dire  par  escript  et  que  je  luy  feroy  responce.  En 
c  présence  de  M*  Jehan  Faure,  de  Boulieu. 

<  Le  a  octobre,  lendemain  du  susdict  jour,  les  huguenots  de  ceste  ville  alla- 
ff  rent  à  leur  presche  près  de  Roiffieu,  auprès  de  la  maison  de  Philibert 
a  Magnol. 

ff  Le  37  du  mesme  mois  d'octobre  1561,  j'envoyay  à  M.  de  Tournon  toutes 
ff  les  inquisitions  faictes  par  les  huguenots  de  ceste  ville,  que  M*  Sebastien 
ff  et  mon  fils  Meraud  luy  portèrent  le  susdict  jour.  Depuis  les  huguenots 
ff  firent  venir  ung  ministre,  il  prescha  et  baptisa  deux  enfants  :  MM.  de 
ff  Changy  et  de  Perault  estoient  presens. 

ff  Item  bientost  ils  se  reunirent  en  la  maison  de  M*  Hugues  Morin,  située 
«  aux  champs,  pour  y  faire  leurs  assemblées  et  dans  la  dicte  maison  il  faict 
«  prescher,  baptiser  et  marier  à  la  mode  de  Genève,  et  tousjours  enterrer  plu- 
ff  sieurs  personnes  en  ladicte  façon  ;  et  qui  pis  est  le  15  janvier  1561,  à 
ff  l'Incarnation (1563),  ils  vindrent  en  l'Eglise  parrochialle  de  ceste  ville  et  la 
ff  trouvant  ouverte  à  la  mode  accoustumée,  entrèrent  dedans,  la  ou  ils  firent 
ff  prescher  ledict  jour  et  y  firent  leur  cène. 

'  ff  Le  10  du  mois  de  janvier,  les  gens  de  bien  estant  l'après  disnée  en  l'egli- 
ff  se  des  Cordelliers,  pour  ouyr  le  presche  d'ung  prédicateur,  docteur  en 
ff  théologie,  de  bonne  et  sincère  doctrine,  lesdicts  huguenots  de  ceste  ville, 
ff  firent  mille  insolences,  jusques  à  faire  mener  ung  bœuf  à  la  porte  dudict 
ff  couvent  et  de  le  faire  entrer  dedans. 

ff  Du  depuis,  ledict  jour,  deux  heures  de  nuict,  vindrent  en  la  maison  de 
ff  M.  Androl,  prebstre  et  prebendier  de  l'église  de  ceste  ville,  lesdicts  hu- 
ff  guenots,  qui  par  force  et  violence  luy  voulurent  rompre  sa  porte,  luy  don* 
ff  nerent  ung  coup  de  pierre  qui  faillit  le  tuer.  Et  audict  jour,  mesme  envi- 
ff  ron  vespres,  l'on  maria  deux  filles  de  ceste  ville,  l'une  fiist  espousée  à  la 


MÉMOIRES   D^ ACHILLE   GAMON.  323 

images  brisées  et  brusiées  par  les  églises  de  la  ville  et 


«  façon  accoustumée  et  Taultre  à  la  mode  de  Genève,  et  elles  sortoient  des 
a  deux  églises,  c'est-à-dire  celle  de  Genève  du  prieuré  de  Trachy  et  Taultre, 
a  c'est  celle  de  Tancienne  religion,  de  nostre  église  parrochialle  ;  remontant 
ff  en  la  rue,  ung  huguenot  voyant  celle  de  l'ancienne  religion  qui  menoit  un 
a  tambourin^  comme  on  avoit  accoustumé  anciennement,  voulut  rompre  le 
ff  tambourin  et  battit  celuy  qui  le  portoit  et  voulut  outrager  M"*  Dupeloux. 
«  Le  petit  Noé,  beau-fils  de  Verne,  fust  celuy  qui  vouloit  rompre  le  tambou- 
c  rin,  tesmoings  Biaise  de  Brosses  et  aultres.  Beilias  et  Guillaume  Couchet 
a  dict  Garry  menèrent  ledict  bœuf  jusques  à  la  porte  du  couvent,  tesmoings 
<!  le  cordellier  Pierre  Bourre,  Jehan  jobert  et  aultres.  Pour  le  faict  de  M. 
a  Androl,  faull  examiner  Jehan  la  Couture,  sa  fille,  Meyraud  de  Boulieu,  le 
c  jeune  Carpe,  Jehan  Valet,  Jehan  Androl  et  aultres. 

a  Le  dimanche  i8  janvier  156a,  environ  deux  heures  après  midy,  ceulx  de 
a  l'ancienne  religion  sortant  du  presche,  du  couvent  des  Cordelliers,  trouva- 
«  rent  ceulx  de  la  nouvelle  religion  au  devant  des  portes  de  l'ancienne  église, 
a  qui  rompirent  les  dictes  portes  et  quand  M°  Mondon  Chomel,  commis  au 
«  faict  de  la  justice  leur  voulut  remonstrer  qu'ils  faisoient  mal,  lesdicts  hugue- 
a  nots  le  jetterent  par  terre,  aussy  Claude  Chabert,  marchand,  M"*  de  Gour- 
«  dan,  son  fils,  Meyraud  de  Boulieu,  ung  que  l'on  nomme  Camet  et  ung 
(i  grand  nombre  de  personnes  tant  hommes  que  femmes. 

«  Le  8  mars  1562,  le  sieur  Dupeloux  eut  question  contre  Moyne,  hugue- 
a  not,  qui  sur  les  neuf  heures  du  soir  fit  esmouvoir  la  plus  grande  partie 
«  des  huguenots,  et  s'esmeurent  de  si  grande  fureur  qu'ils  estoient  plus  de 
a  cinq  cens,  qui  de  grande  colère  vindrent  dans  la  maison  du  juge  du  Viva- 
«  rois,  vouleurent  entrer  par  force  dedans  et  y  ruèrent  des  coups  de  pierres 
a  dedans,  tant  qu'ils  brisèrent  toutes  les  vistres  et  fenestres  et  vouleurent 
«  brusier  la  porte  de  la  maison.  Plus,  non  contens  de  cela,  voyant  que  ledict 
«  seigneur  Dupeloux  n'y  estoit  pas,  ils  s'en  allarent  en  une  des  maisons  de 
«  M.  le  Régent  pour  Mgr.  de  Vienne,  là  ou  ils  assiégèrent  le  sieur  Dupeloux, 
a  là  ou  M*""  Dupeloux  sa  mère,  alla  le  quenr  et  par  belles  paroles  s'en 
a  retourna  a  sa  maison.  Encores  qui  pis  est,  lesdicts  huguenots  au  mesme 
a  instant  s'en  allarent  en  la  maison  ou  se  tient  ledict  Régent,  hurterent  à  la 
a  porte  la  voulant  rompre,  et  luy  sortant  à  la  fenestre  pour  voir  qui  corn- 
et mandoit,  lesdicts  huguenots  luy  deschargerent  deux  coups  de  pierres,  forts 
«  grands.  Et  pour  achever  leur  entreprinse,  voulant  tuer  tous  les  magistrats 
«  de  laville,  sept  ou  huict  des  huguenots  vindrent  demander  justice  au  baillif 
a  de  ceste  ville,  le  requérant  de  se  transporter  en  la  maison  du  juge  du  Vi- 
ff  varois,  là  ou  estoit  la  plus  grande  partie  de  leur  troupe,  pour  esviter  un 
a  escandalle  ;  ce  que  ledict  baillif  fit,  tendant  à  bonne  fin,  ne  se  doublant 


324       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 
faulxbourgs,  non  sans  grand  estonnement  de  plusieurs  et 


ff  nullement  de  leur  trahison,  s'en  alla  trouver  le  procureur  et  le  greffier  et 
c  tous  ensemble  allarent  trouver  ladicte  troupe  qui  estoit  encore  dans  la 
«  maison  dudict  juge,  et  ledict  baillif  leur  voulant  monstrer  qu'ils  faisoient 
«  mal,  tous  le  chargèrent  de  grands  coups  d'allebarde. 

a  Le  8  mars,  le  sieur  Dupeloux  voulut  battre  Moyne,  dequoy  la  sédition 
«  vint.  Depuis  ils  ont  continué  leurs  maulvaises  opinions,  et  non  obstant  les 
a  edicts  du  Roy,  journellement  ils  s'assemblent  de  jour  et  de  nuict  et  portent 
c  toutes  les  armes  dans  leur  presche. 

ff  Le  I  5  mars  ils  ruinèrent  Teglise  parrochialle  et  bruslerent  la  porte  de 
a  Feglise  des  Cordelliers  de  ceste  ville,  les  huguenots  ont  faict  des  désignées 
c  et  font  le  guet  toute  la  nuict  avec  toutes  armes.  Ils  ont  faict  les  consuls  de 
ff  ceste  ville  à  leur  portée,  qu'ils  veulent  avoir  les  clefs  de  la  ville. 

t  Ils  ont  contrainct  les  dames  religieuses  de  Ste-Claire  et  les  recteurs  de 
ff  toutes  les  commanderies  et  chapelles  de  ceste  ville,  d'oster  les  images  de 
ff  leurs  chapelles  ;  ont  pillé  cinq  ou  six  paroisses  autour  de  ceste  ville,  n'y 
c  ayant  laissé  aulcune  image  n'y  aultres  biens  meubles,  le  tout  rompu  et  em- 
ff  porté. 

ff  Le  a  I  du  mois  de  mars,  l'an  susdict,  les  consuls  ont  faict  vendre  le  fer 
ff  et  le  plomb  qui  estoient  aux  croix,  aux  environs  de  ceste  ville,  que  lesdicts 
«  avoient  abbatues,  n'y  ayant  laissé  aulcune  image  n'y  aultres  biens  meu- 
ff  blés,  le  tout  rompu  et  emporté. 

ff  Ils  n'ont  voulu  obeyr  aux  edicts  du  Roy,  touchant  de  mettre  leurs  ar- 
ff  quebuses  au  chasteau  de  ceste  ville,  comme  leur  avoit  esté  commandé  par 
ff  la  justice  ;  ains  au  mespris  des  criées  en  ont  faict  venir  de  St-Estienne  de 
c  Furan,  grand  nombre  et  de  allebardes  aussy  qu'ils  ont  toutes  vendues. 

a  Du  33  mars,  les  consuls  de  leur  aucthorité,  sans  congé  du  baillif,  capi- 
ff  taine  de  ceste  ville,  ont  faict  lever  les  serrures  des  portes  de  la  ville,  pour 
c  faire  des  clefs,  ne  daignant  les  demander  audict  baillif  et  capitaine,  et  qui 
ff  pis  est,  ont  faict  faire  des  chaisnes  pour  les  carrefours  de  ceste  ville,  sans 
ff  permission  dudict  capitaine,  qui  est  ung  grand  cousrange  et  frais  à  la  ville, 
ff  sans  aulcune  occasion  ny  affaire  qui  se  présentât,  et  ont  faict  faire  lesditcs 
ff  chaisnes  du  fer  des  croix. 

ff  Le  jeudy  sainct,  les  huguenots  relournarent  en  toutes  les  églises  de  la 
c  ville  et  achevèrent  de  ruiner  le  tout,  surtout  au  couvent  de  Ste-Claire. 

ff  Le  vendredy  sainct,  lesdicts  huguenots  gardoient  pour  empescher  de 
ff  prescher  la  passion,  comme  on  a  accoustumé  de  faire  au  couvent  ^t  St- 
ff  François,  en  ceste  ville,  et  plusieurs  gens  qui  vouloient  faire  leur  pasques 
ff  en  ceste  ville  ledict  jour,  ne  trouvant  personne  qui  leur  administrât,  parce- 
ff  qu'ils  avoient  dict  que  le  premier  presbtre  qui  diroit  la  messe,  ils  le  feroient 


MÉMOIRES   d'aCHILLE  GAMON.  326 

tout  après  on    commencea  de  prescher  de  jour  par  les 
places  et  lieux  publics. 

Après  le  massacre  de  Vassy  (i),  comme  les  armes  furent 
levées  en  ce  royaume  pour  le  faict  de  la  religion,  les 
villes  de  Lyon,  Tournon,  Romans  et  Valence,  reduictes 
sous  l'obéissance  de  ceux  de  ladicte  religion  (2),  qu'on 


a  mourir,  de  nuict  ou  de  jour  et  en  feroient  aultant  à  tous  ceux  qui  iroient 
a  recepvoir  les  sacremens. 

a  Le  sabmedy  sainct,  voyant  les  affaires  de  la  religion  nouvelle  ainsy  et 
a  ceulx  de  la  ville  ainsy  désolez,  j'envoyais  quérir  M.  Jehan  Crottier,  aux 
a  fins  de  trouver  moyens  que  ceulx  de  la  nouvelle  religion  n'empeschassent 
a  ceulx  de  l'ancienne  de  faire  leur  pasque  au  jour  que  TEglise  militante 
«  Tavoit  ordonné,  ce  qu'ils  firent. 

ff  Lesdicts  huguenots  continuent  de  porter  toutes  les  armes  en  leur  pres- 
a  che,  publicquement  et  en  plain  jour,  et  tiennent  leur  sinode  et  s'assemblent 
ff  sans  permission  de  personne.  Depuis  huict  jours,  ils  ont  faict  porter  trois 
ff  charges  d'arquebuzes  ou  allebardes  qui  ont  toutes  esté  vendues,  et  les  font 
a  tirer  en  plain  jour.  Le  lieutenant  les  favorise,  le  procureur  est  l'autheur  et 
t  conducteur  des  dicts  huguenots,  et  le  chef  de  toutes  leurs  criminelles  en- 
te treprinses.  Lesdicts  huguenots  ont  faict  imposition  sur  le  peuple,  de  de- 
«  niers,  et  les  font  lever  sans  qu'ils  ayent  demandé  permission  de  ce  faire 
a  à  aulcung  magistrat. 

t  Item  quand  quelqu'ung  de  leur  religion  a  faict  quelque  offense,  soit  cri- 
«  minelle,  soit  civile,  ils  le  font  venir  devant  le  ministre  et  ils  font  crier 
«  mercy  Tung  à  Taultre,  et  condamnent  celuy  qu'on  dict  qu'il  a  tort  à  une 
t  amende  pécuniaire,  eulx  disant  vouloir  Tappiicquer  aux  pauvres,  et  Ton 
t  croit  que  c'est  pour  faire  porter  le  mefaictà  la  femme  du  ihinistre,  ce  qu'elle 
ff  faict  les  bons  jours  que  leur  église  observe. 

ff  Item,  ont  faict  desmonter  les  tables  et  bancs  de  l'escole  du  Sainct- 
ff  Esprit,  et  les  bois  et  fers  qui  y  estoient  emportez  et  vendus . 

«  Item,  le  tout  ce  que  dessus  ont  faict  de  leur  aucthorité  sans  permission 
«du  magistrat.  i> 

(i)  i«mars  1563. 

(a)  Des  Adrets  ayant  levé  l'étendard  de  la  révolte,  s'empara  de  Valence  le 
35  avril  1562,  de  Tournon  le  !•'  mai,  de  Vienne  le  2,  de  Lyon  le  3  et  de 
Grenoble  le  1 1 .  Pour  ce  qui  est  de  Romans  où  le  farouche  baron  n'alla  que 
plus  tard,  les  huguenots  y  commandaient  en  maîtres  dès  le  18  avril. 

TOMB  XX,  -  1886.  22 


326       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

commencea  de  nommer  huguenots,  fut  aussi  ladicte  ville 
d'Annonay  saisie  par  ceux  des  habitans  qui  estoient  de 
ce  party,  en  may  i562,  sans  qu'il  y  eut  tumulte  ni  sédition 
pour  ce  faict  ;  d'autant  que  ceux-cy  estoient  dans  ladicte 
ville  en  beaucoup  plus  grand  nombre  que  ceux  de  la 
religion  romaine.  A  Tinstant  fut  suspendue  et  en  son 
lieu  le  presche  estably  et  les  temples,  et  y  furent  appel- 
iez pour  ministres    maistre   Pierre   Railhei(i)et  Pierre 


(i)  Ce  ministre  qui  était  un  ancien  maître  d'école,  fut  pendant  assez  long- 
temps seul  à  Annonay,  ainsi  que  le  prouve  la  lettre  suivante,  qui  nous  a  été 
signalée  par  M.  le  pasteur  Arnaud  : 

«  A  Monsieur  Calvin  à  Genève. 

<  Monsieur,  l'Eglise  de  ceste  ville  d'Annonay,  a  receu  un  tel  fhiict  du  mi- 
«  nistere  des  ministres,  que  le  Seigneur  par  sa  main  y  a  dressé,  que  toute 
c  ceste  dicte  ville  est  refformé,  bien  peu  s'en  fault.  La  louange  en  demeure  à 
ff  l'Eternel.  11  est  vray  que  Monsieur  Maistre  Pierre  Railhet  ne  faict  que  se 
ff  plaindre  à  nous,  veoyant  ung  si  grand  troupeau  devant  luy.  Jaçoit  que  par 
«  la  grâce  de  Dieu,  nous  ayons  grande  occasion  de  nous  contenter  de  sa 
ff  doctrine  et  bonnes  mœurs  ;  enfin  veoyant  encores  son  troupeau  accroistre, 
t  mesme  des  habitants  des  montaignes  du  Velay,  prochains   à  ceste  ville, 
<  descendants  icy  à  grand  nombre  pour  ouyr  sa  parole,  s'  Pierre  Railhet  a 
t  demandé  tems  pour  aller  estudier  d'advantaige  par  devers  vous,  pour  se 
«  mieulx  façonner,  ou  bien  que  nous  eussions  ung  aultre  ministre  avec  luy, 
a  plus  exercé,  qui  luy  aydat  à  subvenir  à  une  si  grande  assemblée,  estant  de 
«  dix  à  douze  mil,  et  avec  lequel  il  peut  proficter.  Nous  veoyant  qu'il  est  im- 
a  possible  qu'il  puisse  satisfere  à  une  si  plantureuse  assemblée  du  Seigneur, 
t  laquelle  d'icy  en  ça,  ez  jours  de  dimenche  il  fauldra  diviser  en  deux  à  mes- 
(I  me  heure,  avons  à  vous  supplier  qu'il  vous  plaise  en  continuant  à  nous  bien 
9  faire,  de  nous  pourveoir  d'ung  aullrc  ministre  de  la  parole  de  Dieu  et  ses 
a  saincts  sacremcns,  affin  de  les  garder  tous  deux,  ou  bien  si  ccluy  qu'il  vous 
a  plaira  nous  envoyer,  pcult  mieux  suffire  à  tout  le  peuple,  acquiescer  à  ce 
«  que  ledict  sieur  Railhet  demande  pour  ung  tems,  de  s'en  aller  exercer  d'ad- 
a  vantaige  à  l'estude.  Et  nous  avons  à  prier  le  Seigneur  Dieu   et  père,  qu'il 
«  luy  plaise  faire  prospérer  en  vous  ses  grâces  de  plus  en  plus,  nous  recom- 
a  mandant  très  humblement  à  vos  prières  et  oraisons.  D'Annonai  ce  dernier 
«  apvril,  an    1562.  Vos  très   humbles  et  obeyssants  serviteurs,  les  consuls 
ff  d'Annonai.  » 
Or,  il  est  bon  de  dire  que  le  ministre  Railhet,  écrivant  de  son  côté  à  Cal- 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  327 

Boullod,  estant  la  ville  soubs  la  charge  des  consuls  et  des 
habitans  seulement,  combien  que  noble  Pierre  Guerry, 
s' de  Prost,  y  fut  appelle  de  Lion  et  y  demeura  quelques 
jours  pour  commander,  (i) 

Durant  ce  gouvernement  toutes  les  chapes,  calices  et 
joyaux  des  églises,  de  grande  valeur  furent  prins  et  dissi- 
pez, entre  aultres  les  reliques  jadis  tant  renommées  en 
ladicte  ville  et  qu'on  souloit  avec  grande  vénération  por- 
ter aux  jours  de  Rogations,  furent  ouvertes,  visitées  et 
bruslées  publicquement  en  la  place  vieille.  La  grande 
chasse  d'argent  doré  où  Ton  les  tenoit,fut  portée  à  Lion  et 
vendue  pour  achepter  des  armes  (2).  Aulcuns  ont  voulu 


vin,  deux  jours  auparavant  (29  avril  156a),  n'exprimait  nullement  le  désir, 
soit  d'avoir  un  collègue,  soit  d'aller  étudier  à  Genève,  mais  se  bornait  à  de- 
mander des  conseils,  après  avoir  exposé  l'état  d'Annonay,  où  l'exercice  du 
culte  catholique  ayant  cessé,  et  le  petit  nombre  de  ceux  qui  sont  restés  papis- 
tes n'osant  pratiquer  ouvertement  leur  religion,  il  y  aurait  tout  lieu  de  se  féli- 
citer, s'il  ne  s'était  glissé  dans  le  troupeau  huguenot,  nombre  de  fouibes  qui 
compromettent  la  religion  et  le  ministre  par  leur  conduite.  —  Opéra  Calvini, 
XIX.  3773  et  3778. 

(i)  Ce  personnage  qui  est  appelé  noble  Pierre  Garnicr  de  Prost,  capitaine 
des  églises  réformées  du  Vivarais,  dans  les  manuscrits  de  Chomel,  est  proba- 
blement le  même  qu'un  sieur  Pierre  Guérin,  écuyer,  habitant  à  Prost  paroisse 
de  Félines,  qui  le  18  octobre  1 547,  fit  en  qualité  de  mandataire  des  habitants 
de  cette  paroisse,  un  accord  avec  le  syndic  du  couvent  des  Célestins  de  Co- 
lombier, touchant  les  droits  et  obligations  des  religieux  de  ce  couvent  dans 
ladite  paroisse. 

(a)  Le  chapitre  de  l'église  collégiale  d'Annonay,  ayant  fait  faire  trois  ans 
plus  tard,  une  enquête  judiciaire,  pour  établir  les  pertes  par  lui  subies  en 
1563,  nous  relevons  parmi  les  nombreuses  dépositions  qui  furent  alors  reçues 
par  le  juge-royal  du  Vivarais,  commis  à  cet  effet,  celle  du  notaire  Guillaume 
de  Sauzéa  qui  est  confirmée  par  toutes  les  autres  :  c  II  dict  estre  chose  vraie 
ff  et  notoire,  que  pour  raison  de  la  religion,  tant  en  la  présente  ville  d'Anno- 
<  nay  que  lieux  circonvoisins,  les  troubles  furent  grands  en  l'année  1563, 
a  tellement  que  les  églises,  trésors  et  meubles  d'icelles  furent  pillés  et  dero- 
c  bés,  et  mes  me  l'église  collégiale  de  Nostre-Dame  d'Annonay,  au   dedans 


'i'iH         ^^j^ji,T^   t>'xiCHirjLryrAE   ET    HE   ST ATI STT v-: I - 

dire  q^'ii  en  prliit  aai  cor.  Juacurs,  de  ce  ^ct.  coghhb: 
d  ^l.  Ctp«trj  it  i  or  Je  Tno.oze.,  car  dans  ino:::is  d'-irrr  on 
tou.v  moarj^rert  ;  les  aultre*  prennent  aulcread^l*.  Le  jll- 
gtw^ent  en  %rAz  a  Dieu  seuL 


l'^'jtLrt  Au:  pjir  if*tit,»r«  .-*«  popai.n:^  rompoi-  ^;iù  ::inE*  ^çair  •uia  ^ue  ie» 
trta/.i.i.ixv»  tJ  c.«'ir»:r.i:«trt   p^r  la'M  .r:«  le    i.tîL:c  «7--.er:i  aLi.eur^  reiiquai- 

^n-wt.ii '-tr. .  •.;i.'>  :r,.*j.«:;r.^  er  lu.'rz»  .,'  1.1 1  *  iTi:t  icç.iriiTand.  rirrsa.  papiers- 
tr.  t4i./t4  d*i«'.i*.Ti «•..•.?,♦  ^nt  an«  :r..ip<..d  d  l*:d*.e  t^-  ac.  TTor^e.  temee  i 
*iu*i/t  Jrtî-t  <»T  .ft*  t<,ri»tir/^  -4  'rti....i  -le  fer,  acce-.ie  iej»  'iist:rî.':er«,  v  ivant 
f/ .n^t  Kj  .t..itV.«  'ft.'vii*.'»  4  .ii.i!4.  Oi*  .&:tC.:'.i  •  " î^i  tsci.ent  rennes  N-rs  ^uc 
.A*:..  M*  jf'*,-.*;^.*  •►..  .'^*c.i  i  ir/îr.!u   ^*»   ie-a-.a.'Xjîr::    -'.ri   '.eKiictis  orchei 

'.yi^,X.'.<t  .rt*  .w.û  <Ut  .;*  portfi  'ic  Liqiii.z,  L  une  rit  "ï.i.  ' i&  k  >L  le  lieiitinaiic 
OjAm.'.  dit  l..4/1.».TA  'i..er  une  m  pr.curiur  du.  R  ;7  d  ueile.  M*  .Vjitnofne 
f  *aj"t.  i*.nrt.  \alTrs.  *  Vt*  F.<*r*«;nr4e  Ch.„rneL  ^xcaol  :1c  laiiicLî  vr  le,  et  Li  qii*- 
f/ r.««i!iA  îi-.mAuri  ^r.'.'»  le^  ni.î:r.t  da  ■iy.lic  de  Iddicte  c^'iâe.  M'  Hoçues 
f)  .rrui  If  \^ftA  .»>'-.jr  itraii.  cha.i.:un  retira  sa  clef  et  s'ea  aliarenC-  Bien 
p<ii  -Ir,  tA,"nt  ap«-«,  a  ir^-^u  '•^■le  ia  corn  ai -me  p«-paUcc,  a  heure  aoctume  et 
4.  </:  ir,(Ui,  fôfjt  tf  7i<'jt  ince  rompirent  le  treiLid  de  ter  d  une  tcnestre  de  la- 
/l..-Ti*.  f.tAç,r-A.<t,  ;»y  m'  ;iHpect  4ur  U  pUce  vieille,  et  sçait  ce  qae  dessus  pour 
Âf  ,if  ^Aif.  prt«:nt,  rr.->y«nt  lor»  et  îuiicttenij  qae  lesdictâ  jovatu  et  papiers 
furtnr  mi-*  ^t  frtrme/  ^n  ladi^te  chapeiie  et  vea  de  la  maiâ^jQ  de  S4>a  habica- 
'i/^rt  la  '-.'.mmiir^r.  p/^r- .i..î.ie  rompre  lei  tr^iliià  de  Ladisite  tenestre  et  entrer 
rl.irt*  U  ..h.if:,<it;':,  p/^iur  ce  que  tai.toit  Ii>rs  çnnd  clair  de  lune,  et  estant  co- 
\t^  j  ^.f^^r^\l^  feu  VÎ.Ktf.^nne  B.iud,  Pitei^n,  Iai'':ert,  Ranchon  et  divers  aul- 
rrt*,  ^îr.*/|«j/tU  n-*  ♦e  recorde  ;  Ic-squel»  emportèrent  ce  que  bon  leur  sembla 
f\r<f\..  1*  f>\i  iiji  ou  papier»,  et  le  lendemain  le  résidu  desdicts  papiers,  sç»- 
tf,\f  Ir*  \r.rr\f.T\  furent  portez  par  Ictlizt  Faure  et  plusieurs  aultres  papiers, 
>n*fri»mrn«  rftojgnoii<«<inces  et  obliçations,  furent  portez  par  plusieurs  de 
U/liMA  Ville,  et  ia  plut  part  raiàe  par  les  rues  et  la  place,  de  iaçoa  qu'on  y 
rhAfthf,t\  dr.<%UH  puhlicquement  en  allant  et  venant,  et  les  trésors,  reliques 
011  chrtppr-.A  et  ferremcns  estans  dans  bdicte  chapelle,  portez  en  la  place 
vit.iWr.  nt  pftr  levdicrA  consuls  de  la  ville,  et  procureur  du  Roy,  vendus  an 
^>lii«  offrant  et  dernier  enchérisseur,  et  de  l'argent  proveneu  desdicts  joyaux 
Uu.t  it  leur  plaUir,  s.tnà  qu'on  ait  jamais  s  jeu  que  ledici  argent  ou  partie 

d'urlny  ntt  aie  min  au  profict  ou  utilité  de  ladicte  église Dict  aussy  cs- 

irn  (\n,<ir.    vr/iyc  et   notoire  que    tant   lesdicts  chanoines  demandeurs  que 
pluQir.iifs»   ftulirc»,  ne  peuvent  avoir  n'y  recouvrer  à  présent  les  titres,  pa- 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  Sîg 

Au  mois  d^âoust  dudict  an  i562,  Jean  de  Montluc, 
evesque  de  Valence,  (i)  conseiller  du  Roy,  en  son  privé 
conseil,  personnage  de  grande  authorité,  de  maison  illus- 
tre et  de  bonnes  lettres,  venant  de  la  cour  pour  ainsy 
qu'il  disoit  se  retirer  audict  Valence,  fut  poursuivi  par  le 
gouverneur  de  Vienne,  (2)  tenant  le  party  de  la  Religion, 
jusques  à  Sablon  (3)  où  il  passa  le  Rosne  et  se  vint  rendre 


a  piers  et  documens  des  notaires  de  la  présente  ville  d'Annonay,  d'aultant 
ff  que  lors  des  troubles  de  ladictc  année  ou  par  deux  saccagemens  faicts  à  la 
c  dicte  ville,  la  plus  grande  partie  des  papiers  et  con tracts  desdicts  notaires 
«  ont  esté  pillez,  saccagez,  bruslez,  ensemble  les  maisons  mesmes  de  M"  Fran- 

«  çois  Faurie  et  aultres  notaires  de  ladicte  ville Dict  qu'il  a  ouj  dire  pu- 

«  blicquement  que  pendant  lesdicts  troubles  lesdicts  chanoines  demandeurs 
a  estoient  tellement  craintifs  audict  Estienne  Chomel  et  aultres  de  ladicte 
a  ville,  qu'ils  bailloient  leur  consentement  et  confessoient  avoir  receu  argent 
a  des  ungs  aux  aultres,  comme  bon  sembloit  auxdicts  consuls  et  aultres 
a  créanciers  desdicts  chanoines  et  sans  en  rien  recepvoir....»  —  Manuscrit  de 
Chomel. 

(i)  Jean  de  Montesquiou  de  Lasseran  de  Marcencosme  de  Montluc^  qui 
nommé  évêque  de  Valence  et  de  Die  le  9  octobre  1553,  ^^  démit  vers  1576 
et  mourut  en  1379-  Frère  cadet  du  fameux  maréchal  Biaise  de  Montluc,  ce 
peu  orthodoxe  prélat  est  trop  connu  pour  qu'il  soit  nécessaire  d'en  parler  plus 
longuement  ;  rappelons  seulement  que  Brantôme  dit  de  lui,  qu'il  était  «  fin, 
c  deslié,  trinquât,  rompu  et  corrompu  autant  pour  son  sçavoir  que  pour  sa 
c  pratique...  et  qu'on  le  tenoit  luthérien  au  commanccment  et  puis  calviniste 
c  contre  sa  profession  episcopalle  ;  mais  il  s'y  comporta  modestement  par 
c  bonne  mine  et  beau  semblant.  > 

(a)  François  du  Terrail,  seigneur  de  Bernin,  gentilhomme  de  la  famille  de 
Bayard,  qui  nommé  lieutenant-général  des  terres  du  chapitre  métropolitain 
de  Lyon  en  1 5  30,  fit  vingt-cinq  ans  après  la  campagne  de  Piémont  sous  Bris- 
sac,  à  la  tôte  d'une  compagnie  de  chevau-légers,  puis  ayant  embrassé  le  pro- 
testantisme devint  un  des  plus  fougueux  lieutenants  de  des  Adrets.  Chargé 
par  ce  dernier  du  gouvernement  de  la  ville  de  Vienne,  le  3  mai  1563,  il  en 
pilla  et  dévasta  presque  tous  les  monuments  religieux  et  non  content  de  vou- 
loir imposer  par  la  force  les  doctrines  calvinistes  à  ses  habitants,  les  accabla 
de  réquisitions  et  de  vexations,  jusqu'à  ce  qu'il  fut  chassé  de  cette  ville  par 
Maugiron,  le  4  octobre  suivant. 

(3)  Sablon,  commune  du  canton  de  Roussillon  (Isère). 


33o       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

audict  Ânnonay.  Les  habitans  le  receurent  fort  humaine- 
ment pour  la  bonne  opinion  qu'on  avoit  de  luy  et  pour 
autant  que  la  ville  estoit  journellement  menassée  par  ceux 
du  contraire  party  ;  il  promit  s'employer  envers  eux,  de 
façon  que  de  leur  part  elle  n'auroit  rien  a  creindre,  comme 
aussy  les  habitans  luy  donnoient  seureté  de  sa  personne 
tant  qu'il  seroit  avec  eux.  Il  fréquentoit  journellement 
les  presches,  combien  que  les  ministres  luy  donnassent  plu- 
sieurs atteinctes  manifestes,  dont  il  n'estoit  guères  content. 
Sur  ces  entrefaictes  les  consuls  receurent  une  lettre  signée 
par  le  baron  des  Adrets,  (i)  qui  se  disoit  commander  en 
Languedoc,  Daulphiné  et  Provence  pour  le  service  de 
Dieu  et  du  Roy,  où  il  mandoit  aux  consuls  et  habitans  de 
bien  garder  ledict  sieur  de  Valence  et  ne  le  rendre  à 
aultre  qu'à  luy,  aultrement  qu'il  rempliroit  ladicte 
ville  de  corps  morts,  qu'il  y  mettroit  le  feu  et  la  raseroit. 
La  dessus  fut  prins  délibération  par  lesdicts  habitans,  qui 
se  résolurent  de  tenir  parole  ;  mais  cependant  le  sieur  de 
Valence  adverti  desdicts  rigoureux  mandemenset  craignant 
estre  plus  estroitement  arresté,  ainsy  qu'on  disoit  le  pres- 
che  un  dimanche  matin,  monta  à  cheval  avec  tous  ses 
gens  et  passant  par  la  porte  du  Champ,  au  millieu  de  la 
garde,  comme  s'il  alloit  esbattre  selon  sa  coustume,  pre- 


(i)  François  de  Beaumont,  baron  des  Adrets,  un  des  fameux  hommes  de 
guerre  de  Tépoque,  qui  s'étant  mis  à  la  tête  des  protestants  dauphinois  au 
commencement  de  Tannée  156a,  «  fit  trembler  le  Lyonnois,  le  Forest,  Viva- 
a  rest,  TAuvergne,  le  Dauphiné,  le  Languedoc,  la  Provence  un  peu,  bref,  ce 
«  pays  de  par  delà,  —  dit  Brantôme,  —  et  le  craignoit  on  plus  que  la  tem- 
a  peste  qui  passe  par  de  grands  champs  de  bled,  jusques  là  que  dans  Rome 
«  on  appréhenda  qu'il  armast  sur  mer,  qu'il  la  vint  visiter,  tant  sa  renommée, 
a  sa  fortune  et  sa  cruauté  volloient  partout.  »  Né  en  15 16,  des  Adrets  mou- 
rut en  1587,  ayant  eut  de  son  mariage  avec  Isabeau  de  Gumin^  deux  fils  et 
trois  filles. 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  33  I 

noit  le  chemin  du  Bourg  quand  trois  de  la  ville  envoyez 
pour  luy  faire  entendre  la  resolution  susdicte,  le  suivirent 
jusques  au  lieu  appelle  la  Croisette,  entre  les  vignes,  où 
il  descendit  de  cheval,  les  ouyt  fort  benignement  et  après 
long  discours  de  leur  instante  prière,  contre  l'advis  de 
ses  gens  retourna  dans  la  ville  et  dans  la  maison  du  sei- 
gneur du  Peloux  (i)  où  il  estoit  logé.  Toutesfois  le  lende- 
main devant  jour.  Ton  trouva  que  luy  et  toute  sa  suite 
avec  leurs  chevaux,  estoient  esvadez  par  un  trou  de  nou- 
veau faict  en  la  muraille  de  la  dicte  maison,  joignant  aux 
fossez,  dont  toute  la  ville  fut  fort  effrayée  craignant  les 
menaces  du  sieur  des  Adrets. 

Les  consuls  defians  de  pouvoir  garder  la  ville,  pour  les 
diversitez  d'opinions  qu'il  voyoient  au  dedans,  moienne- 
rent  que  le  sieur  de  Sarras,  François  du  Buisson,  (2)  y 


(i)  François  du  Peloux,  fils  aîné  d'autre  François  et  de  Claudine  de  Bo- 
théon,  qui  marié  le  3  mai  1543,  avec  Claudine  de  Lucinge,  en  eut  entre  au- 
tres enfants,  Nicolas,  seigneur  de  Gourdan  et  Charles,  seigneur  des  Coulaux  et 
de  Bayard,  de  qui  il  sera  parlé  plus  loin.  Ancien  capitaine  de  chevau-légers, 
qui  s*étant  distingué  à  la  prise  de  Metz  en  15511  puis  en  Flandre  (1555)1 
obtint  en  1 5  5  7  du  roi  Henri  II,  le  don  des  revenus  de  la  baronnie  d^Annonay , 
sa  vie  durant  pour  récompense  de  ses  services,  et  fut  ensuite  gouverneur  de 
Mondovi  en  Piémont  ;  François  du  Peloux  s'était  alors  retiré  depuis  peu  à 
Annonay  sa  ville  natale,  où  il  mourut  en  1 564. 

(3)  François  du  Buisson,  écuyer,  seigneur  de  Sarras,  était  le  fils  aîné  d*un 
autre  François  Buisson  ou  du  Buisson,  bourgeois  de  Sarras,  vivant  en  1544, 
et  d'Isabeau  de  Chambaud,  tante  de  Jacques,  seigneur  de  VacheyroUes  et 
baron  de  Privas,  le  fameux  capitaine  protestant.  Marié  en  1545  avec  Cathe- 
rine de  jonas  ou  de  jonac,  fille  et  héritière  de  Pierre  et  de  Bonaventure 
dePracomtal,  dame  de  Sarras,  il  en  était  veuf  dès  le  31  mars  1565,  date  à 
laquelle  il  fit  un  testament  aux  termes  duquel,  après  avoir  fait  quelques  legs 
à  sa  mère  et  à  Pierre  et  Blonde  ou  Bellande  du  Buisson  ses  frère  et  sœur,  il 
institue  héritier  universel  Siméon  du  Buisson,  son  frère  cadet,  sous  condition 
de  vivre  a  tousjours  chrestiennement  0  dans  Péglise  réformée  et  de  ne  faire 
aucune  aliénation  de  terres  excédant  cent  livres,  sans  Tavis  et  consentement 


l 

J 


332       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

vint  pour  commander  avec  commission  du  baron  des 
Adrets,  et  comme  il  estoit  homme  hautain  et  superbe,  il 
offensa  par  son  desportement  plusieurs  gentilshommes 
voisins,  outre  ce  qu'il  commencea  de  contreindre  ceux  de 
la  Religion  romaine  de  bailler  deniers  pour  les  frais  de  la 
guerre. 


du  seigneur  de  Chambaud  ton  oncle.  Seulement  il  y  a  lieu  de  croire  que  la 
plupart  de  ces  dispositions  furent  sans  effet,  car  nous  savons  par  d*autres 
actes,  qu'en  cette  même  année  1565  François  du  Buisson  était  poursuivi 
pour  dettes,  et  qu'il  vendit  en  1 569  la  seigneurie  de  Sarras  à  Jean  de  Chalen- 
con  de  Brion,  grand-oncle  de  sa  femme,  puis  qu'ayant  assassiné  Jean  du 
Faure  de  Fougeyrolles,  son  beau-frère,  avec  lequel  il  était  en  procès,  il  fut 
condamné  à  mort  pour  ce  crime,  au  mois  de  mars  1 5  70,  et  comme  il  s'était 
enfui,  exécuté  en  effigie.  On  ne  sait  ni  quand  ni  où  il  mourut. 


{A  continuer.) 


J.  BRUN-DURAND. 


rriHÊRAIRE 


du 


DAUPHIN   HUMBERT   II 


Le  règne  du  dernier  souverain  indépendant  du  Dau- 
phiné  a  une  importance  exceptionnelle  dans  les  annales  de 
notre  province  :  il  serait  superflu  d'insister  auprès  des 
érudits  sur  Tutilité  qu'il  y  avait  à  dresser  l'itinéraire  suivi 
dans  ses  voyages  par  Humbert  II.  La  masse  considérable 
de  documents  mis  en  oeuvre  pour  l'établir,  d'une  manière 
à  peu  près  complète,  donnera  peut-être  l'idée  d'une  étude 
plus  approfondie  du  gouvernement  de  ce  prince,  sur 
lequel  les  historiens  les  plus  récents  ont  trop  négligé  une 
source  incomparablement  précieuse  d'informations  :  les 
registres  de  sa  chancellerie,  en  très  grande  partie  con- 
servés aux  archives  de  la  préfecture  de  l'Isère. 

Fils  du  dauphin  Jean  II  et  de  la  dauphine  Béatrix  de 
Hongrie,  Humbert  naquit  àlafihde  i3i2;  il  devint  baron 
de  Faucigny  à  la  mort  de  son  oncle  Hugues,  en  i328,  et 
succéda  comme  dauphin  de  Viennois  à  son  frère  Guigues 
VIII  (VII),  le  29  juillet  i333.  Il  résidait  alors  à  la  cour  de 
Naples  :  son  pèlerinage  aux  églises  de  Rome  et  son  retour 
en  Dauphine  sont  assurément  la  partie  la  plus  curieuse 
.  de  ce  travail.  Pour  la  période  correspondant  à  la  croisade 
de  1346-7,  il  m'a  semblé  utile  de  donner,  au-dessous  de 


334       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

l'itinéraire  —  forcément  incomplet  —  d'Humbert  II, 
celui  du  régent  du  Dauphiné  en  son  absence,  l'arche- 
vêque de  Lyon  Henri  de  Villars. 

Deux  sortes  de  documents  ont  servi  à  la  rédaction  de 
cet  essai  :  les  chartes  du  dauphin,  les  comptes  des  tréso- 
riers et  des  châtelains.  Ceux-ci,  souvent  féconds  en 
renseignements,  ne  sont  pas  toujours  suffisamment  précis 
pour  les  dates  et  rendent  la  chronologie  incertaine.  Il  en 
est  tout  autrement  des  lettres  patentes  d'Humbert  :  sa 
chancellerie  n'a  jamais  cessé  de  prendre  le  commencement 
de  Tannée  à  Noël  (a  Nativitaté),  comput  d'après  lequel 
le  millésime  des  sept  derniers  jours  de  chaque  année  est 
en  avance  d'une  unité  ;  les  pièces  renferment,  presque 
toutes,  l'indication  du  lieu  où  elles  ont  été  données,  ordi- 
nairement aussi  celle  du  palais,  château,  église,  couvent, 
maison,  chambre,  etc.  que  j'omets  pour  abréger  ;  les  lettres 
closes  sont  excessivement  rares. 

Ce  n'est  pas  que  je  n'aie  été  plus  d'une  fois  embarrassé: 
certaines  juxtapositions  de  lieux  éloignés  à  des  dates  trop 
rapprochées  mettront  le  doute  dans  l'esprit  du' lecteur  ;  il 
ne  m'a  pas  toujours  été  loisible  de  remonter  à  la  source 
même  de  ces  contradictions  et  de  préciser  les  causes 
d'erreur.  Elles  doivent,  pour  la  plupart,  provenir  de  fautes 
de  transcription.  Je  n'en  citerai  qu'un  exemple,  qui  sera 
la  meilleure  justification  de  cette  aride  monographie  : 
Valbonnais  a  publié  [Hist,  de  Dauph.^  t.  II,  p.  359- 
62),  un  traité  d'alliance  entre  le  dauphin  et  le  comte  de 
Savoie,  q-ui  aurait  été  passé  à  Charentonay,  le  7  décembre 
1337,  époque  où  Humbert  ne  semble  pas  avoir  quitté 
Grenoble  :  vérification  faite  dans  le  registre  du  notaire 
Humbert  Pilât  (arch.  de  l'Isère,  B.  26 11,  f  220),  d'où 
l'éditeur  l'a  extrait,  j'ai  constaté  que  cet  acte  y  porte  la 
date  du  7  septembre^  qui  concorde  avec  le  reste  de  l'itiné- 


ITINÉRAIRE  D^HUMBERT   II.  335 

raire  ;  cette  même  date  est  encore  donnée  par  le  t.  II  de 
l'inventaire  Generalia. 

Quand  le  nom  de  lieu  manque  à  Toriginal  d'une  pièce 
ou  à  l'inventaire  qui  en  fournit  l'analyse,  le  jour  du  mois 
est  inscrit  entre  deux  points-virgules  ;  si  ce  nom  peut  être 
légitimement  conjecturé,  le  chiffre  du  jour  est  placé  entre 
parenthèses. 

J'adresse,  en  terminant,  à  mes  confrères  en  érudition 
le  souhait  de  recevoir  des  compléments  à  cet  essai  ;  ils 
seront  fructueusement  utilisés  dans  le  Régeste  dauphinois^ 
dont  l'itinéraire  de  nos  dauphins  n'est  que  le  préambule. 

es 


1828 

Juin  24,  en  Faucigny. 

Décembre  S,  Saint-Robert;  47,  Romans. 

1329 

Juin  40,  Crémieu  (Augustins). 

1330 

Août  8,  Moirans;  40,  Saint-Paul(-lès-Romans);  44,  Beauvoir 
en  Royans  ;  24,  Grenoble. 
Fin,  part  pour  la  Hongrie  (*). 

1332 

Juillet  26,  Casasana^  près  Castellamare  (castrurn  Maris  de 
Stabia), 

(1)  Il  n'y  a  pas  lieu  de  tenir  compte  d'une  pièce  du  10  octobre 
1330,  donnée  à  Naples  par  Humbert  comme  dauphin  fReg,  instrum. 
baron.  Medull.  et  MonHs  Albani.  f^  IlH  ^*'J;  elle  me  parait  suspecte, 
même  en  admettant  une  erreur  de  millésime  (1333  au  lieu  de  1330.) 


336       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Septembre  %%,  Naples  (tournoi). 
Octobre  9,  Naples  (nocesj. 
Noyembre  2,  Naples. 
Décembre  \S,  Naples. 

1833 

Janvier  45,  Naples. 

Février  %  Naples. 

Mars,  Naples  ;  A  versa,  Pons  ad  Silicem,  Capoue  ;  Teano(rya- 
num),  Mignano  (Minianum),  Mont-Cassin  (égl.  de  St-Benoît)  ; 
A  langia,  —  Romb  :  Saint-Pierre  (du  Vatican)  ;  St-Jacques  (au 
Borgo);  St-Sébastien,  Domine  quo  vadis,  St-Paul-hors-les- 
Murs,  ubi  aures  s'  Pauli  (St-Paul-aux-Trois-Fontaines  ?),  St- 
Barthélemy,  St- Sauveur  (in  Onda),  Arméniens  (Ste-Marie- 
TEgyptienne  ?);  Ste-Croix  (de  Jérusalem);  Sl-Paul,  St-Laurent 
(in  Paneperna)  ;  Ste-Praxède  ;  Ste-Marie-de-la-Rotonde  (Pan- 
théon) ;  Ste-Marie-Majeure  ;  (St-Pierre  du  Vatican).  St-Pierre 
(-aux-Liens);  Ste- Agnès  (moniales);  Ste-Suzanne;  près  du  Tibre. 
St-Sébastien;  St-Ceorges  (in  Velabro),  St- Alexis,  5"  Sacco, 
Ste -Marie  de  Manu;  Sle-Marie-de-la-Minerve,  Ste -Sabine, 
St-Cyriaque,  St-Jean-de-Latran.  St-Pierre  (s'-Suaire),  Ste- 
Euphémie,  Ste-Marie-la-Neuve  (Ste-Françoise  Romaine),  St- 
Jean  devant  la  Porte-Latine,  St-Sixte,  St-Sauveur.  St-Pierre 
(confession).  —  Sermonela  (Sulmoneta),  Fossanuova  (Fossa 
Nova),  Scaulwriy  Mola  près  Gaête  (Moleta  Gayetœ),  Sessa 
(Suessa). 

Avril  4  (jeudi  s»),  2  (vend,  s*,  égl.  de  Piedigrotta,  5.  Maria 
de  Pedegroce)y  4  (Pâques),  Naples. 

Mai,  (Naples). 

Juin,  (Naples);  26. 

Juillet  49,  va  en  Pouille  {Apulia);  28,  Barletta  (Barolum)] 
29,  Bisceglia  { VigUia,  Ste-Trinilé)  ;  Bari  (St-Nicolas) . 

Août  5,  Barletta  ;  Andria  ;  15,  Melfi  (Melphia)  ;  49,  S*  Maria 
de  Uliolo  ;  Naples  ;  24,  25,  30. 


ITINÉRAIRE    d'hUMBERT   II.  337 

Septembre  5;  égl.  de  Piedigrotta  (5.  Maria  de  Padigrotte);  7, 
8,  40,  44,  Naples  (naiss.  et  bapt.  d'André). 

Octobre  45,  Naples;  47  ;  Pouzzoles  (Puteolum),  Ischia  (Iscla^ 
Yscla);  Gaête  (Gay<?/a),  Sta-Restituta;  23;  Porto- Venere  (Portits 
Veneris)  ;  28,  Portoflno  (Porlus  Dalphini)  ;  28,  29,  30,  34 , 
Gênes  (Janua). 

Novembre  1,  2,  Gênes  ;  4  ;  5,  Villefranche  (portus  Olibani)  ; 
5,  6,  7,  8,  9,  Nice  (Nicia,  Niczia)  ;  40,  passe  le  Var  (flum^n 
Nicziae)\  14,  Villeneuve-Loubet  {Villa  Nova),  passe  le  Loup 
(flumen  V.  iV.),  Valbonne  {collis  de  Verbon,);  42,  Grasse  {Gras- 
sia);  43;  44,  Garonne  (pons  Garo,  de  Garrono),  Draguignan 
{Drachinianum,  Dragui-m))  45,  Brignoles  (Bonica,  Briniola); 
46;  47, 48, 49,  Saint- Maximin  (5.  Massiminus),  la  Sainte-Baume 
(Balma)  ;  20,  Saint -Zacharie  (S.  Zaccarias)  ;  20,  24,  Aubagne 
(Balneum,  Albanea)';  24,  22,23,24,  Marseille  (Mam/ia,  St- 
Louis,  St- Victor);  24,  Les  Pennes  [Peniiae),  Berre  (Berra)  ;  25, 
Salon  {Sallonum)  ;  26,  Orgon  {Urgo),  Noves  {Novae)  ;  27,  28, 29, 
30,  Avignon. 

Décembre  4,  2,  3,  4,  5,  6,  Avignon  (SteClaire  d'Arles); 
Valence;  44,  46,  48,  22,  24,  34 , 'Beauvoir. 

1334 

Janvier  4,  Beauvoir;  2,  3,  Saint -Marcellin;  4;  5,  (6,)  7,  8,  9,40» 
44,  42,  43, 44,  15,  46,  47,  48,  49,  (20,22,)  23,  24, 25,  Grenoble. 

Février  4,  6,  7,  8,  9,  40,  44, 42,  Grenoble  ;  Beauvoir;  45,  46, 
47,  48,  Montluel  ;  20,  Meximieux  ;  24,  22,  Montluel;  23,  (24,) 
25,  La  Balme  ;  27,  28,  Crémieu. 


Août  4,  5,  La  Perrière  {in  acie  ante  caslrum  Pererie);  7, 
Graisivaudan;  44;  46,  Montfleury;  23,  26,  Beauvoir. 
Septembre  5,  Graisivaudan. 
Octobre  5, 44,  Beauvoir. 


338       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Mars  1 ,  Jallieu  près  Bourgoîn  ;  3,  Bourgoin  ;  i,  Morestel  ;  6, 
Neyrieu  ;  9,  Saint-Aadré  de  Briord;  10,  Lagnieu  ;  42,  44, 45, 
16,  (24,)  22,  (23,  27,)  30,  34,  La  Balme. 

Avril 4,  4, 44,  42,  (43,)  45,  La  Balme;  46,  Salettes;  47,  48, 
La  Balme;  22,  Crémieu;  26,  La  Balme;  27,  Saint-Chef  (S. 
Theodorus). 

Mai  2^  Vienne;  3  (43  1),  Horas;  5,  Grenoble;  6;  7,  près  du  pont 
du  Glandon  entre  Chapareillan  et  Montmélian  ;  8,  Frayata  ;  4  4, 
Briançon  (en  Maurienne?)  ;  46;  48,  La  Grave  ;  49,  Briançon;  49, 
20,  Césane  ;  24 ,  23,  24,  Oulx  ;  29  (49  I),  Exilles. 

Juin,  Suse;  Pragelas,  Yalcluson;  Pignerol;  44,  bois  des 
Ayes;  43,  44,  Césane  ;  46,  Château-Queyras  ;  20,  24,  Le  Pont 
en  Briançonnais;  27,  Château-Queyras. 

Juillet  2,  5  ;  9,  42,  Upaix  ;  43  ;  48,  (24,)  23,  Mévouillon;  24, 
25,  27,  28,  29,  30,  Le  Buis  (-les-Baronnies). 

Août  4 ,  2,  Mérindol;  3,  Mirabel  (-aux-Bar.);  4,  Châteauneuf- 
de-Bordette;  7, 42,  Visan  (Avisanum)  ;  46,  20,  24,  26,  (27,)  29 
34,  Avignon. 

Septembre  4,  3,  7,  45,  (47,)  26,  29,  Avignon. 

Octobre  2,  Avignon;  6,7,  9,  42, 44,  Visan;  47, 49,  Nyons;  20, 
24, 22,  Briançon;  23,  La  Bessée  {Beceya),  Embrun;  24,  25,  Mens? 

Novembre  3,  4,  5,  7,  (8, 47,)  48,  22,  (24,)  29,  La  Balme. 

Décembre  (4,)  5,  6,  La  Balme;  7;  9,  Salettes;  42,  Vienne;  44, 
Valence;  20,  25,  27,  Avignon. 

1335 

Janvier  8, 44, 45, 47,  48,  Avignon;  25. 

Février  43;  44,  Ballons?;  45,  La  Balme;  49,  24. 

Mars  2,  4,5,6,  (8,40,)  44,  47,  48,  Crémieu;  Morestel;  22, 
24,  31,  Quirieu. 

Avril  9;  44,  46,  La  Balme;  47, 

Mai  cS  Vienne;  3,  4,  5,  41,  42,  43,  14,  Avignon;  49,  20, 
Langeac;  20,  Brioude;  22,  Pont-du-Château;  23,  Aigueperse. 

Juin  48,  Le  Plessis  en  Normandie;  49,  Mainneville. 

Juillet  42,  30,  Paris. 


ITINÉRAIRE   d'hUMBERT    U.  33g 

Août,  bois  de  Vincennes  ?;  3;  8,  40,  17,  Paris;  49,  Saint- 
Germain-des-Prés  près  Paris;  20,  Paris. 

Septembre  3;  retour  de  France;  7,  8;  44, 43, 46, 47, Grenoble; 
22,  Cornillon  en  Graisivaudan;  22,  (23,)  26, 27,  (30,)  Grenoble.^ 

Octobre  4,  Grenoble;  8,  40, 42,  Beauvoir;  29,  Roche-de-Glun; 
29,  30,  Beauvoir. 

Novembre  3,  4,  5,  6,  Moirans;  7,  chartreuse  de  la  Silve 
(-Bénite;;  7,  8,  9,  40,  Moirans;  13,  14,  15,  16,  Saint-Sorlin 
(Ain);  19,  20,  Quirieu;  21,  22,  23,  24,  25,  26,27,  28,  La  Balmé; 
29,  Crémiea. 

Décembre  1 ,  2,  Colombier  (-et-Saugnieu);  3,  4,  Saint-Laurent 
(-de-Mure)  en  Viennois  ;  Meximieux  ;  Pont-d'Ain  (Ponzinum)  ; 
14,  Nantua  ;  19,  en  Faucigny;  21 ,  Bonneville. 

1336 

Janvier  3,  9,  16,  (22,)  24,  28,  Cluses  (dioc.  de  Genève). 

Février  6,  Châtillon  en  Faucigny;  Bonneville;  12,  Bonne; 
13,  AUinge  Vieux  ;  15, 16,  Hermance  ;  16, 17,  Coppet  ;  17,  La 
Balme  de  Sillingy  (Cousengie)  ;  20,  Salettes  ;  22;  24,  La  Bal- 
me  ;  25;  29,  Crémieu, 

Mars  1,  2,  3,  4,  Crémieu;  10,  11,12,  13,14,  15,  16,  17, 
Avignon  ;  Marseille  (St-Louis)  ;  22,  27,  Avignon  ;  Orange  ?  ;  29, 
Le  Buis. 

Avril  8;  12,  La  Balme  de  Viennois;  20,  26;  29,  Crémieu. 

Mai  4,  Crémieu;  10,  11, 12,  La  Balme;  19,  Beauvoir;  23,  25 
Saint-Marcellin  ;  26,  Beauvoir.  ' 

Juin  1,  Beauvoir;  Chambéry  ;  10,  Avalon  ;  11,  Bellecombe  ; 
12,  Barraux;  Grenoble;  17,  18,  La  SÔne  {Clauczonia,  Sonna)  ; 
19;  20,  (23,)  24,  26,  Beauvoir. 

Juillet  5,  La  Sône  ;  16,  Mouthier-en-Bresse  (près  la  Brenne)  ; 
Châlon. 

Août  2,  3,  Pagny-le-Château  en  Bourgogne;4,  Chaussin. 
Septembre  3, 8, 9,  La  Balme;  18,  Lagnieu?;  21;  26,  Grenoble. 
Octobre  1,2,  4,  La  Balme;  8;  18,  Ordonnas  (Ordenacum);  19, 
Portes  ;  20,  23,  Ordonnas  ;  29,  La  Balme,  31  . 


340         SOCIÉTÉ   d'archéologie    ET   DE   STATISTIQUE. 

Novembre  2,  Lompnas  iLonruts);  3,  4,  Ordonnas;  5.;  9, 
Lompnas;  12,  Ordonnas;  43/4,  Lompnas;  15, 16,  17,  Ordonnas; 
17,  Lompnas;  18,  La  Balme;  22,  Salettes;  23,  24,  26,  La  Balme. 

Décembre  13,  Crémieu  ;  19,  21,  La  Balme;  26,  Crémieu  ;  31, 
La  Balme. 

1337 

Janvier  2,  La  Balme;  20;  22,  Lyon;  24,  Vaulx-en-Velin 
[casirum  de  Vallibus  prope  Lugdunum)  ;  25,  Colombier  (-et- 
Saugnieu);  27,  Saint-Laurent  (-de-Mure)  en  Viennois,  Chandieu; 
30;  31,  La  Tour-du-Pin. 

Février  2,  4,  La  Balme  ;  7,  8,  Crémieu  ;  9,  10,  La  Balme  ;  16, 
Beauvoir  ;  21,  Pinel  ;  22,  Saint-Marcellin. 

Mars  2  ;  5,  8, 15,  Avignon  ;  20,  Saint-Ruf  prés  Avignon  ;  24, 
26,  territ.  de  Visan  ;  31,  Le  Buis. 

Avril  (3,)  6,  7,  10,  24,  Le  Buis  ;  26,  Le  Pilhon  (Arpihon.), 

Mai  5, 13,  14,  Avignon;  22,  Le  Buis. 

Juin  2,  4,  6,  7,  16,  17,  20,  28,  Le  Buis  (baronnie  de 
Mévouillon). 

Juillet  2,  Le  Buis;  5,  Mévouillon;  7,  Roche  (-sur-le-Buis, 
Ruppis)  ;  8,  Le  Buis;  15,  Vienne;  15,  17,  Beauvoir;  21,  Saint- 
Donat;  23,  24,  25,  26,  27,  28,  29,  (31,)  Vienne. 

Août  2,  7,  14, 15,  Vienne  ;  20,  Beaurepaire;  21,  28,  29. 

Septembre  7,  camp,  près  Charentonnay,  C-y;  10,  11,14,  15, 
17, 18, 19,  Vienne;  20;  24,  25,  Grenoble;  25,  Barraux;  29,  (la 
grande)  Chartreuse. 

Octobre  4,  Grenoble  ;  18;  23,  Vienne  ;  27,  Crémieu. 

Novembre  4,  La  Balme;  8,  9,  Crémieu  ;  10;  18,  22,  25,  27, 
28,  Grenoble. 

Décembre  2,  4,  Grenoble  ;  0,  Montbonnot  ;  6,  Grenoble  ;  13; 
14,  AUevard  ;  16,  17, 18,  Grenoble;  20,  26,  30,  Beauvoir. 

1338 

Janvier  2,  La  Sône  {Sonna)  ;  5,  30,  31,  Beauvoir. 
Février  4,  7,  8,  10,  14,  16,  Beauvoir;  21,  La  Tour-du-Pin 
(Turris)  ;  26,  27,  Crémieu. 


ITINÉRAIRE   d'hUMBERT    II.  341 

Mars  1,  2,  3,  7,  8,  Crémieu;  9,  41,  Montluel  en  Valbonne; 
43,  Qairieu;  44,  Lagnieu;  48,  Salettes;  24,  Crémieu;  26,  La 
Balme  ;  30,  Montluel  ;  34 ,  Lyon. 

Avril  4,  2,  Lyon;  9,  Grenoble;  9,  43,  46,  Beauvoir;  49,  24, 

23,  25,  Chabeuil  ;  26,  27,  Pisançon  ;  29,  Romans  (St-BarnardJ. 
Mai  3,  5,  6,  7, 40,  44, 44,  45,  19,  24,  Beauvoir. 

Juin  4, 42, 45,  Beauvoir;  46, 47;  20,  24,  25,  (27,)  30,  Moirans. 
Juillet  2,  Moirans;  7,  9,  40,  44,  Rives  ;  42,  43, 44,  45,  48,  20, 

24 ,  Beauvoir  ;  29;  34 ,  Beauvoir. 

Août  6,  Saint-Alban  (-du-Rhône);  abbaye  de  Saint-Pierre  hors 
Vienne;  Saint-Just;  -42,  chat,  de  Pipet;  48;  49,  Vienne;  20, 
Pipet;  22,  23,  27,  29,  Vienne. 

Septembre  40,  (43,)  24,  25,  Avignon;  la  Sainte-Baume? 

Octobre  12, 46,  (49,)  27,  30,  34,  Avignon. 

Novembre  4,  2,  3,  4,  7,  Avignon;  40,  42,  43,  44, 16,  47,  49, 
24,  23.  24,  Pont-de-Sorgues;  30,  Avignon. 

Décembre  2,  4,  8,  41,  44,  Avignon;  20,  22,  (29,)  Pont- de- 

Sorgues. 

1339 

Janvier  4,2,  4,  6, 10,  12, 44,  46,  (47,  23,)  27,  28,  Pont-de- 
Sorgues. 

Février  4,  Avignon;  5,  8,  42,  43,45,  49,  20,  22,  Pont-de- 
Sorgues. 

Mars  4 ,  (Pont-de-Sorgues)  mon.  de  Romette  ;  3,  Grenoble, 
Sainte-Colombe  près  Vienne  ;  4,  Avignon  ;  8,  (9,)  40,  (44,)  46, 
47,  48,  (49,  20,)  22,  27,  Pont-de-Sorgues. 

Avril  6,  9,  Avignon;  42,  43,  Pont-de-Sorgues;  46,  47, 48,  49, 
22,  27,  Avignon;  30,  Pont-de-Sorgues. 

Mai  (4,  3,)  4,  (44,)  12,  (22,)  Avignon;  30, Pont-de-Sorgues. 

Juin  7,8,  42, 46,  47,  48,  19,  22,  23,  28,  29,  Pont-de-Sorgues. 

Juillet  1,  2,  Pont-de-Sorgues;  17  ?,  (49,)  23,  24,  Beauvoir;  25, 
Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs;  26,  Saint-Marcellin;  27,  Saint- 
Etienne;  28;  31 ,  camp,  près  L'Albenc. 

Août  1,  Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs;  2,  Beauvoir;  7,  (22, 
26,)  34 ,  Pont-de-Sorgues. 

Tome  XX.  -  1886  23 


342         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

Septembre  1,  Pont-de-Sorgues  ;  7;  45,  24,  25,  Avignon  ;  29, 
30,  Villeneuve  près  Avignon. 
Octobre  9,  Le  Puy  (égl.  Notre-Dame). 
Novembreli,  (5,)  6,  (9,)  44, 42,  19,  Paris. 
Décembre  40, 44,  Paris. 

1340 

Janvier  7,  Paris. 

Février  2,  4,  5,  (45,)  24,  Beauvoir  (40, 42,  44, 46,  27,  Saint- 
Marcellin?). 

Mars  4,  Beauvoir;  4,  Saint-Marcellin;  6,  8,  Beauvoir;  40,  La 
Sône;  42,  Grenoble;  42,  43,  Beauvoir;  46,  Saint -Vallier;  47, 
Beauvoir,  Grenoble. 

Avril  3;  6,  9, 40,  44, 42,  Grenoble;  42,  a  ap.  Sanctum  Love- 
tum»;  46,22,29. 

Mai  3,  Beauvoir;  4,  8,  9,  40,  La  Sône;  43,  Beauvoir;  49, 
Roche-de-Glun;  22;  24,  26,  27,  Beauvoir. 

Juin  3,  43,  46,  20,  24,  (23,)  24,  (26,)  29,  Beauvoir;  29,  Gre- 
noble. 

Juillet  (4,)  2,  (3,  4,  5,)  Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs;  8, 
Rives;  44, 49,  24,  Grenoble;  30,  La  Balme. 

Août  4,  3,  4,  Grenoble;  42,  Montluel;  48;  24,  La  Balme;  29. 

Septembre  3,  4,  La  Balme;  47,  Visan;  49,  Saint-Bonnet;  23. 

Octobre  2,  9, 44,  (44,)  24,  28,  Avignon. 

Novembre  1,  2,  4,  Nyons;  4,  Curnier,  Sahune  {Asseduna);  5, 
La  Charce  (casL  Carceris)\  6,  Montmorin;  9;  44,  Monlmaur; 
44,  Chorges  [ap,  Caiuricas)\  45, 47,  Embrun;  48,  Saint-Bonnet 
en  Champsaur;  28,  Grenoble. 

Décembre  2,  Grenoble;  4;  5,  8,  (25,)  29,  34,  Beauvoir  en 
Royans. 

1341 

Janvier  3,  Beauvoir;  9;  40,  Saint-Marcellin;  46^  Beauvoir;  29. 

Février  42,  48,  20,  24,  26,  Grenoble, 

Mars  5,  6,  (8,)  9,  40,  12, 13,  14,  17,26,(29,)  30,  31,  Grenoble. 


ITINÉRAIRE   d'hUMBERT   II  î^i 

Avril  4, 10,  (46,)  47,  23,  Grenoble. 

Mai  4,  4,  Beauvoir;  44,  Grenoble;  42,  Sainl-Lattier  (op.  5" 
Laterium);  46, 25,  (28,)  Peyrins. 

Juin  6,  7,  Peyrins;  9,  Saint-Donat;  40, 45,  Beauvoir;  23,  Gre- 
noble; 30,  Montfleury. 

Juillets,  7,  (9,)  42,  MontOeury;  47,  49,  Vizille;  49,  20,  Vif; 
24 ,  rive  du  Drac  près  du  port  de  Claix;  29,  30,  La  Balme. 

Août  5,  Antlion;  7,  8.  (9,)  Loyettes;  44,  Crémieu;  42,  43, 
(45,)  46,  Loyettes;  24,  22,  23,  24,  26,  La  Balme;  28,  Lyon. 

Septembre  4,  6,  (7,)  40,  44,  (43,  49,)  20,  22,  25,  29, 
Beauvoir  en  Royans. 

Octobre  (3,)  4,  (7,)  8,  Beauvoir;  34,  Saint  Lattier  (S.  EuU- 
theriuSy  S,  Heleuterius,  S.  HeubetiuSy  S.  Heuleterius). 

Novembre  6  ?  Grenoble;  7,  8,  Beauvoir;  8,  Seyssins;  43,  Saint- 
Alban  (-du  Rhône);  47,  Peyrins;  24,  26,  La  Balme. 

Décembre  8;  40,  Pinet;  44,  Beaurepaire;  44,  Beauvoir;  20, 
24 ,  25,  98;  30, 34 ,  Beauvoir. 


La  fin  au  prochain  numéro. 


Ulysse  CHEVALIER. 


w*  •)((■  w 


344       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


ESSAI    HISTORIQUE 

SUR 

LE      VERGORS 

(Dr6xne}. 


(Voir  les  67;  68«,  ôç",  yo;  7i«,  7a*,  73",  74%  75»,  76«  et  77»  livraisons). 


Depuis  l'achat  dont  nous  avons  parlé,  Marguerite 
Pezet  ne  paraît  plus,  et  nous  allons  voir  que  Jean  Chal- 
vet  fut  marié  deux  fois.  Quant  à  Tépoque  précise  de  la 
mort  de  celui-ci,  nous  ne  la  savons  pas  ;  mais  il  est  cer- 
tainement le  «  Jehan  Chalvet  de  Vercors  »  qui  fut  té- 
moin, au  château  de  Morges,  d'une  quittance  passée, 
le  29  janvier  1587,  par  «  noble  Christofle  Blosset,  du 
Monestier-de-Clermont,  comme  mary  de  damoyselle 
Marguerite  Chalvette,  »  à  la  veuve  du  «  Cappitainede 
Mens.  »  Or,  il  était  mort  le  4  avril  1 587,  jour  du  contrat 
de  mariage  de  son  fils  Claude  avec  Suzanne  Magnan- 
Chabert,  veuve  d'Etienne  Bernard. 

L'acte  de  ce  contrat  fut  dressé  à  la  Chapelle-en- Ver- 
cors,  dans  la  maison  de  Pierre,  autre  fils,  et  successeur 
comme  notaire  en  ce  lieu,  de  Jean  Chalvet,  mais  par 
Antoine  Liourat,  notaire  royal  delphinal  à  Die.  Claude, 
le  futur,  y  est  qualifié  de  «  filz  à  feu  M*  Jehan  Chalvet, 
notaire  en  son  vivant  de  Vercors.  »  Les  futurs  épouse- 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  345 

ront  «  en  Tesglîze  refformée.  »  Pierre  Chalvet  notaire 
de  la  Chapelle,  «  filz  et  héritier  universel  de  feu  mestre 
Jehan  Chalvet  et  AnthonyeVallensan,  ses  père  et  mère» 
intervient  au  contrat  pour  constituer  en  «  docte  audict 
futur  espoux  son  frère  et  comptant  la  somme  de  cent 
escutz  sol,  »  pour  lui  «  tenir  lieu  des  légats  à  lui  faicts 
par  ses  père  et  mère  dans  leurs  testaments  et  des  droits 
à  lui  écheus  dans  la  succession  de  ses  frère  et  sœur 
décédés  ab  intestat.   » 

Dans  ce  contrat  est  relaté  un  acte  du  lo  avril  1584, 
reçu  par  le  notaire  Pierre  Chalvet,  dont  on  n'a  conservé 
les  protocoles  que  de  1593  à  1595  inclusivement. 

Pierre  était  remplacé  comme  notaire  au  Vercors  par 
son  fils  Daniel  dès  1605,  et  sa  veuve  Isabeau  Barbier, 
établie  à  Die  avec  son  fils  David,  y  mourait  protestante 
le  9  décembre  1560. 

Daniel,  testant  le  30  juin  165 1,  élit  sépulture  «  au 
cimetière  de  ceux  de  la  religion  reformée,  »  dont  il  fait 
profession.  Il  lègue  à  son  petit-fils  Jean  Sagnol,  fils 
d'Isaac,  «  son  office  de  notaire  avec  toutes  ces  nottes 
et  contractz  par  lui  receus,  ensemble  par  feu  M*  Pierre 
Chalvet  son  père.  M*  Jean  Chalvet  son  grand'père.  M'** 
Michel  et  Etienne  Lamit,  aussi  notaires,  »  pour  en  ajuyr 
estant  en  aage  compétant  et  capable,  laissant  néantmoins 
la  paysible  possession  du  tout  aud.  s'  Sagnol  son  père, 
et  beau  fils  du  testateur.  »  Il  lègue  à  Louis,  Pierre  et 
Jacques  Sagnol,  ses  petits-fils,  enfants  dud.  Isaac,  100 
livres  tournois  à  chacun  ;  à  chacune  de  ses  petites-filles, 
Anne  et  Suzanne  Sagnol,  aussi  filles  dud.  Isaac,  300 
livres  tournois  ;  à  Jeanne,  sa  fille  naturelle,  3  livres  tour- 
nois, outre  ce  qu'il  lui  constitua  en  mariage  ;  et  à  Jeanne 


346        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Gautier,  sa  femme,  l'usufruit  de  la  moitié  de  l'héritage 
qu'il  a  eu  de  feu  Jean  Chalvet  son  frère.  Il  fait  son  héri- 
tière universelle  Louise  Chalvet,  sa  fille,épouse  Sagnol. 
L'acte  fut  fait  à  la  Chapelle,  chez  le  testateur  malade, 
qui  mourut  peu  de  jours  après  et  que  remplacèrent  comme 
notaire  aud.  lieu,  de  i66j  à  1710  son  petit-fils  Jean 
Sagnol,  et  de  171 5  à  1735  Claude,  fils  de  ce  dernier. 

Mais  David,  frère  de  Daniel,  avait  épousé  en  161 } 
Marie  d'Armand,  fille  d'un  conseiller  à  la  Chambre  de 
l'Edit,  et  acquérait  une  haute  influence,  comme  réfor- 
mé et  comme  avocat,  à  Die,  où  il  mourait  en  1649, 
laissant  ^  fils  et  3  filles. 

L'aîné  de  ceux-là,  Pierre,  né  à  Die  vers  1614,  doc- 
teur en  droit  depuis  1635,  avocat  à  Die,  puis  conseiller 
au  parlement  de  Grenoble,  fut  héritier  universel  de  son 
oncle  Claude  Chalvet,  négociant  à  la  Chapelle  en  1649. 
Il  eut  des  biens  à  St-Martin,  des  prairies  à  St-Julien-en- 
Vercors,  et  le  domaine  des  Chaberts  à  la  Chapelle,  ce 
qui  l'attira  souvent  au  Vercors.  Il  mourut  en  1682,  lais- 
sant 10  enfants,  dont  l'aîné  Pierre  fut  son  héritier  univer- 
sel, et  dont  le  puîné,  Alexandre,  hérita  du  domaine  de 
St-Martin-en- Vercors. 

Le  deuxième  fils  de  Daniel,  Alexandre  Chalvet,  de 
Die,  sieur  de  la  Jarjatteen  1653,  co-rentier  des  dîmes, 
rentes  et  revenus  épiscopaux  au  Vercors  en  1654,  s'éta- 
blit à  Pont-en-Royans  vers  1656,  par  suite  de  son 
mariage  avec  Alix  Pourroy.  Il  eut,  comme  son  frère 
Pierre,  une  nombreuse  famille,  et  continua  de  se  quali- 
fier sieur  de  la  Jarjatte,  du  nom  d'un  quartier  de  la  Cha- 
pelle auquel  il  avait  une  propriété.  Son  fils  Jean  eut 
plusieurs  enfants,    dont  le  dernier  était  Isabeau.    M. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  347 

Accarias,  dans  son  excellente  notice  sur  les  Chalvet,  se 
demande  ce  que  devint  Isabeau,  née  le  3  janvier  1700. 
Or,  le  31  août  1734,  «  demoiselle  Elisabeth  Chalvet  » 
contractait  mariage,  devant  Archinard  notaire  à  Saillans, 
avec  s'  Paul  Sauvion,  «  marchand  dud.  Saillans.  En  1738 
elle  avait  à  la  Jarjatte  un  domaine  qui  en  1741  compre- 
nait un  moulin,  et  que  Sauvion  affermait  en  1750  pour 
340  livres,  20  livres  beurre  et  20  livres  fromage  par  an. 

En  1775,  ce  moulin  était  encore  au  s'   Sauvion  de 
Saillans  (i). 

Faure  de  Chipre.  —  Par  son  testament  fait  le  2  jan- 
vier 1 5  5 1 ,  Antoine  Faure  de  Vercors  avait  institué  pour 
son  héritier  universel  Gaspard  Faure  de  Vercors,  son 
fils.  Mais,  outre  ce  fils,  il  avait  eu  de  safemme  Louise  de 
Beauchastel  une  fille  qui  fut  nommée  Madeleine,  s'allia 
à  la  famille  de  Castillon  et  fut  mère  de  Jeanne  et  de  Char- 
lotte de  Castillon.  Jeanne  épousa  Claude  de  Chipre, 
seigneur  de  Soubreroche,  et  en  eut  Jacques  de  Chipre. 
Charlotte,  déjà  morte  en  1551,  avait  eu  de  son  mari 
François  de  Chipre,  un  fils  et  une  fille,  nommés  Jean  et 
Claude.  Or,  par  son  testament  du  2  janvier  1551,  An- 
toine Faure  de  Vercors  avait  substitué  à  Gaspard,  son 
héritier  universel,  Jacques  de  Chipre,  fils  de  Claude, 
écuyer  et  de  Jeanne  de  Castillon,  avec  charge  de  venir 
habiter  la  maison  du  testateur  à  Die  et  de  «  porter  les 
surnoms  et  armes  dudit  de  Vercors,  »  sans  quoi  la 
substitution  n'aurait  pas  lieu.  Au  cas  où  Claude  et  Jac- 
ques n'auraient  pas  de  postérité,  Jean  de  Chipre,  fils  de 


(i)  Minutes  cit.,  protoc.  Chalvet  de  1569,  f.  cviij  ;  etc, ^  pas sim  ;  —  Acca- 
rias, Notice  sur  les  Chalvet,  passim  ;  —  Arch.  de  la  Dr.,  fonds  cit. 


348  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET    DE   STATISTIQUE. 

François  et  de  Charlotte  de  Castillon,  leur  était  substi- 
tué. Gaspard  Faure  étant  mort  sans  enfants,  la  première 
substitution  ressortit  son  effet,  et  ainsi,  comme  le  disent 
Guy-Allard  et  Chorier,  une  branche  de  la  famille  de 
Chipre  prit  le  nom  et  hérita  des  biens  des  Faure  de  Ver- 
cors.  Dès  1 580  on  trouve  noble  Jacques  Faure  de  Ver- 
cors  dit  de  Chypre,  qui  guerroie  fort,  prend  une  part 
très-active  au  siège  de  la  Mure,  et  est  chargé  par  Buis, 
prieur  de  Recoubeau,  d'affermer  les  dîmes  de  ce  prieur. 
En  1 583,  il  est  dit  coseigneur  de  Vercors  dans  la  vente 
que  lui  et  noble  Claude  de  Chipre,  sieur  de  Soubreroche, 
firent  de  bâtiments  situés  à  Die.  Vers  1584,  il  est  sei- 
gneur de  Soubreroche  et  de  Vercors  et  mari  de  Justine 
de  Montauban.  En  1589,  il  fait  un  accord  avec  Baltha- 
zard  Flotte-Montauban,  à  raison  de  la  vente  de  la  terre 
de  Soubreroche.  Enfin,  Jacques  de  Chipre  eut  le  gou- 
vernement de  Bricherasio  en  Piémont,  et  fut  tué  en 
défendant  cette  place,  antérieurement  au  5  juin  1594, 
jour  avant  lequel  son  fils,  noble  Claude  de  Chipre,  qu'il 
avait  eu  de  sa  femme  Justine  de  Montauban,  lui  avait 
succédé  comme  coseigneur  de  Vercors.  Au  surplus,  un 
acte  de  1 595,  parlant  des  droits  de  cette  famille  au  Ver- 
cors, les  attribue  simplement  aux  «  hoirs  à  noble  Jac- 
ques Faure  de  Vercors  ;  »  et  on  sait  que  Claude,  après 
avoir,  comme  son  père  passé  dans  les  camps  une  grande 
partie  de  sa  vie,  périt  de  la  suite  des  blessures  qu'il  reçut 
au  siège  de  Gavi,  où  il  commandait  le  régiment  de  son 
beau-frère,  le  vicomte  deTallard. 

Justine  de  Montauban,  sa  mère,  dame  de  Soubreroche, 
habitait  en  janvier  1625,  à  Châtillon  en  Diois,  avec  un 
autre  fils    noble  Charles  Faure    de  Chipre  ,   sieur  de 


ESSAI   HISTORIQUE    SUR   LE  VERCORS.  349 

Soubreroche.  Celui-ci  fut  coseigneur  de  Vercors,  et 
eut  de  Philippe  de  Bonne  son  épouse,  4  enfants,  nom- 
més François,  Etienne,  Charles  et  Alexandre.  Il  mourut 
avant  décembre  1633,  date  où  ceux-ci  étaient  sous  la 
tutelle  de  leur  mère. 

François  était  coseigneur  de  Vercors  en  16}  j.  Quant 
à  Charles,  qui  testait  vers  1647  en  faveur  de  Philippe,  sa 
mère,  remariée  à  noble  Albert  de  Gaillard,  seigneur  de 
Bayons,  il  fut  seigneur  de  Soubreroche  et  de  Vercors,  et 
ce  titre  passa  à  Louis,  son. fils.  Celui-ci,  qu'il  avait  eu 
de  Claire  de  Dorne,  sa  femme,  fut  marié  en  1687,  après 
la  mort  de  ses  père  et  mère,  à  Anne  de  Benoît,  fille  de 
Jean  et  de  Louise  de  Planta. 

En  1725  Tévêque  de  Die  retirait  une  ferme  de  «  150 
livres  pour  les  6  portions  acquises  par  mondit  seigneur 
du  s' de  Soubreroche.  »  (i) 

Gauthier  de  la  Tour.  —  Pierre  Gauthier  de  la  Tour, 
fils  et  héritier  universel  de  Louis,  dès  1561,  était,  comme 
son  père,  de  St-Agnan,  où  il  habitait  apparemment  la 
maison  dite  de  la  Tour, 

En  159},  il  était  vichâtelain  du  Vercors,  et  possédait 
avec  cette  dernière  maison  et  des  fonds  à  St-Agnan,  un 
domaine  à  St-Julien-en-Vercors,  et  de  nombreuses  terres 
avec  un  moulin  à  St-Martin.  Ses  biens  en  ce  dernier  lieu 
consistaient  en  «  un  tènement  de  maison,  grange,  pré  et 
terre  au  mas  de  Michallon,    »  contenant  41   sétérées  j 


(i)  Minutes  cit., />osstm;  —  Arch.  cit.,  fonds  cit.,  et  B,  1170  ;  E.,  1875. 
2234,  2242,  2584,  2596,  2606  ;  —  Arch.  Morin-Pons,  notes  Moulinet  ;  — 
Cmorier,  Hist.  gén.,  H,  702  ;  Estât  polit. ^  III,  107  ;  —  Lacroix,  UArrond, 
de  Montai.,  III,  310  cl  320;  —  Bull,  archéol.  de  la  Dr.,  III,  434. 


35o       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

quartes  ;  2  prés  et  j  terres  aud.  mas  ;  «  un  mollins, 
faurye,  plassage,  jardin,  pré,  terre,  chenevyer  »  aud. 
mas, et  «  ayant  la  rivière  de  Tourtres  du  levant  et  du  vent, 
et  celle  cf  de  Bues  »  du  couchant  ;  1  pré  aux  «  Abis- 
seaulx,  »  I  à  Tourtres,  i  à  «  Revolz.  » 

Capitaine  châtelain  des  coseigneurs  de  Vercors  en 
160^,  il  laissa  ses  biens  avant  161 1  à  Louis,  qui  épousa 
noble  Anne  de  Margaillan,  en  eut  Jean,  Louis,  Jacques, 
François  et  Jeanne  Gauthier,  et  mourut  vers  1658. 

Jean^  son  fils,  dit  sieur  de  la  Tour,  fut  exacteur  des 
tailles  de  plusieurs  communes,  capitaine  châtelain  du 
Vercors,  et  possesseur  du  domaine  de  la  Tour.  Il  fut 
qualifié  noble  à  partir  de  1662,  et  mourut  vers  1676, 
ayant  institué  Marguerite  Odde  de  Bonniot,  son  épouse, 
pour  héritière  universelle  avec  fidéicommis  pour  César 
Odde  de  Bonniot,  son  neveu,  lequel  recueillit  en  effet 
l'héritage  postérieurement  à  1681.  Ainsi  la  maison  delà 
Tour  passa  aux  Odde  de  Bonniot. 

Louis  fut  appelé  sieur  de  Larenier,  du  nom  d'un  quar- 
tier des  biens  paternels  situé  à  St-Agnan.  Il  était  en 
1652  capitaine  au  régiment  d'Aiguebonne,  et  eut  la 
propriété  de  St-Martin,  où  il  habita  dès  1662  avec  la 
qualification  de  noble.  C'est  lui  qui  fit  donner  à  la  mai- 
son située  au  levant  et  à  800  mètres  du  village  de  St- 
Martin,  cette  forme  ample  qui,  avec  les  deux  fenêtres 
jumelées  du  couchant  et  une  tour  au  nord-ouest,  aujour- 
d'hui cachée  par  une  addition  de  bâtiment,  lui  a  valu 
le  nom  de  château  de  Larenier,  Il  mourut  vers  1669, 
laissant  pour  héritière  universelle  Madeleine  Martinon 
sa  femme,  native  de  Grenoble,  qui  en  1685  habitait  la 
propriété  héritée  et  en  retirait  un  revenu  annuel  de  435 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR    LE   VERCORS.  35  I 

livres,  outre  quelques  victuailles  et  bons  services.  Made- 
leine mourut  elle-même  vers  1709,  ainsi  que  Marguerite 
Martinon,  sa  nièce  et  donataire  universelle,  épouse  de 
noble  Pierre  de  Beaumont  sieur  de  Montaud,  habitant 
la  Rivière  près  St-Quentin. 

Jacques,  dit  sieur  de  LachaUy  habita  St-Agnan,  et  y 
mourut  vers  1694,  laissant  pour  héritière  Suzanne  Faure 
sa  femme. 

François,  sieur  du  Barry,  était  à  St-Agnan  en  1645  et 
i6ço. 

Jeanne  fut  mariée  en  1644  a  Michel  Ravix,  fils  d'un 
notaire  du  Villard,et  lui  porta  2000  livres  tournois  de  dot. 
Au  contrat  de  mariage, passé  à  la  Tour,assistèrent  noble 
Salomon  du  Rochas,  noble  Félicien  de  Margaillan  (fils 
de  noble  Jacques  de  Margaillan,  seigneur  de  Miribel), 
noble  Jean  de  Margaillan,  et  s'  Abraham  de  Gros  (i). 

De  Gironde.  —  Après  «  Herculles  de  Gironde,»  agis- 
sant comme  procureur  de  M.  de  Piégon  à  propos  de  la 
parerie  de  celui-ci  à  Vassieux,  dès  1561,  et  François  de 
Gironde,  qui  lui  succéda,  on  voit  noble  Maximilien  de 
Gironde  coseigneur  de  Vassieux,  antérieurement  au  22 
juin  1602,  pour  la  parerie  venue  des  Planchette  de  Pié- 
gon. A  cette  date,  ce  Gironde  albergea  aux  habitants  de 
Marignac  la  faculté  de  faire  paître  les  bestiaux  et  couper 
du  bois  de  haute  futaie  et  autre  dans  les  hermes,  bois 
et  montagne  de  St-Genis  et  de  Vassieux,  et  ce  moyen- 
nant 6  livres  de  censé  annuelle.  L'acte  fut  reçu  Plante, 
notaire  de  Die. 


(i)  Minutes   cit.,  /xjssi'w  ;  —  Arch.  Dr.,  B,   1076   ;  —  Parcellaire  de  St- 
Martin-en-V. 


352        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Maximilien  avait  encore  en  1607  la  coseigneurie  de 
Vassieux,  laquelle  en  161  ç  comprenait  17  hommes  ou 
sujets  et  fut  peu  après  cédée  aux  Engilboud  pour  60 
écus  (l). 

Odde  de  Bonniot.  —  Noble  Jean  Odde  de  Bonniot, 
coseigneur  de  Vercors  en  1593  et  1595,  avait  aux 
Bayles  des  «  mollins  et  seyte.  »  Ils  les  affermait,  pour 
le  prix  annuel  de  10  sétiers  moitié  froment  et  moitié 
seigle,  à  un  fermier  auquel  le  «  granger  de  la  Franco- 
nière  »  dud.  Bonniot  aiderait  de  2  journées  de  bœufs, 
et,  moyennant  ce,  ferait  moudre  gratuitement  pour  sa 
famille.  Le  20  août  1595,  ce  noble  achetait  de  Magnan- 
Chabert  le  passage  pour  conduire  l'eau  de  Vernaison 
à  ces  moulins  et  scie,  et  donnait  le  prix  fait  du  pont  illard 
pour  faire  passer  Teau  sur  Vernaison.  Il  payait  le  pas- 
sage 10  écus,  le  pontillard  autant. 

En  1633  et  1660,  noble  François  Odde  de  Bonniot, 
sieur  de  Prébois,  avait  la  coseigneurie  de  Vercors,  qui 
en  1652  consistait  a  en  rentes,  laoudz  et  autres  devoirs 
seigneuriaulx,  »  affermés  237  livres. 

Noble  César  Odde  de  Bonniot,  sieur  de  Salières, 
présenta  la  Tour  en  1673,  avait  dès  1662  la  cosei- 
gneurie, à  laquelle  il  joignit  la  maison  de  la  Tour,  héri- 
tée de  Gauthier  son  oncle.  Il  vint  même  fixer  sa  demeure 
dans  cette  maison.  Il  y  résidait  déjà  en  171 3,  époque 
où  elle  est  appelée  château  de  la  Tour,  Il  avait  des 
moulins,  scie  et  battoir,  et  diverses  propriétés  à  St- 
Agnan,  la  propriété  de  Ladomaraire  et  les  moulins  et 


(i)  Minutes  cit.,  reg.  de  1561,  f.  Ixxxj  ;  — Arch.  et  fonds  cit. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  353 

scie  de  Chanonik  St-Julien,  les  domaines  de  la Berthui- 
nière  et  de  Larenier  à  St-Martin. 

Ce  dernier  était  échu  à  Madeleine  Martinon,  veuve 
du  sieur  de  Larenier,  à  sa  nièce,  épouse  de  noble  Pierre 
de  Beaumont,  et  aux  enfants  de  ceux-ci,  notamment  à 
Marie-Anne  de  Beaumont,  née  vers  1693.  Aussi  Pierre 
de  Beaumont  l'administrait  en  1714.  Cependant  César 
Odde  de  Bonniot  était  en  possession  de  Larenier  en 
1721,  année  où  il  achetait  de  Denis  Bonnard  les  sour- 
ces de  pré-Michon^  pour  les  conduire  dans  la  basse- 
cour  de  ses  domaine  et  château  de  Larenier.  Des  actes 
de  1724,  1728  et  1734  l'en  disent  encore  le  posses- 
seur. Toutefois  les  de  Beaumont  avaient  conservé  des 
droits  à  St-Martin,  et  un  partage  des  domaine  et  châ 
teau  de  Larenier  en  attribua  la  moitié  à  Jean-Michel, 
de  la  Rivière,  mari  de  Josèphe  de  Beaumont,  fille  de 
Pierre  et  de  sa  seconde  femme  Marie  Charvin,  et  ces- 
sionnaire  des  droits  de  Marie-Anne  de  Beaumont  sa 
belle-sœur.  Les  Michel  y  étaient  en  1747. 

Quant  à  M.  de  Bonniot,  qui  avait  eu  dans  le  partage 
de  Larenier  la  moitié  des  bâtiments,  la  tête  des  champs 
et  le  pied  des  prés,  il  souffrait,  dit-on,  devoir  le  domaine 
ainsi  divisé,  et  François-César,  son  fils  et  héritier,  finit 
par  en  vendre  sa  part  en  1749  à  Etienne  Gauthier,  ori- 
ginaire de  St-Julien-en-Vercors,  et  son  fermier  dans 
cette  part.  Le  prix  fut  de  7,400  livres  de  TEdit  et  43 
livres  d'étrenne.  Le  vendeur  se  réserva  seulement  les 
droits  seigneuriaux  sur  les  fonds  vendus. 

Jean  Michel,  Marie-Anne  et  Josèphe  de  Beaumont 
moururent  tous  à  Larenier  en  1779,  et,  le  4  janvier  1782, 
Etienne   Michel,   héritier   bénéficiaire  de  Marie-Anne 


354       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

de  Beaumont  sa  tante,  vendait  à  Joseph  Gauthier,  son 
voisin,  pour  170  livres,  un  plassage  et  une  partie  des 
bâtiments  de  Larenier  (i). 

Revenons  aux  Odde  de  Bonniot. 

Leur  château  de  la  Tour  fut  incendié  vers  1720,  et 
rincendie,  qui  avait  brûlé  ou  dispersé  des  titres,  fut 
l'objet  d*une  enquête.  César  se  hâta  de  faire  restaurer 
cette  demeure,  et  Thabitait  de  nouveau  en  1724. 

Ce  même  César,  qui  le  18  août  1726  acquit  de  M.  de 
Bressieu  une  conseigneurie  au  Vercors,  avait  épousé 
Marthe  Arnoux,  fille  de  Jean,  rentier  à  Die,  et  en  avait 
eu  avant  1734  plusieurs  enfants  bien  connus.  Ainsi,  le 
16  octobre  1737,  Marthe  léguait  à  noble  René  Odde  de 
Bonniot,  sieur  de  Saint- Agnan,  lieutenant  dans  le  régi- 
ment de  Conti-Infanterie,  et  à  noble  René- Alexandre- 
César  Odde  de  Bonniot,  sieur  de  la  Chapelle,  «  lieute- 
nant dans  le  régiment  de  Royal-des-Vaisseaux  aussi 
Infanterie,))  ses  fils, à  chacun  7,000  livres;  à  noble  Jean 
Odde  de  Bonniot,  sieur  de  Saint-Julien,  aussi  son  fils, 
qui  n'avait  pas  encore  25  ans,  7,000  livres,  à  Marianne- 
Marthe  et  Marie-Virgine  Odde  de  Bonniot,  ses  filles, 
qui  n'avaient  pas  encore  25  ans,  à  chacune  9,000  livres. 
Elle  fait  César  usufruitier,  et  noble  François-César 
Odde  de  Bonniot,  sieur  de  la  Bâtie,  leur  autre  fils, 
héritier  universel. 

Le  4  janvier  1745,  César  teste  à  son  tour.  Il  lègue  à 
René,  alors  capitaine  d'infanterie  au  régiment  de  Conti, 


(i)  Minutes  cit., />^s5tm;    —   Reg.   de    cathol.   de  St-Martin-en-V.  ; 
Arch.  de  M.  Jos.  Gauthier,  de  St-Martiiii  orig.  parch. 


ESSAI    HISTORIQUE    SUR   LE   VERCORS.  355 

le  domaine  de  la  Berthuiniére,  avec  les  moulin  et  autres 
artifices  en  dépendants,  mais  à  charge  de  payer,  à  la 
décharge  de  l'héritier  universel,  5,000  livres  à  l'un  des 
autres  légataires  ci-dessous  ;  à  René-Alexandre-César, 
capitaine  d'infanterie  au  régiment  de  Royal-des-Vays- 
seaux,  la  somme  de  5,000  livres;  à  Jean,  pareille 
somme,  et  un  appartement  meublé  dans  le  château  de 
la  Tour,  et  du  bois  pour  son  chauffage,  s'il  ne  peut  vivre 
avec  l'héritier  ci-dessous,  tant  qu'il  ne  sera  pas  marié  ; 
à  Marianne-Marthe,  épouse  de  M.  de  Clermont,  d'Or- 
pierre,  10  livres  en  sus  de  sa  dot  ;  à  Marie-Virgine,  qui 
n'a  pas  encore  25  ans,  5,000  livres.  Il  fait  héritier  univer- 
sel François-César,  et  il  veut  qu'on  fasse  un  drap  mor- 
tuaire où  seront  les  armes  de  la  maison  et  qui  restera  à 
l'église  où  il  sera  enseveli. 

César  meurt  en  1767,  et  est  remplacé  à  la  Tour  par 
François-César,  son  fils,  lequel  épousa  Marie-Made- 
leine de  Durand  de  la  Molinière. 

François-César  a,  avec  ses  propriétés,  8  parts  de  la 
coseigneurie  de  St-Agnan  indivise  avec  l'Evèque,  qui  en 
a  6,  et  avec  MM.  de  Lamorte  et  Malsang,  qui  en  ont 
chacun  i.  En  1750,  Rochas  prend  de  lui  à  ferme  pour 
8  ans  les  domaines  de  la  Tour,  Larnaud,  Fauron,  la 
Molle,  Rochas  de  Lardy,  Foulettier  et  leurs  dépendan- 
ces, ainsi  que  «  le  château  de  la  Tour,  la  partie  du  jar- 
din de  bize  y  attenant,  le  vergier,  le  pré  de  la  Sagne,  les 
prés  acquis  de  M.  de  Chabon,  la  sie  au  dessus  du  grand 
pré  de  la  Tour,  les  droits  seigneuriaux  que  led.  sei- 
gneur perçoit  au  Vercors  et  qui  consistent  en  censés, 
lods,  pâturages  et  pulvérages  des  montagnes  dud.  Ver- 
cors,  droit  de  châtellenie,  et  «  le  pigonnier  attenant 


35b       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

aud.  château,  composé  d'environ  soixante  paires  pi- 
geons. »  Il  doit  payer  î,ioo  livres  de  rente  par  an, 
et  fournir  à  M.  de  la  Tour  le  bois  de  chauffage  et  pour 
cuire  le  pain,  lui  nourrir  ses  chevaux  et  ceux  de  ses 
amis  lorqu'ils  viendront  aud.  château,  et  tout  le  temps 
qu'ils  y  resteront,  sans  rien  prétendre,  et  lui  nourrir 
«  son  cheval  foin  et  paille  annuellement  dans  le  cas 
qu'il  en  tienne  un  à  la  Tour.  » 

Encore  vivant  en  1778,  François-César  était  mort 
dès  1780,  année  où  sa  veuve,  Marie-Madeleine  de 
Durand  plaidait  contre  Gauthier.  Celle-ci  avait  hé- 
rité du  domaine  de  la  Tour  et  le  possédait  en  1780  ; 
car  on  a  les  lettres  de  ratification,  accordées  depuis, 
par  la  sénéchaussée  de  Valence,  de  la  vente  de  ce  do- 
maine passée,  avant  1790,  par  cette  dame,  à  Jean-An- 
toine de  Gueymard,  sieur  de  Saint-Ferréol,  au  prix  de 
18,200  livres. 

La  propriété  et  le  château  de  la  Tour  ont  passé  plus 
tard  à  M.  Chapays. 

René  Odde  de  Bonniot,  sieur  de  Saint- Agnan,  capi- 
taine de  grenadiers  vers  1766  et  lieutenant-colonel  d'in- 
fanterie avant  1775,  fut  possesseur  de  la  Berthuinière.  Il 
testa  en  1782  en  faveur  de  son  neveu  noble  François- 
René  de  Taxis  de  Clermont,  avec  des  legs  à  Margue- 
rite-Marie-Anne de  Taxis,  sa  nièce.  Il  signait  :  le  Che- 
valier de  Saint- A  gnan.  Il  était  mort  dès  179J,  ainsi  que 
René- Alexandre-César,  sieur  de  la  Chapelle. 

Jean,  '  sieur  de  St-Julien,  dont  nous  avons  parlé  à 
propos  de  l'hôpital  de  St-Agnan,  vivait  encore  en  1793. 

Marie- Virgine  testa  le  18  septembre  1749  devant 
Charpenel   notaire  à  TuUins,  en  faveur  de  François- 


ESSxVI   HISTORIQUE   SUR    LE   VERCORS.  367 

César,  son  frère  aîné,  avec  substitution,  faute  d'enfants, 
âe  René-Alexandre  et,  successivement,  de  Jean,  ses 
frères. 

Marie- Anne-Marthe,  qui  avait  épousé  M.  de  Taxis 
de  Clermont  vers  1741,  en  eut  plusieurs  enfants.  Un 
d'eux  fut  François-René,  qui  avait  recueilli  Théritage 
de  René  et  René-Alexandre-César,  ses  oncles,  et  était 
débiteur  à  Jean,  autre  oncle,  de  Théritage  de  Marie- 
Virgine,  quand,  le  ij  avril  1793,  ce  dernier  songea  à 
utiliser  en  partie  les  droits  de  celle-ci,  qui  lui  reve- 
naient par  substitution.  Jean  donna  en  effet  à  Rochas, 
notaire  de  la  Chapelle,  un  acte  de  délégation  pour  aller 
réclamer  «  au  citoyen  René-François  Taxis,  résidant  à 
Orpierre  »  (Hautes-Alpes),  5,000  francs,  sur  8,000  aux- 
quels il  prétendait. 

On  voit  enfin  «  François-René  Taxil  »  vendre  le 
10  prairial  an  5,  devant  Guillot,  notaire  à  Tourtres,  à 
Joseph  Marcon,  de  St-Martin,  une  terre  située  au  Brias 
et  un  pré  avec  terre  au  pré  du  Perier^  territoire  de 
St-Martin.  Sur  le  prix  de  1,800  livres,  600  livres  sont 
payées  comptant,  et  les  1,200  autres  seront  payées,  le 
5  germinal  suivant,  à  Odde  de  Bonniot  du  Roux,  habi- 
tant à  Tourre,  hameau  de  St-Jean  d'Hérans  près  Mens 
(Isère),  à  la  décharge  de  Taxis  (i). 


(i)  Minutes  cit.,  ^a55»m  ;  —  Arch.  de  la  Dr.,  fonds  cit.  et  B,  593,  648, 
1098,  1144,  1148,  1161,  1173,  1198,  I3I3,  1359,  1366,  1380,  1313; 
C,   136  ;  E,  3094,  4659  ;  —  Mairie  de  St-Agnan,    Terrier  de  1778. 

(A  continuer.) 

L'abbé  FILLET. 
Tome  XX.  —  1886.  24 


358      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


CORRESPONDANCE  D'ACHARD  DE  GERMANE 

avec  M.  de  la  Coste 

LU  DES  DISNMS  PBISIDENTS  A  lORTUR  DO  PARUIIQIT  DK  DiOPHINl 

pendant  Us   deux  premiirts   années   de    VBmigraiion 

I79I-I79J. 


(Suite.  —  Voir  les  74%  75%  76%  et  77»  livraisons). 

XIII  (i). 

Grenoble,  le  25  septembre  1791. 
Monsieur  le  Président, 

J'ai  reçu  avec  beaucoup  de  plaisir  votre  lettre  n**  3.  Elle 
m'annonce  le  rétablissement  de  Mad"  de  la  Coste.  Je  ne 
sais  comment  il  s'était  répandu  un  bruit  alarmant  sur  sa 
santé  ;  on  citait  une  lettre  écrite  par  vous  à  Madame  Tou- 
pet. Je  fus  la  voir,  et  elle  n'en  avait  point  reçu.  Je  fus 
chez  M.  Duchadoz,  pour  lui  demander  si,  sur  les  symp- 
tômes rapportés  dans  votre  lettre,  il  y  avait  à  craindre  une 
maladie  sérieuse.  Il  me  rassura  fort,  en  ajoutant  qu'il  eût 
mieux  valu  voyager  en  été  du  côté  du  nord,  mais  qu'il  ne 


(1)  Cdttd  lettre  porte,  comme  la  précédente,  le  n®  12,  sans  doute 
par  une  inadvertance  de  son  auteur. 


CORRESPONDANCE  d'aCHARD   DE   GERMANE.  3 69 

s'agissait  que  de  légères  maladies,  qu'il  fallait  sçavoir  sup- 
porter. Votre  lettre  est  venue  fort  à  propos.  Je  jouis  moi- 
même  d'une  bonne  santé.  Je  vous  remercie  de  l'intérêt 
que  vous  voulez  bien  y  prendre.  —  M.  le  chevalier  {sic) 
de  Bouchage  (i),  qui  a  fait  liquider  sa  charge  de  pre- 
mier président  à  la  chambre  des  comptes,  voudrait  vous 
rembourser  avec  des  assignats,'  dont  on  lui  a  rempli  ses 
poches  à  Paris.  Il  m'a  pressé  à  plusieurs  reprises  de  rece- 
voir les  5,000  fr.  qu'il  vous  doit  en  principal.  Je  lui  ai 
représenté  qu'il  était  nécessaire  de  voir  le  titre  qui  le  cons- 


(1)  Marc-Joseph  de  Gratot  du  Bouchage,  fils  de  Claude-François 
eheyalier  d'honneur  au  parlement  de  Dauphiné,  et  de  Françoise  de 
Bally  de  Montcarra,  naquit  à  Grenoble,  le  18  septembre  1746.  Il  fut 
successivement  capitaine  du  génie  et  procureur  général  syndic  de 
la  noblesse  aux  assemblées  de  Vizille  et  de  Romans  en  1788  et  1789. 
Il  avait  été  reçu  chevalier  de  Malte  le  27  mai  1763.  Héritier  du 
marquis  de  Bourchenu,  son  oncle,  il  prit  possession,  en  1790,  de  la 
terre  et  du  magnifique  château  de  Triors,  près  Romans,  qui  avait 
été  bâti  en  1677  parle  célèbre  abbé  de  Leyssin,  gouverneur  de  cntte 
ville.  M.  du  Bouchage  devint  membre  de  la  commission  départe- 
mestelft  de  Tlsère  sous  le  Directoire  et  le  consulat,  conseiller  de 
préfecture  d«  Tlsère  en  1802,  préfet  des  Alpes- Maritimes  en  1803, 
et  de  la  Drôme  de  1815  à  fin  1822.  Bonaparte,  premier  consul,  ap- 
préciant son  caractère  conciliant  et  ferme,  le  créa,  en  1804,  baron 
de  rSmpire  et  l'un  des  premiers  membres  de  la  Légion  d'honneur. 
Il  fut  aussi  chevalier  de  Saint-Louis  et  conseiller  d'Etat  en  1822. 
Il  fit  partie,  jusqu'à  sa  mort,  du  conseil  général  de  l'Isère,  dont  il 
était,  chaque  année,  élu  président.  Lorsque  le  comte  de  Nice  fut 
rendu  au  roi  de  Sardaigne,  le  conseil  municipal,  par  une  délibé- 
ration eu  date  du  5  mai  1H14,  vota  l'érection  d'un  monument 
commémoratif  de  son  administration.  L'ancien  préfet  de  la  Drôme 
est  mort  à  Grenoble  en  1829.  ^Notice  généalogique  sur  la  famille 
de  Gratet  (complément  de  d'Hozier).  —  Paris,  Firmin  Didof,  1869. 
In-4^,  p.  11.  —  7oir  aussi  la  Biographie  du  Dauphiné,  art.  Du  Bou- 
cha^ge.J 


36o        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

tituait  débiteur;  que  s'il  y  avait  un  terme  d'avertissement, 
j'étais  obligé  de  m'en  prévaloir,  malgré  le  désir  que  j'avais 
de  faire  ce  qui  pouvait  lui  être  agréable.  Ni  lui  ni  moi 
ne  connaissons  ce  titre.  11  m'a  proposé  M.  Barthélémy 
pour  arbitre  ;  mais  j'ai  persisté  à  demander  le  titre,  en  lui 
ajoutant  que,  s'il  s'agissait  d'une  dette  à  jour,  et  ne  pou- 
vant pas  refuser  Toffre,  je  l'accepterais.  Je  vous  observe 
en  effet  que  lorsque  une  créance  est  exigible,  on  aurait 
lieu  de  se  plaindre  si  vous  ne  receviez  pas  ;  tandis  que  les 
autres  reçoivent  en  pareille  circonstance,  quoique  en  mur- 
murant. D'ailleurs,  si  on  consignait  la  somme,  il  serait  à 
craindre  qu'elle  ne  pérît  dans  le  dépôt  public,  et  que  la 
perte  ne  tombât  sur  vous.  Car,  si  ma  procuration  ne  me 

• 

permet  pas  d'exiger  les  capitaux,on  refuserait  de  me  la  re- 
mettre. J'ai  promis  à  M.  le  chevalier  de  Bouchage  de  vous 
écrire  à  ce  sujet.  Je  n'ai  pas  été  aussi  difficile  pour  un  rem- 
boursement qu'il  voulait  faire  à  xM.  de  Saint-Didier  ;  mais 
il  m'avait  fait  connaître  ses  intentions.  —  M.  de  Saint- 
Gratien  a  écrit  à  M.  de  la  Minière,  mon  ami,  de  se  concer- 
ter avec  moi  pour  le  transport  des  6,000  fr.  déposés.  Il 
dit  qu'il  est  difficile  de  faire  compter  la  somme  en  Suisse. 
M.  Périer  nous  a  dit  qu'il  était  plus  expédient  de  voir  un 
banquier  ou  négociant  à  Rome,  qui  vous  remettra  les 
6,000  fr.  en  écus  romains  sans  aucune  perte^  et  en  même 
temps  vous  lui  donnerez  une  lettre  de  change  sur  Lyon. 
Il  m'a  remis  la  note  ci-jointe.  Il  y  a  encore  1,908  fr.  en 
dépôt  chez  M.  Périer,  dont  vous  pouvez  vous  prévaloir 
en  même  temps,  si  vous  le  jugez  à  propos.  En  ce  cas,  il 
faut  donner  8  jours  d'intervalle,  et  écrire  afin  que  M.  Pé- 
rier puisse  avertir  son  banquier  à  Lyon,  de  compter  les 
espèces.  Si  ce  moyen  ne  peut  avoir  lieu,  je  pourrai  faire 
porter  la  somme  à  Chambcry,  et  alors,  il  serait  plus  facile 
d'avoir  une  lettre  de  change. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE   GERMANE.  36 1 

Dom  Basile  (i)  m'a  écrit  pour  m'annoncer  que  M.  Du- 
pasquier  avait  fait  quelques  avances,  et  qu'il  désirerait  fort 
les  lui  rembourser,  ou  une  partie.  Il  n'a  pas  été  possible, 
jusqu'à  présent,  de  faire  passer  de  l'argent  à  Chambéry  ; 
tout  est  retenu  sur  la  frontière,  parce  que  le  dernier  décret 
n'est  pas  encore  publié.  Je  mis  à  la  poste  un  assignat  de 
5oo  fr.  et  j'annonçai  à  M.  Dupasquier  que  lorsque  je 
pourrais  faire  passer  de  l'argent,  je  lui  adresserais  la  pe- 
tite somme  qui  reste  due.  Votre  lettre  est  venue  confirmer 
ce  que  j'avais  prévu,  relativement  à  vos  dispositions.  L'ab- 
bé Daniel,  qui  est  toujours  prisonnier,  et  qui  est  accusé 
d'avoir  enseigné  dans  une  lettre  à  uit  ami,  le  secret  de  la 
poudre  sympathique  pour  écrire,  lettre  qui  a  été  ouverte 
par  l'auguste  municipalité  ;  l'abbé  Daniel  m'a  dit  que  ce 
religieux  et  ses  compagnons  édifient  tout  le  pays.  On  leur 
a  envoyé  de  la  Trappe  des  effets  de  sacristie  et.  autres.  Ils 
sont  contents.  Ils  voudraient  acquérir  le  domaine  où  ils 
sont.  Outre  les  raisons  excellentes  que  vous  donnez  con- 
tre cette  opération,  l'abbé  Daniel  m'a  dit  que  la  Savoie  est 
dans  un  état  de  fermentation  qui  fait  craindre,  et  que 
malheureusement,  le  gouvernement  n'est  pas  assez  robus- 
te. La  municipalité  a  toujours  les  clés  de  l'appartement 
que  vous  lui  avez  cédé.  Elle  a  fait  décrocheter  les  serrures 
des  malles,  armoires,  etc.  —  JMad"  de  la  Rolière  m'écrit 
qu'on  a  voulu  attaquer  votre  maison  à  Barbières  ;  mais 
que  le  maire  l'a  sauvée.  Je  n'ai  rien  su  d'ailleurs  à  ce  su- 


(1)  Nous  n'avons  pu  trouver  aucune  donnée  sur  ce  religieux,  ni 
sur  Tordre  auquel  il  appartenait.  Nous  voyons  seulement  qu'il  était 
réfugié  en  Savoie,  et  que  M.  Dupasquier,  correspondant  et  agent 
de  M.  de  la  Coste  à  Chambéry,  lui  fournissait  de  sa  part  des  se- 
cours en  nature  et  en  argent.  Sans  doute  que  Pasile  choisi  par  ce 
religieux  ne  devait  pas  être  éloigné  de  Chambéry. 


302  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET  DE   STATISTIQUE. 

jet.  Je  m'adresserai  aux  personnes  que  vous  m'indiquez. 
Je  n'ai  pas  vu  les  fermiers.  —  Notre  ville  et  les  environs 
sont  fort  inquiets.  Nous  voyons  dans  l'avenir  une  famine 
affreuse.  La  récolte  en  blé  et  en  vin  a  totalement  manqué 
dans  le  département  des  Hautes-Alpes  ;  dans  les  départe- 
ments voisins,  elle  a  été  très  petite.  Le  directoire  des 
Hautes-Alpes  a  fait  acheter  ici  une  quantité  considérable 
de  blé  ;  on  refuse  de  le  laisser  passer.  Notre  directoire 
n'a  pas  voulu  donner  des  ordres  pour  la  circulation  libre. 
On  s'est  plaint  à  l'Assemblée  nationale.  Je  me  propose  de 
mettre  en  réserve  des  grains  pour  deux  ans  dans  vos  gre- 
niers, et  ensuite  défaire  vendre  avec  publicité  les  grains 
surabondants.  Il  règne  ici  une  sécheresse  qui  ne  permet  ni 
de  labourer,  ni  de  semer,  pour  avoir  une  récolte  l'année 
prochaine.  Les  hommes  qui  pensent  tremblent  sur  les 
événements  futurs.  Je  ne  serais  pas  éloigné  de  faire  mettre 
dans  des  malles  vos  papiers  et  de*  les  envoyer  à  Chambéry, 
lorsque  le  dernier  décret  sera  publié  ici.  UAmi  du  Roy 
et  la  Galette  de  Paris  le  conseillent.  J'en  écris  aussi  à  M. 
de  St-Disdier,  qui  est  en  Suisse  dans  ce  moment.  — Pour 
égayer  un  peu  cette  triste  matière,  je  vous  dirai  qu'on  a  cru 
devoir  recourir  à  St- Victor.  On  devait  le  porter  en  pro- 
cession. Mais  quelques  nationaux  avaient  annoncé  que  si 
la  pluie  n'arrivait  pas  au  moment  de  la  procession,  on  le 
jetterait  dans  l'Isère.  M.  Pouchot,  craignant  qu'on  ne  dou- 
tât du  mérite  de  ses  prières,  si  elles  n'étaient  pas  exaucées, 
s'est  contenté  de  faire  découvrir  la  châsse  du  saint.  Le  bas 
peuple  assure  que  le  saint  s'est  levé  à  demi,  qu'il  a  fait 
une  grimace  à  M.  Pouchot,  et  qu'il  lui  a  tourné  le  dos. 
Même  grimace  à  M.  l'abbé  Helli. 

Quant  à  Tobjet  qui  me  concerne  dans  votre  lettre,  je 
vous  observe  que  la  municipalité  voulut  me  mortifier,  il 
y  a  un  ou  deux  mois,  en  délibérant  si  on   m'imposerait  à 


CORRESPONDANCE   D'aCHARD   DE   GERMANE.  363 

la  patente^  comme  agent.  Je  fis  dire  à  cette  auguste  com- 
pagnie que  j^étais  procureur  fondé,  que  je  remplissais  gra- 
tuitement ce  ministère  de  confiance,  que  j'avais  cru,  dans 
les  circonstances,  devoir  vous  donner  et  à  M.  de  St-Dis- 
dier  cette  marque  d'attachement,  et  que  si  on  voulait  me 
soumettre  à  la  patente,  je  me  défendrais  avec  courage.  On 
m'a  laissé  tranquille.  Vous  voyez  que  je  ne  dois  pas  me 
mettre  en  contradiction  avec  moi-même.  Cependant  lors- 
que vous  serez  de  retour,  nous  verrons  si  je  ne  puis  accep- 
ter cet  acte  de  générosité  de  votre  part(i). 

Je  vous  prie,  de  même  que  Madame,  d'agréer  l'assu- 
rance de  mon  respectueux  dévouement. 

J'oubliais  de  vous  dire  que  vous  ne  devez  pas  craindre  la 
perte  des  assignats  placés  chez  M.  Périer.  Vous  ne  per- 
drez que  l'intérêt  ;  mais  il  ne  vous  payera  pas,  si  la  chute 
arrive.  Il  préférera  de  payer  ceux  à  qui  il  doit  des  intérêts. 
D'ailleurs,  il  ne  conserve  jamais  qu'environ  80  ou  100 
mille  livres  en  assignats,  qu'il  s'est  résigné  à  perdre, 
après  s'être  bien  vengé  de  la  Révolution  ;  car  il  a  acheté 
des  denrées  et  des  marchandises  pour  une  grosse  somme, 
et  il  y  gagne  la  moitié.  Si  vous  êtes  bien  aise  de  placer 
votre  argent  sur  le  pied  du  3  ou  du  3  et  demi,  comme  la 
plupart  de  vos  confrères,  on  pourrait  le  placer  ;  mais, 
malgré  mille  demandes,  j'ai  préféré  de  remettre  le  tout  à 
M.  Périer  sans  intérêt;  car  j'espère  qu'il  n'y  a  dans  cet 
arrangement  qu'un  intérêt  de  six  mois  ou  d'un  an  à  perdre, 
et  dans  un  grand  ébranlement,  les  grands  propriétaires 


(1)  Od  Yoit  par  là  que  M.  de  la  Coste  offrait  une  rétribution  à 
A.chard  de  Germane  pour  rintendance  et  la  gestion  de  ses  biens. 
Celui  ci  refuse,  provisoirement  du  moins^  allégant  les  motifs  qu'il 
a  fait  yaloir  à  la  municipalité  pour  résister  à  sa  prétention  de  l'im- 
poser à  la  patente. 


364       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

doivent  se  résigner  à  des  pertes,  surtout  à  celles  qui  sont 
aussi  petites. 

25  septembre. 

(A  Monsieur,  Monsieur  de  la  Coste,  Président  à  mortier 
au  Parlement  de  Grenoble,  actuellement  à  Rome, 
rue  Condotte,  à  Rome,  poste  restante. 


XIV 

Monsieur, 

J'ai  reçu  une  lettre  de  M.  votre  frère,  dans  laquelle  il 
me  marque  que,  malgré  les  réflexions  de  M.  de  Montal- 
ban  et  les  miennes,  il  préfère  son  remboursement.  En 
conséquence,  je  lui  réponds  aujourd'hui  que  j'acquitterai 
une  lettre  de  change  qu'il  a  tirée  sur  moi,  et  qu'il  pourra 
retirer  le  surplus  de  son  capital  de  MM.Sabatier,  qui  sont 
les  banquiers  de  M.  Périer  à  Paris.  Ce  dernier  écrira  en 
conséquence  demain  à  MM.  Sabatier  de  payer. 

J'ai  lieu  de  présumer  que  M.  votre  frère  a  fait  une 
acquisition  à  Paris.  Je  me  détermine  en  conséquence  à 
recevoir  les  capitaux  de  M.  Dupuy  de  St- Vincent,  de  Bou- 
chage et  Giroud,  puisqu'ils  sont  déposés  pour  vous  payer. 
Cette  opération  me  paraît  plus  avantageuse  pour  vous. 
Vous  vous  libérez  d'un  capital  considérable.  M.  Périer 
sera  encore  obligé  d'avancer  une  somme  quelconque  pour 
faire  l'appoint  des  100,000  livres;  mais  les  intérêts  ou  prix 
de  ferme  qui  écherront  dans  peu  de  temps  combleront 
cette  dette.  Je  lui  ai  promis  verbalement  que  si  les  assi- 
gnats éprouvaient  une  perte  notable,  je  ne  les  lui  remettrais 
pas  ;  mais  aussi,  de  mon  côté,  je  ne  les  recevrais  pas,  si  je 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE  GERMANE.  365 

n^étais  pas  assuré  qu'il  les  prît.  En  prenant  la  détermi- 
nation ci-dessus,  vos  débiteurs  ne  pourront  pas  se  plain- 
dre que  vous  refusiez  le  principal  de  votre  créance  pour 
vous  soustraire  à  une  perte  que  les  autres  souffrent.  Le 
tribunal  a  pris  la  jurisprudence  de  ne  pas  s'arrêter  aux 
délais  stipulés  dans  les  actes  pour  le  remboursement,  à  la 
charge  par  le  débiteur  de  payer  d'avance  les  intérêts  pen- 
dant le  terme  donné  pour  en  éviter  le  chômage.  Je  ne 
crois  pas  cette  jurisprudence  juste  ;  on  permet  de  violer 
un  contrat.  Le  terme  stipulé  dans  une  constitution  de 
rente  peut  avoir  pour  objet  non-seulement  d'éviter  le 
chômage  des  intérêts,  mais  encore  la  perte  du  capital 
dans  l'intermédiaire. 

Le  directoire  de  département  a  fait  le  calcul  des  imposi- 
tions de  cette  année.  Elles  seront  doubles  de  l'année  der- 
nière, sauf  un  douzième  ;  c'est-à-dire  que  celui  qui  payait 
1,200  livres,  payera  cette  année  2,3oo  livres;  ce  qui  est 
bien  propre  à  dégriser  les  campagnes.  On  a  fait,  cette  an- 
née, des  impositions  provisoires,  qui  étaient  la  moitié  de 
celles  de  l'année  dernière,  et  qui  se  trouveront  le  quart  de 
l'imposition  définitive.  J'ai  cru  devoir  payer  les  imposi- 
tions provisoires  sur  les  rôles  des  communautés  ;  mais, 
d'après  le  conseil  de  M.  votre  frère,  je  payerai  lentement 
les  autres  trois  quarts.  Il  en  sera  de  même  du  quart  patrio- 
tique. On  ne  le  touchera  pas  encore.  Je  me  propose  d'aller 
bientôt  à  Jarrie  pour  passer  les  baux. 

L'abbé  Daniel  a  été  élargi.  Il  paraît  que  la  manie  d'em- 
prisonner et  de  persécuter  passe  un  peu.  On  commence 
à  ouvrir  les  yeux.  On  a  dévasté  les  bois  de  M.  de  Marcieu, 
au  Touvet  (i).  Le  tribunal  a  prononcé  des  décrets  de  prise 


(l)  Pierre-Louis  Emé  de  Marcieu,  lieutenaDt-général  des  armées 
du  Roi,  gouverneur  de  la  ville  et  citadelle  de  Grenoble  et  du  bail- 


366  SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

de  corps.  Les  cavaliers  ont  été  repoussés.  On  y  a  envoyé 
5o  Corses  ;  on  a  sonné  le  tocsin  dans  la  communauté  et 
les  voisines.  Les  Corses  ont  été  obligés  de  s'en  retourner 
sans  rien  faire.  Notre  tribunal  est  irrité  ;  mais  il  a  été 
obligé  de  céder,  —  On  a  su  ici,  et  j'ai  appris  avec  plaisir, 
que  les  dames  de  France  avaient  la  plus  grande  amitié 
pour  Madame  de  laCoste,  et  que  sa  société  leur  avait 
extrêmement  plu.  Je  vous  prie  Tun  et  Tautre  d'agréer 
mes  hommages. 

2  octobre. 

J'ai  oublié  le  dernier  numéro  de  mes  lettres.  Dans  la 
dernière,  je  vous  parlais  de  S.  Victor  (i). 

J'ai  reçu  une  lettre  de  deux  receveurs  des  consigna- 
tions, qui  vous  écrivent  de  vous  adresser  à  un  avocat  aux 
conseils  qu'ils  nomment  pour  faire  liquider  votre  charge, 
conformément  au  dernier  décret  de  l'Assemblée  natio- 
nale. 

CA  continuer). 


lage  de  Graisivaudan,  était  né  dans  cette  yille,  le  13  février  1728. 
Il  avait  été  chargé,  en  1760,  de  faire  enregistrer  de  force  au  parle- 
ment de  Dauphiné  deux  édits  du  roi  établissant  un  nouveau  ving- 
tième et  le  doublement  de  la  capitation  :  ce  dont  il  s'acquitta  avec 
une  roideur  toute  militaire.  Le  peuple,  et  surtout  les  paysans,  ne 
Pavaient  pas  oublié.  Ils  s*en  vengèrent  lorsqu'ils  se  crurent  affran- 
chis de  tout  joug. 

(1)  Déjà  pour  la  lettre  précédente,  Achard  s'était  trompé  de  nu- 
méro Aussi,  avec  celle-ci  recommence-t-il  une  nouvelle  série  ; 
elle  est  cotée  n*^  1. 


LES   DERNIERS   COMTES    DE   DIE.  SÔy 


LES  DERNIERS  COMTES 


DE    DIE 


ET 


LA  FAMILLE  ARTAUD  DE  MONTAUBAN 


Parmi  les  familles  chevaleresques  du  Diois  et  du  Ga- 
pençais,  celle  d'Artaud  de  Montauban  a  une  importance 
toute  particulière  :  le  nombre  et  la  valeur  des  fiefs  qu'elle 
possédait,  le  titre  de  quatrième  baron  du  Dauphiné  que 
la  branche  aînée  avait  par  la  seigneurie  de  Montmaur,  les 
prélats  qu'elle  a  donnés  aux  sièges  épiscopaux  voisins  et, 
par  dessus  tout,  la  manière  encore  inexpliquée  dont  elle 
succéda  aux  comtes  de  Die  dans  la  plupart  de  leurs  terres, 
tout  cela  contribue  à  faire  désirer  de  connaître  un  peu 
mieux  son  histoire,  et  surtout  son  origine,  qu'elles  ne  le 
sont  aujourd'hui. 

Si  on  consulte  les  ouvrages  des  généalogistes,  on  cons- 
tate que  chaque  auteur  a  sur  la  famille  Artaud  son  opinion 
particulière  et  sa  théorie  différente  de  celle  de  son  voisin. 
La  Chenaye-Desbois,  avec  une  prudence  que  l'on  ne  sau- 
rait blâmer,  consacre  seulement  une  demie  colonne  à  la 
famille  Artaud  sans  souffler  mot  de  son  origine  ni  de  son 
ancienneté. 

Rivoire  de  la  Bâtie  qualifie  cette  maison  d'illustre  et 
enregistre,  sans  l'approuver  ni  la  combattre,  l'opinion  qui 


368        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

la  fait  descendre  des  comtes  de  Die.  Il  pense  qu'elle  suc- 
céda en  i338  seulement  dans  la  baronnie  de  Montmaur  à 
une  branche  de  la  famille  de  Montauban  des  Baronnies, 
ce  en  quoi  du  reste  il  se  trompe. 

Chorier(i)  croit  que  les  Artaud  sont  une  branche  ca- 
dette des  comtes  de  Forcalquier;  il  ne  paraît  pas  attacher 
une  bien  grande  valeur  à  l'opinion  qui  les  fait  issus  des 
comtes  de  Die ,  opinion  qui  reposerait  principalement 
d'après  lui  sur  la  fréquence  du  prénom  d'Isoard  dans 
Tune  et  l'autre  famille.  Dans  le  Supplément  de  VEstat 
politique  (2),  il  donne  des  Artaud  les  degrés  suivants  : 

Guillaume  Artaud  1 1 78,  mari  de  la  fille  de 
Guillaume,  seig'  de  TEstoille. 

I 
Guillaume  Artaud,  seig'  d'Aix  et  de 
Montclar,  épouse  Flotte,  1368. 

I 

Isoard,  1298. 

I 

Raymond,  seigneur  de  Montmaur 
et  du  Beauchaine,  teste  en  131 2. 

Dans  Guy-AUard  nous  trouvons  une  généalogie  com- 
plète et  de  toutes  pièces  de  la  famille  Artaud  de  Mon- 
tauban et  des  comtes  de  Die  (3).  D'après  ce  généalogiste 
plus  fécond  que  scrupuleux,  les  Artaud  descendaient  in- 
contestablement des  comtes  de  Die,  lesquels  étaient  eux- 


(1)  Estât  politique,  t.  III,  p.  61. 

(2)  Supplément  à  V Estât  politique,  p.  J04. 

(3)  Histoire  généalogique  des  familles  de  Bonne^  de  Crequi^  de  Blanche- 
fort^  d'Agoult,  de  Vesc,  de  Montlaur,  de  Maubec,  de  Montauban,  Gre- 
noble, Jean  Nicolas.  1672,  et  Bibl.  nation.,  cabinet  des  titres, 
pièces  originales,  vol.  107,  n"  2228,  pièce  13. 


LKS   DERNIERS    COMTES   DE    DIE.  3^9 

mêmes  une  branche  cadette  des  comtes  de  Provence,  et 
ils  auraient  succédé  en  i334  seulement  dans  la  baronnie 
de  Montmaur«  à  une  branche  de  la  famille  de  Môntauban 
dont  ils  auraient  pris  le  nom.  Voici  du  reste  la  généalogie 
des  Artaud  telle  que  l'établit  cet  auteur;  je  ferai  toutefois, 
grâce  à  mes  lecteurs,  de  celle  des  comtes  de  Provence  que 
Guy-Allard  place  en  tête  et  qu'il  rattache  directement  au 
roi  Boson. 


Guillaume,  comte  de  Forcalquier  et 
de  Die,  fils  de  Ratbod,  992. 

I 

Geoffroy  dit  Ponce,  c*«  de  Die,  1027. 

I 

Isoard  I,  c*«  de  Die,  1098. 

I 

Isoard  II,  c*^'  de  Die,   1 1 5  5 . 

I 

Isoard  III,  c^*  de  Die. 


I 


I 


N .  épouse  Guillaume  de      Jausserand,  bâtard,  seig'' 
Poitiers   et  lui  porte  le      d'Âix,  LucetBcllegarde, 


comté  de  Die. 


vivait  en  1140,  épousa 
Béatrix. 

1 

Hugues  Artaud,  seig** 
d'Aix,  Châtillon,  Tru- 
chenu,  Establet,  Belle- 
garde,  Glandage,  porta 
le  premier  le  nom  d'Ar- 
taud,  1167. 


I 

Isoard,   seig' 
de  Luc. 


I 

Guigues,  seig'  de  Val- 
drôme  ,  Châtillon  et 
Glandage,  1230. 

1 

Hugues 


I 

Guillaume  qui      Isoarde 
fait  branche. 


I 

Guigues,  prieur 
d*Aspres 


ijO         SOCIÉTÉ    D^RCHÉOLOGIE   ET   DE  STATISTIQUE. 

Voici,  à  mon  tour,  comment  je  crois  devoir  établir 
cette  généalogie  de  la  maison  Artaud  de  Montauban  â 
partir  des  derniers  comtes  de  Die. 


Uoard,  c*«  de  Die,  1 149-1 166. 


I 

Pierre-Isoard,  1166. 


I 

Roais,  femme  de  Hugues 
d*Aix,  1 176-1 190. 

I 


I 

Guillaume  Artaud,  seig' 
d'Aiz,  Montmaur  ,  du 
Beauchaine,  du  Dévo- 
luy,  Glandage»  du  Col- 
let, Grimone,  Bonabel- 
le,  Lus,  Montbrand,  de 
la  Baume,  de  la  Cluse, 
etc.,  1 190-1230. 

I 

Isoard  d^Aix ,  eeig'  des 
mêmes  terres,  époux  de 
Dragonette  de  Montau- 
ban, 1305,  mort  pro- 
bablement en  1244. 


I 

Hugues,  1 190. 


Hugues,  1305. 


I 

Raymond  de  Montau- 
ban, seig'  des  mêmes 
terres,  1339-1264. 

1 

Raynaud  de  Montau- 
ban, baron  de  Mont- 
maur, s'  du  Dévoluy,  de 
la  Cluse,  de  la  Baume- 
Noire  et  en  partie  du 
Beauchaine,  isSi. 


1 

Malberione,  1344, 


I 

Guillaume  Artaud,  seig' 
en  partie  du  Beauchai- 
ne, d*Aix,  Aspres,  etc., 
1281. 


I 
Isoarde,    dame    de    la 

Baume  ,    épouse  Ray- 
mond d*Agoult. 


i 

Guillaume,  1348. 


Clomme  on  peut  en  juger,  les  différences  entre  cet  arbre 
généalogique  et  celui  de  Guy-AUard  sont  assez  nombreu- 
ses; il  s'agit  maintenant   d'en  prouver  l'exactitude,  de 


LES   DERNIERS    COMTES   DE   DIE.  îj  l 

passer  successivement  en  revue  chacun  des  personnages 
qui  y  paraissent  et  de  prouver  par  des  actes  authentiques 
leur  existence,  leurs  alliances  et  les  degrés  qui  les  ratta- 
chent à  leurs  prédécesseurs  et  à  leurs  successeurs. 


I 


IsoARD,  comte  de  Die.  Isoard,  comte  de  Die,  concède 
en  1 149  à  la  chartreuse  de  Durbon  tout  ce  quMl  possède 
dans  les  quartiers  de  Rioufroid  et  du  Garnaisier  (i).  En 
1 166  il  vend  à  la  même  maison  religieuse,  moyennant  5o 
sous,  le  bois  de  Ramail  et  la  montagne  de  Chamousset  (2). 
La  même  année,  pour  la  somme  de  200  sous  il  accorde 
également  à  Durbon  les  pâturages  de  la  Jarjatte  et  le 
droit  de  prendre  du  bois  et  de  vaine  pâture  dans  les  man- 
dements deToréne,du  Pilhon,  Lesches,  Luc  et  Quini(3). 
Il  eut  deux  enfants  :  Pterre-hoard  et  Roais, 

PiERRE-IsoARD.  Ce  seigneur  mourut  probablement  avant 
son  père;  il  ne  laissa  aucun  héritier.  Il  paraît  dans  les 
deux  chartes  de  i  (66  citées  dans  Tarticle  précédent,  pour 
approuver  les  concessions  faites  par  Isoard,  son  père,  à 
la  chartreuse  de  Durbon. 


II 


Roais.  Dans  une  charte  de  1 176,  confirmative  des  libé- 
ralités précédentes,  Roais  est  dite  fille  d'Isoard,  comte,  et 
sœur  de  Pierre-Isoard.  Le  même  document  nous  apprend 


(1)  Cart.  de  Durbon,  charte  135. 

(2)  Ibid.,  charte  126. 

(3)  IWd.,  charte  136. 


372         SOCIÉTÉ    d'archéologie    ET    DE   STATISTIQUE. 

qu'elle  avait  épousé  Hugues,  seigneur  d'Aix  (i).  Elle 
hérita  de  la  plus  grande  partie  des  biens  de  son  père  ;  en 
efi'et  nous  allons  voir  ses  descendants  posséder  de  nom- 
breuses seigneuries  dans  les  comtés  de  Die  et  de  Gap. 
Elle  eut  deux  enfants,  peut  être  même  trois  :  Guillaume^ 
Hugues  et  Isoarde, 

Hugues.  Ce  personnage  parait  comme  approbateur 
avec  son  frère  Guillaume,  dans  une  charte  de  1 190  ou 
1191  par  laquelle  Hugues  d'Aix,  son  père,  confirme, 
moyennant  40  sous  à  la  chartreuse  de  Durbon  tous  ses 
droits  sur  le  Ramail,  Chamousset  et  la  Jarjatte  (2).  Il 
laissa  un  fils  nommé  Hugues,  comme  lui. 

L'existence  de  cet  Hugues,  fils  du  précédent,  nous  est 
démontrée  par  une  charte  du  21  octobre  (12  des  kalendes 
de  novembre)  i2o5,  par  laquelle  Guillaume  Artaud,  dont 
il  va  être  question  à  l'article  IH,  vend  pour  25  livres  à  la 
chartreuse  de  Durbon,  en  son  nom  et  en  celui  d'Isoard,  son 
fils,  et  de  Hugues,  son  neveu,  tout  ce  qu'il  possédait  dans 
le  tènement  de  Vaux,  à  Montmaur,  entre  la  Font-vineuse 
et  la  roche  Molière  (3).  C'est  à  cet  Hugues  que  Guy-Allard 
dans  sa  généalogie  parait  avoir  rattaché  toute  la  série  des 
Artaud,  seigneurs  d'Aix,  Châtillon,  Establet,  Glandage, 
etc.,  mais  il  y  a  lieu  de  rejeter  cette  opinion.  Nous  allons 
voir  en  effet  toutes  ces  seigneuries  possédées  encore  en 
1244  par  les  descendants  authentiques  de  Guillaume 
Artaud,  oncle  de  Hugues,  dont  il  va  être  question  tout  à 
l'heure.  La  division  de  la  famille  Artaud  en   plusieurs 


(1)  Cart.  de  Durbon,  charte  137.  Autre  copie.  Arch.  des  Hautes- 
Alpes,  fonds  de  Durbon. 

(2)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Durbon.  Deux  copies  datées 
Tune  de  1190  et  l'autre  de  1191. 

(3)  lînd,  charte  originale. 


LES   DERNIERS   COMTES   DE   DIE.  SyS 

branches,  qui  se  sont  partagé  Théritage  des  comtes  de 
Die,  a  donc  eu  lieu,  non  à  la  fin  du  XII^  mais  au  milieu 
du  XIIP  siècle. 

IsoARDE.  Il  est  à  croire  que  Roais  et  Hugues,  son  mari, 
eurent  une  fille  nommée  Isoarde.  En  effet  le  12  décembre 
(2  des  ides  de  décembre)  1220,  Raymond  d^Agoult  confir- 
me à  la  chartreuse  de  Durbon  et  à  la  maison  des  Tem- 
pliers de  Lus  les  donations  qui  leur  ont  été  faites  par 
Isoard,  comte  de  Die,  Pierre-Isoard,  son  fils,  et  Ray- 
mond d^Agoult  et  Isoarde,  père  et  mère  du  confirmant  (i). 
Cette  Isoarde  était  donc  incontestablement  de  la  famille 
des  comtes  de  Die,  elle  était  ou  la  fille  du  comte  Isoard  ou 
sa  petite-fille  par  Roais,  femme  de  Hugues  d'Aîx.  Je  pen- 
cherais plutôt  vers  cette  dernière  opinion.  En  effet  si 
Isoarde  avait  été  sœur  de  Roais,  elle  aurait  partagé  sans 
doute  avec  elle  les  biens  paternels  avec  une  certaine  égalité, 
tandis  qu'il  n'en  fut  rien,  elle  et  ses  descendants  n'ayant 
eu  pour  tout  apanage  qu'une  portion  de  la  petite  seigneu- 
rie de  la  Baume.  Fille  de  Roais  au  contraire,  on  com- 
prend à  merveille  qu'elle  ait  été  sacrifiée  à  Guillaume 
Artaud,  son  frère  aîné,  auquel  fut  dévolu  l'héritage  pres- 
que tout  entier  de  ses  parents.  Quoi  qu'il  en  soit,  la  bran- 
che de  la  famille  d'Agoult  issue  de  Raymond  d'Agoult  et 
d'Isoarde  a  possédé  pendant  tout  le  moyen  âge  et  jusqu'au 
XVII*  siècle  la  coseigneurie  de  la  Baume. 

J.    ROMAN. 
(La  fin  à  la  prochaine  livraison) 


■«' )>(■<» 


ToMB  XX.  —  h  886.  25 


'H'']^'|''j^'|''|''|''|''$'|''|''|"|'|''|''H''H'l''l''l''H"l''l''l''H''^ 


LE  TEMPLE  DU  CHATELET 


4»i-*«a 


Je  fais  appel  à  la  bienveillance  des  Lecteurs  du  bulletin  de  la 
Société  d'Archéologie  et  de  statistique  de  la  Drôme  pour  me 
permettre  de  leur  communiquer  un  passage  du  compte-rendu  des 
séances  de  l'Académie  des  inscriptions  et  belles  lettres  de  l'année 
i8S^  f^*  série,  tome  ij,  bulletin  d'octobre,  novembre  et  décem- 
bre),  lu  à  la  séance  du  6  novembre  par  M,  Alex.  Bertrand  qui  y  a 
présenté  en  mon  nom  la  brochure  que  fai  publiée  sur  le  temple 
du  Châtelet,  et  leur  soumettre  ensuite  de  courtes  observations  à 
ce  sujet  : 

Séance  du  6  novembre. 

«  M.  Bertrand  présente  au  nom  de  M.  L.  B.  Morel,  une  bro- 
«  chure  de  53  pages,  2  plans  et  19  bois  concernant  les  fouilles 
«  faites  en  1882,  1883  sous  sa  surveillance  au  Châtelet  d'An- 
«  dance  (Ardèche).  » 

«  On  soupçonnait  depuis  longtemps,  dit-il,  qu'un  temple 
«  romain  avait  existé  sur  cette  hauteur;  une  borne  milliairc 
«  de  Constantin,  un  chapiteau  d'ordre  composite,  de  nom*- 
«  breuses  médailles  impériales  y  avaient  été  découvertes  en 
«  1822.  La  borne  milliaire  et  le  chapiteau  peuvent  se  voir  en- 
«  core  à  St-Sorlin  de  Moras  dans  la  cour  du  vieux  château  : 
«  M.  Morel  qui  habite  Andancette  a  voulu  avoir  la  solution 
«  du  problème  archéologique  que  la  présence  de  ces  antiqui- 
a  tés  soulevait  naturellement.  Depuis  deux  ans,  il  faisait  des 
«  recherches  ;  les  fouilles  ont  donné  des  résultats  intéressants. 
«  L'existence  d'un  temple  au  Châtelet,  sous  la  domination 
«  romaine  du  I"  au  IV*  siècle,  parait  aujourd'hui  à  peu  près 
«  certaine.  Malheureusement  rien  n  indique  encore  en  l'honneur 
«  de  quelle  divinité  ce  temple  avait  été  érigé.  On  ne  peut  faire 
«  à  cet  égard  que  des  conjectures.  La  probabilité  est  que  la 
«  divinité  était  Mercure,  le  dieu  le  plus  généralement  adoré 
a  dans  les  Gaules  ;  mais  il  est  prématuré  de  rien  affirmer  à 
«  cet  égard.  Nous  trouvons  là  en  tous  cas  un  exemple  de  plus 


LE   TEMPLE   DU   CHATELET.  SyS 

<  de  Férection  de  temples  sur  les  hauts  lieux  de  la  Gaule,  où  ils 
a  remplaçaient,  selon  toute  vraisemblance,  les  divinités  loca- 
«  les.  Il  faut  espérer  qu'avant  peu  nous  pourrons  dresser 
«  une  carte  des  localités  où  lès  petits  centres  religieux  ou  buts 
«  de  pèlerinage  ont  laissé  des  traces,  carte  dont  l'intérêt  sera 
c  d'autant  plus  grand  que  la  majeure  partie  de  ces  temples 
€  ont  été  à  partir  du  V*  siècle,  remplacés  par  des  églises  ou 

<  des  chapelles.  » 

Ce  compte-rendu  contient  des  inexactitudes  capables  de  dé- 
naturer le  résultat  du  travail  et  il  est  un  point  qui  a  particu- 
lièrement frappé  mon  attention,  c'est  le  fait  de  passer  com- 
plètement sous  silence  des  conclusions  qui  ont  un  caractère 
de  certitude  et  dont  je  tiens  les  preuves  à  la  disposition  de 
qui  veut  en  prendre  connaissance. 

Voici  ces  conclusions  : 

«  En  résumé,  s'élevait  sur  le  plateau  qui  forme  le  sommet  de 
«  la  montagne  du  Châtelet  : 

«  Un  temple  romain,  orienté  conformément  aux  prescriptions 
€  de  Vitruve,  bâti  à  la  mesure  romaine  et  ayant  la  forme  d'un 
«  carré  parfait;  il  était  entouré  d'un  portique  également  carré, 
«  dont  la  face  occidentale  était  garni  de  colonnes  cannelées, 
«  surmontées  de  chapiteaux  corinthiens. 

«  Le  pourtour  de  cet  édifice  n'avait  pas  sept  mètres  de  moins 
t  que  celui  de  la  maison  carrée  de  Nîmes. 

<t  Ce  temple  occupait  le  milieu  d'une  enceinte  rectangulaire, 
t  fermée  par  un  mur  de  clôture,  auquel  était  attenante  une 
«  galerie  ou  cryptoportique  enveloppant  toute  la  cour.  Cette 
a  galerie  était  interrompue,  au  couchant  par  un  porche  ou 
«  pavillon  d'entrée  et  par  deux  pavillons  aux  angles  nord-est  et 
«  sud-est. 

«  Le  niveau  du  temple  était  supérieur  à  celui  de  la  cour,  et  le 
«  niveau  de  celle-ci  supérieur  lui-même  au  niveau  du  terrain 
«  extérieur,  sur  lequel  s'élevaient  différentes  constructions  on 
c  dépendances  séparées  de  l'enceinte  Sacrée. 

€  Au  !•'  et  au  II*  siècle,  Apollon  était  en  honneur  au  temple 
€  du  Châtelet  ;  ainsi  que  l'atteste  un  ex-voto,  et  c'est  probable- 
«  ment  à  ce  dieu  qu'était  consacré  le  temple. 


376  SOCIÉTÉ   d'archéologie  ET    DE   STATISTIQUE. 

«  A  la  fin  du  IV*  siècle  ou  dans  les  premières  années  du  V*, 
<  les  statues,  les  ejc-vo/o,  les  vases  sacrés,  les  revêtements  de 
«  marbre  précieux  qui  décoraient  la  cellay  ont  été  brisés  et 
«  leurs  fragments  dispersés. 

«  Au  VI'  siècle,  le  temple  était  transformé  en  oratoire  chré- 
€  tien  et  peut-être  aussi  son  enceinte  en  monastère  ;  il  fut,  plus 
a  tard,  détruit  de  fond  en  comble  à  une  époque  que  l'on  ne 
«  peut  préciser. 

«  Au  XI*  siècle,  on  utilisa  certains  matériaux  pour  la  cons- 
«  truction  de  l'église  de  Saint-Pierre  de  Champagne,  située  à 
a  3  kilom.  au  nord  et  notamment  les  deux  chapiteaux  corin- 
c  thiens,  qui  décorent  l'intérieur  du  chœur  de  cette  église.  » 

Cet  oubli  permet  à  M.  Alex.  Bertrand  d'émettre  la  conjec- 
ture invraisemblable  de  l'attribution  du  temple  du  Châtelet  à 
Mercure. 

La  découverte  d'un  ex-voto  à  Apollon,  plusieurs  fragments 
de  statues  ramenés  au  jour  et  surtout  celui  découvert  récem- 
ment encore,  représentant  la  partie  droite  et  supérieure  d'une 
statue  en  marbre  blanc  ;  (Dans  ce  dernier,  le  sein  droit  drapé, 
la  partie  dorsale  revêtue  d'une  seconde  draperie,  l'amorce  du 
bras  droit,  la  courroie  avec  son  agrafe  passant  sous  le  sein  et 
qui  devait  servir  à  retenir  un  carquois,  tout  porte  à  croire  à 
une  statue  de  Diane,  divinité  dont  le  culte  était  le  plus  souvent 
associé  à  celui  d'Apollon)  ;  enfin  les  cornes  de  taureaux  trou- 
vées en  abondance  ne  sont  guères  de  nature  à  faire  supposer 
que  le  temple  fût  dédié  à  Mercure  ;  on  sacrifiait  à  ce  dieu  non 
pas  un  taureau  mais  le  plus  souvent  un  bouc  tandis  que  la 
victime  ordinairement  offerte  à  Apollon  était  au  contraire  le 
taureau.  (V.  Marquardt.  Romische  Staatsverswaltung  Dritter 
band.  p.  168.). 

Ce  ne  serait  donc  que  fort  inutilement  que  j'aurais  consacré 
non  pas  deux  ans,  comme  le  dit  M.  Bertrand,  mais  bien  qua- 
tre années  à  cette  question  d'archéologie  locale,  que  j'aurais 
sacrifié  pour  cela,  une  importante  somme  d'argent  et  que  j'aurais 
levé  aussi  exactement  que  possible  le  plan  du  monument  qui 
n'était  pas  d'une  médiocre  importance  et  dont  il  n'est  pas  dit 
un  mot  dans  le  compte-rendu.  Rien  ne  peut  autoriser  M.  Ber- 
trand à  émettre  une  semblable  opinion,  si  ce  n'est  sans  aucun 


LE   TEMPLE   DU    CHATELET.  Syy 

doute,  le  désir  d'augmenter  le  nombre  assez  considérable  déjà 
des  temples  dédiés  à  Mercure. 

Il  nous  dit  du  reste,  qu'avant  peu  il  espère  pouvoir  dresser 
une  carte  des  localités  où  les  petits  centres  religieux  ou  buts  de 
pèlerinage  ont  laissé  des  traces,  et  probablement,  dans  cette 
carte.  Mercure  ne  sera  pas  sans  avoir  une  belle  résidence  au 
Châtelet. 

M.  Bertrand  dit  encore  qu'on  ne  peut  faire  à  l'égard  du  dieu 
adoré  au  Châtelet  que  des  conjectures,  aussi  s'empresse-t-il 
d'en  faire  abondamment  au  profit  de  son  dieu  gaulois.  Enfin 
quelle  que  soit  l'importance  donnée  au  culte  de  Mercure,  dans 
les  Gaules,  son  ubiquité  ne  doit  pas  s'établir  au  détriment  des 
autres  dieux  qui  ne  tarderaient  pas  à  exercer  de  justes  revendi- 
cations et  à  accourir  en  foule  au  Châtelet  d'où  on  en  a  déjà  fait 
descendre  un  certain  nombre,  notamment  Mars  et  Bacchus  et 
avec  plus  de  vraisemblance,  Apollon  et  Diane. 

Ce  ne  serait  plus  un  temple  qui  aurait  existé  dans  l'antiquité 
sur  cette  colline  mais  bien  un  Panthéon  ! 

Je  dois  aussi  signaler  une  erreur  dont  je  me  suis  involon- 
tairement fait  l'écho  dans  la  publication  de  mon  travail.  Il  s'a- 
git d'une  borne  milliaire  de  l'empereur  Constantin  II,  au  sujet 
de  laquelle  j'avais  cru  devoir  publier  un  erratum  devenu  inutile 
aujourd'hui.  Depuis,  en  effet,  M.  Emm.  de  Berlhe  ayant  eu 
l'obligeance  de  mettre  sous  mes  yeux  des  notes  manuscrites, 
j'y  trouvais  que  le  susdit  milliaire  avait  été  vu  et  copié  par 
M.  Magnard  le  12  décembre  [825  à  Roussillon  dans  la  cour  de 
la  propriété  de  M.  Albert.  Cette  rectification  a  été  faite  par 
M.  AUmer,  dans  le  n**  37  §  579,  p.  164  et  165  de  la  Revue  épi- 
graphique  du  midi  de  la  France,  d'après  une  note  que  je  lui  ai 
fournie.  «  Cette  inscription,  y  est-il  dit,  n'a  donc  pas  été  dé- 
€  couverte  à  Andance  sur  le  plateau  du  Châtelet  et  elle  n'ap- 
«  partient  pas  à  la  voie  romaine  de  la  rive  droite  du  Rhône. 
€  Elle  provient  de  la  grande  voie  de  Lyon  à  Arles  et  au  littoral 
«  Marseillais,  sur  la  rive  opposée  du  fleuve,  voie  sur  laquelle 
c  sa  place  exacte  devait  être  à  6  kilomètres  ou  4  kilomètres  et 
«  demi,  au  nord  de  Roussillon.  » 

L.    B.    MOREL. 

Andancette,  le  12  mai  1886. 


378  SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET   DE  STATISTIQUE. 

UNE   FAMILLE   VALENTINOISE  : 

LES     DE    CONCHES 


•« 


On  croit  généralement  que  les  villes  et  villages  laissaient 
jadis  complète  liberté  à  chacun  de  leurs  habitants  de  pren- 
dre des  qualifications  nobiliaires  :  c'est  là  une  erreur  dé- 
mentie par  les  faits. 

Sans  doute,  l'opposition  eût  été  purement  platonique 
si  la  noblesse  avait  eu  pour  unique  résultat  d'élever  un 
homme  au  dessus  des  autres;  mais  elle  octroyait  l'exemp- 
tion des  tailles  et  du  logement  militaire  :  aussi  le  tiers-état 
résistait-il  avec  énergie  aux  anoblissements. 

Parmi  les  nombreux  exemples  à  citer,  le  procès  engagé 
par  les  consuls  de  Valence  contre  les  de  Conches  suffira  à 
notre  thèse. 

Cette  famille,  d'après  le  savant  travail  de  M.  de  Coston, 
remontait  au  XIV*  siècle,  à  Montélimar,  où  vivaient  Phi- 
lippe, orfèvre,  en  1 3 5o,  François  et  Antoine  en  1874  et 
1378,  Jean,  notaire,  en  1627,  et  Antoine,  fils  de  ce  dernier 
vers  i55o. 

Jean,  notaire,  frère  d'Antoine,  devint  contrôleur  et 
secrétaire  de  la  ville  de  Valence,  acquit  en  1643,  des  com- 
missaires du  roi,  la  seigneurie  de  Montmeyran,  dont  il 
garda  une  moitié  jusqu'en  1574,  Charles  IX  lui  en  ayant 
alors  remboursé  le  prix  pour  la  rendre  à  Sébastienne  de 
Clermond-Tallard  (i). 

Or,  l'acquisition  d'un  fief  et  la  qualification  d'écuyer  n'é- 
taient pas  les  seules  raisons  favorables  au  maintien  de  la 
noblesse  de  Jean  de  Conches  ;  il  produisait  en  outre  quel- 
ques pièces  dignes  d'être  connues,  comme  les  lettres  sui- 
vantes : 

«  François  de  Bourbon,  comte  d'Enghien,  général  pour 


(1)  lovent,  de  la  Chambre  des  Comptes,  au  mot  Montmeyran. 
Histoire  de  Montélimar^ 


LES   DE   CONCHES.  379 

a  le  roy  deçà  les  monts scavoir  faisons  que  désirant 

«  gratiner  et  bénéficier  en  quelque  degré  d'honneur  ceux 
^  qui  ont  esté  en  la  batalhe  que  nous  avons  dernièrement 

(c  gaignée contre  l'armée  de  Charles  quint  soubs  le 

(c  marquis  del  Vast  (Alphonse  d'Avalos,  marquis  de 
«  Vasto)en  la  plaine  de  Cerizolles  le  14  avril  1644,  et 
(C  entre  autres  nostre  ires  cher  et  très  ame  secrétaire 
«  ordinaire  Jehan  de  Gonches,  seigneur  de  Montmey- 
«  ran  en  Daulphiné,  s'estant  trouvé  en  icelle  avec  nous  et 
«  soubs  nostre  comète  et  faict  le  debvoir  d'un  gentil- 
ce  homme  digne  de  bonne  estimation  et  recommandation, 
a  nous  avons  à  icelluy,  après  la  victoire,  donné  l'ordre  de 
«  chevallerie  en  luy  balhant  l'accolade  et  puis  de  nostre 
(C  espée  d'armes  Tavons  faict  chevalier  de  M.  St  Geor- 
«  ges  ([).  »  Donné  «  à  Garmaignolle  le  i5*  jour  d'a- 
«  vril  1544.  » 

Le  16  juin  suivant,  le  même  François  de  Bourbon 
accordait  à  de  Gonches  pour  l'exonérer  de  l'arrière  ban  un 
certificat  établissant  la  nécessité  de  sa  présence  auprès  de 
lui. 

Après  la  campagne  d'Italie,  le  seigneur  de  Montmeyran, 
archer  d'armes  «  esleu  pour  le  service  de  Tarrière  ban  », 
était  chargé  par  Félix  Bourjac,  sénéchal  du  Valentinois 
et  Diois  du  recouvrement  de  certaines  sommes  (24  juil- 
let i555-) 

En  i568,  le  28  mars,  le  seigneur  de  St-Chamond,  capi- 
taine de  5o  hommes  d'armes,  lui  accordait  comme  soldat 
de  sa  compagnie  une  sauvegarde  pour  lui  et  sa  famille. 

Enfin,  le  26  février  ïSyy,  Jean  de  Montluc,  comte  de 
Valentinois  et  conseiller  du  roi  en  son  conseil  privé,  trou- 
vant sur  le  rôle  des  bourgeois,  marchands  et  aisés  de  Va- 
lence dressé  en  vue  d'un  emprunt  pour  la  conservation  de 
la  ville,  «  noble  Jehan  de  Gonches,  chevallier,  seigneur  de 
«  la  maison  noble  de  La  Condamine  à  Montmeyran  (2), 


(1)  Le  Dictionnaire  de  la  France  de  M.  Ludovic  Lalanne  fait  créer 
cet  ordre  de  chevalerie,  à  la  fin  du  XIV*  siècle  en  faveur  des 
Francs-Comtois  catholiques,  nobles  de  16  quartiers. 

(2)  Le  23  octobre  1543,  les  Commissaires  du  roi  avaient  aliéné 
pour  1,500  livres  à  Jean  de  Conches,  contrôleur  de  Valence,  les 
châtellenie  et  terre  de  Montmeyran,  rendues  en  1574  à  Sébastienne 
de  Clermont-Tallard  par  Charles  IX.  — (Invent,  de  la  Chambre  des 
Comptes). 


38o      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

et  jadis  secrétaire  de  feu  très  illustre  prince  le  comte  d'An- 
«  ghien....»,  Ten  fit  «  rayer,  bifFer  et  canceller,  en  sa  prê- 
te sence,  «  selon  le  debvoir  et  raison.  » 

Il  semble  que  ces  documents  étaient  de  nature  à  désar- 
mer les  Valentinois  et  le  Parlement  de  Grenoble,  et  pour- 
tant, cette  cour,  par  deux  arrêts,  débouta  Jean-Antoine  de 
Conches,  fils  de  noble  Jean,  «  de  Teffect  ei  entherinement 
«  des  lettres  royaulx  tendant  à  rehabilitation  de  no- 
ce blesse  »,  le  3  août  i6i5  et  de  sa  noblesse  prétendue,  en 
1619,  bien  qu'il  eût  produit  une  infinité  de  quittances  de 
Farrière-ban,  depuis  1546. 

Jean  avait  eu  d'Isabeau  de  Sassenage  :  Jean,  Charlotte, 
mariée  avec  d'Izerand,  seigneur  de  la  Fontoule,  sur  St- 
Donatet  ensuite  avec  Humbert  Perréon,  notaire  de  Loriol 
et  Jean-Antoine,  conseiller  au  Présidial,  possesseur  d'une 
maison  à  Montelimar  en  1625.  Ce  dernier  laissa  une  fille 
unique,  Marie-Marguerite,  qui  épousa  Charles  Calvin, 
seigneur  de  St-Marcel,  président  du  Présidial,  dont  le 
petit-fils, Charles,  brigadier  des  armées  du  roi,  mourut 
en  odeur  de  sainteté,  en  1755.  (i) 

Déjà  la  famille  de  Conches  avait  eu  une  pieuse  fille, 
amie  et  compagne  de  Marie  Teyssonnier  et  son  émule 
en  dévotion. 

Tout  en  perdant  leur  noblesse  les  de  Conches  ont  donc 
conservé  des  titres  au  souvenir  des  habitants  de  Valence. 


A.    L. 


(1)  Mémoires  de  Michel  Forest. 


GUILLAUME   DE   LAVOULTE  38 1 


GUILLAUME    DE    LAVOULTE 


I  lawi  I     ■ 


Dans  la  description  scientifique  du  gros  d^argent  de 
Guillaume  de  Lavoulte,  appartenant  à  M.  Lalande,  avoué 
à  Valence,  l'auteur  s'est  exclusivement  borné  à  la  partie 
numismatique,  où  il  excelle,  sans  toucher  à  Thistoire  du 
prélat.  A  la  vérité,  les  excuses  ne  manquaient  pas  pour 
négliger  cette  biographie,  si  Ton  ne  consultait  que  le 
P.  Columbi  et  le  continuateur  érudit  du  Gallia  Chris- 
tiana  (i).  Mais,  le  classement  des  archives  municipales  et 
quelques  autres  publications  récentes  permettent  de  révé- 
ler plus  d'un  détail  intéressant  sur  Tépîscopat  de  Guil- 
laume. 

D'après  un  travail  succinct  et  très  exact  de  M.  de  Gallier, 
le  prélat  descendait  d'une  très  ancienne  famille  du  Lan- 
guedoc, qui  porta  les  titres  de  prince,  de  marquis  et 
même  de  satrape,  en  souvenir  des  Croisades,  et  il  était 
le  2' fils  de  Bermond  III  d'Anduze,  seigneur  de  Lavoulte, 
et  d'Aliénor  de  Poitiers  (2). 

D'abord  abbé  de  St-Vincent  et  ensuite  vice-camérier 
du  pape  Urbain  IV,  il  fut  nommé  administrateur  de  l'é- 
vêché  de  Toulon,  en  i364  et  évêque  de  Marseille  en  r368. 
Urbain  VI,  le  28  avril  1378,  dix  jours  après  son  couron- 
nement à  Rome,  et  six  mois  avant  celui  de  Clément  VII 


(1)  De  rébus  gestis  episcùp.  VeUerU.  et  Diens.  —  Hauréau,  Gallia  Chris- 
tiana  T.  XVI. 

(2)  Revue  du  Dauphiné  et  du  Vivarais,  pp.  40  et  80  de  la  1'*  année. 


38-2       soctÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

à  Fondi,  le  transféra  sur  le  siège  épiscopal  de  Valence  et 
Die,  à  la  prière  des  chanoines  des  deux  églises,  et  en  con- 
sidération de  ses  grandes  vertus  (t). 

Selon  M.  Hauréau,  Guillaume  de  Lavoulte  aurait  con- 
firmé en  1 38o  les  libertés  de  Valence,  fait  dont  nous  ne 
trouvons  pas  de  preuves,  et  Columbi  rappelle  un  hommage 
que  lui  prêta  pour  Beauchastel  Odon  de  Retourtour,  et 
un  appel  au  roi  et  au  pape  de  certaine  décision  dont  il 
nMndique  ni  la  cause,  ni  la  nature  (2). 

A  cela  près  se  réduisent  les  détails  connus  jusqu'ici  sur 
son  épiscopat. 

Mais  les  archives  de  Valence  renferment  deux  chartes 
intéressantes  pour  l'histoire  de  cette  époque  troublée  par 
les  incursions  des  Compagnies  Franches. 

Le  premier  document  se  rapporte  à  des  difficultés  sur- 
venues entre  noble  et  magnifique  Jean  de  Roussillon,  sei- 
gneur d'Anjou,  Guillaume  de  Lavoulte  [Guillelmum  de 
Voutà)^  évêque  et  comte  de  Valence  et  Die,  et  la  commune 
de  Valence,  et  dont  la  solution  avait  été  confiée  à  Hum- 
bert  de  Ternay  [de  Temial]^  dit  Cornu,  damoiseau. 

Appelé  au  secours  de  la  ville,  en  r38r,  Jean  de  Rous- 
sillon était  venu  résider  à  Valence,  à  cause  de  la  guerre 
de  ceux  qui  occupaient  Soyons  [guerre  illorum  qui  erant 
in  Subdioné)  et  n'ayant  touché  ni  ses  appointements,  ni 
le  prix  des  vivres  fournis  à  ses  hommes  d'armes,  il  était 
rentré  dans  son  château  en  laissant  en  gages  un  cheval 
bai  avec  ses  harnais  chez  un  aubergiste  et  chez  un  four- 
bisseur. 


(1)  M.  Tabbé  Chevalier,  Choix  de  documents  inédits  :  Carlulaire  de 
Die,  pp.  145-146. 

(2)  Ouvrages  déjà  cités. 


GUILLAUME   DE   LAVOULTE  383 

Ces  derniers  voulurent  être  payés  et  de  Ternay  vint 
réclamer  Texécution  d'engagements  solennels  pris  avec  le 
sire  de  Roussillon.  Les  habitants  de  Valence  reconnurent 
leur  dette  et  donnèrent  satisfaction  complète  à  son  man- 
dataire. Ils  étaient  représentés  alors  par  d'Eschalon, 
Ardenc,  de  Lachau,  Brunet,  Clair  etc.  et  la  quittance 
donnée  fut  lue  dans  la  chapelle  des  Frères-Mineurs,  dédiée 
à  St- Etienne  (i). 

Chorier  nous  apprend  que  des  troupes  de  cavalerie, 
licenciées  par  le  duc  de  Bretagne,  au  nombre  de  6000 
hommes,  avaient  été  appelées  en  Italie  par  le  pape  et 
s'accageaient  sur  leur  chemin  tous  les  villages  où  elles 
passaient. 

Le  gouverneur  du  Dauphiné,  Boville,  «  tâcha  de  se 
«  mettre  en  estât  de  les  pouvoir  contenir  et  réprimer  leurs 
«  violences.  Si  est-ce  qu'elles  forcèrent  le  bourg  de  Soyons 
«  dans  le  Valentinois,  et  il  fallut  pour  les  en  chasser  trai- 
«  ter  avec  leurs  chefs  »  (2). 

L'historien  ne  précise  pas  autrement  les  faits  et  la 
charte  citée  plus  haut  permet  seule  de  les  reporter  à 
Tannée  i38i,  la  quittance  d'Humbert  de  Ternay  étant  du 
•  1 1  novembre. 

Ce  n'était  pas  la  première  fois,  d'ailleurs,  que  des  sol- 
dats errants  semaient  l'épouvante  dans  Valence  :  dès  i3Ô2, 
Louis  de  Villars,  évêque  de  la  ville  avait  autorisé  une  im- 
position sur  le  vin  pour  réparer  ses  murs  d'enceinte,  et  ce 
tribut  appelé  commune  du  vin^  forma  dans  la  suite  avec 
le  pesage  et  le  sesterage  des  grains,  le  trahut  ou  sortie  des 
marchandises,  le  fonds  des  indits  ou  octrois  (3). 


(1)  Archives  municipales  de  Valence  £E. 

(2)  Histoire  abrégée  du  Dauphiné^  11*  part.,  p.  17. 

(3)  Archives  de  la  ville,  série  C. 


384       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Les  Compagnies  Franches  en  se  succédant  les  unes  aux 
autres  nécessitèrent  plus  d'une  fois  le  renouvellement  de 
rimposition  dite  Commune  du  vin  et  en  i383,  le  14  juin, 
Guillaume  de  Lavoulte  l'autorisa  à  son  tour  et  elle  fut 
mise  immédiatement  en  adjudication  ;  Bochon  en  prit  la 
recette  et  se  substitua  Duclaux,  qui  s'engagea  à  construire 
260  toises  de  murailles,  conformément  à  un  cahier  des 
charges  en  langage  vulgaire,  utile  à  consulter  pour  les 
philologues  (i). 

Là  s'arrêtent  nos  renseignements.  Au  surplus,  cette 
même  année  Guillaume  de  Lavoulte  était  transféré  sur  le 
siège  d'Albi,  et  mourut  dans  cette  ville  en  iSgy. 

Il  a  paru  intéressant  de  rappeler  ces  faits  pour  mon- 
trer les  rapports  intimes  de  la  numismatique  avec  l'his- 
toire. 

A.  L. 


(1)  Archiyes  municipales  de  Valence  EE, 


•••4^>H»'^S«-»**- 


CHRONIQUE.  385 


CHRONIQUE 


Nous  espérons  pouvoir  rendre  compte  prochainement 
de  fouilles  intéressantes.  Pour  le  moment,  les  nouvelles 
se  réduisent  à  des  publications  : 

I  ®  Ymbert  de  Batarnay^  seigneur  du  Bouchage^  con^ 
seiller  des  rois  Louis  X/,  Charles  VIIL  Louis  XII  et 
François I^^  (1438-1 523),  par  Bernard  de  Mandrot.  Paris, 
Alph.  Picard,  i  vol.  in-8  de  404  pp.  avec  héliogravure  et 
tableau  généalogique  :  excellente  monographie,  sur  preu- 
ves,  d'un  personnage  important  pour  l'histoire  de  France 
et  celle  de  la  Province. 

2"  Histoire  et  description  de  la  tour  de  Crest  en  Dau- 
phiné^  par  G.  Arnaud,  directeur  de  la  restauration  histo- 
rique du  monument,  officier  d'académie.  Paris,  Grassart, 
1886  br.  in-8  de  64  pp. 

3®  Les  antiquités  de  Pact^près  de  Beaurepaire  [Isère] 
par  l'abbé  Chapelle,  Valence,  J.  Céas,  1886  br.  in-8*  16 
pp.  (tirage  à  part  du  Bulletin). 

4®  Description  de  Beausemblant  et  de  Creure^  Boresse 
et  St-Philibert  qui  en  dépendent^  canton  de  St-  Vallier 
(Drôme)^  par  Joseph  Bordas  Valence,  imprimerie  Valenti- 
noise  1886,  br.  in-8s  8  pp. 

5*  Une  promenade  à  Bathernay  canton  de  St-Donat 
(Drôme)  par  le  même  auteur  br.  in-S**  pp. 

6"  Notice  sur  la  chapelle  de  St- Joseph  de  Vals^  canton 
de  St'  Vallier  (Drame)  br.  in-8  pp. 

7»  La  petite  revue  dauphinoise  bibliographique  et  litté- 


?86       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

raire  publiée  par  la  librairie  Emile  Baratier  continue  ses 
utiles  renseignements  dans  les  n**  3  et  4. 

8®  Itinéraire  de  Louis  XI  dauphin^  par  M-  le  chanoine. 
Ulysse  Chevalier,  br.  in-8%  de  8  pp.  1866. 

9*  Orthographe  des  dialectes  de  la  Drôme  par  Tabbé 
L.  Moutier  —  Valence,  imprimerie  Valentinoise,  br.  in-8 
de  2 1  pp. 

10®  Recherches  sur  un  ouvrage  de  S.  François  de  Sales 
{T Etendard  de  la  Ste  Croix\  par  Eugène  Ritter,  —  Ge- 
nève Georg.  1884  br.  in-8%  23  pp. 

II*  Mentionnons  aussi  le  Bibliophile  de  Dauphiné^ 
revue  des  livres  anciens  et  modernes,  rares,  neufs,  d'oc- 
casion et  sur  le  Dauphiné  et  folklore  du  Dauphiné,  diri- 
gée par  M.  L.  Xavier  Drevet,  licencié  en  droit. 

12**  Nécrologie,  le  comte  Henri  de  La  Tour-du-Pinde 
La  Charce^  par  Tabbé  Lesbros. —  Nantes,  1886,  br.  in-8®, 
1 1  pp. 

La  prochaine  séance  aura  lieu  en  septembre. 

La  nouvelle  de  la  mort  de  M.  l'abbé  Soulier  nous  arrive 
à  rinstant.  Nous  parlerons  de  ses  travaux  géologiques. 

A.     L. 


«•- 


SÉANCE.  ^87 


SÉANCE    DU    10    MAI    1886 


nismm  n  i.  tauptir. 


L'assemblée  est  nombreuse  et  37  membres  y  sont  pré- 
sents ou  représentés.  On  procède  au  renouvellement  du 
bureau  et  du  comité  de  publication  et  36  voix  maintiennent 
à  leur  poste  les  anciens  titulaires  :  (i)  Après  la  proclama- 
tion de  ce  résultat,  M.  Vallentin,  en  interprète  éloquent  de 
la  Société,  remercie  M.  de  Gallier  d'avoir  bien  voulu, 
faisant  trêve  à  sa  douleur,  accepter  de  nouveau  la  prési- 
dence d'une  société  qui  apprécie  son  érudition  profonde  et 
sa  bienveillance  exquise. 

MM.  Vallentin  et  Lacroix  présentent  ensuite  M.  Jullian 
artiste  peintre,  à  Montélimar,  comme  membre  titulaire 
et  M.  Vaschalde,  Albert,  pharmacien  de  i"  classe  à  Vais, 
Flasseur  et  Lavauden  ancien  préfet,  avocat  à  Grenoble, 
comme  membres  correspondants. 

Ils  sont  proclamés  à  Tunanimité. 

M.  Tabbé  Jassoud  demande  par  lettre  que  chaque  mem- 
bre envoie  au  Bulletin  des  notes  sur  sa  localité  :  c'est  bien 
là,  en  effet,  la  raison  d'être  de  la  Société,  et  jusqu'ici  elle 
a  assez  rigoureusement  suivi  son  programme. 

Toutefois,  l'utilité   des  informations  prises  sur  place 


{1)  Voir  les  noms  à  la  fin  du  tableau  des  Membres. 


2^*5        vxr-lTi  ^'jLi":HE.'.LVi-£  ET  :«  ^^a-^st- .:t£- 


et  la  coc^iita*  :,:;  d«  trai-t  ^n.5  Ivcila.  H:r$  ie  li«  ce 


Cjcç!c:AiC\  zfjTr.-zyt  des  q^estloris  îvo.écs  posées  d'avasce 
pc'^rra:e::t  fere  uzi'.tsitnt  résolues  par  les  iDc=:brrs  de  la 
Société,  \'^%%cxr»t\ét,  ^iciic^  k  titre  d  essaie  de  dec:;5::-ier 
!•  la  sig-iifiraîi'^n  d  j  mot  roman  to::s$A.  iouiissa^  coiissa 
oj  couiitta^  lc%i  ctlcs  c  ic  confondant  aisémest  ; 

}*  la  bio-blbjographîe  de  Jules  Pacius,  professeur  de 
l'université  de  Valence  ou  de  tojt  autre  juriscoasulte 
éminent,  son  prédécesseur  ou  son  successeur  ; 

3*  la  biographie  de  Nicolas,  médecin,  né  à  Châtilloo-en- 
Diois,  confondu  par  les  auteurs  arec  un  autre  Nicolas, 
médecin  à  Nanc^'  : 

4*  une  étude  sur  Layolle,  musicien  du  XV*  siècle,  né  à 
St'Rambert  d'Albon  ; 

3*  des  recherches  sur  Nicolas  Pinson  etTreillard  Jac- 
ques-André, artistes  Valentinois  ; 

6^*  des  états  de  charges  de  la  propriété  foncière  avant 

L'assemblée  décide  aussi  qu'en  présence  de  Tabondance 
des  matériaux  envo3'és  pour  la  composition  du  Bulletin^ 
le  même  auteur  ne  pourra  provisoirement  obtenir  plus  de 
16  à  20  pages  de  composition  dans  chaque  Bulletin. 

Une  lecture  sur  les  libertés  communales  aux  Baronnies 
termine  la  séance. 


>— »»^  M   ^5#— 


ANDRÉ  DE   LAFâÎSSE.  3Sq 


ANDRÉ  DE  LAFAISSE 

(  d' A\ibenas  ) 

MARÉCHAL    DE    BATAILLE 
Sa  Famille,  son  Histoire  et  sa  Correspondance. 

(1570-1681) 


StJiTB.  —  Voiries  68«,69%  70»,  71*,  73»,  73%  74%  75%  76»  77*  et  ^%^  livraisons. 


Le  ministre  François  Michel  Le  Tellier,  marquis  de 
Louvois,  écrivit  le  27  septembre  1674,  par  ordre  du  roi, 
à  Jean  de  Rouillé,  comte  de  Meslay,  intendant  de  ia  Pro- 
vence, d'entendre  Tévêque  et  les  religieuses  et  de  lui  adres- 
ser un  rapport  permettant  au  roi  de  prendre  les  mesures 
nécessaires.  Les  dames  de  Saint-André  mirent  très  peu 
de  bonne  volonté  à  fournir  des  explications,  bien  qu'elles 
eussent  déjà  assigné  l'évêque  devant  le  parlement  de  Gre- 
noble. 

On  voit  apparaître,  pour  la  première  fois,  en  1674,1e 
nom  de  Jacqueline  du  Pré  ou  Dupré,  cousine  de  Lafaîsse 
religieuse  dans  le  couvent  de  Saint- André,  et  dont  la  no- 
mination^ comme  coadjutrice,  donna  lieu  à  un  si  grand 
nombre  d'incidents. 

Elle  écrivit  le  8  février  1674,  à  son  cousin,  alors  en 
visite  chez  M.  de  Barcelone  (de  Marsanne),  les   lettres 

suivantes  :  «  Nos  affaires  avec  l'évêque  sont  à  peu  près 
dans  le  même  état  :  nous  n'avons  point  de  messe  ;  nos 
habitants  ont  donné  une  requête  devant  le  juge  d'Orange 

Tome  XX  -  1886.  26 


?90       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

pour  la  demander,  et  nous,  une  autre,  pour  le  dégât  que 
révêque  de  Vaison  a  fait  dans  nos  bois.  On  doit  enten- 
dre demain  des  témoins....  M.  de  Causans  nous  a  fait 
faire  une  requête  à  M.  de  Grignan,  qui  engage  Tabbesse  à 
s'arranger  avec  l'évêque.. .  » 

«  Juillet  1674  :  M.  de  Grignan  est  de  retour  de  Paris,  le 
roi  ne  sait  rien  de  toute  cette  affaire.  Le  Père  chartreux 
nous  a  fait  une  visite  aujourd'hui,  et  paraît  être  dans  nos 
intérêts.  Nous  venons  d'apprendre  d'un  de  ses  amis  que  si 
nous  voulions  remettre  nos  biens  à  son  couvent,  il  nous 
donnerait  3oo  écus  (i)  de  pension  à  chacune,  et  400  à 
Tabbesse,  et  notre  logement  dans  le  couvent.  » 

9  novembre  1674:  l'abbesse  a  reçu  une  lettre  de 

M.  de  Rouillé,  intendant,  mais  elle  est  d'avis  de  poursui- 
vre l'affaire  devant  le  parlement  de  Grenoble.  Le  marquis 
de  Chabrillan  nous  offre  d'aller  solliciter  pour  nous  dans 
cette  ville...  M.  de  Simiane  voulait  arranger  notre  affaire, 
mais  il  refusa  après  avoir  reçu  la  copie  de  la  lettre  de 
Louvois.  »  Jacqueline  Dupré  mentionne  son  frère  qui  était 
prieur  et  chanoine  de  Saint-Ruf,  à  Valence. 

C'est  vers  cette  époque  que  parait  écrite  une  lettre  assez 
obscure,  incomplète,  sans  signature,  sans  date  et  sans 
adresse,  ainsi  conçue  :  «  J'ai  appris  par  M.  de  Chabrillan 
que  les  désordres  de  votre  monastère  durent  encore... 
M"*  de  Chabrillan  et  moi  en  avons  parlé,  et  nous  jugeons 
que  la  trop  grande  protection  que  vous  et  madame  l'ab- 
besse donnez  à  M"*  Dupré,  et  la  vanité  qu'elle  a  de  vou- 
loir persuader  à  ces  gens  qu'elle  nourrit  des  espérances 


(1)  L'écu  avait  alors  une  valeur  intrinsèque  de  5  fr.  59  (de  Wailly, 
Mémoire,  etc.,  p.  174)  représentant  environ  le  double  en  monnaie 
actuelle. 


ANDRÉ   DE   LAFAISSE.  3qt 

pour  l^abbaye,  causent  tout  le  mal...  Je  m'étoane  de  ce 
que  vous  ne  la  désabusez  pas  vous  même,  puisque  cela 
vous  jette  toutes  les  religieuses  sur  les  bras  ;  elles  se  por- 
teraient assurément  dans  vos  intérêts  si  on  levait  cet  obs- 
tacle. M.  de  Chabrillan  est  très  résolu  de  ne  rien  épargner 
pour  rendre  les  démarches  de  M™'  Dupré  inutiles...  J'ai 
jusqu'à  présent  retenu  bien  des  choses  d'éclater,  mais  si 
elle  se  moque  de  moi,  comme  les  autres,  vous  jugez  bien 
qu'il  faudra  travailler  à  des  extrêmes  remèdes.  Cela  me 
fâchera,  parceque  j'ai  de  l'estime  pour  elle  et  que  je  sais 
que  vous  l'aimez...  » 

On  a  vu  à  la  date  de  1671,  que  lorsque  la  Hollande  con- 
fisqua le  fief  de  Berg-Op-Zoom,  qui  appartenait  au  comte 
d'Auvergne  (i),  Louis  XIV  lui  donna,  à  titre  de  rcpré- 


(1)  C'était  Frédéric  Maurice  de  la  Tour,  comte  d'Âuyergne,  mar- 
quis de  Berg-Op-Zoom,  petit-fils  d'Henri  et  d'Elisabeth  de  Nassau, 
fille  elle-même  de  Guillaume  I",  prince  d'Orange.  Il  avait  épousé, 
en  1662,  Henriette -Françoi:$e  de  Hohenzollern,  fille  et  héritière  de 
la  marquise  de  Berg-Op-Zoom.  Il  mourut  en  1707,  laissant  ce 
marquisat  à  Egon,  dit  le  prince  d'Auvergne,  son  fils  unique,  dont 
la  fille  l'apporta  au  prince  de  Bavière,  qu'elle  épousa  en  1722. 

Frédéric  Maurice  était  neveu  de  Turenne  et  frère  de  Godefroy 
Maurice,  comte  d'Auvergne,  prince  de  Bouillon,  duc  d'Albret,  dont 
le  dernier  descendant  est  mort  en  1802  et  d'Emmanuel-Théodore, 
cardinal  de  Bouillon,  connu  par  ses  prétentions  généalogiques  exa- 
gérées en  vertu  des  quelles  il  se  disait  issu  des  ducs  de  Guyenne 
et  des  anciens  comtes  d'Auvergne  (dont  la  postérité  était  éteinte  de- 
puis long-temps).  Ces  prétentions  lui  valurent,  en  1710,  la  disgrâce 
de  Louis  XIV  (Moreri,  t.  X  p.  281  ;  —  Etat  de  la  France,  1698,t.  II, 
p,  177  ;  —  Borel  d*Hauterive,  Anntuiire  de  la  noblesse,  1853,  p.  183  ; 
—  de  Coston,  Origine  et  étymologie  des  noms  propres,  p.  140., 

Lorsque  la  principauté  d'Orange  fut  définitivement  réunie  à  la 
France  en  1713,  par  le  traité  d'Utrecht,  le  marquis  de  Nesle  la  re« 
vendiquait  comme  héritier  de  la  maison  de  Chalons  :  elle  fut  don- 


392  SRCIÉTÉ   d'archéologie  ET  DE   STATISTIQUE. 

sailles,  la  principauté  d'Orange,  dont  le  comte  de  Gri- 
gnan  prit  possession  en  lôyS,  au  nom  du  nouveau  sei- 
gneur, qui  avait  pour  représentant  M.  de  Richard.  Petit, 
maréchal-général  des  logis,  dont  il  a  été  question  à  la  date 
de  1673,  écrivait  de  Paris,  le  26  août  1676,  une  lettre  qui 
paraît  relative  à  la  nomination  de  Jacqueline  Dupré,  com- 
me coadjutrice,  et  à  la  pension  sur  Tabbaye  promise  à 
Lafaïsse.  Elle  est  ainsi  conçue  : 

<c  J'ai  prié  encore  M.  (de)  Richard  de  ne  se  point  rebu- 
ter... Le  cardinal  de  Bouillon  nous  a  fort  traversés  ;  nous 
tâcherons  de  nous  prévaloir  de  son  absence  pendant  qu'il 
sera  à  Rome.  Nous  n'avons  pas  encore  vu  le  prieur  de 
Thein  (i)  et  nous  serions  bien  aise  qu'il  agisse  de  son  côté. 
Pour  votre  pension  de  3oo  livres  (la  livre  avait  alors  une 
valeur  intrinsèque  de  i  fr,  88),  M.  de  Richard  appréhende 
fort  qu'elle  tombe  entre  les  mains  de  quelque  créature  du 
comte  d'Auvergne,  pourtant,  on  tâchera  de  vous  la  con- 


née  au  prince  de  Conti  et  réunie  à  la  proyince  de  Dauphiné  quelques 
années  plus  tard;  pendant  long-temps  les  Orangeois  furent  hostiles 
à  la  domination  française.  (M.  Champollion-Figeac,  chroniques 
dauphinoises  1884,  p.  48). 

Le  marquis  de  Mailly  porte  actuellement,  en  vertu  d'une  substitu- 
tion de  1704,  les  titres  de  marquis  de  Nesle  et  de  prince  d'Orange. 

(1)  Tain:  d'après  une  note  que  je  dois  à  l'obligeance  de  M.  de 
Gallier,  le  prieuré  de  Taio,  de  l'ordre  de  Cluny,  fut  réuni  au  collège 
de  St-Martial  d'Avignon,  par  bulle  du  pape,  du  2  des  calendes  de 
mai  1378.  Il  n'y  eut  plus  sur  les  lieux  qu'un  prieur  claustral.  L'abbé 
commendataire  était  le  reclenr  de  St-Martial.  Cette  fonction  fut 
remplie  de  1648  à  1686  par  Gaspard  de  Simiane  de  la  Coste,  prieur 
de  Bonnieuz  [Histoire  des  recteurs  du  collège  de  Saint-Martial  d'Avis 
gnon,  in-folio,  p.  81).  Gaspard  était  fils  de  François  de  Simiane, 
et  frère  de  Joachim,  marié  à  Gabrielle  de  Brancas  :  Ces  deux  famil- 
les avaient  beaucoup   d'influence  dans  le  Comtat. 


ANDRÉ   DE    LAFAÎSSE.  SgS 

server  !...  Je  lui  remettrai  les  copies  des  deux  brevets  et  le 
prierai  de  vous  servir  vigoureusement  auprès  du  comte.  » 

Le  modèle  d'un  de  ces  brevets  est  rédigé  en  ces  termes  : 
t  Aujourd'hui...  du  mois  de...,  1671,  Mgr.  le  prince 
d'Orange,  mémoratif  d'avoir  par  son  brevet  du  11  mai 
1667,  accordé  à  sœur  Jacqueline  Dupré,  religieuse  en 
l'abbaye  de  Saint-André-des-Ramières,  la  survivance  de 
cette  abbaye,  avec  pouvoir  de  l'exercer  même  pendant  la 
vie  de  sœur  Gasparde  de  Moreton,  coadjutrice,  et  en  son 
absence  en  la  dite  qualité  de  coadjutrice,  et  après  sa  mort 
et  celle  de  dame  Charlotte  de  Moreton,  abbesse,  en  qualité 
d'abbesse,  à  la  charge  de  3oo  livres  de  pension  que  Son 

Altesse  aurait   accordées  à pendant  sa  vie,  sur  les 

revenus  de  l'abbaye,  confirme  le  susdit  brevet,  et  veut 
qu'il  produise  tout  son  effet,  bien  qu'il  ne  se  trouve  pas 
enregistré  dans  son  parlement,  dans  l'an  et  jour » 

L'authenticité  et  la  validité  du  brevet  accordé  à  Jac- 
queline Dupré  étaient  constestées  ;  elles  donnèrent  lieu  à 
une  active  correspondance.  Du  Puy  de  Saint-Leydier, 
capitaine  en  Hollande  et  neveu  de  Lafaisse,  dont  il  a  été 
question,  écrivait  à  ce  dernier,  de  la  Haye,  le  19  janvier 
1679  :  «  Je  n'ai  pu  m'empêcher  de  parler  à  M.  de  Beau- 
fain  (0  de  l'abbaye  de  St-André  :  il  m'a  juré  qu'il  ne  savait 


(1)  PinetOD  de  Chambrun,  Larmes,  p.  73,  parle  de  M.  de  Beau- 
fain  qui  habitait  Orange.  Jean  Jacques  d'Obeilh,  évèque  de  cette 
ville  avait  écrit  à  la  cour  de  France  pour  les  faire  pendre  tous  les 
deux  comme  complices  des  protestants  qui  cherchaient  à  se  soule- 
ver. L'affaire  n*eut  pas  de  suite  fâcheuse  parce  que  le  maréchal 
duc  de  Villeroy,  «  à  qui  Beaufain  avait  l'honneur  d'appartenir,  » 
employa  son  influence  en  sa  faveur.  Beaufain  parait  être  le  même 
personnage  que  Pierre  Bérenger,  baron  de  Violés,  seigneur  de 
Beaufain  et    de  Pipet  en    Triéves  (Isère) ,  marié  vers  1680  avec 


394       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

pas  que  M™'  Dupré  eût  un  brevet  depuis  la  majorité  de 
Son  Altesse  ;  qu'il  n'en  aurait  pas  pris  la  commission  s'il 
en  eût  su  la  moindre  chose,  et  qu'il  ne  ferait  jamais  la 
moindre  démarche  qui  lui  fut  préjudiciable...  Il  serait  uti- 
le d'envoyer  une  copie  des  brevets  que  vous  avez,  princi- 
palement de  celui  qui  est  postérieur  à  la  majorité  de  Son 
Altesse...  9 

Du  Puy  écrivait  de  la  Haye,  le  24  mars  1679  :  «  J'ai 
reçu  les  copies  des  brevets.  S.  A.  voyant  qu'on  l'avait 
abusée,  insinua  aussitôt  ma  requête  dans  son  greffe... 
On  n'a  pu  trouver  les  originaux  des  brevets  :  tous  les 
clercs  du  greffe  disent  qu'il  n'y  en  a  jamais  eu  conçus  en 
ces  termes,  et  qu'ils  sont  tous  d'un  autre  style.  Il  faut  donc 
envoyer  les  originaux  pour  vérifier  si  le  sceau  et  le  seing 
de  S.  A.  s'y  trouvent,  et  en  obtenir  d'autres.  J'ai  instruit 
S.  A.  de  la  manière  dont  vous  avez  obligé  ces  dames  à  le 
reconnaître  pour  juspatron  de  cette  abbaye.  M.  de  Beau- 
fain  l'avait  abusée,  attribuant  tout  ce  que  vous  avez  fait  à 
M.  de  Causans,  de  sorte  que  la  chose  a  été  donnée  à  sa 
fille,  mais  ce  sera  à  sa  confusion,  pourvu  que  vous  m'en- 
voyez au  plus  tôt  tout  ce  qu'il  faut.  » 

«  La  Haye  le  6  avril  1679,  j'ai  reçu  une  lettre  du  comte 
de  Dona  pour  M.  de  Busero  (i)  ;  c'est  un  ivrogne  fort  né- 
gligent... La  lettre  du  Comte  de  Dona  au  prince  est  extrê- 
mement forte.  S.A.  après  l'avoir  entendue  lire,  a  répondu 


Louise  de  Langes,  et  qui  était  sans  doute  le  père  de  Frédéric, 
procureur-général  au  parlement  d*Orange ,  mort  sans  postérité 
(Pithon-Curt,  t.  IV,  p.  496). 

(1)  Dans  d^autres  lettres,  on  le  nomme  de  Buisero  et  de  Buysero; 
il  avait  remplacé  son  père  comme  secrétaire  des  commandements 
du  prince  d'Orange  ;  il  v  avait,  en  Flandre,  une  famille  de  Buisero. 


ANDRÉ   DE  LAFAÏSSE.  '5g5 

que  le  comte  était  mal  informé  et  qu'EUe  n'avait  rien  re- 
tracté de  ce  qu'EUe  avait  fait.  Il  faut  envoyer  sa  signature, 
car  Busero  m'a  dit  qu'EUe  croyait  qu'on  la  trompait...  » 

Les  nombreuses  lettres  adressées  par  Du  Puy  à  Lafaïsse 
prouvent  que  le  désordre  qui  régnait  dans  la  chanceUerie 
du  prince  de  Nassau  ne  le  cédait  en  rien  à  celui  qu'on 
reprochait  aux  religieuses  de  St- André.  Il  écrivait  le  i5 
mai  1679  :  «  M.  de  Saint-Clément  m'a  averti  qu'on  croit 
à  la  cour  que  vos  brevets  sont  falsifiés,  et  que  le  prince  ne 

vous  en  a  jamais  donné,  non  plus  qu'à  M"'  Dupré J'ai 

produit  la  déclaration  que  le  visénéchal  (de  MontéUmar) 
vous  a  donnée.  On  a  répondu  que  quand  même  toute  la 
France  s'intéresserait  pour  cette  affaire,  Son  Altesse  n'en 
fera  rien  sans  voir  sa  main  :  On  croit  que  vous  ou  ceux 
qui  y  sont  intéressés  l'avez  contrefaite...  S.  A.  a  été  extrê- 
mement emportée  contre  ceux  de  son  greffe,  car  avant 
d'accorder  la  chose  à  M.  de  Beaufain,  il  leur  a  demandé 
si  cela  était  vacant  à  quoi  on  n'a  répondu  qu'il  n'y  avait 
rien  d'enregistré  dans  le  grefife...  Elle  tiendra  sa  parole  à 
M°**  Dupré,  pourvu  qu'elle  voie  son  seing.  Depuis  sa 
majorité  Elle  a  tant  signé  de  choses,  qu'il  est  bien  difficile 
qu'EUe  puisse  se  ressouvenir  de  tout.  » 

Le  comte  de  Dona,  ancien  gouverneur  d'Orange, 
adressa  à  Lafaïsse,  le  8  mars  1679,  la  copie  d'un  mémoire 
qu'U  envoya  au  prince  :  il  jette  un  peu  de  jour  sur  cette 
affaire  si  obscure  de  brevets  vrais  ou  contrefaits.  Il  fait 
voir  aussi  à  quelles  intrigues  donnaient  souvent  lieu,  et 
le  juspatronat  d'un  couvent,  et  la  dignité  d'abbesse  qui  pro- 
curait une  influence  et  un  revenu  considérables  à  la  reli- 
gieuse qui  l'obtenait.  Il  est  ainsi  conçu  : 

«  Bien  que  le  misérable  état  de  ma  santé  m'empêche  de 
rendre  le  service  actuel  que  je  devrais  à  Votre  Altesse,  je 
serais  inexcusable  si  je  ne  l'avertissais  des  choses  contrai- 


396  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

res  à  ses  intétêts,  telles  que  pourrait  être  un  changement 
en  ce  qu'il  lui  a  plu  de  déclarer  es-années  1667  ^^  ^^7^  ^^ 
sujet  de  l'abbaye  de  Saint-André-des-Ramières.  Lors- 
qu'une fois  Ton  a  tiré  quelqu'aveu  volontaire  d'un  corps 
ecclésiastique  on  est  bien  conseillé  de  s'y  tenir,  quand 
même  l'observation  d'une  parole  donnée  n'y  engagerait 
pas;  si  on  se  dégage,  on  dégage  le  monastère.  » 

«  Cette  soumission  (du  couvent)  est  la  première  qui  a  été 
faite  de  gré  à  gré.  L'hommage  que  fit  prêter  ma  mère  au 
prince  Henry  passe  pour  une  action  violente,  puisque  l'on 
avait  fait  saisir  les  revenus  de  l'abbesse  pour  l'y  obliger... 
On  a  de  la  peine  à  donner  le  même  esprit  à  douze  filles 
qui  sont  ordinairement  fort  changeantes.  L'abbesse  d'au- 
jourd'ui  était  la  coadjutrice  de  sa  sœur  défunte,  et  consen- 
tait à  tout  ce  qui  s'est  fait  pour  le  prince  :  aujourd'hui  elle 
voudrait  tout  rompre  en  refusant  M™*  Dupré  pour  sa 
coadjutrice.  » 

«  Si  les  officiers  du  prince  rétractent  sa  parole,  la  mai- 
son de  Chabrillan  et  M°®  Dupré,  avec  leurs  cabales  dans 
le  monastère,  s'uniront  pour  contrarier  V.  A,  M"*  de  Cau- 
sans,  peut-être,  en  faisant  voir  au  Pape  que  c'est  par  l'in- 
dustrie de  ses  parents  que  l'on  a  détruit  un  traité  désavan- 
tageux à  l'Eglise,  pourra  leur  donner  de  la  peine  et  rendre 
la  chose  douteuse  à  leur  égard,  mais  le  droit  de  V.  A.  sera 
perdu  sans  ressource.  Si  M.  de  Causans  se  donne  patien- 
ce, puisque  M"*®  Dupré  a  beaucoup  plus  d'âge  que  sa  fille, 
on  établira  un  exemple  en  conservant  M™*  Dupré,  et  les 
parents  de  M™'  de  Causans  ayant  soin  de  bien  mériter  de 
V.  A.  par  de  bon  services,  Elle  les  préférera  sans  doute  à 
tous  autres v 

Le  comte  de  Dona  adressa  le  même  jour  la  lettre  suivan- 
te à  M.  de  Buisero,  susnommé  :  «  Ayant  appris  que  l'on 
travaille  à  faire  rétracter  deux  brevets  que  Son  Altesse 


ANDRÉ   DE   LAFAÎSSE.  igj 

octroya  à  M"*  Dupré  en  1667  et  en  1671,  qui 'décidèrent 
en  faveur  du  prince  un  procès  de  près  de  cent  ans,  et  ter- 
minèrent heureusement  les  travaux  de  feus  ses  père  et 
mère  et  les  miens,  je  vous  supplie  de  considérer  cette  af- 
faire comme  des  plus  importantes  que  S.  A.  puisse  avoir 
dans  la  principauté  d'Orange » 

Lafaïsse  envoya  les  brevets  à  son  neveu  du  Puy,  qui  lui 
écrivit  en  ces  termes  le  14  décembre  1679  :  «  Vendredi 
dernier,  me  trouvant  au  lever  de  S.  A.,  je  lui  fis  voir  les 
brevets  de  M"*  Dupré  :  Elle  les  lut,  et  me  dit  qu'ils  étaient 
bons  mais  sans  date.  L'ayant  fait  souvenir  que  la  date  était 
au  commencement,  je  lui  racontai  que  M.  de  Buisero, 
son  défunt  secrétaire,  vous  avait  prié  de  lui  envoyer  un 
modèle  de  France,  que  vous  eûtes  du  secrétaire  du  cardi- 
nal Mazarin.  Le  prince  me  répondit  qu'il  n'y  avait  rien  à 
dire  à  ces  brevets  ;  qu'il  entendait  qu^ils  continuassent^  et 
que  ceux  de  M"**  de  Causans  fussent  annulés  et  cassés, 
comme  ayant  été  obtenus  par  surprise...  »     • 

((  Il  a  trouvé  que  les  considérations  du  comte  de  Dona 
pour  les  quelles  il  avait  accordé  à  M™'  Dupré  la  survivan- 
ce de  l'abbaye  sont  extrêmement  bonnes J'ai  fait  con- 
naître à  toute  la  cour  le  peu  de  bonne  foi  que  M.  de  Beau- 
fain  a  témoigné  en  ceci,  après  même  que  je  l'eus  prié  de 
ne  pas  se  mêler  d'une  affaire  dont  il  ne  sortirait  jamais 
honnêtement.. .  J'ai  dit  à  S.  A.  que  l'expédition  des  brevets 
avait  coûté  1,600  francs.  Je  vous  enverrai  le  tout  dès  que 
j'en  aurait  l'expédition  que  je  ferai  enregistrer  au  greffe... 
Je  m'étonne  que  le  comte  de  Dona  emploie  M.  d'Ivoy  ;  il 
ne  manque  pas  de  bonne  volonté,  mais  il  sait  si  peu  ce 
qu'il  dit  quand  il  parle  à  S.  A.  que  bien  loin  de  l'informer 
de  la  chose,  il  se  fourre  lui-même  dans  un  labyrinthe  de 
paroles  dont  il  ne  sait  jamais  sortir...  » 

On  a  dit  qu'un  solliciteur  devait  manger  tous  les  matins 


398         SOCIÉTÉ  d'archéologie  ET   DE   STATISTIQUE. 

un  crapaud  pour  s'accoutumer  aux  ennuis  et  aux  affronts 
qu'il  éprouvait  dans  le  courant  de  la  journée.  Les  promes- 
ses si  positives  faites  à  Lafaïsse  et  à  sa  cousine  ne  tardèrent 
pas  à  aller  à  vau-Peau.  Du  Puy  lui  écrivit  le  2 1  décembre 
1679,  ^  La  partie  (adverse)  de  M°*'  Dupré,  que  je  crois 
être  Vercofer  (i),  a  présenté  requête  au  conseil  de  S.  A.  et 
lui  a  demandé  du  temps,  ce  qui  empêche  encore  l'expé- 
dition de  nos  affaires.  M.  de  Zuylicon  (2),  président  du 
conseil,  m'a  dit  qu'on  représentait  dans  la  requête  qu'on 
avait  obtenu  les  brevets  par  surprise  :  il  serait  bon  de  le 
faire  connaître  au  comte  de  Dona  en  l'informant  du  pro- 
cédé de  ce  petit  misérable  qui  reconnaît  mal,  par  son  in- 
gratitude, le  pain  qu'il  a  mangé  si  longtemps  chez  lui.  » 

«  On  a  fait  courir  le  bruit  que  M™*  Dupré  n'est  pas 
femme  de  qualité,  et  que  c'est  un  bénéfice  qui  ne  saurait 
déchoir  en  succession  à  une  personne  du  commun.  Je  vois 
que  cette  affaire  tournera  en  procès...  On  dit  qu'il  dépend 
de  M.  de  (>âusans  de  faire  déchoir  Son  Altesse  du  patrona- 
ge de  l'abbaye.  Je  crois  que  le  prince  fera  examiner  l'affaire 
par  son  parlement  d'Orange:  il  dit  pourtant  toujours  qu'il 
faut  que  les  premiers  brevets  demeurent...  » 

Lafaïsse  adressa  alors  au  prince  de  Nassau  une  suppli- 
que dans  laquelle  il  lui  disait  que  l'affaire  des  brevets 
devait  être  soumise  à  trois  conseillers  du  parlement  ;  qu'il 
ne  s'agissait  pas  d'un  procès,  mais  bien  d'un  fait  dépen- 


(1)  Ou  plus  exactement  Berckhoffer,  gouverneur  d'Orange  dont 
il  a  été  question  à  la  date  de  1671. 

(2)  Constantin  Huygens,  seigneur  de  ZuUychem  (1596-1687),  con- 
seiller et  secrétaire  des  trois  princes  d'Orange.  Lorsque  Louis  XIV 
restitua  cette  principauté  en  1665^  Zuilvchem  en  prit  possession  au 
nom  du  prince,  qui  le  nomma  ensuite  chef  de  son  conseil,  en 
Hollande  :  le  mathématicien  Christian  Huygens  était  son  fils. 


ANDRÉ   DE   LAFAÏSSE.  899 

dant  uniquement  de  la  volonté  du  prince  ;  que  si  cepen- 
dant il  persiste  à  faire  vider  ce  différent  par  ses  conseillers, 
il  serait  juste  que  chacune  des  deux  parties  choisit  son 
expert,  parceque  M.  de  Causans  avait  pour  parents,  alliés 
ou  amis  intimes  la  plupart  des  conseillers.  Lafaïsse  ajou- 
tait quMl  avait  un  intérêt  dans  TafTaire,  à  cause  de  la  pen- 
sion de  3oo  livres,  accordée  «  pour  récompenses  de  ses 
services  sur  le  monastère.  » 

L'influence  de  la  famille  de  Causans  l'emporta  sur  des 
promesses  formelles,  sanctionnées  par  des  brevets.  Les 
deux  compétitions  rivales  se  terminèrent  probablement 
par  une  transaction  accordant  à  Lafaïsse  et  à  sa  cousine 
une  assez  mince  satisfaction  sous  la  forme  d'une  petite 
pension  à  prendre  sur  les  revenus  du  couvent.  Une  lettre 
écrite  d'Orange,  par  du  Bois,  le  19  juin  1680,  à  Lafaïsse 
qui  se  trouvait  alors  dans  le  couvent  de  Saint-André,  est 
ainsi  conçue  :  «  Je  n'attendais  que  votre  valet  pour  vous 
envoyer  les  actes  qui  me  furent  remis  hier  par  les  com- 
missaires... M.  de  Causans  ne  saurait  trop  se  louer  de 
toutes  vos  bontés...  Tous  les  actes  que  je  vous  envoie  ont 
été  examinés  et  signés...  M™«  Dupré  et  vous  signerez  sur 
la  même  ligne  que  M.  de  Causans...  Elle  recevra  une  pen- 
sion de  cent  livres,  sa  vie  durant,  quand  M*"*  de  Causans 
sera  abbesse...  » 

La  dernière  lettre  relative  à  cette  affaire^  a  été  écrite  par 
le  comte  de  Dona,  le  10  avril  1680,  quatre  mois  seulement 
avant  la  more  de  Lafaïsse  :  elle  contient  la  phrase  suivante 
«  Je  vous  prie  de  me  dire  comment  vous  avez  terminé 
avec  M.  de  Causans...  Je  voyais  qu'en  Hollande  on  ne 
cherchait  que  des  prétextes  pour  sauver  les  apparences.  » 

Ces  lettres  nous  ont  initié  à  quelques  unes  des  nom- 
breuses intrigues  auxquelles  a  donné  lieu  l'administration 
du  couvent  de  Saint-André-des-Ramières,  qui  aurait  dû 


400       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

être  un  séjour  de  prière,  de  paix  et  de  tranquillité,  et 
nous  ont  fait  voir  jusqu'où  pouvaient  s'étendre  les  con- 
séquences d'un  droit  de  patronage  et  les  tiraillements  qu'il 
produisait. 

La  famille  de  Vincens  de  Causans  dont  il  vient  d'être 
question,  est  connue  dans  leComtat  depuis  le  XIII*  siècle, 
époque  à  laquelle  elle  possédait,  près  d'Orange,  le  fief  et 
la  terre  de  Causans.  C'était  dans  le  XVII*  siècle,  une  des 
maisons  les  plus  influentes  et  les  mieux  alliées  de  la  ré- 
gion ;  elle  était  alors  représentée  par  Claude,  dont  le  père, 
appelé  Philippe,  conserva,  en  1629,  par  son  courage  et 
son  dévouement,  la  ville  d'Orange  à  son  souverain. Claude, 
qui  possédait  plusieurs  fiefs,  avait  pour  mère  Marguerite 
d'Autric  de  Vintimille,  et  pour  femme,  Louise  de  Cambis 
d'Orsan  dont  il  eut  sept  enfants.  Il  obtint,  le  28  août 
1667,  de  Guillaume  Henri  de  Nassau,  l'éreaion  de  la 
terre  de  Causans  en  marquisat.  Jeanne,  sa  fille,  futabbesse 
de  Saint-André  et  se  retira  plus  tard  à  Carpentras,  où  elle 
mourut. 

La  dignité  de  prieure  du  couvent  de  Saint-Césaire  de 
Nyons,  de  l'ordre  de  Saint-Benoît,  fut  presque  héréditaire 
dans  le  XVII®  siècle  pour  les  dames  de  Causans,  comme 
celle  du  couvent  de  Saint- André  pour  les  dames  de  Cha- 
brillan.  Très  florissant  avant  les  guerres  de  religion,  à 
cause  de  ses  richesses  et  de  la  haute  position  des  familles 
des  religieuses,  ce  prieuré  avait  beaucoup  souffert  des 
désordres  de  cette  époque,  et  il  eut  aussi  bien  des  vicissi- 
tudes. 

Gabriel  Martin,  abbé  de  Clausonne  et  prieur  de  Nyons, 
obtint,  en  1606,  un  arrêt  l'autorisant  d'après  ses  bulles  à 
convertir  ce  prieuré  de  femmes  en  un  prieuré  d'hommes. 
Il  rencontra  une  vive  résistance  de  la  part  de  Claudine  de 
Causans,  grande  tante  de  Claude  et  les  biens  du  couvent 


ANDRÉ   DE   LAFÂÎSSE.  4OI 

furent  séquestrés  et  administrés  par  les  consuls  de  Nyons 
pendant  ce  long  procès.  Suarès,  nommé  évêque  de  Vaison 
en  i633,  contribua  beaucoup  à  faire  rendre  aux  religieuses 
leurs  immeubles  usurpés.  Elles  obtinrent,  enfin,  en  [636, 
un  arrêt  favorable  dont  les  épices  ou  frais  de  justice  arri- 
vèrent à  la  somme  de  2,106  livres,  qui  représenteraient 
environ  10,000  francs  de  notre  monnaie,  la  livre  ayant  à 
cette  époque  une  valeur  intrinsèque  de  2  fr.  5o.  Claudine 
de  Causans  transmit  sa  dignité  de  prieure  à  Jeanne,  sa 
sœur  cadette,  à  laquelle  succéda  Marie,  sa  nièce  (i). 


(1)  Pithon-Cart,  t,  III.  p.  m^.-^  Archives  de  la  BrômelË,  4885;  4893; 
4922  :  —  Histoire  de  l'Eglise  de  Vaison  ;  —  Tabbé  Vincent,  Histoire 
de  Nyons  p.  64  et  115. 

Le  chef  de  nom  et  d'armes  de  la  famille  de  Causans,  M.  Joseph 
Bernard  de  Yincens,  marquis  de  Causans,  demeurant  au  château 
de  la  Bertraie  (Maine  et  Loire),  a  fait  appliquer  dans  toutes  leurs 
rigueurs,  en  1874,  à  ses  deux  cousins  germains,  MM.  Armand  et 
Maxime  de  Causans,  demeurant  à  Causans  et  au  Puy,  les  principes 
des  anciennes  lois  féodales,  tombées  en  désuétude  depuis  une 
soixantaine  d'années. 

M.  Adhémar  était  froissé,  dit-on,  de  ce  que  son  grand-père,  Jac- 
ques, marquis  de  Causans,  colonel  et  député  aux  Etats-généraux  en 
1789,  nommé  lieutenant-général  en  1814,  et  mort  en  1824,  avait 
transmis  à  son  fils  cadet,  Paul  François  Joseph  né  vers  1790,  mort 
en  1873,  et  nommé  pair  de  France  en  1827,  les  terre  et  marquisat 
de  Causans,  ainsi  que  la  quotité  disponible  de  ses  biens,  au  lieu  de 
les  laisser  à  son  fils  atné^  Louis  Philippe. 

Paul  avait  épousé,  en  1813,  la  fille  unique  de  M.  Renoyer,  con- 
seiller à  la  cour  des  Aides  de  Montpellier  en  1789,  et  maire  du 
Pont-Saint-Esprit  en  1815,  époque  à  laquelle  le  duc  d'Angoulème 
resta  cinq  jours  prisonnier  dans  sa  maison.  On  a  donné  pour  rai- 
son de  cette  préférence,  faite  en  sa  faveur  par  son  père,  et  contraire 
aux  anciens  usages  nobiliaires  que  par  suite  de  son  mariage  il  était 
seul  à  môme  de  racheter  les  portions  de  la  terre  de  Causans  vendues 


402         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

par  suite  d'embarras  financiers,  tandis  que  son  frère  aîné  arait 
contracté  an  mariage  qui  n'avait  pas  eu  l'approbation  paternelle. 
Un  jugement  longuement  motivé,  rendu  par  le  tribunal  d'Orange 
le  27  mai  1874,  et  confirmé  par  la  cour  de  Nîmes  le  21  décembre 
suivant,  a  décidé  que  le  titre  de  marquis  devait  être  transmis  par 
ordre  de  primogéniture,  et  que  la  possession  d'une  terre  ancienne- 
ment titrée  ne  donnait  pas  le  droit  à  celui  qui  la  possédait,  d'en 
porter  le  titre.  11  a  donc  défendu  à  MM.  Armand  et  Maxime  de  pren- 
dre le  titre  de  marquis  de  Causans,  qui  appartenait  seulement  à 
M.  Adhémar,  leur  cousin.  Ce  dernier  pourra  difficilement  faire  exé- 
cuter cet  arrêt  qui  ne  contient  aucune  sanction  pénale. 


Bon  DE  COSTON. 


F/CM. 


MÉMOIRES  d' ACHILLE   GAMON.  4o3 


MEMOIRES 

DE 

Achille    GAMON 

Avocat  d'Annonay 

PAR 

J.     "B  "Russe- 'DU'RcAV\CT>, 

Suite.  —  Voir  les  77»  et  78»  livraisons. 


Voyage  de  St-Estienne  de  Furan.  (i) 

Sur  la  fin  d'octobre  du  mesme  an  i562,  le  s'  de  Sarras 
disant  en  avoir  commandement  du  seigneur  des  Adrets, 
fit  marcher  en  armes  six  ou  sept  vingts  hommes  de  ladicte 
ville,  la  plupart  artisans  ou  laboureurs  assez  mal  aguerris, 
et  par  force  et  contreincte  les  achemina  toute  la  nuict  en  la 
ville  de  St-Estienne  de  Furan  :  où  arrivé  sur  le  poinctdu 
jour  brusla  les  portes  et  la  print  sans  résistance.  Ce  faict, 
assembla  toutes  les  armes  qu'il  trouva  dans  les  boutiques, 
dont  ladicte  ville  est  fort  abondante,  et  les  fit  ambaler, 
se  pouvant  retirer  à  son  advantage  et  assez  ample  butin, 
si  le  désir  d'en  avoir  ne  Tavoit  retenu  ;  mais  cependant 
qu'il  attendoit  de  faire  composer  ceux  de  ladicte  ville  à 
quelques   sommes  de  deniers,  les  communes  d'alentour 


(i)  St-Étienne  (Loire). 


404         SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE  ET   DE  STATISTIQUE. 

s^assemblerent  de  tous  costés  et  comcne  il  sortoit  de  la 
ville  avec  sa  troupe  pour  se  retirer,  fut  chargé  et  defaict 
par  lesdictes  communes.  Ceux  dudict  Annonay  y  demeu- 
rèrent presque  tous,  le  frère  dudict  sieur  de  Sarras  (i) 
bien  blessé  se  saulva  par  la  fuitte,  luy  fut  retenu  prison- 
nier et  après  quelques  jours  deslivré  par  rançon  (2)* 
Auicungs  ont  voulu  dire  que  c'estoit  des  premiers  traicts  de 
la  révolte  du  baron  des  Adrets,  dans  peu  de  jours  après 
descouverte,  non  sans  soubçon  d'intelligence  dudict  sieur 
de  Sarras. 

Première  prinse  et  sâgcagement  d' Annonay,  i562. 

Geste  présomption  demeura  confirmée,  par  ce  que  le 
sabmedy  suivant  dernier  dudict  mois  d'octobre,  le  sei- 


(i)  Siméon  ou  Simon  du  Buisson,  seigneur  de  Burianne,  près  le  Chey- 
lard,  fils  putné  de  François  et  d'Isabeau  de  Chambaud,  qui,  ayant  épousé 
Paale  de  Presles  de  Vaulsèche,  fille  de  Louis,  seigneur  de  la  Tourette,  eut 
de  ce  mariage  Alix  du  Buisson,  mariée  l'an  1595  avec  Jacques  du  Bay. 
Champion  résolu  de  la  cause  protestante,  il  se  prévalut  en  1589,  de  ce  que 
les  ligueurs  Balazuc  et  Montlaur  refusaient  de  rendre  la  place  d'Aubenas, 
ainsi  que  cela  avait  été  convenu,  pour  s^emparer  du  chflteau  de  la  Tourette, 
appartenant  alors  h,  Gilbert  de  Presles  de  Vaulsèche,  son  beau-frère,  et  ce 
dernier  s'en  étant  plaint  dans  une  assemblée  des  États  du  Vivarais  tenue  à 
Annonay,  le  12  avril  1590,  Siméon  du  Buisson  répondit  fièrement  que  la 
Tourette  ne  serait  rendu  que  quand  Aubenas  l'aurait  été.  Seulement  il  est 
très-probable  qu'au  fond  de  cela,  il  y  avait  quelque  querelle  de  famille,  car 
les  du  Buisson  furent  constamment  en  procès  avec  leurs  parents,  et  Siméon 
en  eut  notamment  un  avec  Jean  du  Faure  de  FougeyroUes,  fils  de  la  victime 
de  son  frère  François  et  neveu  de  ce  dernier,  qui,  ayant  obtenu  gain  de  cause 
contre  lui,  fut  mis  en  possession  de  la  seigneurie  de  Burianne  le  5  septembre 
1570  et  transigea  ensuite  à  ce  sujet,  présent  Gilbert  de  Lévis,  duc  de  Ven- 
tadour,  le  7  février  1584, 

(2)  Dans  cette  expédition  qui  eut  lieu  le  37  octobre,  du  Buisson  ne  perdit 
pas  moins  de  120  hommes  suivant  Théodore  de  Bèze  (Hist.  ecclés.,  III,  186), 
et  l'auteur  des  Commentarii,  Jean  de  Serres,  ajoute  (p.  26)  que  les  Annonéens 


MÉMOIRES   D^CHILLE   GAMON.  4o5 

gneur  de  St-Chaumont  (i)  accompagné  de  douze  ou 
quinze  cens  hommes  de  pié,  ramassez  de  Forez  et  aultres 
lieux  prochains,  avec  quelques  gens  de  cheval,  se  trouva 
bon  matin  au  devant  dudict  Ânnonay,  quMl  sçavoit  estre 
desnué  d'armes  et  de  gens  et  effrayée  de  la  perte  receue,  et 
après  quelques  sommations  et  petite  résistance  faictes  par 
ceux  de  dedans,ayant  faict  brusler  la  porte  du  pont  de  Deo- 
me  et  rompu  le  mur  auprès  du  pont  de  Valgela,  entra  faci- 
lement dedans  avec  ses  troupes,  sur  les  deux  heures  après 
midy.  (2)  Les  hommes  qu'on  trouva  furent  inhumaine- 
ment tuez,  les  ungs  précipitez  et  jettez  des  plus  hauts 


ne  furent  ainsi  surpris  par  les  soldats  de  St-Chamond,  que  parce  que  après 
aToir  pillé  les  magasins  d*armes,  ils  s'attardèrent  à  fouiller  les  maisons  et  à 
chercher  de  faciles  amours  :  Sed  dum  prœfecti  error  exemplo  militis/erre  in 
pervestigandis  domibus  muliercularum  quœ  amoribus  confidentiut  immo- 
rantur. 

(i)  Christophe  de  St-Priest,  seigneur  de  St-Chamond,  un  des  person- 
nages les  plus  souvent  nommés  dans  ces  Mémoires,  était  le  fila  aîné  d'autre 
Jean  et  de  Jeanne  de  Tournon.  Vétéran  des  guerres  du  Piémont,  il  joua,  dès 
sa  rentrée  en  France,  un  rôle  considérable  dans  les  guerres  civiles  et  fut  un 
des  plus  solides  champions  du  parti  catholique  dans  le  Lyonnais,  le  Forez, 
le  Vivarais  et  le  Dauphiné  ;  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu'il  fut  d'un  catholicisme 
fervent,  car  le  fait  suivant  prouve  le  contraire.  Marié  premièrement  avec  Gas- 
parde  des  Prez,  fille  d'Antoine,  seigneur  de  Montpezat  et  maréchal  de  France, 
a  quelques  mauvais  discours  l'ayant  mis  mal  avec  cette  dame,  —  dit  Le  La- 
boureur {Masures  de  VUe-Barhe,  II,  388),  —  a  il  désespéra  la  mère  et  les 
enfans  ;  9  tellement  que  ceux-ci,  dont  un  fils,  durent  tous  chercher  un  asile 
dans  le  cloître.  Seulement  un  second  mariage  contracté  avec  Louise  d'An- 
cezune  ayant  été  stérile,  St-Chamond  voulut  alors  faire  sortir  son  fils  de 
l'abbaye  de  St-Antoine,  où  il  avait  pris  l'habit  religieux,  pour  le  marier,  et  ce 
dernier  s'y  étant  refusé,  il  contraignit  alors  sa  fille  aînée,  qui  était  abbesse  de 
Clavas  et  âgée  de  plus  de  trente  ans  à  quitter  le  voile,  pour  épouser  le  1 5 
avril  1577,  Jacques  Milte  de  Chevrières,  qui  n'en  avait  que  dix-huit. 

(3)  Théodore  de  Dèze  (Hist.  ecclés.,  IIL  187)  dit  que  les  soldats  de  St- 
Chamond  entrèrent  dans  Annonay,  «  les  uns  par  une  vieille  poterne  joignant 
«  la  rivière,  les  autres  par  une  porte  appelée  la  Déome.  » 

Tome  XX.  -  1886.  27 


4o6       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

lieux  (i)  et  les  aultres  arquebuzés  et  laissé  les  corps  nuds 
par  les  rues  à  la  mercy  des  chiens.  Entre  aultres,  Ton 
tient  que  aulcuns  pauvres  laboureurs  vieux  et  caducs, 
pressez  de  se  donner  au  diable  et  renier  Dieu,  pour  ne 
ravoir  voulu  faire  furent  cruellement  tuez.  La  ville  fut 
universellement  pillée  et  saccagée,  jusques  aux  gonds  et 
ferrements  qu'on  arrachoit  des  murailles  à  grande  force; 
vingt  deux  maisons  autour  de  la  porte  de  Deome  furent 
entièrement  bruslées  et  eut  le  feu  consomé  une  grande 
partie  de  la  ville  à  cause  du  vent  impétueux,  sans  Tayde 
du  seigneur  de  Jarnieu,  bailly  dudict  Annonay,  (2)  et  de 
certains  aultres  qui  y  donnèrent  secours  avec  grande  peine. 
Les  femmes  et  aulcuns  des  hommes  s'estoient  retirez 
chez  les  seigneurs  du  Peloux  et  Jarnieu  avec  partie  de 
leurs  meubles,  où  ils  furent  préservez,  ayant  abandonné 
leurs  maisons  à  la  discrétion  des  soldats,  qui  après  avoir 
pillé  tout  ce  qu'ils  pouvoient  desplacer,  brisé  et  rompu  le 
reste,  mettoient  le  feu  dedans  et  ayant  continué  le  pillage 
jusques  au  lundi  2  novembre,  environ  midy,  et  faict  abat- 
tre quelques  tours,  se  retirèrent  la  pluspart  en  leurs  mai- 
sons et  les  aultres  avec  ledict  seigneur  de  St-Chaumond  au 


(i)  En  marge  du  manuscrit,  se  trouve  cette  note  :  «  Un  nommé  Breciacon 
«  et  un  nommé  Chabert  furent  précipitez  avec  plusieurs  aultres,  ainsy  qu'a 
a  remarqué  en  ce  temps  un  nommé  M.  le  chastelain  Faure.  » 

(a)  Fions  ou  Fleury  de  Boulieu,  sieur  de  Jarnieu  et  de  Chai,  fils  puîné  de 
Méraud,  seigneur  de  Charlieu,  bailli  d'Annonay  dès  1541,  et  de  Jeanne  de 
Pelet.  Successeur  de  son  père  dans  la  charge  de  bailli  d' Annonay  dès  1561, 
il  fut  remplacé  vers  1570  par  autre  Fleury  de  Boulieu-Jarnieu,  son  fils  aîné, 
et  eut  encore  pour  fils  Christophe  de  Boulieu,  seigneur  de  Jarnieu,  de  Plats, 
de  Solignac  et  du  Buisson,  qui  épousa  Louise  de  St-Gérand,  veuve  de  Jac- 
ques de  Conday,  et  que  les  généalogistes  disent  par  erreur  être  le  fils  de 
Méraud  de  Boulieu-Charlieu,  bailli  de  Tournon,  alors  qu'il  n'était  que  son 
neveu. 


MÉMOIRES  d'aCHILLE  GAMON.  407 

camp  du  seigneur  duc  de  Nemours  (i)  qui  sesjournoit  à 
Vienne  en  Daulphiné  ou  ils  furent  mandez.  (2) 

Le  sieur  de  St-Martin  vient  a  Annonay. 

Trois  ou  quatre  de  ceux  de  la  ville,  auxquels  on  en 
vouloit  le  plus,  (3)  ne  s'y  osant  asseurer  s'estoient  retirez 
a  Tournon  et  Valence,  où  ils  soUicitoient  tous  les  jours 
les  capitaines  de  la  Religion  d'envoyer  quelques  troupes 
audict  Annonay,  pour  s'en  saisir  de  rechef,  firent  tant, 
que  par  desliberaiion  d'une  assemblée  tenue  à  Bays,  (4) 
le  seigneur  de  St-Martin  (5)  qui  se  disoit  commander  en 
Vivarest  pour  le  service  de  Dieu  et  du  Roy,  y  eut  la  char- 
ge, et  pour  l'exécuter  ung  lundy  28  décembre  jour  des 
Innocens,  sur  le  poinct  du  jour,  arriva  audict  Annonay 
avec  trois  où  quatre  cens  hommes,  où  estoient  aussy  les 
capitaines  Prost,  Lespine,  Montgros  et  certains  aultres,  et 
d'arrivée  fit  reparer  les   murailles,  refaire  les  portes  et 


(i)  Jacques  de  Savoie,  duc  de  Nemours,  qui  s'êtant  emparé  de  Vienne  sur 
Bernin  le  4  octobre,  avait  fait  de  cette  ville  son  quartier  général,  d*où  il 
exerçait  son  action  sur  le  Dauphiné,  le  Forez  et  le  Vivarais,  en  même  temps 
qu'il  surveillait  Lyon  son  principal  objectif. 

(3)  D*Âubais  ajoute  que  St-Chamond  mil  Jarnieu  en  garnison  dans  le 
château  de  Colombier,  et  que  a  pendant  le  pillage  d'Annonay,  le  chevalier 
a  d*Apchon  faisoit  piller  de  son  coté,  par  ses  hommes,  les  lieux  voisins,  où 
«  les  religionnaires  s'étoient  fortifiés.  » 

(3)  Cest-à-dire  le  procureur  du  roi,  Antoine  Faure,  le  lieutenant  de  juge 
Jean  Colomb,  et  les  consuls  Etienne  Chomel  et  Jean  Chabert,  qui  avaient 
été  les  instigateurs  ou  les  complices  des  violences  commises  au  mois  de  mars 
précédent.  b'Aubais  parle  d*un  nommé  a  Pierre  Peichon^  successeur  de 
a  Pierre  Fourel  »  et  des  consuls. 

(4)  Baix  ou  Bayes,  commune  du  canton  de  Chomérac  (Ard&che). 

(5)  N.  de  St-Martin,  seigneur  de  Cournonterrail,  qui  tenait  garnison  à 
Privas  Tannée  suivante.  —  Arch,  de  VArdêche,  C,  2452. 


4o8      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

mettre  en  defence  les  lieux  les  plus  foibles,  pour  se  forti- 
fier. Il  fut  mis  en  avant  de  ruiner  et  desmolir  les  faulx- 
bourgs,  mais  telle  chose  pour  son  importance  ne  fut  exé- 
cutée, seulement  on  abattit  une  maison  plus  voisine  de  la 
porte  au  bourg  de  Cance,  et  le  couvert  du  colombier  de 
Picquet,  sur  le  front  dudict  Cance  fut  bruslé. 

Second  siège  et  pillage  d'Annonay,   i563. 

• 
Le  dimanche  lo  janvier  an  suivant,  sur  le  poinct  du 
jour,  le  seigneur  de  St-Chaumont  vint  de  rechef  assiesger 
ladicte  ville,  avec  deux  pièces  de  batterie  amenées  devien- 
ne et  environ  trois  mile  hommes  de  pié  et  de  cheval,  (i) 
la  pluspart  assemblez  du  pays  de  Forest,  qui  saisirent 
incontinant  les  faulxbourgs  et  mirent  leur  camp  tout  au- 
tour de  la  ville  et  par  les  villages  prochains,  pour  empes- 
cher  la  sortie  des  assiégez,  laissez  en  assez  petit  nombre 
par  le  sieur  de  St-Martin,  qui  deux  ou  trois  jours  devant 
s'estoit  retiré  à  Tournon  avec  sa  compagnie,  soubs  pro- 
messe d^amener  secours.  On  posa  Tartillerie  dans  le  clos 
et  devant  la  porte  du  monastère  de  Ste-Claire,  au  bourg 
de  Deome,  et  fut  faicte  batterie  et  bresche  par  cinquante 
coups  de  canon,  tirez  dudict  jour  oii  du  lendemain  contre 
la  muraille  et  colombier  du  jardin  de  Mezane,  sur  le  che- 
min de  Recurson,  mais  pour  Passiette  du  lieu  qui  est 


(i)  «  Quatre  mille  hommes  ramassés  de  tous  les  pays  d*alentour....  et 
a  deux  pièces  de  canon,  i»  suivant  Théodore  de  Bèze  (Hist.  ecclés.,  III,  i88), 
qui  ajoute  que  «  Sainct  Martin  ayant  entendu  cest  appresl,  s'estoit  retiré  à 
a  Tournon,  avec  la  plus  part  de  ses  gens  à  cheval,  ayant  laissé  le  reste  et 
c  la  garde  de  la  ville  sous  la  charge  des  capitaines  Prost,  le  Mas  et  Mont- 
«  gros.  » 


MÉMOIRES   D^ ACHILLE   GAMON.  40g 

despendant  de  soy  et  de  difficile  accès,  la  bresche  n'estoit 
raisonnable,  joinct  que  le  capitaine  Montgros  avec  quelque 
nombre  de  soldats  fesoit  grand  debvoir  de  la  remparer  et 
garder,  et  là  furent  veûes  plusieurs  femmes  de  la  ville  en 
diligence  admirable,  secourant  lesdicts  soldats  de  vivres, 
munitions  et  aultres  choses  nécessaires  avec  plus  de  force 
et  vertu  que  ne  porte  la  condiction  de  leur  sexe.  Plusieurs 
de  ceux  du  dehors  furent  tuez  et  entre  aultres  un  des  cano- 
niers  ;  les  boulets  et  pouldre  leur  défaillirent  et  estoit  une 
de  leurs  pièces  esventée.  D'ailleurs  n'estoit  possible  qu'ils 
vinssent  à  Tassault,  si  que  Ton  tient  pour  certain  qu'ils 
avoient  pris  desliberation  de  lever  le  siège,  mais  sur  la 
nuict  du  lendemain  unzieme  dudict  mois,  les  capitaines 
Prost,  Lespine  et  autres  assiégez,  sollicités  de  composition 
après  plusieurs  allées  et  venues  d'une  femme  de  la  Reclu- 
siere,  servant  de  trompette,  l'accordèrent  enfin,  aux  con- 
ditions comme  l'on  dict,  que  les  gens  de  guerre  estrangers 
sortiroient  avec  leurs  armes  pour  se  retirer  où  bon  leur 
sembleroit,  la  ville  ne  seroit  pillée  ni  saccagée,  seulement 
les  gens  de  cheval  iogeroient  pour  une  disnée.  Soubs  ceste 
promesse  accomplie  en  foy  grecque,  estant  la  ville  rendue 
environ  deux  heures  avant  le  jour,  la  garnison  estrangere 
sortit  par  la  porte  de  Cance,  parmy  laquelle  on  choisissoit 
ceux  de  la  ville  qui  furent  retenus  et  après  jettez  des 
hautes  tours  et  cruellement  tuez.  Sur  le  poinct  du  jour, 
on  suivit  ladicte  garnison  à  la  queue  et  furent  plusieurs 
tuez  en  chemin.  Toutes  les  troupes  du  seigneur  de  St- 
Chaumont  tant  de  cheval  que  de  pié  entrèrent  dans  la 
ville,  où  fut  exercé  toute  cruauté,  tuerie,  pillage  et  inhu- 
manitezque  la  force  de  la  guerre  et  l'insolence  de  l'ennemy 
victorieux  peut  excogiter;Ie  sac  dura  cinq  jours  et  n'y 
eust  maison  si  petite  qui  ne  fut  esmantelée  et  fouragée  a 


410        SOCIÉTÉ   D^ARCHEOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

toute  extrémité,  (i)  Tout  le  bourg  de  Deome  et  de  Reclu- 
siere  fut  bruslé,  fors  quatre  ou  cinq  maisons  entre  lesquel- 
les Dieu  préserva  celle  de  Gamon,  encores  qu'on  eust  mis 
le  feu.  Le  mesme  mal  s^espandit  dans  la  ville,  principal- 
ement en  la  rue  de  TEscole,  si  que  à  ce  coup  fust  bruslé, 
environ  six  vingts  maisons.  Cependant  ceux  des  femmes 
et  des  hommes  qui  n'avoient  pu  gaigner  la  fuitte,  estoient 
retirez  en  seureté  comme  la  première  fois,  aux  maisons  des 
seigneurs  du  Peloux  et  de  Jarnieu,  où  ils  furent  humaine- 
ment recueillis  avec  leurs  biens,  en  toute  asseurance  com* 
me  en  un  asile  que  Dieu  leur  avoit  réservé  ;  de  sorte  que  la 
mémoire  de  ce  singulier  bienfait  doibt  estre  recommandée 
à  la  postérité,  pour  célébrer  à  jamais  lesdictes  deux  maisons 
comme  conservatrices  de  la  vie  et  des  biens  de  ceux  qui 
vivoient  lors.  Le  reste  des  habitans  s'estoient  jettez  partie 
devers  les  gentilhommes  voisins,  qui  leur  firent  beaucoup 
de  secours  et  courtoisie  et  les  aulcuns  par  les  bois  pro- 
chains, attendant  plus  d'accueil  et  privante  des  bestes 
sauvages,  qu'ils  ne  pouvoient  avoir  de  seureté  parmy  ces 
gens  furieux,  quoiqu'elle  fut  ramassée  pour  la  pluspart  de 
leurs  proches  voisins,  lesquels  après  avoir  bruslé  les 
portes,  abbatu  les  tours  ec  murailles  en  dix-huict  ou  vingt 
lieux,  se  retirent  chez  eux  remplis  de  sang  et  chargez  de 
pillage. 

Tost  après  chascun  se  print  à  visiter  ses  portes,  reparer 
et  remettre  sa  maison,  ou  il  fallut  commencer  par  les 
portes  et  serrures  et  se  pourvoir  de  nouveaux  ustensiles, 
et  plusieurs  furent  contraincts  se  servir  longuement  de 


(i)  On  lit  en  marge  :  a  Luce  restituta,  Gallia  civili  marte  commota,  Lug' 
«  duno  obstssa,  Annoneorum  urbs  machinis  expugnata  arcot,  mceniis,  dotni" 
<r  bus,  vi,/erro,flamma  dirupiisfidt  Icesa,  iterum  tristissima  clade  depredatur. 
Il  Sancta  Chamond  duce  y  idus  januarii  r$6j  m  Christo  incarnato.  » 


MÉMOIRES   D^ACHILLE    GAMON.  4I  I 

vaisselle  de  bois  et  de  terre,  lesquels  auparadvant  mes- 
prisoient  Tabondance  de  celle  d^estain  ;  aulcuns  passèrent 
le  reste  de  Thyver  sans  licts  ny  couvertures.  Ceux  qui 
avoient  réservé  quelques  meubles  en  lieu  de  seureté, n'osè- 
rent les  retirer,  creignans  encore  de  les  perdre  par  sem- 
blable occasion  ;  et  toutesfois  ceste  nue  de  misère  estoit 
supportée  avec  bon  visage  et  patience  admirable,  sans 
aigreur  ni  désir  de  vengeance  manifeste  contre  aulcun. 

Cependant  fut  publié  Tedict  de  pacification  du  19 
mars,  (i)  audict  an  i562,  (i563)  à  Tincarnation,  permet- 
tant à  chascun  liberté  de  conscience  aux  deux  religions, 
qu'on  nomme  romaine  et  reformée,  avec  l'exercice  de 
ladicte  religion  reformée  en  certaines  villes  de  tous  les 
bailliages,  seneschaussées  et  gouvernemens  et  en  toutes 
aultres,  où  elle  avoit  esté  exercée  jusqu'au  7  dudit  mois  ; 
que  fut  cause  que  ceux  dudict  Annonay  commencèrent  à 
se  remettre,  et  quelque  temps  après  obtindrent  lettres  du 
Roy,  par  laquelle  ladicte  ville  estoit  nommée  pour  la 
seneschaussée  de  Beaucaire  et  Nisraes,  pour  aux  faulx- 
bourgs  d'icelle  et  en  tel  lieu  que  leur  seroit  baillé  par  le 
bailly  ou  son  lieutenant,  faire  exercice  libre  de  ladicte 
religion  (2).  Ce  que  fut  paisiblement  exécuté  et  le  pres- 


(i)  L'édit  cTAm boise  fut  enregistré  au  parlement  de  Toulouse,  le  i6  avril 
1563,  par  les  soins  du  cardinal  d'Armagnac,  archevêque  de  cette  ville  et  du 
baron  de  Caylus,  commissaires  nommés  à  cet  effet. 

(2)  Théodore  de  Bézc,  (III,  189)  dit  que  Texercice  du  culte  réformé  ayant 
été  autorisé  à  Annonay,  par  le  maréchal  de  Vieilleville,  commissaire  chargé 
de  faire  exécuter  en  Languedoc  Tédit  d'Amboise,  il  fut  ensuite  interdit  par 
Damville  ;  mais  que  c  finalement  Dieu  leur  fit  ceste  grace^  que  la  ville  de 
a  Nonnay,  le  ao  aoust   1  564,    fust  assignée  par  le   Roy  estant  à  Romans, 

«  pour  lieu  destiné  à  l'exercice  public  de  la  religion En  quoy  leur  ayda 

c  grandement  envers  le  Roy,  Montluc,  evesque  de  Valence,  se  souvenant  du 
«  gracieux  traictement  qu'il  y  avoit  receu  lorsqu'il  y  estoit  prisonnier  par  le 
«  commandement  de  des  Adrets.  » 


412  SOCIÉTÉ   d'archéologie  ET    DE   STATISTIQUE. 

che  continué  au  faulxbourg  de  la  Reclusiere,  maison  de 
feu  Gonnet  Merle  jusques  aux  seconds  troubles. 

Exemption  de  taille  pour  un  an,  i563. 

Par  lettres  patentes  du  Roy,  données  à  Paris  le  premier 
janvier  i563,  auxquelles  fut  donné  attache  par  le  seigneur 
de  Malras  (i),  trésorier  de  France  et  gênerai  des  finances 
à  Lion,  du  9  dudict  mois,  les  habitans  de  ladicte  ville  et 
baronnie  d'Annonay,  en  considération  des  pertes,  ruines, 
saccagemens  et  outrages  par  eux  soufferts  durant  les 
troubles,  furent  quittes,  affranchis  et  exempts  du  paye- 
ment de  toutes  tailles  et  impositions  mises  et  à  mettre  sus, 
pour  quelque  cause  que  ce  fut,  pour  un  an  à  commencer 
audict  i*'  janvier  ;  de  l'effect  de  laquelle  exemption  ils 
jouirent. 

Trespas  de  M^  Anthoine  Gamon,  juge  de  Vivarez. 

M*  Anthoine  Gamon,  licentié  en  chascun  droict,  juge 
royal  de  Thault  et  bas  Vivarez  ,  habitant  d'Annonay, 
homme  digne  de  sa  charge,  qu'il  avoit  exercée  en  toute 
intégrité  plus  de  trente-cinq  ans,  deceda  de  ce  siècle,  le 
....  juillet  1564,  rempli  de  jours  etd'aage  et  grandement 
regretté  de  tous.  Son  corps  fut  ensepulturé  dans  le  temple 
des  Cordelliers,  en  lieu  de  longtems  destiné  à  ceste  fin. 
Quelques  années  devant,  il  avoit  resigné  sondict  office  à 
M*  Jehan  Le  Blanc,  son  beau-fils,  personnage  craignant 
Dieu,  bien  versé  en  bonnes  lettres  et  amateur  de  jus- 
tice (2). 


(i)  François  Rougier,  seigneur  de  Malras»  général  des  finances. 
(2)  Ce  paragraphe  est  en  marge  du  manuscrit. 


MEMOIRES  d'aCHILLE   GAMON.  4i3 

Translation  du  bailliage  de  Bocieu  a  Annonay. 

Audict  an  i563,  après  longue  poursuite  commencée 
plus  de  soixancte  ans  devant,  parties  à  plain  ouyes  et  en- 
questes  faictes^  suivant  Tadvis  donné  par  nosseigneurs  du 
Grand  Conseil,  fut  prononcé  arrest  au  privé  ('onseil  du 
Roy,  lors  estant  à  Tholoze,  par  lequel  le  siège  du  bailliage 
de  Fhault  Vivarez  fut  transféré  du  lieu  de  Bocieu  à  ladicte 
ville  d' Annonay  (i),  et  en  juin  i565  (2)  fut  ledict  arrest 
exécuté  par  M*  Jacques  Baillet,  sieur  de  Vaugrenand  (3), 
conseiller  au  Grand  Conseil,  à  ce  commis,  qui  tint  et 
establit  la  première  cour  audict  Annonay  le  7^  dudict 
mois ,  adsistant  M*  Jehan  Josserand ,  lieutenant  de 
bailly  (4).  Le  seigneur  evesque  de  Valence  se  resouvenant 


(i)  Une  note  de  Chomel,  nous  apprend  que  les  habitants  d*Annonay  firent 
en  1564  un  traité  avec  sieur  Jean  Demeure,  de  Vocance,  ce  dernier  s'enga- 
géant,  moyennant  660  livres,  à  ce  obtenir  la  translation  du  bailliage  de  Bou- 
«  cieu  à  Annonay  »;  mais  bien  que  la  phrase  puisse  être  interprétée  dans  un 
autre  sens,  il  ne  s'agit  évidemment  que  du  transport  de»  archives  et  du 
mobilier  du  bailliage,  Jean  Demeure  n*étant  pas  un  personnage  à  pouvoir 
vendre  son  crédit  auprès  des  détenteurs  du  pouvoir,  ainsi  que  cela  se  pra* 
tiquait  si  ouvertement  alors. 

(2)  En  marge  :  a  Cest  le  21  may  1563.  1» 

(3)  Le  docteur  Duret  qui  a  laissé  un  volumineux  recueil  de  notes  sur 
Annonay,  appelle  ce  conseiller  Jacques  Boulot,  ce  qui  a  donné  lieu  de  sup- 
poser qu*il  s'agissait  d'un  parent  de  notre  mémorialiste  dont  la  mère  était 
une  Boulot,  de  Tournon,  tandis  que  les  Baillet  étaient  une  famille  de  Nor- 
mandie. 

(4)  Cet  événement  est  raconté  d'une  manière  un  peu  différente  dans  le 
Livre  de  raison  d'Achille  Gamon  :  a  En  juing  1 564  —  y  est-il  dit  ^  le  siège 
«  royal  de  la  justice  de  l'hault  Vivarois,  fust  transmué  du  lieu  de  Boucieu 
«  ou  il  avoit  demeuré  plus  de  deux  cens  ans,  et  estably  en  la  ville  d'Anno- 
c  nai,  ou  fust  tenue  la  première  audiance  par  M.  M*  Jacques  Baillet,  sieur  de 
c  Vaulgrenant,  conseiller  au  Grand  Conseil,  depputé  par  le  Roy  pour  l'exe- 
c  cution  de  l'arrest  sur  ce  donné  au  premier  conseil  de  Sa  Magesté,  parties 


414       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

du  refuge  qu'il  avoit  trouvé  à  Annonay  au  temps  des 
troubles,  ayda  grandement  à  ceste  poursultte.  Est  icy 
digne  de  remarquer  qu^aprés  une  iliade  de  misères  et  de 
calamités,  ladicte  ville  en  mesme  temps  receut  soulage- 
ment des  charges  ordinaires,  avec  plus  grande  favition  de 
pieté  et  de  justice  et  oultre  cette  grande  grâce  et  faveur  du 
ciel  et  contre  Topinion  de  ceux  qui  pensoient  l'avoir  des- 
truite et  ruinée  à  jamais.  Elle  fut  dans  peu  de  temps  autant 
peuplée,  florissante  et  abondante  en  tous  biens  que  aupa- 
radvant,  qu'elle  doibt  recognoistre  comme  venant  de  la 
main  de  Dieu,  pour  en  toute  humilité  luy  en  rendre 
grâce  (i). 

Seconds  troubles,  1567. 

Le  jour  St  Michel  1667,  furent  les  armes  levées  pour  la 
seconde  fois  à  cause  de  la  religion,  par  le  royaume  de 
France,  la  ville  de  Vienne  en  Daulphiné  prinse  par  ceux 


«  ouyes^  enquestes  faictes  et  heu  l'advis  de  Nos  Seigneurs  dudict  Grand 
c  Conseil  ;  et  despuis  la  justice  dudict  hault  bailliage  a  esté  exercée  en  la- 
«  dicte  ville  d'Annonay,  avecq  plus  de  fruict,  d*integnté  et  de  soulagement 
(I  de  tous,  que  ne  pouvoit  estre  faict  audict  lieu  de  Bocieu,  pour  sa  natu- 
«  relie  incommodité,  a 

(i)  En  marge  de  ce  paragraphe,  se  trouve  cette  note  :  c  Le  bailliage  est 
c  Tun  des  plus  anciens  sièges  du  royaume*  Il  fut  créé  pour  tout  le  Vivarois 
a  au  lieu  de  Boucieu  le  Roy,  sur  le  Doux,  k  la  sollicitation  du  sieur  de 
«  Boucieu  qui  en  estoit  seigneur,  et  qui  estoit  lieutenant  gênerai  des  armées 
«  de  Sa  Majesté,  et  ce  par  le  roy  Philippe  le  Bel  en  Tannée  1285  ;  et  pour 
c  lors  furent  créées  les  charges  de  juge  et  de  lieutenant  et  de  procureur  du 
«r  Roy.  En  Tannée  1490  furent  créées  les  charges  de  lieutenant  gênerai  et 
a  de  lieutenant  particulier.  En  Tannée  i6aa  furent  créés  les  offices  de  con- 
•  seiller.  En  Tannée  1645  fut  créée  la  charge  d'avocat  du  Roy  au  bailliage 
«  d' Annonay,  et  fiit  levée  aux  parties  casuelles  pour  400  livres  seulement; 
«  par  un  avocat  nommé  Odin,  qui  la  donna  en  mourant  à  sieur  Jean  Volo- 
«  zan,  avocat  d*Annonai 


MÉMOIRES   d' ACHILLE   GAMON.  4l5 

de  ladicte  religion  et  bientost  après  abandonnée,  Romans, 
la  Coste  et  Valence  furent  aussy  saisies  (i).  L'on  tient 
que  rimpetuosité  des  pluies  et  inondations  excessives  des 
rivieres,donnerent  empeschement  à  plusieurs  entreprinses. 

Premier  déluge  a  Annonay  et  ez  environs,  1567. 

Lemardy  i*' octobre,  jour  de  St  Remy,  audict  an  ibôy, 
après  une  longue  et  forte  pluie,  les  rivières  de  Deome  et 
de  Cance  et  aultres  traversieres  de  ce  pays  despuis  Tour- 
non  en  hault,  furent  si  excessivement  desbordées  que 
jamais  on  avoit  ouy  parler  de  si  grandes  inondations. 
Celle  de  Deome,  environ  le  midy,  s'accrut  peu  après,  de 
façon  qu'elle  entra  bien  advant  dans  Teglise  des  Corde- 
liers,  remplit  les  basses  cours  de  feu  M*  Estienne  Masse- 
bœuf  au  bourg  de  Deome  et  s'advança  au  derrière  par  tous 
les  jardins  d^un  pied  d'haulteur,  jetta  hors  des  gonds  la 
grand  porte  d'icelle  bien  qu'elle  fut  fermée  et  emporta  la 
petite  part  de  la  porte  aux  prés  ruraux  et  la  mena  dans  le 
Rhosne  jusques  aux  isles  du  seigneur  du  Port  soubs 
Sarras(2),  où  elle  fut  prinse;  emmena  plusieurs  meubles 
et  tonneaux,  aulcuns  vuides  les  autres  plains  de  vin,  et  fit 
incroyable  degast  tout  le  long  de  son  cours  et  de  celuy  de 
Cance,  jusques  à  la  bouche  du  Rhosne,  vis  à  vis  des  Bor- 
des en  Dauphiné,  où  par  une  estrange  roideur  et  impé- 
tuosité elle  traversoit  d'un  bord  à  l'autre  ledit  fleuve,  qui 


(i)  Les  protestants  commandés  par  Mouvant,  s*emparèrent  par  surprise 
de  Vienne,  le  4  octobre,  et  ils  en  furent  chassés  par  Nemours  le  1 3  novem- 
bre  suivant.  La  prise  de  Romans  eut  lieu  le  30  septembre. 

(a)  Iles  dans  le  Rhône  appartenant  alors  à  Amieu  de  Monteil,  seigneur  du 
Port-St-Vallier  etd'Ozon. 


4î6         SOCIÉTÉ   D^ARCHÉOLOGIE   ET   DE   STATISTIQUE. 

n'estoit  lors  desbordé  que  par  Taccroissement  desdictes  ri- 
vières traversieres,  lesquelles  avoient  couvert  son  estendue 
jusqu'au  dessoubs  de  Tournon,  d'infinie  quantité  de  bois, 
meubles  et  bagage.  Les  rivières  d'Ay  et  de  Doux  (i)  en 
firent  de  mesme  aux  lieux  de  Satillieu  et  du  Savel  de  La- 
mastre  (2),  ou  cent  ou  six  vingts  maisons  furent  abbatues 
et  ruinées  avec  plusieurs  moulins  et  grand  nombre  de 
prez. 

Second  déluge,  iSôy. 

Cela  pouvait  sufire,  pour  donner  matière  aux  curieux 
d'en  parler  comme  de  choses  admirables  et  non  encore 
ouyes,  si  ce  qui  advint  peu  après  n'eust  surpassé  de  beau- 
coup la  grandeur  de  cet  événement,  car  le  lundy  27  du- 
dict  mois  veille  de  St  Simon  et  St  Jude,  les  susdictes 
rivières  d'Ay,  de  Cance  et  de  Deome  avec  les  aultres  ruis- 
seaux de  ce  pays,  desborderent  derechef  si  pi-odigieuse- 
ment,  que  beaucoup  de  personnes  pensèrent  que  les  jours 
de  Nohé  estoient  revenus;  et  de  faict,  comme  les  hommes 
ne  se  sont  tellement  tenus  à  la  malice  de  prévarication  de 
leurs  prédécesseurs,  mais  ont  adjousté  mal  sur  mal  et 
assemblé  nouveaux  peschés,  aussi  la  justice  de  Dieu  ne  se  . 
peult  contenter  aujourdhuy  de  ces  chastimens  ordinaires 
et  communs,  mais  en  adjousté  de  non  accoustumez  et 
extraordinaires.  Tesmoins  en  sont  les  tumultes,  séditions 
et  guerres  civiles,  ruines  et  désolations  des  villes  et  pro- 


(i)  L'Ay,  rivière  qui  a  sa  source  au  dessus  de  Satillieu  et  se  jette  dans  le 
Rhône  à  Sarras.  Le  Doux  qui  vient  des  montagnes  de  St-Bonnet-le-Froid, 
se  jette  dans  le  m6me  fleuve  un  peu  au  dessus  de  Touraon. 

(a)  Satillieu  et  la  Mastre  sont  deux  chefs^lieux  de  canton  de  l'arrondisse- 
ment  de  Touraon  (Ardèche). 


MÉMOIRES   d' ACHILLE  GAMON.  417 

vinces,  les  pestes  et  contagions,  tremblemens  de  terre  et 
orages  et  tempestes,  sterilitez  des  saisons,  chertez  exces- 
sives de  toutes  choses  et  autres  infinies  calamitez,  que  ce 
royaume  a   souffertes    despuis  quelques  ans  et  encore 
souffre  journellement  ;  parmy  lesquelles  ce  déluge  est  à 
observer,  tant  pour  estre  advenu  oultre  le  moyen  ordi- 
naire, sans  pluie  excessive,  que  pour  sa  grandeur,  car  la 
rivière  de  Deome  fut  demie    toise   plus  haulte  qu'elle 
n'avoit  esté  autres  fois,  passa  par  dessus  le  pont  et  trou- 
vant la  porte  de  la  ville  fermée,  rompit  la  barre  du  dernier 
et  l'enfonça  de  sa  roideur^  entrant  dans  la  ville  plus  de 
grande  quantité  d'arbres  et   aultres   bois,  s'arresta  au 
devant  le  petit  arc  dudict  pont,  de  manière  que  Peau  ne 
pouvant  avoir  cours  que  par  dessoubs  le  grand  arc  et  se 
répandant  par  la  plaine  du  Bourg  inonda,  tous  les  basti- 
mens  des  Cordeliers  de  la  hauteur  de  quatre  pieds  et  plus/ 
tomba  presque  toute  la  muraille  des  jardins  et  mesme 
celle  jdes  basses  cours  de  la   maison  de  Massebœuf,  que 
M*  Achilles  Gamon  auroit  faict  redresser  et  bastir  à  chaux 
et  sable  l'année  précédente.  Dans  icelle  avoit  un  pié  d'eau 
sur  les  premiers  planchers,t€llement  que  parmy  les  cham- 
bres nageoient  coffres  et  licts  et  par  dehors  les  ondes 
s'eslevoient  jusques  à  demy  pié  soubs  la  coudiere  des  fe* 
nestres.  Ledict  Gamon  et  toute  sa  famille  s'estant  retirez 
dans  le  colombier  du  jardin,  furent  contraintes  l'aban- 
donner, voyant  que  l'estage  bas  estoit  déjà  saisy  de  l'eau, 
et  si  tost  qu'ils  furent  hors  des  jardins  se  retirans  à  la 
Reclusiere,  ledict  colombier  fut  environné  d'eau  de  toutes 
parts,  de  quatre  pieds  d'haulteur  pour  le  moins,  si  que 
deux  chambrières  avec  certains  aultres  furent  arrestez 
dedans,  attendans  le  bon  plaisir  de  Dieu.  Cecy  advint  la 
nuict,  sur  les  8  heures  et  dura  environ  demye  heure,  pen- 
dant laquelle  furent  ruinées  plusieurs  maisons  auxdicts 


41 8       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

bourgs  de  Deome,  la  Vallette  et  le  Savel  et  entre  aultres 
celle  de  André  Manson,  au  bout  du  pont,  bastie  tout  à 
neuf  puis  trois  ou  quatre  ans  auparadvant.  Tous  les  mou- 
lins despuis  Boulieu  jusques  au  dessoubs  d'Annonay,  et 
ceux  des  Gordeliers  soubs  les  Roches  St- Denis  (0,  furent 
ruinez  et  ne  demeura  pierre  sur  pierre  ni  apparence 
d^edifice.  Les  prez  et  arbres  demeurez  de  reste  le  long 
desdictes  rivières,  furent  cette  fois  emmenez  et  ce  qu'on 
trouvoit  plus  estrange,le  jour  devant  n'avoit  plu  que  bien 
peu,  encores  que  durant  l'inondation,  l'air  fut  remply 
d'esclairs  continuels  et  horribles  tonnerres.  L'on  sceut 
après  que  en  quelques  montagnes  prochaines,  ez  endroicis 
ou  jamais  source  d'eau  n'avoit  esté  veiie,  estoit  sorti  de 
la  terre  comme  gros  ruisseaux,  emmenant  par  leur  ravine 
impestueuse  tout  ce  qui  se  rencontroit  devant  eux  (2). 


(i)  Rochers  au  sud-est  de  la  ville  d'Annonay  et  sur  la  rive  droite*  de  la 
Déome. 

(2)  En  marge  de  ces  paragraphes,  se  trouvent  les  additions  suivantes  : 

Troisième  déluge,  —  Le  30  juillet  1691,  la  rivière  de  Deome  se  déborda 
si  prodigieusement  tout  à  coup,  qu'elle  entraîna  toutes  les  chaussées,  les 
moulins,  prez  et  terres  qui  se  trouvèrent  prés  de  cette  rivière.  L'eau  se  re- 
pandit par  toute  la  place  des  Cordeliers,  tout  le  long  du  quaj,  entra  dans 
toutes  les  caves  voisines  et  mit  tout  à  la  nage.  D'abord  la  rivière  fut  couverte 
d'arbres,  de  tonneaux,  de  grosses  poutres  et  de  meubles  qu'elle  entraîna 
partie  dans  le  Rhosne,  en  laissa  beaucoup  dans  la  place  des  R.  P.  Cordeliers, 
n'ayant  pu  passer  sous  les  ponts,  à  cause  que  l'eau  alloit  jusques  à  la  cime 
des  arches .  Le  desgat  que  ce  déluge  causa  en  cinq  heures  de  temps  depuis 
le  Bourg -Argental  jusqu'au  Rhosne  a  esté  estimé  cinq  cens  mille  escus. 

Quatrième  déluge.  —  Le  vendredy  2  juillet  1700,  jour  de  la  Visitation 
Nostre-Dame,  la  rivière  de  Deome  se  desborda  si  prodigieusement,  qu'elle 
entra  sous  lès  tillots  des  pères  Cordeliers,  douze  pas,  par  la  porte  inonda  le 
quay  et  ravagea  tout  le  long  de  son  courant  jusques  au  Rhosne  ;  en  sorte 
qu'elle  emporta  les  chaussées,  arbres,  prez  et  terres  et  noya  dans  sa  boutique 
la  nommée  Berger,  marchande  sur  le  quay  de  Deome,  l'eau  allant  jusques 
au   dessous   de  l'accoudoir  de  la   fenestre  de  sa   maison;  perdit   toutes  les 


mémoires  d  achille  gamon.  419 

Union  jurée  entre  ceux  d'Annonay  ,  aux  seconds 
troubles,  1668. 

La  guerre  cependant  s'alluma  de  toutes  parts,  durant  la- 
quelle ceux  dudict  Annonay  de  Tune  et  Tautre  religion 
firent  ensemble  confédération  et  promesse  de  vivre  en 
paix  les  ungs  avec  les  aultres,  soubs  Tobeissance  du  Roy 
et  observation  de  ses  edicts,  sans  se  entre  injurier  ni 
offenser;  et  ainsi  se  comportèrent  gardans  leur  ville  paisi- 
blement bien  qu'elle  fut  desmantelée,  jusques  au  second 
edict  de  pacification  du  23  mars  i568  (i).  Ce  nonobstant, 
par  commission  des  gouverneurs  pour  le  Roy,  ceux  de 


blancherics  et  tanneries,  et  le  lendemain  un  pauvre  habitant  fut  emmené  par 
Teau,  estant  prés  de  la  porte  des  Martins,  au  bord  de  la  rivière,  et  lavant  de 
la  paille  que  Teau  avoit  saly,  il  voulut  arrester  un  paquet  de  linge  qui  avoit 
eschappé  à  une  femme  qui  lavoit,  il  s'avancea  dans  Teau  qui  Temmena  et  le 
noya  sans  secours.  Cette  inondation  vint  par  une  grande  pluie. 

Cinquième  déluge.  —  Le  mardy  6*  juillet  1706,  sur  les  trois  heures  après 
midy,  il  a  plu  avec  tant  de  force,  meslé  d*une  gresle  prodigieusement  abon- 
dante, qui  ravagea  les  vignes  et  la  moisson,  et  la  rivière  de  Deome  enfla 
d'une  manière  qu'elle  entra  dans  les  maisons  le  long  de  son  cours  et  fit  un 
ravage  seulement  dans  la  ville,  qui  monte  plus  de  cent  mille  escus.  Et  ce  qu'il 
y  eut  de  merveilleux,  c'est  que  l'eau  des  chemins  des  croix  de  Lhosme  et  du 
Fer,  s'esiant  jointes  à  la  place  de  la  Reclusiere,  entra  si  abondamment  dans 
toutes  les  maisons,  de  la  hauteur  de  plus  de  cinq  pieds,  qu'elle  ravagea  tous 
les  jardins  et  creusa  la  rue  jusques  à  la  rivière  de  la  hauteur  de  cinq  pieds, 
et  l'eau  du  chemin  de  la  Croisette  entra  dans  la  ville  par  la  porte  du  champ 
et  remplit  partie  des  caves,  et  s'estant  partagée,  partie  ravagea  le  faulbourg 
de  Cance,  passant  le  long  des  fossés,  et  l'autre  partie  inonda  Lavalette. 
Pareil  cas  estoit  desja  arrivée  une  fois  dans  le  mois  de  juin  de  ceste  année, 
sçavoir  le  7  dudit,  ce  qui  surprit  tout  le  monde.  Le  1 7*  de  juillet,  la  gresle 
et  l'inondation  commencèrent  de  nouveau  avec  plus  de  force.  Le  1 7  aoust, 
la  gresle  et  l'inondation  ravagèrent  entièrement. 

(i)  Édit  qui,  sanctionnant  le  traité  fait  k  Longjumeau,  trois  jours  aupara- 
vant, confirmait  l'édit  d*Amboise. 


420  SOCIÉTÉ  d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

la  religion  de  ladicte  ville  furent  contreincts  de  payer  par 
forme  d'emprunt  environ  trois  mil  livres. 

Et  comme  Ton  commenceoit  de  perdre  Tasseurance  du- 
dict  second  edict  de  pacification,  par  les  occasions  divul- 
guées, deux  jeunes  gentilshommes  puisnez  des  maisons  de 
la  Condamine  (i)  et  de  Bayas  (2),  avec  dix  huict  ou  vingt 
soldats,  sur  la  fin  de  juillet,  audict  an  i  b68,  se  vindrent 
jetter  en  ladicte  ville  d'Annonay,  se  saisirent  des  portes  et 
commencèrent  y  mestre  gardes,  faisant  bruict  qu'ils 
attendoient  cinq  ou  six  cens  hommes  conduicts  par  les 
seigneurs  de  Virieu  (3)  et  de  Changy  (4),  dont  ceux  de  la 


(i)  André  de  Harenc,  seigneur  de  la  Condamine^  qui  devint  plus  tard 
gentilhomme  de  la  chambre  du  roi  et  commandant  de  Virieu  et  d*Annonay. 
II  épousa  le  1 1  mars  1574  Michelle  de  Fay-Malleval  et  mourut  après  le 
•j  octobre  t6oo. 

(3)  Charles  du  Peloux,  seigneur  de  Bayas  ou  Bayard  et  des  Colaux,  fils 
puîné  de  François,  seigneur  de  Gourdan  et  de  Claudine  de  Lucinge,  qui 
épousa  Louise  d'Hostun-Claveyson  suivant  d*Aubais,  Madeleine  de  Bayard 
de  Brézenaud,  héritière  de  sa  maison,  selon  M.  Filhol,  et  qui  mourut  en 
tout  cas  en  1 631.  Il  sera  question  de  ce  personnage  sous  le  nom  de  des 
Coulaux,  qu*il  prit  dans  la  suite. 

(3)  Jean  de  Fay,  seigneur  de  Malleval  en  Forez,  fils  putné  de  Noèl,  sei- 
gneur de  Peyraud,  et  de  Françoise  de  St-Gelais,  qui  était  devenu  seigneur 
de  Virieu  par  son  mariage  avec  Louise  de  Varey,  dame  de  cette  terre,  et  quj 
ne  laissa  qu'une  fille,  Jeanne  de  Fay-Virieu,  mariée  le  ;o  juillet  1581  avec 
Claude  de  Villars,  bisaïeul  du  maréchal  de  ce  nom.  Neveu  de  la  femme  de 
St-Romain,  et  comme  lui  enrôlé  dans  le  parti  huguenot,  il  leva  conjointe- 
ment avec  lui,  au  mois  d*août  1568,  un  régiment  de  dix-sept  enseignes  ou 
compagnies  en  Dauphiné,  et  fit  à  sa  tftte  cette  désastreuse  campagne  de  Sain- 
tonge  (août  1568-octobre  1569),  dans  laquelle  les  protestants  dauphinois, 
languedociens  et  provençaux,  menés  au  secours  de  Condé  par  d'Acier,  furent 
littéralement  écrasés.  Revenu  de  cette  expédition^  il  se  trouvait  à  Paris,  à 
l'époque  de  la  St-Barthélemy  et  n'échappa  au  massacre  que  grâce  à  son 
parent  Louis  de  St-Gelais-Lansac,  qui  le  fit  évader.  Ayant  alors  embrassé 
le  catholicisme,  il  devint  plus  tard  commandant  de  l'artillerie  en  Languedoc. 

(4)  Jacques  de  Fay,  seigneur  de  Changy,  dont  le  nom  ne  se  sépare  guère 
de  celui  de  son  frère  Michel,  était  le  cousin  germain  de  St-Chamond  et  de 


MÉMOIRES   D^ACHILLE   GAMON.  42 1 

ville  furent  fort  estonnez  ;  mais  sçachant  que  lesdicts  de  la 
Condamine  et  Bayas  estoient  seuls  et  desadvouez,  firent 


St-Romain,  et  fut  un  des  premiers  et  des  plus  chauds  partisans  de  la  Ré- 
forme dans  notre  région.  Persécuté  k  cause  de  cela  par  le  maréchal  de  St- 
André,  gouverneur  de  Lyon,  il  se  réfugia  en  Dauphiné  et  de  concert  avec 
quelques  gentilshommes  des  environs  de  Romans  ,  s'empara  d^une  des 
églises  paroissiales  de  cette  ville,  celle  de  St-Romain,  pour  y  établir  un 
prêche  le  17  avril  1561.  Compromis  peu  de  temps  après  dans  un  complot 
tendant  à  livrer  la  ville  de  Lyon  à  Condé,  il  fut  arrêté  ainsi  que  son  frère, 
par  St-Chamond  lui-même ,  parce  qu'on  «  esperoit  tirer  beaucoup  de 
preuves,  d'autant  qu'ils  faisoyent  profession  de  la  religion  et  qu'ils  estoyent 
gens  d'esprit  et  de  menées,  •  dii  Régnier  de  la  Planche  ;  mais  relâchés 
ensuite  faute  de  preuves,  ils  figurèrent  simplement  comme  témoins  à  dé- 
charge dans  le  procès  intenté  à  Condé  ;  lequel  récompensa  leurs  services, 
en  nommant  au  mois  de  mai  1562,  Jacques  de  Changy,  commandant  de  l'in- 
fanterie de  des  Adrets.  Seulement  cette  nomination  ayant  excité  les  suscepti- 
bilités de  Blacons,  qui  prétendait  au  même  commandement,  Changy  se  retira 
à  Valence,  pour  y  commander  dans  le  Valentinois  au  nom  des  princes,  et  prit 
en  même  temps  le  commandement  d'une  compagnie  de  aoo  hommes,  à  la 
tête  de  laquelle  il  coopéra  à  la  prise  de  Grenoble  le  34  juin  suivant.  S'as- 
socia-t-il  ensuite  à  l'opposition  que  fit  à  des  AdretH  son  frère  Michel,  dans 
les  États  de  Moi^télimar  ^  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  le  farouche  ba- 
ron enveloppant  les  deux  frères  dans  sa  rancune,  réduisit  de  100  hommes  la 
compagnie  de  Changy  le  jeune,  tandis  qu'il  cassa  purement  celle  de  l'atné. 
C'était  dans  les  derniers  de  l'année  1562,  et  le  10  janvier  suivant  des  Adrets 
fut  arrêté  à  Romans  par  ses  principaux  lieutenants,  au  nombre  desquels  se 
trouvait  Jacques  de  Changy,  à  qui  le  parlement  de  Grenoble  ordonna  deux  ans 
plus  tard  (11  mai  1565)  de  restituer  une  somme  de  2,311  livres,  17  sols,  6 
deniers,  prise  dans  les  coffres  de  des  Adrets. 

Membre  du  Conseil  politique  institué  par  les  États  de  Montélimar,  sous 
des  Adrets,  Changy  l'aîné  le  fut  encore  sous  Montbrun,  son  successeur 
dans  la  charge  de  chef  suprême  du  parti  huguenot  en  Dauphiné  ;  mais 
ce  n'est  qu'au  mois  d'août  1568  qu'on  le  retrouve  activement  mêlé  aux 
entreprises  armées  de  son  parti.  St-Romain  et  Virieu  ayant  levé  un  régi- 
ment Dauphinois  pour  le  mener  à  Condé,  en  Saintonge,  il  s'empara 
audacieusement  du  château  de  Peyraud,  pour  leur  faciliter  le  passage  du 
Rhône,  et  ce  fleuve  passé  les  accompagna  à  Annonay  et  de  là  à  Aubenas. 
Là  s'arrêtent  les  renseignements  que  nous  avons  sur  lui.  —  Régnier  de  la 
Planche,  Hist,  de   V estât  de  France,  I,  a 06,  II,  18.   —  Mém.  de  Condé,  I, 

Tome  XX.  —1886.  28 


4^2  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

tant  que  le  lendemain  ils  partirent  de  ladicte  ville  prenant 
le  chemin  de  Privas  et  Aubenas  (i),  avec  quelques-uns  de 
ceux  qui  les  avoient  favorisez  à  ceste  entreprise.  Le  sei- 
gneur de  Jarnieu,  bailly  dudict  Annonay  et  quelques  aul- 
tres  gentilshommes  les  suivirent  environ  demie  lieue, 
mais  s'estans  rencontrez  chascun  tira  sa  voye. 

Tierce  eslevation. 

Despuis  s'augmenta  le  bruict  quelque  temps  devant 
commencé,  qu'on  estoit  derechef  en  guerre  et  en  furent 
veus  les  effects  en  ce  pays,  sur  le  commencement  de  sep- 
tembre audict  an  1 568,  quand  soudain  les  seigneurs  de 
St- Romain^  de  la  maison  de  St-Chaumond,  qui  fut  arche- 
vesque  d'Aix  (2),  de  Virieu  et  de  Changy  ayant  prins  les 


393.  —  Di  Thod,  Hist.  univ.,  III,  540,  554,  IV,  289,  V,  540.  —  Choriek, 
Hist.  gin.  du  Dauphiné,  II,  566,  578.  —  Arnaud,  Hist.  des  prot.  du  Dauph., 
\,  172.  —  Chevalier,  Ann.  de  Romans,  33,  37.  —  Là  Popelinière,  Hist.  de 
France,  I.  70,  etc. 

(i)  Privas,  chef-lieu  du  département,  et  Aubenas,  chef-lieu  de  canton  de 
rarrondissement  de  Largentière  (Ardèche). 

(3)  Jean  de  St-Priest,  deuxième  fils  d'autre  Jean,  seigneur  de  St-Chamond 
et  conséquemment  le  frère  puîné  du  fameux  capitaine  catholique  St-Chamond, 
que  nous  avons  déjà  fait  connaître,  entra  premièrement  dans  les  ordres  et 
fut  élu  archevêque  d'Aix  en  1551;  msiis  ses  doctrines  hétérodoxes  Tayant 
ensuite  fait  déposer  par  le  pape  Pie  II  (octobre  1563),  il  épousa  Claude  ou 
Claudine  de  Fay,  fille  de  Noël,  seigneur  d'Estables,  et  sous  le  nom  de  capi- 
taine St-Romain,  qui  était  celui  d'une  terre  appartenant  à  sa  femme,  devint 
un  des  principaux  chefs  du  parti  huguenot  en  Languedoc.  Associé  tout 
d'abord  au  provençal  Mouvans,  il  tenta  mais  en  vain  de  s'emparer  de  Lyon 
au  mois  d'octobre  1567,  et  cette  entreprise  manquée,  surprit  Vienne  dont  il 
incendia  les  monuments.  L'an  suivant,  il  leva  de  concert  avec  son  parent 
Virieu,  un  régiment  en  Dauphiné,  pour  le  mener  au  secours  de  Condé  ; 
mais  après  lui  avoir  fait  traverser  le  Rhône  et  accompagné  jusqu'à  Alais, 
il  en  laissa. le  commandement  à  Virieu,  qui  le  conduisît  en  Saintonge, 
tandis  que  lui  St-Romain  restait  en  Languedoc  pour  y  surveiller  les  intérêts 


MÉMOIRES  D'aCHILLE  GAMON.  423 

armes  pour  le  party  de  la  religion,  se  trouvèrent  à   Pe- 


de  son  parti.  C'était  au  mois  d'août  1568.  Trois  ans  après  l'ancien  arche- 
vêque d*Aix,  qui,  se  trouvant  à  Paris  au  moment  de  la  St  Barthélémy,  avait 
été  sauvé  du  massacre  par  le  duc  de  Guise,  fut  élu  chef  des  protestants  de 
Nîmes,  de  rUzège,  des  Cévennes  et  du  Vivarais,  de  nouveau  soulevés  (octo- 
bre 1373);  et  cette  élection  ayant  été  confirmée  quelque  temps  après,  dans 
une  assemblée  générale  tenue  à  Milhau,  St-Romain  joua  dès  lors  un  rOle 
considérable  dans  toutes  les  affaires  des  protestants  languedociens.  On  le  vit 
notamment  tenir  tète  au  dauphin  d'Auvergne  lorsqu'il  assiégea  Privas  et  dé- 
gager celte  ville  au  mois  d'octobre  15731  assister  l'année  suivante  (novem- 
bre 1573)  à  la  conférence  que  Damville  eut  à  Montpellier,  avec  un  envoyé 
du  roi  Henri  III,  puis  défiant  à  l'endroit  de  celui-là,  s'emparer  tout  à  coup 
de  la  ville  d'Aigues-Mortes,  qui  était  une  des  plus  fortes  places  du  Langue- 
doc, au  mois  de  février  1577;  enfin  provoquer  aussitôt  après,  une  assemblée 
générale  des  principaux  de  son  parti  à  Lunel,  pour  s'entendre  sur  la  conduite 
à  suivre  en  prévision  de  certaines  éventualités.  Cette  assemblée  fut  suivie 
d'une  antre  qui  eut  lieu  à  Montpellier  le  1 7  mars,  et  dans  laquelle  les  chefs 
protestants  du  Bas-Languedoc,  arrêtèrent  les  conditions  auxquelles  ils  con- 
sentiraient à  déposer  les  armes,  et  ces  conditions  ayant  été  repoussées  par 
Damville,  il  y  eut  quelques  jours  après,  à  Pézenas,  une  nouvelle  assemblée, 
dans  laquelle  fut  enfin  signé  (8  avril)  un  traité,  aux  termes  duquel  St-Romain 
devait  conserver  le  gouvernement  d'Aig^es-Mortes,  avec  une  pension  an- 
nuelle de  a, 000  livres,  et  de  plus  jouir  a  des  fruicts  et  revenus  de  l'evesché 
ff  de  Beziers,  ores  et  k  l'avenir,  ensemble  des  maisons  dudict  evesché  à  Ca- 
c  zouls  et  à  Gabian,  pour  la  réduction  des  fruicts  et  pour  l'habitation  de 
ff  son  économe  et  autres  serviteurs  et  négociation  de  ses  afEsires.  »  La  plu- 
part de  ces  avantages  lui  furent  conservés,  dans  les  arrangements  qui  précé- 
dèrent et  suivirent  la  paix  de  Bergerac,  des  lettres  royales  du  3  octobre 
1577,  lui  ayant  assuré  le  gouvernement  d'Aigues-Mortes  pendant  six  ans; 
seulement  l'ancien  archevêque  d'Aix  n'en  profita  guère,  car  c'est  le  3  5  juin 
I  578  qu'il  mourut,  «  non  sans  soupçon  de  poison  »  suivant  Pérussis,  c  ayant 
«  receu  une  blessure  mortelle  dans  une  rencontre,  »  dit  Le  Laboureur. 
Quant  à  sa  veuve  dont  la  remarquable  beauté  ne  fut  probablement  pas  étran- 
gère h  son  changement  de  religion,  promptement  consolée,  elle  se  remaria  le 
7  juillet  1579  avec  Antoine  de  Bron,  comte  de  la  Liègue  et  seigneur  de 
Bellegarde^  qu'elle  rendit  père  de  cinq  enfants.  —  Mas.  de  FIsU -Barbe,  II, 
386.  —  Delphinalia,  115,  133-138.  —  Hist.  gin.  du  Languedoc,  IX,  46,  58 
78,  87,  139,  143,  558.  — Vachez,  Bellegarde  et  la  Liègue,  35-36  et  65-66. 
—  Spondanus,  Ann.  ecclés.,  435,  430.  —  Pièces  fugitives,  I,  343.  —  Aiém, 
d'Eustache  Pièmond,  597-598,  etc. 


4^4       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

raud  (i)  avec  grand  nombre  de  gens  de  guerre  et  de  la 
vindrent  à  Andance  (2)  et  aux  environs,  où  estans  un 
jour  de  sabmedy,  ledict  seigneur  de  Virieu  accompagné 
de  quelques  chevaux  vint  audict  Annonay  et  à  la  réquisi- 
tion de  ceux  de  la  ville  leur  donna  espérance  que  ses 
troupes  n'y  viendroient  point,  pourveu  qu'on  leur  envoya 
munition  de  pains  et  vivres.  Mais  cependant  que  ladicte 
munition  se  preparoit,  le  lundy  suivant  sur  le  disner, 
toutes  lesdîctes  compagnies  arrivèrent,  faisant  nombre  de 
six  ou  sept  cens  hommes,  conduicts  par  les  seigneurs  sus- 
nommez  et  certains  aultres  gentilshommes  du  Daulphiné. 
Ils  y  sesjournerent  environ  huict  jours,  durant  lesquels 
les  églises  et  bastimens  des  Cordeliers  et  de  Ste-Claire 
furent  bruslez,  la  grande  église  abattue  avec  partie  du 
prieuré  et  toutes  les  cloches  de  la  ville  rompues  et  ven- 
dues par  les  soldats,  quoique  les  habitans  fissent  tout  leur 
possible  pour  les  conserver.  Ung  soldat  de  la  ville  qui 
s'estoit  enrôlé  avec  lesdicts  sieurs,  par  malveillance  tua  de 
nuict  une  femme  de  la  religion  romaine,  mais  le  lende- 
main estant  prins  prisonnier,  son  procès  faict  par  lesdicts 
sieurs,  mis  en  desliberation  avec  les  gens  de  lettres  qui  se 
trouvèrent  en  ville,  il  se  trouva  le  matin  suivant  pendu  et 
estranglé  en  ung  poteau  au  milieu  de  la  place  nouvelle. 
Tost  après  lesdictes  troupes  partirent,  prenant  par  les 


(i)  Peyraud,  commune  du  canton  de  Serrières  (Ardèche),  dont  le  chAteau 
commande  le  cours  du  Rhône.  Gordes  qui  commandait  alors  en  Dauphiné 
pour  le  roi,  ayant  donné  des  ordres  pour  empescher  que  les  troupes  levées 
dans  cette  province,  pour  le  compte  du  parti  huguenot,  traversassent  le 
Rhône,  Changy  6*empara  du  château  de  Peyraud  pour  faciliter  ce  passage  et 
en  avertit  St-Romatn,  qui  se  hâta  tellement  que  «  devant  la  Diane,  il  passe 
«  en  une  heure  et  demie  sur  le  pont,  avec  plus  de  mille  hommes  de  pied  et 
«  cent  chevaux  de  selle,  »  dit  la  Popelinière  (Hist.  de  France,  I,  70). 

(a)  Commune  du  canton  de  Serrières  (Ardèche). 


MÉMOIRES  d' ACHILLE   GAMON.  426 

montagnes  le  chemin  de  Poictou  (i)  et  avec  eux  plus  de 
200  hommes  de  ladicte  ville,  persuadez  que  demeurans 
chez  eux,  ils  seroient  en  danger  de  leurs  vies  (2). 


(i)  D'Annonay  ces  troupes  furent  à  Aubenas  et  de  là  à  Alaîs,  où  était  le 
rendez-vous  de  Tarmée  huguenote, -dont  le  baron  d'Acier  prit  alors  le  com- 
mandement en  chef. 

(2)  En  marge  de  ce  paragraphe  se  trouve  la  note  suivante  :  «  Le  jeudy 
«  19  avril  1714,  le  feu  ayant  pris  à  la  classe  de  philosophie  du  couvent  des 
«  Cordelters,  qu'est  la  première  en  entrant,  dans  ledit  couvent,  environ 
ff  rheure  de  neuf  du  soir,  enflamma  dans  un  instant  tout  le  corps  de  logis 
c  qui  est  sur  le  devant  dudit  couvent,  et  sans  un  prompt  secours  auroit 
«  consommé  le  clocher  et  l'église,  qui  furent  préservés,  aussi  bien  que  le 
«  corps  de  logis  et  la  tour,  qui  foule  dans  la  basse-cour  dudit  couvent.  » 

{A  continuer.) 

J.  BRUN-DURAND. 


426  SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE  STATISTIQUE. 


KEIS  DERKIKRS  COMTES 


DE     DIE 


ET 


LA  FAMILLE  ARTAUD  DE  MONTAUBAN 


Suite.  —  Voir  la  78*  livraison. 


III. 


Guillaume  Artaud.  Ce  personnage  est  le  premier  qui 
porte  le  nom  d'Artaud.  Il  vivait  déjà  en  1 190  ou  1 191  ; 
en  effet  Hugues  d'Aix,  confirme  à  cette  date,  à  la  char- 
treuse de  Durbon,  moyennant  40  sous,  et  avec  l'approba- 
tion de  Guillaume  et  Hugues,  ses  fils,  ses  possessions  à 
Chamousset,  au  Ramail  et  à  la  Jarjatte  (i).  Un  second 
acte  est  encore  plus  formel  ;  daté  du  4  novembre  (2  des 
nones  de  novembre)  1224  (2)  il  contient  la  confirmation 


(1)  Arch.  des  Hautes-Alpes  ;  fonds  du  Durbon.  Deux  copies  de 
1190  et  1191. 

(2)  Cet  acte,  conservé  en  copie  dans  les  archives  des  Hautes- Alpes, 
fonds  de  Durbon,  est  daté  par  erreur  de  1254,  Guillaume  Artaud, 
qui  mourut  probablement  peu  après  1230,  ne  peut  en  effet  paraître 
dans  une  charte  de  1254.  Je  propose  donc  de  la  dater  de  1224  ;  du 
reste  les  termes  de  l'acte  sont  importants,  mais  non  la  date. 


LES   DERNIERS   COMTES   DE   DIE.  427 

par  Guillaume  Artaud,  de  tout  ce  que  son  aieul  Isoard, 
comte  de  Die,  et  Pierre-Isoard,  fils  de  ce  comte,  ont  donne 
à  la  maison  du  Temple  de  Lus,  à  la  Jarjatte,  au  Gar- 
naisier,  à  (]hamoussei  et  à  Peyre-Gaudemar  à  Montmaur. 
En  1199  il  avait  hérité  de  Hugues  d'Aix,  son  père,  et 
assiste  en  qualité  de  seigneur  à  une  enquête  sur  les  pro- 
priétés de  la  maison  de  Durbon  (i)  ;  il  parait  pour  la  der- 
nière fois  dans  une  charte  du  20  mai  (i3  kalendes  de  juin) 
i23o  par  laquelle  il  vend  moyennant  96  livres  à  la  char- 
treuse de  Durbon  tous  ses  droits  depuis  les  étroits  de 
Montmaur  jusqu'au  Tombarel  et  la  montagne  de  Char- 
gaie  (2).  Chorier  lui  donne  pour  femme  une  fille  de 
Guillaume,  seigneur  de  TEtoile,  dont  il  ne  connaît  pas  le 
prénom  (3)  ;  je  n'ai  pas  trouvé  la  confirmation  de  cette 
assertion.  Guillaume  Artaud  n'eut  qu'un  fils  nommé 
Isoard. 


IV 


IsoARD  d'Aix  ou  Artaud.  Ce  personnage  est  nommé 
quelquefois  Isoard  Artaud,  mais  beaucoup  plus  souvent 
Isoard  d'Aix.  l,e  21  octobre  (12  des  kalendes  de  novem- 
dre)  i2o5,  Guillaume  Artaud,  son  père,  avec  son  appro- 
bation et  celle  de  Hugues  son  neveu,  vend  pour  25  livres 
à  la  chartreuse  de  Durbon  tout  ce  qu'il  possède  dans  le 
tènement  de  Vaux  à  Montmaur  (4).  Cette  charte  est  la 
première  où  paraisse  Isoard.  De  i2o5à  i23o  il  souscrit 
conjointement  avec  son  père  un  certain  nombre  d'actes 


(1)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Durbon,  original. 

(2)  Ibid.,  original. —  Bouches-du-Rhône,  B,  1,I0'2.  copie. 

(3)  Estai  j^olitique  ;  rupplémerUy  p.  104. 

(4)  Arch.  des  Hautes  Alpes,  fonds  de  Durbon,  original. 


428         SOCIÉTÉ   d'archéologie   ET   DE   STATISTIQUE. 

portant  donation  aux  chartreuses  de  Durbon  et  de  Ber- 
thaud  de  terres  à  Montmaur,  la  Cluse  et  le  Dévoluy  (i). 
En  1239  il  avait  hérité  des  biens  paternels  et  moyennant 
3o  livres,  il  confirme  solennellement  à  Durbon  les  dona- 
tions de  son  père  et  ce  que  les  moines  avaient  acquis  à  la 
Piarre  et  à  la  Cluse  (2).  Il  paraît  ensuite  seul  ou  avec  son 
fils  Raymond,  dans  plusieurs  autres  actes  de  1239  ^ 
1243  (3)  et  enfin  le  29  mars  (4  des  kalendes  d'avril)  1244  (4) 
il  fait  donation  entière  à  Raymond  de  Montauban,  son 
fils,  de  ses  seigneuries  de  Montmaur,  d'Aix,  du  Dévoluy, 
du  Bauchaine,  de  la  Cluse,  du  Collet,  Lus,  Glandage, 
Grimone,  Bonabcrlle,  Châtillon,  Montbrand  et  de  la  Beau- 
me,  se  réservant  seulement  sa  vie  durant  l'usufruit  de 
celles  de  Montmaur,  de  la  Cluse  et  du  Dévoluy.  Il  avait 
épousé  Dragonette  de  Montauban  qui  le  3  mai  (5  des 
nones  de  mai)  1244  (5),  en  vertu  d^une  sentence  arbitrale 


(1)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Berthaud  et  de  Durbon, 
chartes  ori^nales.  —  Cartulaire  de  Durbon,  charte  312.  —  Arch. 
des  Bouches-du-Rhône,  B,  1,102. 

(2)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Durbon,  dans  lequel  cette 
charte  existe  en  double  original. 

(3)  Ibtd,  fonds  de  Durbon  et  de  Berthaud,  chartes  onginales. 

(4)  Cet  acte  existe  en  copie  dans  le  fonds  de  la  Chartreuse  de 
Berthaud  aux  arch.  des  Hautes-Alpes  et  y  est  daté  par  erreur  de 
1248.  11  est  nécessairement  postérieur  aux  23  octobre  1243  date  à 
laquelle  Isoard  nous  apparaît  encore  administrant  ses  biens  et  en 
Tendant  des  parcelles,  ce  qu*il  n'eut  pu  faire  s'il  en  a-vait  été 
simplement  usufruitier  ;  il  est  nécessairement  antérieur  à  1245, 
car  nous  voyons  Raymond,  fils  d'Isoard,  confirmer  les  donations 
faites  par  son  père  et  son  grand  père  à  la  chartreuse  de  Durbon  et 
administrer  ses  seigneuries  sans  la  participation  de  celui-ci,  pendant 
l'année  1244.  Je  crois  donc  être  dans  le  vrai  en  datant  cet  acte  de  1244. 

(5)  Comme  la  précédente  cette  charte  est  mal  datée  et  la  mention 
unique  qu'on  en  trouve  dans  l'Inventaire  de  la  Chambre  des  Comptes, 


LES   DERNIERS   COMTES   DE   DIE.  429 

prononcée  par  Raymond  de  Mévouillon,  entre  elle,  repré- 
sentée par  Dragonet  de  MontauBan,  qui  était  peut-être 
son  frère,  et  Raymond  de  Baux,  seigneur  d'Orange,  céda 
audit  Raymond  de  Baux  plusieurs  terres  dans  les  Baron- 
nies  entre  autres  Montjay  (i).  Ses  deux  enfants  Raymond 
et  Malberjonne  interviennent  dans  cet  acte  où  elle  est 
qualifiée  de  veuve  d'Isoard  d'Aix.  Ce  dernier  fut  donc 
père  de  ces  deux  enfants  et  peut  être  d'un  troisième 
nommé  Guillaume. 

Malberjonne.  Elle  ne  nous  est  connue  que  par  la  tran- 
saction passée  par  sa  mère  avec  Raymond  de  Baux  citée 
à  l'article  précédent. 

Guillaume.  Ce  personnage  nommé  Guillaume  Artaud, 
nous  est  connu  seulement  par  des  lettres  de  sauvegarde 
accordées. par  le  Dauphin  à  la  chartreuse  de  Durbon  le 
4  mai  (4  des  nones  de  mai)  1 248,  contre  les  entreprises  de 
Raymond  de  Montauban  et  de  Guillaume  Artaud  (2).  Ces 
deux  personnages  étaient-ils  frères  ?  Je  l'ignore  et  la  rai- 
son d'en  douter  c'est  que  Guillaume  ne  paraît  pas  à  côté 
de  son  frère  Raymond  et  de  sa  sœur  Malberjonne  dans  la 
transaction  passée  par  leur  mère  Dragonette  de  Montau- 
ban en  1244  et  dont  j'ai  parlé  plus  haut. 


car  je  n'en  connais  ni  original  ni  copie,  fourmille  d'erreurs.  Elle  est 

datée  de  1242.  date  impossible  puisque  Dragonette  j  est  qualifiée  de 

yeuve  d'Isoard  que  des  documents  originaux  nous  montrent  vivant  ! 

encore  le  23  octobre  1243.11  7  est  dit  que  Dragonette  cède  plusieurs  *  1 

terres  à  Dragonet  de  Montauban,  son  mandataire,  tandis  que  cette 

cession  fut  certainement  faite  en  faveur  de  Raymond  de  Baux,  sa 

partie.  Cet  acte  est  au  plus  tôt  de  1244,  c'est  la  date  que  je  lui  donne 

jusqu'à  preuve  du  contraire. 

(1)  Une  vente  est  passée  par  Isoard  Artaud,  mari  de  Dragonette, 
à  Montjay  daru  le  uerger  près  la  voûté  de  Végîise,  le  23  octobre  1243. 
Il  possédait  cette  terre  du  chef  de  sa  femme. 

(2)  Bibl.  nation,  mss.  lat.  10,954  p.  219,  anaiyse. 


43o       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


Raymond  de  Montauban.  Raymond  porta  le  premier 
le  nom  de  Montauban,  qui  lui  venait  évidemment  de  Dra- 
gonette  de  Montauban,  sa  mère  ;  il  paraît  pour  la  pre- 
mière fois  dans  une  charte  de  1289  par  laquelle  Isoard,  fils 
de  Guillaume  Artaud,  approuvé  par  Raymond  de  Mon- 
tauban, son  fils,  confirme  les  possessions  de  la  chartreuse 
de  Durbon  à  la  Piarre,  la  Cluse  et  Vaux  près  de  Mont- 
maur  (i)  Le  29  mars  1244,  comme  je  l'ai  dit  ci-dessus, 
il  reçut  de  son  père  un  abandon  général  de  toutes 
ses  seigneuries.  La  même  année  il  confirme  à  la  maison 
de  Durbon  les  libéralités  de  son  père  et  de  son  grand 
père  (2).  Il  parait  dans  des  actes  assez  nombreux  ;  le  der- 
nier qui,  à  ma  connaissance,  émane  de  lui,  est  daté  du  1 1 
mai  (5  des  ides  de  mai)  i263  (3).  Il  était  certainement  mort 
en  1281,  laissant  deux  fils  Raymond  et  Guillaume  qui  se 
partagèrent  son  héritage. 

Il  n'est  pas  douteux  qu'il  n'y  ait  eu  un  partage  entre 
les  enfants  de  Raymond  de  Montauban  ;  en  effet  nous 
avons  vu  que  son  père  Isoard  lui  fît  une  donation  entre  vifs 
de  treize  terres,  que  nous  ne  retrouvons  plus  intégralement 
entre  les  mains  de  Raynaud,  son  fils  aîné,  mais  divisées 
entre  lui  et  une  autre  branche  des  Artaud  de  Montauban, 
qui  se  subdivisa  bientôt  elle-même  en  plusieurs  rameaux. 


(1)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Durbon  et  Arch.  des  Bou- 
ches-du-Rhône,  B,  1»102,  copies.  Il  est  cité  avec  le  litre  de  baron 
dans  une  charte  qui  n'émane  pas  de  lui  et  est  datée  du  26  décembre 
1264  (Arch.  de  l'Isère,  B,  2,992). 

^2)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Durbon  et  Arch.  des  Bou- 
ches-du-Rhône,  B,  1,102  ;  copies. 

(3)  Arch.  des  Hautes-Alpes,  fonds  de  Durbon,  deux  originaux. 


LES   DERNIERS    COMTES  DE   DIE.  4$  I 

Guillaume  Artaud.  Ce  personnage  nous  est  connu  par 
plusieurs  actes  dont  le  premier  date  du  2g  mars  1281 
c'est-à-dire  de  plusieurs  années,  sans  doute,  après 
la'mort  de  son  père.  C'est  un  compromis  entre  lui,  son 
frère  Raynaud  de  Montauban  et  la  maison  de  Durbon, 
décidant  de  s'en  rapporter  à  deux  arbitres  pour  régler  les 
questions  qui  les  divisaient  (i).  Ce  Guillaume  Artaud  fut 
l'origine  d'une  branche  qui  prit  tantôt  le  nom  d'Artaud, 
tantôt  celui  d'Artaud  de  Montauban,  qui  se  subdivisa 
elle-même  en  plusieurs  rameaux  et  posséda  les  terres 
d'Aix,  la  Motte-Chalancon,  le  Collet,  Lus,  Glandage,  Gri- 
mone,Bonabelle,  Châtillon,  partie  d'Aspres,  de  la  Beaume, 
de St- André,  et  du  Bauchaine.Les  branches  qui  possédaient 
Aix  et  la  Motte-Chalancon  existaient  encore  au  XV*  siè- 
cle ;  celle  du  Bauchaine  et  de  la  Baronnie  de  Saint- André 
s'éteignit  à  la  fin  du  XVI*  dans  la  famille  de  Créqui  ;  une 
quatrième  branche  issue  au  XV*  siècle  d'un  bâtard  de 
celle  qui  possédait  le  Bauchaine  rejeta  le  nom  d'Artaud 
pour  prendre  celui  de  Montauban  du  Villard  (2);  elle 
hérita  au  milieu  du  XVI*  siècle  de  la  terre  de  Jarjayes  en 
Gapençais,  par  une  alliance  avec  la  famille  de  Flotte,  dont 
elle  unit  le  nom  au  sien.  Les  Montauban  de  Flotte  du 
Villard  eurent  beaucoup  d'autorité  dans  le  parti  protes- 
tant du  Gapençais  ;  cette  famille  s'éteignit  au  commen- 
cement du  XVI II*  siècle. 

VI 

Raynaud  de  Montauban.  II  avait  déjà  succédé  à  son 
père  en  1282  dans  la  baronnie  de  Montmaur,  les  seigneu- 


(1)  Arch.  des  Bouches-du-Rhône,  fi,  1,102,  copie. 

(2)  Notre-Dame  du  Villard  est  un  hameau  du  Bauchaine. 


432        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

ries  du  Dévoiuy^  de  la  Cluse,  de  la  Baume-Noire  et  partie 
du  Bauchaine.  Dans  une  charte  du  29  mars  1281 
que  j^ai  déjà  citée  plus  haut,  il  paraît  avec  Guillaume 
Artaud,  son  frère,  et  porte  le  titre  de  damoiseau  et  de 
seigneur  de  Montmaur.  Il  donna  naissance  à  la  branche 
des  barons  de  Montmaur  qui  s^éteignit  au  commencement 
du  XVI*  siècle,  dans  la  famille  des  Flotte,  seigneurs  de  la 
Roche,  dont  les  descendants  joignirent  à  cette  occasion  à 
leur  nom  celui  de  Montauban.  Les  Flotte-Montauban 
(qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  les  Montauban  de  Flotte 
du  Villard  dont  j'ai  parlé  à  l'article  précédent)  se  sont 
éteints  pendant  l'émigration  (i). 

J'arrêterai  ici  cette  généalogie  que  j'ai  voulu  conduire 
seulement  jusqu'au  moment  où  la  famille  Artaud,  issue 
directement  des  comtes  de  Die  par  les  femmes,  se  divise 
en  plusieurs  branches. 

On  a  donné  généralement  des  armoiries  différentes  à  la 
famille  Artaud  et  à  la  famille  de  Montauban  quoiqu'elles 
soient  une  seule  et  même  race.  A  la  première  de  gueules 
au  château  à  trois  tours  rf'or,. anciennes  armoiries,  a-t-on 
dit,  des  comtes  de  Die  ;  à  la  seconde  <Va:{ur  à  trois  châ- 
teaux à  trois  tours  d^or  2  et  i.  J'ignore  quelles  armoi- 
ries avaient  les  comtes  de  Die  et  même  s'ils  avaient  des 
armoiries,  et  sur  quel  monument  authentique  on  se  base 
pour  leur  en  octroyer,  mais  il  est  certain  que  leurs  descen- 
dants les  Artaud^  qu'ils  aient  été  Artaud  tout  court,  ou 
Artaud  de  Montauban,  ou  Montauban  du  Villard  n'ont 
jamais  eu  pour  armoiries  que  trois  châteaux  à  trois  tours 
posés  deux  et  un.  Pour  les  barons  de  Montmaur  il  n'y  a 


(1)  On  m'a  assuré,  cependant,  qu'un  dernier  de  Flotte-Montau- 
ban,  né  pendant  l'émigration,  vivait  encore  à  Marseille. 


LES   DERNIERS   COMTES   DE  DIE.  433 

aucun  doute,  puisque  nous  possédons  encore  les  sceaux 
de  Guillaume  Artaud,  dlsoard  d'Aix  son  fils,  de  Raymond 
son  petit-fils,  etc.,  sur  lesquels  sont  gravées  ces  armoi- 
ries (i).  Pour  la  branche  de  la  Motte-Chalancon  les  armoi- 
ries étaient  les  mêmes,  car  Jacques  Artaud  qui  fut  évêque 
successivement  de  Saint- Pau  1-trois-Châteaux  et  de  Gap 
(1354-1399),  les  portait  sur  son  sceau  que  j'ai  publié 
jadis  (2)  et  il  était  frère  du  seigneur  de  la  Motte-Chalancon. 
La  branche  des  seigneurs  d^Aix,  ne  différait  pas  des  pré- 
cédentes par  ses  armoiries  que  nous  voyons  reproduites 
sur  les  sceaux  de  Guillaume  Artaud,  seigneur  d'Aix  en 
1424  et  1426  (3).  Il  n'est  pas  jusqu'à  la  branche  bâtarde 
des  Montauban  du  Villard  qui  n'ait  eu  ces  mêmes  armoi- 
ries sans  aucune  brisure  (4). 

Les  couleurs  des  armoiries  des  branches  des  barons  de 
Montmaur,  et  des  seigneurs  d'Aix  et  de  la  Motte-Chalan- 
con ne  me  sont  pas  connuea.  Les  Montauban  du  Villard 
portaient  de  gueules  à  trois  châteaux  à  trois  tour  cVor. 

J.  ROMAN. 


(1)  Voir  ma  Sigillographie  du  diocèse  de  Gap, 
(3)  Sigillographie  du  diocèse  de  Gap* 

(3)  fiibl.  nation.  Cab.  de  titres,  pièces  orig.  toI.  107,  n*  2^28. 

(4)  Ce  sont  celles  que  donne  la  GénécUogie  de  cette  famille  impri- 
mée par  son  ordre  au  milieu  du  XVIP  siècle.  (S.  1.  n.  d.,  4  p.  in-4^). 


434      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


CORRESPONDANCE  D'ACHARD  DE  GERINE 

avec  M.  de  la  Coste 

L'DH  DES  DEIUQERS  PRESIDENTS  A  MORTIER  DO  PARLEMENT  DE  DAOPHINE 

pendant  les    deux   premières    années   de    VEmigration 

m 

1791-179J. 


(Suite.  —  Voir  les  74*,  75*,  76*,  77*  et  78*  livraisons). 


XVI. 


Monsieur  le  Président, 

I 

J'ai  reçu  hier  votre  lettre  du  28  septembre  ;  elle  est 
cottée  n®  5.  Je  n'ai  pas  reçu  le  n''4.  Je  ne  tarde  pas  à  vous 
répondre,  pour  vous  envoyer  la  note  ci-jointe  de  M.  Du- 
chados.  Il  est  désolant  que  ce  &1.  Cornet  ait  conseillé  un 
remède  qui  produisait  d'aussi  tristes  effets.  Le  succès  de 
celui  proposé  par  M.  Duchados  annonce,  comme  vous  le 
dites,  qu'il  a  mieux  saisi  le  principe  de  la  maladie. 

Voici  une  lettre  que  Madame  de  Chaléon  (i)ma  envoyée 
de  Vif  pour  vous  faire  parvenir. 


(1)  Anne-Pierrette  delà  Coste, femme  de  Laurent-César  de  Chaléon- 
Chambrier,  conseiller  au  parlement  de  Grenoble,  était  la  sœur 
du  président  de  la  Coste.  Nous  la  trouvons  portée,  avec  son  mari 
et  son  fils,  sur  la  liste  des  notoirement  suspects  dressée  par  les 


CORRESPONDANCE  d'aCHARD   DE  GERMANE.  435 

M.  votre  frère  m'a  accusé  la  réception  de  la  lettre  de 
change  de  95,600  livres  que  je  lui  ai  envoyée.  Il  me  mar- 
que qu'il  enverra  la  quittance  finale  lorsque  la  somme 
portée  par  cette  lettre,  et  celle  de  io5o  livres,  montant 
des  intérêts  échus  depuis  le  dernier  paiement  que  je  lui  ai 
fait,  seront  acquittées.  Je  remettrai  cette  dernière  somme 
à  M.  de  Moydieu  (i),  comme  il  me  le  marque. 

M.  de  Blosset  proposa  le  remboursement  des  3o,ooo 
livres;  mais  je  dis  à  M.  de  Besson  que  je  ne  connaissais  pas 
les  titres  de  la  créance.  Après  plusieurs  visites,  nous  fîmes 
pour  ainsi  dire  une  transaction.  Je  lui  donnai  une  décla- 
ration portant  qu'il  m'avait  averti  qu'il  vous  rembour- 
serait 5ooo  livres  dans  trois  mois.  Je  crois  qu'il  y  en  a  un 
d'expiré.  Soyez  très-persuadé  que  je  me  défends  autant 
que  je  le  puis  contre  les  remboursements  de  capitaux. 

M.  de  Miribel  ne  m'a  rien  fait  signifier.  Je  l'embarras- 
serai en  lui  disant  qu'il  s'exposait  à  faire  une  offre  nulle, 
s'il  ne  connaissait  pas  le  titre  qui  vous  constituait  créan- 
cier, parce  qu'il  serait  difiicile  de  faire  une  offre  juste. 


représentants  du  peuple  Albitte  et  Gauthier.  Arrêtés  tous  ensemble 
le  28  avril  1793,  ils  furent  incarcérés  à  Sainte-Marie-d*en-Haut, 
avec  trente  autres,  dont  plusieurs  figurent  dans  cette  correspon- 
dance. 

(1)  Gaspard-François  Berger  de  Mojdxeu,  conseiller  au  parle- 
ment depuis  1775,  est  l'auteur  d'un  ouvrage  important  qui  est 
demeuré  en  manuscrit  ;  on  le  trouve  mentionné  dans  le  Catalogue 
de  la  Bibliothèque  lyonnaise  de  M.  Cotte  sous  ce  titre  ;  Tableau  hisio- 
riqtœ  de  VaJbhaye  royale  de  Saint-Pierre^  second  manuscrit^  revu^  corrigé 
et  augmenté,  ÏIBB, —  3  vol.  in-f.  Nous  croyons  qu'il  est  aussi  l'auteur 
d'un  Mémoire  sur  la  circulation  des  grains,  mentionné  par  Rochas. 
IjC  conseiller  de  Moytiieu  avait  un  frère  qui  fut  incarcéré  avec 
lui  comme  suspect  en  mai  1793.  L'un  des  deux  frères  est  mort  à 
la  Verpillière,  le  23  novembre  1807. 


436       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Giroud  a  sur  le  champ  écrit  pour  votre  renouvellement 
au  Mercure  {i). 

J'ai  reçu  3ooo  et  quelques  livres  de  M.  de  Viennois  (2), 
que  j'ai  aussitôt  remis  à  M.  Périer.  Il  a  remboursé  67,000 
livres  à  M.  de  Montferrat  ;  mais,  quoiqu'il  ait  reçu  beau- 


(1)  Le  Mercure  de  France  peut   être  considéré   comme  le   plus 
ancien  journal  qui  ait  été  publié  en  France. 

(2)  Jean-Jacques,   marquis  de  Viennois,   seigneur  de  Septême, 
Ojtier,  etc.,  fut  député  de  la  noblesse  aux  Etats  de  Romans  en 
1788;  il  j  fit  partie  de  la  commission  intermédiaire  chargée  d^étudier 
les   questions   qui    deyaient  être   soumises  aux  délibérations    de 
l'assemblée  ;  il  fut  aussi  Tun    des  commissaires    nommés   «  pour 
préparer  les  pouvoirs  des  députés  aux  Etats  généraux  du  Royau- 
me. »  Délégué  auprès  du  Roi  avec  MM.  Falcoz  de  la  Blacbe  et  de 
Virieu  pour  solliciter  de  S.  M.  le  rétablissement  des  Etats  géné- 
raux, sa  mission  fut  couronnée  du  plus  heureux  succès.   Dans  la 
séance  du  7  janvier  1789,  il  donna  lecture  d*une  lettre  à  lui  adressée 
et  signée  par  vingt-huit  dauphinois  résidant  à  Paris,  dans  laquelle 
ils  exprimaient  leur  adhésion  aux  principes  des  Etats  de  Romans, 
et  c  rendaient  hommage  au  zèle  et  au  courage  avec  lesquels  MM. 
«  le  marquis  de  Viennois,  le  comte  de  la  Blache  et  le  comte  de 
€  Virieu,  députés  de  la  noblesse,  ont  soutenu  les  intérêts  de    la 
€  province  pendant  leur  séjour  dans  la  Capitale.»  ^Procès^verbal des 
Etait  de  Dauphiné  asteniblés  à  Romans. — Grenoble,  1788-In-4®,  p.  J30. 
—  Voir. aussi  p.  39.)  —  Le  marquis  de  Viennois  ne  pouvait  man- 
quer d'être  rangé  dans  la  classe  des  suspects  et  traité  en  consé- 
quence. Arrêté  avec  sa  femme  et  sa  fille  en  mai   1793,  en  même 
temps  que  M.  de  Chaléon  et  sa  famille,  il  fut  incarcéré  à  la  Propa- 
gation de  la  foi,  d'où  il  fut  transféré,  l'année    suivante  (messidor 
an  11 -juin  1794),  avec  quelques-uns  de  ces  compagnons  de  déten- 
tion, dans  la  prison  de  la  place  S.  André  appelée  la  Conciergerie. 
De  ce  nombre  étaient  les  deux  frères  de  Moydieu,  MM.  de  Bardo- 
nenche,    Angles,   Pex-constituant  Revol,  Pévôque   constitutionnel 
Raymond,  et  plusieurs  ecclésiastiques   C'étaient  ceux  qui  étaient 
le  plus  compromis.  (Albin  Gras,  deux  ans  de  l'Histoire  de  Grenoble, 
p.  103.)  Le  marquis  de  Viennois  est  mort  à  Septême  en  1818. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD  DE   GERMANE.  487 

coup  d'assignats  par  le  moyen  des  ventes  qu'il  a  passées, 
il  n'a  pas  voulu  vous  rembourser  avec  cette  monnaie.  Il 
m'a  même  dit  de  vous  témoigner  combien  il  était  fâché  de 
vous  payer  les  intérêts  avec  des  assignats,  et  de  vous 
assurer  de  son  respectueux  attachement.  Il  part  pour  la 
Suisse. 

Deux  receveurs  des  consignations  vous  ont  écrit  deux 
lettres  imprimées,  où  ils  vous  conseillent  de  faire  liquider 
votre  charge  et  de  vous  adresser  à  un  avocat  au  conseil 
qu'ils  nomment,  pour  l'expédition  de  cette  affaire.  Quand  la 
liquidation  serait  faite,  je  ne  pourrais  pas  exiger  le  capital, 
parce  qu'à  Paris,  on  est  fort  scrupuleux  sur  les  titres  et  les 
pouvoirs.  Je  crois  d'ailleurs  qu'il  manque  quelques  titres. 

J'aurais  bien  désiré  faire  liquider  la  charge  de  premier 
président  au  bureau  des  finances.  Je  vous  avais  écrit  à  ce 
sujet,  pour  savoir  où  étaient  les  titres. 

Un  fermier  de  Barbières  est  venu  aujourd'hui  payer 
590  livres  en  assignats;  car  on  ne  paye  qu'avec  cette 
monnaie.  Il  m'a  dit  qu'on  était  tranquille,  et  qu'on  n'avait 
pas  pensé  à  attaquer  votre  maison  ;  c'était  un  faux  bruit, 
auquel  Madame  de  la  RoUière  avait  ajouté  foi. 

Les  émigrations  sont  toujours  plus  fréquentes.  L'argent 
est  d'une  rareté  extrême.  On  ne  voit  plus  que  des  assignats. 
La  pluie  est  venue  depuis  deux  jours  rassurer  les  habi- 
tants de  la  ville  et  des  campagnes. 

Vous  avez  beaucoup  de  rentes  à  Seissins,  Fontaine,  etc. 
Vous  aviez  chargé  Rancurel  de  les  exiger.  Il  en  a  reçu, 
il  en  convient,  et  il  n'en  rend  pas  compte.  Il  serait  à 
propos  de  savoir  où  sont  les  titres.  J'ai  fait  avertir  les 
particuliers  qui  payent  ordinairement,  et  ils  ont  demandé 
les  titres,  pour  savoir  comment  ils  doivent  et  ce  qu'ils 
doivent.  La  plupart  de  ces  rentes  prescrivent,  à  ce  qu'on 
m'assure. 

Tome  XX.  -  1886.  29 


438       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

Durif(i)  m'avait  promis  de  chercher  les  papiers  qu'il 
a,  vous  appartenant.  J'aurais  pu  y  trouver  peut-être 
ceux  dont  il  s'agit.  Il  est  en  campagne.  Je  lui  écrirai  pour 
me  les  remettre. 

Je  vous  remercie  de  l'intérêt  que  vous  prenez  à  ma 
santé;  elle  est  fort  bonne.  Je  désire  ardemment  le  rétablis- 
sement de  celle  de  Madame  de  la  Coste,  et  la  conser- 
vation de  la  vôtre. 

12  octobre. 

{Sur  une  petite  feuille  volante  :)  Les  loo^ooo  livres  ne 
sont  pas  encore  remboursées  à  M.  Périer;  mais  si  le  règne 
des  assignats  dure  encore  longtemps,  et  que,  malgré  ma 
résistance,  je  sois  obligé  d'en  recevoir  après  ce  rembour- 
sement, je  serais  d'avis  de  racheter  les  rentes  qui  existent 
sur  vos  biens.  Je  m'aperçois  quelles  sont  assez  considéra- 
bles. Je  ne  crois  pas  prudent  de  racheter  celles  qui  sont 
dues  au  clergé  ;  mais  on  pourrait  racheter  les  autres. 
Jouvin  ma  dit  que  vous  aviez  un  journal  sur  lequel  vous 
aviez  écrit  ces  rentes.  Comme  vous  ne  pouvez  faire  de 
placement  plus  avantageux  que  sur  vous-même,  il  vau- 
drait mieux  faire  ce  rachat.  Je  vous  prie  de  m'écrire 
votre  intention  à  cet  égard.  En  attendant  votre  réponse,  si 
M.  Périer  était  payé,  je  ferais  en  sorte  d'effectuer  quel- 
que rachat,  parce  que  je  crois  cette  opération  fort  avan- 
tageuse. 


(1)  Jean  Turc-Durif,  procureur  de  M.  de  la  Coste.  était  le  dojea 
des  procureurs  héréditaires  au  balliage  de  Graisiraudan.  Il  avait 
acquis  son  office  de  M.  Allemand-Duyerger,etdemeurait  rue  Vieuc 
Jésuites,  près  la  rue  Ste-Claire. 


CORRESPONDANCE   D^ACHÂRD   DE  GERMANE.  43g 


XVII. 

Grenoble,  le  19  octobre, 

Monsieur  le  Président, 

J'ai  cru  devoir  vous  dire  les  nouvelles  de  notre  yille. 
M.  Cftaboud  (i)  et  M.  Chièse  (2)  arrivent  de  Coblentz.  Le 


(1)  Joseph-Just-André  de  Chaboud,  conseiller  au  parlement 
de  Orenoble^  appartenait  à  une  ancienne  famille  de  la  Côte-Saint- 
André  anoblie  en  1577,  d'après  Guy  Allard.  Nous  croyons  qu'elle 
subsiste  encore  à  Chambéry,  où  elle  s'est  rendue  recommandable 
dans  la  magistrature. 

(2)  Gabriel-Prosper  de  Chièze,  né  à  Grenoble,  le  19  avril  1760, 
devint  conseiller  au  parlement  le  31  mars  1787.  Il  épousa,  en  1801, 
Adélaïde  de  Sucy,  sœur  ainée  de  l'infortuné  ordonnateur  en  chef 
de  l'armée  d'Egypte.  Les  relations  et  les  intérêts  que  cette  alliance 
lui  créèrent  dans  la  Drôme  l'attirèrent  à  Valence,  où  il  exerça 
différentes  fonctions  administratives  sous  l'Empire  et  la  Restau- 
ration. 11  y  devint  entreposeur  général  des  tabacs  en  mars  1811, 
par  la  faveur  de  Montalivet,  alors  ministre  de  l'intérieur.  Il  ne 
cessa  de  revendiquer  auprès  des  gouvernements  qui  se  succé- 
dèrent jusqu'à  sa  mort,  des  indemnités  pour  les  pertes  énormes 
qu'avait  fait  subir  à  sa  famille  la  un  tragique  de  son  beau-frère  et 
les  pillages  et  déprédations  qui  l'accompagnèrent.  M.  de  Chièze 
mourut  à  Valence  (paroisse  Saint-Jean),  en  novembre  1840,  sans 
postérité.  Sa  veuve  lui  survécut  jusqu'au  1*'  février  1847.  L'ex- 
cooseiller  au  parlement  de  Grenoble  était  le  frère  de  Jérôme- 
Frédéric  de  Cbièze,  vicaire  général  de  Carcassonne,  nommé  arche-* 
véque  deNarbonne  en  1817,  et  le  neveu  des  deux  abbés  de  Chièze, 
qui  périrent  sur  l'échafaud  révolutionnaire  d'Orange  en  1793.  La 
famille  de  Chièze  (de.  Chiesa),  originaire  d'Italie,  était  venue  se  fixer 
dans  le  Comtat  à  la  suite  des  Papes  ;  elle  habitait  Orange,  d'où  le 


44Û       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

premier  est  venu  à  Grenoble;  Pautre  s'est  arrrêté  à  Cham- 
béry.  Ils  ont  été  chargés  d'une  commission  importante. 
M.  Chaboud  n'a  vu  que  deux  amis  qui  m'en  ont  fait  la 
confidence.  Il  a  dit  qu'après  des  explications,  ils  ont  été 

■ 

reçus  des  princes  avec  la  distinction  accordée  aux  prési- 
dents du  parlement  de  Paris.  On  avait  exagéré  les  périls 
qu'ils  avaient  couru  lorsqu'ils  passèrent  la  frontière.  Ils 
ont  parlé  à  M.  de  Narbonne-Fritzlard  (i)  à  Chambéry. 
On  ne  sait  l'objet  de  leur  mission  ;  mais  nous  avons  pré- 
sumé qu'il  s'agit  de  ramasser  le  plus  grand  nombre  pos- 
sible de  magistrats,  pour  passer  à  Coblentz.  M.  d'An  tour. 


père  du  conseiller  Tint  s'établir  à  Grenoble,  y  ayant  acquis  une 
charge  au  parlement.  Prosper  de  Chièze  fut  le  dernier  de  sa  race 
et  de  son  nom;  sa  sœur  avait  épousé  M.  Duporlrouz,  de  Romans, 
ayocat  au  parlement  f^Annuatre  de  la  noblesse  p<nir  1862,  p.  153. 
Biographie  du  Dauph,,  art.  de  Chièze  et  de  Sucy,) 

(1)  Lieutenant  général  des  armées  du  roi  et  commandant  pour 
son  service  en  Dauphiné.  Il  était  fils  unique  de  Jean*François, 
comte  de  Narbonne-Pelet,  qui,  en  1761,  étant  colonel  d'un  régi- 
ment de  grenadiers  royaux,  défendit  le  poste  de  Fritzlar,  où  il 
arrêta  pendant  trois  jours  les  efforts  des  Prussiens  et  donna  le 
temps  au  maréchal  de  Broglie  de  dégager  l'armée.  En  souvenir  de 
ce  beau  fait  d'armes,  Louis  XV  voulu  qu'il  ajoutât  à  son  nom  celui 
de  Fritzlar,  qui  demeurerait  comme  un  titre  de  gloire  à  ses  descen- 
dants. Le  commandeur  militaire  du  Dauphiné,  était  grand'croiz  de 
l'ordre  de  S.  Louis  et  commandant  de  l'Ordre  de  S.  Lazare  ;  il  avait 
été  créé  lieutenant-général  le  1*'  janvier  1784.  Le  roi  le  nomma, 
avec  le  bar«n  de  la  Bove,  son  commissaire  aux  £tats  de  Romans, 
et  en  cette  qualité,  il  y  porta  le  premier  la  parole  dans  la  séance 
d'ouverture  du  1"  décembre  1788.  Le  comte  de  Narbonne-Fritzlar 
avait  déjà  émigré  à  la  date  de  cette  lettre  ;  il  ne  resta  pas  en 
France.  Albéric,  son  fils  aîné,  demeura  au  service  de  l'empereur 
d'Allemagne  ;  son  unique  fille  fut  mariée  à  l'héritier  de  la  maison 
de  Luynes,  et  porta  le  titre  de  duchesse  de  Chevreuse. 


CORRESPONDANCE   D^ACHARD  DE   GERMANE.  44 1 

qui  a  vu  AJ.  Chaboud,  part  demain  ;  M.  de  Valserre, 
après-demain  (i).  Ils  ne  sont  pas  arrêtés  par  la  considéra- 
tion de  la  maladie  de  leurs  pères.  M.  des  Adrets  (2)  a 
fait  une  chute.  Sa  voiture  versa.  M.  du  Bois  (3)  les  accom- 
pagne. On  assure  que  MM.  de  Sayve,  de  Vaux,  présidents, 
et  Angles,  partiront  aussi.  On  en  cite  d^autres.  Je  vous 
écrirai  dès  que  je  serai  instruit  s'ils  sont  partis.  On  comp- 
te onze  magistrats  qui  y  vont.  M.  (Chaboud  part  en  poste 
demain,  pour  s'en  retourner  à  Coblentz,  M.  d'An  tour 
m'a  dit  qu'après  avoir  resté  quelques  jours  à  Coblentz, 
il  irait  à  Worms.  Si  vous  voulez  lui  écrire,  vous  pourrez 
recommander  la  lettre  à  M.  de  Virieu.  C'est  l'adresse 
qu'il  m'a  donnée  lorsque  je  lui  écrirai.  Il  a  échappé  de 


(1)  Apollinaire-Louis-EHsabeth  de  Yaulserre  des  Adrets,  conseil- 
ler au  parlement.  Il  était  capitaine  commandant  de  la  compagnie 
des  grenadiers  de  la  garde  nationale  de  Grenoble,  et  habitait  la 
rue  NeuTe. 

(2)  Père  du  précédent  (?). 

(3)  Gaspard-Marie  du  Boys,  né  à  Grenoble  en  octobre  1761,  fut 
nommé  conseiller  au  Parlement  de  Grenoble  arec  dispense  d*âge 
en  1782;  il  épousa,  en  août  1792,  Mademoiselle  de  la  Porterici 
entra  en  qualité  de  conseiller  à  la  cour  impériale  de  Grenoble  en 
1811,  et  en  devint  président  en  1816.  Il  fut  élu  député  de  l'Isère  en 
1815,  et  se  retira  de  la  magistrature  en  1848.  Il  est  mort  le  l*'  avril 
1860,  dans  sa  99*  année.  M,  Revillout,  alors  professeur  d'histoire 
au  lycée  de  Grenoble,  a  publié  une  notice  sur  ce  vénérable  doyen' 
de  la  magistrature  française.  Il  est  le  père  de  M.  Albert  du  Boys, 
si  honorablement  connu  dans  le  monde  des  lettres  et  de  l'érudition. 
Celui-ci  veut  bien  nous  apprendre  que  Gaspard  -  Marie  du  Boys 
n'effectua  pas  le  voyage  projeté  de  Coblentz,  sans  doute  parce 
que  le  Comte  de  Provence  demeura  peu  de  temps  dans  cette  ville, 
et  fut  obligé  d'en  partir  précipitamment  vers  cette  époque-là.  — Voir 
sur  cette  épisode  de  l'émigration  les  articles  publiés  par  Alphonse 
Daudet  dans  la  Revue  des  deux  Mondes. 


442       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

dire  à  M.  Chaboud  que  M.  de  Sayve  avait  été  blâmé  de 
ce  qu'il  n'avait  pas  convoqué  le  parlement,  tandis  qu'il  en 
avait  reçu  l'ordre  écrit  de  la  main  des  princes.  J'ai  bien 
de  la  peine  à  croire  que  M.  de  Sayve  eût  négligé  cet 
ordre.  Il  a  dit  encore  qu'on  était  plus  près  du  dénouement 
que  l'on  ne  pensait.  —  Cependant  deux  lettres  de  Co- 
blentz,  arrivées  hier,  ne  parlent  que  du  printemps. 

La  commission  intermédiaire  va  faire  une  protestation 
ronflante.  M.  le  chevalier  de  {sic)  Bouchage  s'en  occupe. 
La  Constitution  a  été  publiée  dimanche  dernier  par  les 
officiers  municipaux  à  cheval  et  en  écharpe.  Le  secrétaire 
de  la  municipalité  portait  sur  sa  poitrine  la  divine  Consti- 
tution. M.  Marcel  (()  fut  jeté  à  terre  par  son  cheval,  qui 
se  cabra.  On  crut  qu'il  s'était  tué  ;  mais  il  ne  se  fit  aucun 
mal.  Deux  autres  municipaux  éprouvèrent  le  même  acci- 
dent, et  sans  recevoir  plus  de  mal.  Point  d'applaudisse- 
ments ;  un  silence  morne.  La  nouvelle  imposition,  qui 
est  double  de  l'année  dernière,  commence  à  faire  crier. 
On  ne  donne  pas  d'argent.  On  est  ici  fort  mécontent: 
L'opinion  du  bas  peuple  change  ;  la  misère  le  poursuit 
et  l'accable.  Les  assignats  perdent  le  20,  c'est-à-dire  un 
cinquième.  Pour  avoir  80  louis  en  argent,  on  donne  loo 
louis  en  assignats.  Les  louis  d'or  se  vendent  communé- 
ment i5  ou  20  s.  ;  bien  entendu  que  l'échange  se  fait  en 
argent.  Pour  avoir  des  louis,  on  perd  le  23  sur  les  assi- 
gnats. —  La  faction  des  monarchistes  s'agite  beaucoup. 
Barnave  est  à  Lyon,  à  ce  qu'on  dit  ;  Lafayette  en  Auver- 
gne ;  Rabaud-St- Etienne,   M.   de  Maubourg,  du  côté 


(J)  Un  personnage  de  ce  nom  était  conseryateur  des  hypothèques 
à  Grenoble  (Grande-Rue)  en  1790. 


CORRESPONDANCE   d'aCHARD   DE   GERMANE.  443 

d'Orange,  etc.  (i)  Ils  intriguent  pour  se  faire  des  partisans 
et  s'approprier  l'autorité,  en  conservant  un  fantôme  de 
royauté.  M.  de  Langon,  (2)  qui  est  arrivé,  paraît  affecté 
de  cette  faction.  Il  dit,  et  on  écrit  de  Paris,  que  l'assem- 
blée actuelle  est  dans  le  mépris.  Le  directoire  de  départe- 
ment a  eu  une  alerte.  Il  s'en  fallut  de  peu  qu'il  ne  fût  en 
pièces  l'autre  jour.  On  distribuait  des  petits  assignats. 
L'armée  des  sans-culottes  leur  dit  mille  horreurs.  La 
garde  nationale  t>rit  la  fuite.  II  survint  des  Corses,  qui 
en  imposèrent.  Une  femme  mit  le  poing  sous  le  nez  de 
Duport.  Si  elle  l'avait  frappé,  il  aurait  été  mis  en  pièces, 
de  même  que  les  autres  ;  car  il  suffit  de  commencer.  Aussi 
a-t-on  écrit  pour  faire  venir  l'autre  bataillon  des  Suisses, 
qui  est  à  Montdauphin. 

Si  vous  voulez  que  je  fasse  passer  les  6,000  livres  déposées 
chez  M.  Perier,  à  Chambéry,  je  les  adresserai  à  Madame 
de  Sayve,  qui  les  fera  parvenir  facilement  à  Worms  ou  à 
Coblentz.  Tous  les  jours,  il  part  des  personnes  bien 
sûres.  Je  ferais  passer  la  somme  par  la  Chartreuse  ;  car 


(1)  Ces  quatre  personnag^is  sont  trop  connus  pour  que  nous 
ayons  à  nous  j  arrêter  ici.  Sans  être  partisans  de  la  royauté,  ils 
étaient  pleins  de  déférence  pour  la  personne  de  Louis  XVI,  et 
n'admettaient  pas  les  principes  ni  la  direction  de  la  démagogie. 
Deux  d'entre  eux  ne  tardèrent  pas  à  être  immolés  à  ses  fureurs, 
et  les  deux  autres,  Lafayette  et  César  de  la  Tour-Maubourg,  n'y 
échappèrent  qu'en  passant  à  T.étranger.  La  communauté  de  senti- 
ments et  d'infortune  ne  fît  que  resserrer  davantage  les  liens  de 
mutuelle  amitié  qui  les  unissaient  déjà  ;  ils  partagèrent  la  même 
captivité  et  endurèrent  dans  les  prisons  d'Olmùtz  de  dures  priva- 
tions. Charles,  le  troisième  des  fils  du  marquis  de  la  Tour-Mau- 
bourg,  épousa  sur  la  terre  étrangère  la  fille  aînée  de  Lafayette,  et 
ils  ne  rentrèrent  en  France  tous  ensemble  qu'à  la  fin  du  siècle. 

(2)  Voir  sur  le  marquis  de  Langon  une  note  de  la  lettre  YL 


444       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

on  arrête  sur  les  frontières,  non  les  personnes,  mais  l'ar- 
gent. C'est  ce  qui  rend  si  chers  les  louis.  Aussi,  n'en  voit- 
on  plus  ;  on  est  fort  en  peine  pour  en  trouver. 

Je  n'ose  pas  vous  dire  que  je  n'ai  pas  été  encore  à 
Jarrie,  etc.,  quoiqu'on  soit  venu  dire  à  ma  domestique 
qu'il  est  à  propos  que  Je  voie  comment  les  choses  se 
passent.  Je  ne  sais  pas  ce  qu'on  veut  dire.  Je  m'en  ins- 
truirai, s'il  est  possible,  en  interrogeant  ceux  qui  ont  dit 
cela,  notamment  le  collecteur,  qui  vint  dans  un  moment 
où  j'étais  sorti.  Au  reste,  je  ne  crois  pas  qu'il  s'agisse 
d'objets  essentiels,  parce  que  d'autres  m'en  auraient  ins- 
truit. —  Madame  de  Fontenay  arrive  de  Chambéry,  où 
elle  est  allée  voir  les  demoiselles  du  Chilleau.  Ses  chevaux 
prirent  le  mors  aux  dents  ;  elle  à  fait  une  chute  ;  heureu- 
sement elle  n'a  eu  que  des  meutrissures  légères.  M.  de 
Besson  a  remboursé  5ooo  et  quelques  livres,  c'est-à-dire 
5ooo  livres  et  les  intérêts  de  cette  somme,  en  sorte  que  le 
capital  est  réduit  à  25,ooo.  Le  délai  de  la  déclaration 
qu'il  m'avait  donnée,  et  dont  il  avait  une  ampliation, 
était  expiré.  Cette  somme  fut  remise  sur  le  champ  à 
M.  Périer,  sauf  5oo  livres,  parce  qu'il  y  avait  des  impo- 
sitions provisoires  à  payer.  La  nouvelle  que  m'avait 
donnée  Madame  de  la  Rolière,  touchant  votre  maison  a 
Barbière,  n'est  pas  exacte.  Un  fermier  vint  apporter  une 
somme  à  compte  des  arrérages,  et  il  m'assura  qu'il  n'en 
avait  pas  été  question.... 

Je  vous  réitère  toujours  l'assurance  de  mon  respectueux 
dévouement. 

J'ouvre  ma  lettre  pour  vous  dire  que  j'ai  prié  M.  d'An- 
tour  de  vous  écrire  à  Rome  tout  ce  qui  intéresse  votre 
compagnie,  parce  que  je  crois  important  que  vous  sachiez 
ce  qui  se  passe.  Il  me  l'a  promis^  et  il  m'a  dit  qu'il  vous 
écrirait  les  détails  avec  plaisir. 


CORRESPONDANCE   d'ACHARD   DE   GERMANE.  446 

M.  le  Chevalier  de  Sayve  m'a  dit  que  son  frère  ne  lui 
avait  pas  fait  part  de  son  projet  d'aller  à  Worms  ou  à 
Coblentz  ;  ce  qui  pourrait  faire  douter  quMl  parte. 

Je  ne  refais  pas  ma  lettre.  Je  vous  prie  d'excuser  ma 
paresse. 

(A  Monsieur  Monsieur  de  la  Coste,  Président  à  mortier 
du  Parlement  de  Grenoble,  rue  Condotte,  à  Rome,  en 
Italie.) 

(A  continuer,) 


446       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 


ESSAI    HISTORIQUE 

SUR 

LE      VERGORS 

(Brôxne). 


(Voir  les  67»,  68%  69*,  70%  71*,  72",  73",  74",  75",  76%  77*  et  78^  livraisons) 


Perdeyer.  —  En  1595,  «  noble  Fran.  Perdeyer,  filz 
à  noble  Claude  Perdeyer,  »  habitait  Die  et  achetait 
des  biens  à  St-Agnan,  notamment  une  terre  dite  la 
Reynaudière  (i). 

De  Laitier,  —  En  1597,  Claude  de  Lattier,  seigneur 
de  Charpey,  ayant  fait  «  saisir  et  inquanter  »  la  parerie 
de  Vassieux  qui  avait  appartenu  au  comte  de  Suze, 
Tacheta  lui-même  et  s'en  mit  en  possession.  Comme  il 
ne  s'inquiétait  pas  assez  de  payer  lés  lods  dus  pour  cette 
acquisition,  Tévêque  de  Die  et  de  Valence  le  fit  assi- 
gner en  payement  de  ces  lods.  Du  reste,  M.  de  Char- 
pey vendit  la  parerie,  le  2  avril  1602,  à  Jacques  Muret, 
avocat  de  Montélimar,  devant  Raymond  d'Estret,  no- 
taire à  Valence.  (2). 

Muret,  —  Jacques   Muret ^  avocat  de  Montélimar, 


SX 


(1)  Minutes  cit.,  reg.  n*^  97,  f.   xiiij. 
(a)  Arch.  et  fonds  cit 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  447 

acquit  en  1602  les  droits  des  Lattier  à  Vassieux.  Le 
22  septembre  de  la  même  année,  par  acte  reçu  Guillet, 
notaire  à  Die,  il  albergea  tous  les  droits  de  pacage  et 
de  coupage  de  bo-is  qu^il  pouvait  avoir  à  St-Genys  et  au 
mandement  de  Vassieux,  aux  habitants  de  Marignac, 
qui^  pour  ce,  devaient  lui  payer  annuellement  :  ceux 
n'ayant  pas  de  bœufs,  i  quarte  froment;  les  autres,  i 
émine  froment  ;  la  communauté  en  corps,  4  chapons  et 
4  poules,  outre  les  introges  de  50  écus. 

En  1604,  Muret  prêta  hommage,  devant  Bertrand 
notaire  à  Die,  à  Tévêque  de  Die  et  Valence,  pour  la 
coseigneurie  de  Vassieux,  avec  les  maisons,  granges, 
chazaux,  domaines,  bois,  terres,  prés,  hermes,  censés, 
chasses,  revenus  et  pensions  dépendants  de  cette  cosei- 
gneurie. Mais,  malgré  cet  hommage  obligé.  Muret  se 
posait  à  Vassieux  comme  un  maître.  Un  «  extrait  du 
conseil  épiscopal  »  du  ij  janvier  1607  '^  P^"*"  informer 
des  excès  et  entreprise  du  s'  Muret,  »  représente  celui- 
ci  comme  «  prenant  la  qualité  de  seul  seigneur  de.  Va- 
cieu,  faisant  assembler  les  hommes  à  la  place  dud.  lieu 
pour  leur  commander  de  l'appeler  M.  de  Vacieu,  avec 
menaces,  et  darda  son  épée  contre  un  habitant,  et  fÈti- 
sant  reconnoître  tout  plain  d'habitant  pour  ses  jurisdicia- 
bles,  jurant  qu'il  tueroit  quelqu'un  quand  il  le  devroit 
faire  sur  l'autel.  »  De  plus,  l'albergement  de  1602  par 
Muret  aux  habitants  de  Marignac  vexait  ceux.de  Vas- 
sieux, qui  se  prétendaient  en  possession  immémoriale 
de  bûcherer  et  faire  paître  dans  les  bois  de  Vassieux  et  à 
Saint-Genys.  Enfin,  ce  ne  fut  qu'après  avoir  fait,  le  2 
septembre  1608,  avec  le  sieur  Reboul  un  traité  d'après 
lequel  celui-ci  et  ses  successeurs  pouvaient  jouir  libre- 


448  SOCIÉTÉ  d'archéologie    ET   DE   STATISTIQUE. 

ment  des  montagnes. et  forêts  de  Vassieux,  moyennant 
67  liv.  10  sols  d'introges,  qu'il  songea  à  dénier  aux 
habitants  de  Marignac  les  droits  de  bûchefage  et  de 
pacage  auxdites  montagnes,  au  moyen  de  la  clause  de 
1602  d'après  laquelle  il  n'albergeait  qu'autant  qu'il  le 
pouvait.  Au  surplus,  il  ne  céda  pas  pour  cela  aux  gens 
de  Vassieux.  Le  9  décembre  1614,  il  présenta  au  parle- 
ment une  requête  pour  obtenir  l'interdiction  contre  eux 
de  faire  paître  ou  bûcherer  à  Saint-Genys. 

C'était  trop  violent  aux  yeux  des  habitants  de  Vas- 
sieux. Après  des  formalités  inutiles,  ils  jugèrent  que  le 
mieux  pour  eux  était  de  se  défaire  de  la  personne  même 
du  tracassier  avocat.  Un  d'eux  voit  un  jour  ce  dernier, 
monté  sur  son  cheval,  prendre  le  chemin  de  Quint.  Il 
lui  offre  de  l'accompagner.  Arrivés  à  un  passage  étroit 
et  abrupt,  surmontant  un  horrible  abîme,  nos  voyageurs 
marchaient  avec  la  plus  grande  précaution,  quand  le 
compagnon  de  Muret,  feignant  d'aider  cheval  et  cava- 
lier à  franchir  sûrement  l'affreux  escarpement,  les  pous- 
se dans  l'abîme,  où  leurs  corps  en  lambeaux  ne  tardèrent 
pas  à  servir  de  pâture  aux  aigles  et  aux  vautours.  C'est 
ce  que  rapporte  la  tradition  locale,  et  ce  que  relatent  des 
documents  disant  que  Muret  «  fut  assassiné  dans  la 
montagne  par  un  habitant  de  Vacieu.  » 

Cette  mort  ne  termina  pas  les  difficultés.  Après  une 
transaction  entre  les  héritiers  de  Muret  et  Vassieux, 
qui  accorda  aux  habitants  quelque  satisfaction,  et  une 
reprise  d'instance  par  l'évêque  en  16 19,  Louise  de  Vesc, 
veuve  Muret,  finit  par  vendre  la  parerie,  dans  une  en- 
chère devant  le  visénéchai  de  Montélimar.  L'acquisition 
fut  faite,  en  1622,  au   prix  de  1200  écus,  par  Hercule 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE  VERCORS.  449 

Engilboud,  par  acte  reçu  Chabanas  notaire  à  Montéli- 
mar  (i). 

Lamorte.  —  Cette  famille  était  représentée  à  Die 
avant  1626  par  Jacques  de  Lamorte,  écolier  de  l'acadé- 
mie protestante  du  lieu,  qui,  en  1633,  docteur  et  avocat, 
constituait  au  consistoire  local  7  livres  10  sols  de  pen- 
sion (2). 

Jacques  eut  des  biens  à  Vassieux  et  à  St-Martin.  Il 
mourut  vers  1660,  et  eut  pour  héritier  François,  greffier 
de  la  judicature  mage  de  Die  en  1673,  notaire  et  procu- 
reur aux  cours  de  Die  en  1683,  lequel  avait  à  St-Martin 
dès  1673  le  domaine  dit  des  Algouds,  affermé  300  livres 
tournois,  50  livres  chanvre,  6  chapons,  i  pot  beurre 
fondu,  100  œufs,  i  quartal  pois  et  i  quartal  lentilles 
mesure  du  Vercors,  tous  les  ans. 

Ce  domaine  appartenait  dès  1738a  son  descendant 
Jean-François  de  Lamorte-Félines,  procureur  à  Die  en 
1738,  notaire  en  cette  ville  vers  1740.  Celui-ci  laissa,  à 
sa  mort,  arrivée  avant  1775,  l'usufruit  du  domaine  des 
Algouds  à  sa  veuve,  Françoise  Gueymard,  qui  en  avait 
eu  Jean- François,  notaire  et  procureur  à  Die  en  1777, 
et  Joseph,  officier  au  régiment  des  grenadiers  royaux 
de  Dauphiné,  et  résidant  à  Die  en  1775. 

Jean-François  eut  deux  fils,  dont  Tun,  du  même  nom 
que  lui,  était  dès  1790  également  notaire  et  procureur  à 
Die,  et  l'autre,  Pierre,  y  fut  praticien.  Ce  dernier  est 
légataire  pour  600  livres  dans  le  testament  du  30  août 


(i)  Arch.  et  fonds  cit. 

(a)  Arch*  de  la  DrOme,  D.  5  a  et  68. 


45o      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

1790  de  Joseph  de  Lamorte,  son  oncle,  ancien  officier, 
chevalier  de  Tordre  de  St-Louis,  tandis  que  son  frère  y 
est  légataire  universel.  Du  reste,  leur  père  et  leur  oncle 
figurent  encore  dans  un  bail  à  ferme  de  Tan  6  passé  pour 
8  ans  et  au  prix  de  450  livres,  40  sétiers  froment  et 
quelques  fournitures  chaque  année,  du  domaine  des  Al- 
goudsy  acquis  plus  tard  par  M.  Bellier  notaire  à  Saint- 
Martin,  et  dont  la  maison  est  encore  appelée  le  château 
des  Algouds,  (1) 

Mais  il  y  avait  encore  à  Die  une  autre  branche  de 
Lamorte,  dont  il  faut  nous  occuper. 

Après  Jean-François  de  Lamorte,  habitant  Die  vers 
16 16,  et  un  bourgeois  de  Die  du  même  nom,  ayant  des 
biens  à  St-Agnan  en  1644  et  en  165 1,  apparaît  Jean- 
François  de  Lamorte  ayant  en  1689  et  1700  des  biens 
à  la  Chapelle. 

Ce  dernier  eut  pour  héritier  Charles  de  Lamorte,  co- 
seigneur  de  Ver  cors  en  1716  et  17J7,  ayant  un  petit 
domaine  à  la  Bessée  et  dès  17 17  un  grand  à  la  Francon- 
nière,  capitaine  au  régiment  d'Auvergne,  et  décédé 
avant  septembre  1739. 

A  Charles  succéda  son  frère  Jean-François,  encore 
coseigneur  du  Vercors,  en  1759. 

Celui-ci  avait  épousé  avant  1745  la  fille  d'Etienne 
Guilletde  Tlsle,  négociant  de  Die,  qui  avait  acheté  des 
Sagnol  en  17 18  la  maison  dite  le  château^  située  au 
nord-est  et  au  pied  du  rocher  de  la  Bâtie^  et  acquis  dès 
17JO  la  seigneurie  de  Charens  près' Luc. 


(i)  Minutes  cit.,  poMsim. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE  VERCORS.  45  I 

Après  la  mort  de  Guillet,  arrivée  de  1750  à  1759,  ses 
biens  et  titre  passèrent  à  son  gendre,  puis  à  son  petit- 
fils  Etienne  deLamorte-Charens,  coseigneur  du  Vercors 
(pour  1  part  sur  16)  avec  Tévêque,  les  Bonniot  et  Mal- 
sang, et  seigneur  de  Charens  dès  1765,  conseiller 
maître  ordinaire  en  la  Chambre  des  Comptes  de  Dau- 
phiné  dès  la  même  année,  ce  qui  lui  valut  la  noblesse. 
Il  résidait  à  Die  en  1765  et  1777.  Il  fut  marié  à  Diane- 
Olympe  Isoard  et  siégea  aux  Etats-généraux  de  1788. 
Un  de  ses  fils  prit  le  nom  de  la  propriété  de  la  Fran- 
connière,  sous  lequel  est  connu  son  fils  unique  à  lui, 
Paul-Etienne-Charles  de  Lamorte-Charens,  né  en  1808, 
grand  officier  de  la  Légion  d'honneur,  général  depuis 
1864,  décédé  à  Saint-Marcel-lès-Valence  le  12  juin 
1874  (I). 

Engilboud,  —  Ennobli  par  lettre  d'octobre  1608,  vé- 
rifiées par  arrêt  du  12  décembre  161 1,  HerculeEngil- 
boud,  de  Die,  porta  de  gueules  au  lion  d'argent,  traversé 
d'une  fasce  chargée  de  j  coquilles  de  sinople  (2). 

Hercule,  ayant  acquis  en  1622  la  parerie  de  Muret  à 
Vassieux,  en  fut  investi  par  l'évèque  et  en  paya  les  lods 
le  16  novembre  1624,  devant  Masseron  notaire  à  Die. 
Par  suite  de  cette  acquisition,  à  laquelle  fut  jointe  celle 
de  la  parerie  des  Gironde,  ce  noble  donna,  le  9  novem- 
bre 1625 ,  à  la  commune  de  Die  la  faculté  de  prendre  du 


(1)  Minutes  cit.,  pa$sim  ;  —  Arch.  de  la  Drôme,  B,  1063,  1089,  113a, 
1135,  1167,  iaia-3,  I3i6,  1267;  G,  95,  ioi3;D.  56  ;  E,  2252;  — 
Arch.  de  St-Agnan,  terrier;  —  BuUet.  cit.,  VIII,  379-80  et  451-2. 

(2)  Guy-All4rd,  op.  cit.,  I,  422-3  ;  —  Chômer,  Estât  polit. ^  III,  135. 


452        SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

bois  à  Vassieux  pour  le  chauffage  et  les  bâtiments,  à  pro- 
portion de  sa  part  et  sous  la  censé  de  6  livres  par  an  (i). 

Après  avoir  aussi  acquis  la  seigneurie  de  Boule  et  des 
droits  à  Soubreroche,  il  mourut,  laissant,  avec  sa  veuve, 
Hélène  Artaud  de  Montauban,  qui  en  1633  constituait 
une  pension  de  12  livres  au  consistoire  de  Die,  son  fils, 
«  noble  René  d'Engilboud,  seigneur  de  Boule,  cosei- 
gneur  de  Vassieu^  »  qui  en  constituait  une  de  20  livres 
en  même  temps  et  au  même  consistoire  (2). 

«  René  d'Engilboud,  »  même  après  avoir  vendu  une 
maison  dans  le  bourg  de  Vassieux,  avait  encore  dans  ce 
lieu,  en  16^1  et  1668,  un  domaine  consistant  en  bâti- 
ments, terres  et  prés,  et  affermé  240  livres,  i  sétier 
pois,  i  sétier  lentilles,  2  quartes  orge  pilé,  2  quartes 
avoine  pilée,  le  tout  à  la  mesure  de  Die,  et  i  quintal 
fromage. 

Quant  à  sa  coseigneurie  audit  lieu,  dont  il  fit  hom- 
mage à  révoque,  le  15  octobre  1658,  devant  Brunel 
notaire,  elle  était  tenue,  comme  la  seigneurie  de  Boule, 
en  fief  franc  et  ancien  de  l'évêque  et  comte  de  Die.  Elle 
consistait  dans  la  propriété  et  la  jouissance  de  parts  de 
la  seigueurie  de  Vassieux  avec  le  seigneur  évêque,  et 
dans  la  montagne,  Therbage  et  les  prairies  de  Saint- 
Genys.  René  avait  environ  100  habitants  qui  étaient  «  ses 
hommes  liges  et  jurisdiciables,  séparés  de  ceux  de  Tévê- 
que.  »  Les  jurisdiciables  qui  menaient  du  bétail  étranger 
en  été  dans  le  terroir  de  Vassieux,  lui  faisaient  un  fro- 


(i)  Arch.  et  fonds  cit. 

(2)  Arch.  cit.;  D,  53,  68;  E,  759. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR  LE   VERCORS.  453 

mage  à  proportion  du  bétail.  Tous  les  bois,  hernies 
vacants,  herbages  et  pulvérages  de  Vassieux  lui  appar- 
tenaient par  indivis  avec  l'évèque,  sauf  Tusage  des 
habitants.  Il  y  possédait  des  censés,  lods,  corvées, 
tâches,  30  livres  de  censé  sur  un  moulin,  19  sétiers  de 
censé  des  habitants  de  M arignac  pour  l'usage  et  le 
pâturage  des  bois  de  Vassieux,  à  proportion  du  nombre 
des  habitants  et  de  la  quantité  des  bœufs,  outre  4  cha- 
pons et  4  poules.  L^évêque  reçoit  cet  hommage  sans 
préjudice  de  son  droit  sur  Saint-Genys  et  de  celui  de 
haut  seigneur  sur  le  tout. 

René,  qui  renouvelait  en  1 669  aux  habitants  de  Die  la 
faculté  de  bûcherer  à  Vassieux  pour  leur  chauffage  et 
leurs  bâtiments,  testa  en  1668.  Il  fit  son  héritier  pour 
Vassieux,  non  son  frère  Jacques,  sieur  de  Vassieux  en 
1661,  mais  son  petit-fils,  René  de  Bardonnenche(i). 

De  Bonne.  —  D'Alexis  de  Bonne  et  dlsàbeau  d'Au- 
riac,  qui  vivaient  en  1500,  descendait  Georges  de 
Bonne,  qui  épousa  Bonne  Cony  et  en  eut  François  de 
Bonne,  coseigneurde  Vercors  dès  1647,  et  habitant  de 
Saillans.  Depuis  lors  jusqu'au  milieu  du  18'  siècle,  nous 
trouvons  un  François  de  Bonne  conseigneur,  sans  savoir 
autre  chose  sur  la  généalogie  de  cette  branche,  sinon 
que  noble  François,  coseigneur  en  1662  et  1685,  était 
père  de  celui  de  17  J7.  Mais  le  testament  de  François  de 
Bonne,  coseigneur  en  1750,  fait  à  la  Chapelle  le  24 


(i)  Min.  cit.,  protoc.  Gauthier  F,  f.  113-6;  H,  f,  75-80;  protoc.  Sagnol 
de  1668-70,  f.  31  ;  —  Ârch.  Dr.,  fonds  cit.  et  B.  1065  ;  —  Choriir,  op.  et 
t.  cit.,  p.  135. 

Tome  XX.  —  1886.  30 


454       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

novembre  de  ladite  année,  bien  que  le  testateur  fût 
résidant  à  Saillans,  nous  fournit  les  détails  suivants. 
François  lègue  à  «  Françoise  Dupillon  de  Dône,  »  son 
épouse,  son  entretien  durant  sa  vie  dans  la  maison  de 
noble  Charles  de  Bonne,  son  fils  et  héritier  universel.  Il 
lègue  à  Josep,  Honoré,  Françoise  et  Bonne  de  Bonne,  à 
chacun  2000  livres,  et  à  Anne  de  Bonne,  «  attendu  ses 
infirmités,  »  son  entretien  sa  vie  durant  et  200  livres  (i). 

Vers  1763,  Charles  de  Bonne,  de  Saillans,  fils  de 
François  et  de  Françoise  du  Pilhon,  était  comte  de 
Bonne- Lesdiguièr es,  coseigneur  de  Vercors  et  ancien 
capitaine  au  régiment  de  Navarre,  et  épousait  Marie 
Bernard,  veuve  de  Jacques  Vial,  grand  voyer  en  Dau- 
phiné,  trésorier  général  de  France,  dotée  de  12,250 
livres,  de  7,000  pour  ses  joyaux,  et  de  tous  ses  autres 
biens. 

Peu  après,  Charles  et  son  épouse  avaient  des  biens  à 
St-Donat,  près  de  THerbasse,  et  plus  tard,  demeurant  à 
Montélimar,  ils  vendaient  pour  20,000  livres  et  192  livres 
d'étrenne,  à  Nicolas  Paul,  bourgeois  de  Saint-Donat, 
les  domaines  de  la  Garde,  Grange-Neuve  et  Pangot  sur 
Marges.  Puis  vient  le  testament  de  Charles,  en  faveur 
d'Auguste,  son  fils  aîné,  lieutenant  d'infanterie  au  régi- 
ment de  Guyenne,  avec  le  legs  de  son  mobilier  à  Marie 
Bernard,  sa  femme  ;  testament  suivi  de  l'acte  d'inhuma- 
tion à  Montélimar  du  testateur,  décédé  vers  1786,  à 
l'âge  d'environ  59  ans  (2). 


(i)  Chorier,  op.  et  t.  cit.,  p,  74;  —  Minutes  cit.,  passim  ;  —  Arch.  de  II 
DrOtne,  B,  903,  1054,  11 12,  ii37t  11 47  ^^  ^3^9*  ^  355i* 
(a)  Lacroix,  Invent,  cit.,  B,  1833  ;  £,  1998. 


ESSAI    HISTORIQUE   SUR   LE   VERCORS.  455 

De  Bardonnenche.  —  Cette  famille  est  originaire  de 
Bardonnèche  en  Briançonnais.  Elle  portait  cT argent 
au  treillis  de  gueules  cloué  dor,  au  chef  de  même  chargé 
d'un  aigle  éplo/é  naissant  de  sable,  et  avait  pour  devise  : 
Tutum  forti  prœsidium  virtus  (i). 

Le  mariage  de  Melchionne,  fille  de  René  Engilboud, 
avec  noble  Alexandre  de  Bardonnenche  fit  passer  dans 
la  famille  de  ce  dernier  les  biens  de  celui-là  à  Vassieux, 
à  sa  mort,  arrivée  avant  septembre  1681. 

Aussi  on  a  une  requête  présentée  vers  ce  temps  à  la 
Chambre  des  vacations  par  Alexandre  de  Bardonnen- 
che seigneur  de  Vassieux,  comme  «  père  et  légitime 
administrateur  de  noble  René  de  Bardonnanche,  héritier 
avec  inventaire  de  noble  René  d'Engilboud.  »  Le  sup- 
pliant y  «  remontre  la  qualité  de  seigneur  de  Vacieu  » 
appartenant  précédemment  à  René  d'Engilboud,  et  la 
propriété  que  celui-ci  avait  de  la  montagne  de  Saint- 
Genys  et  même  des  deux  tiers  de  la  montagne  propre- 
ment dite  de  Vassieux,  Tautre  tiers  étant  à  Tévêque.  Il 
conclut  en  demandant  inhibition  à  toute  sorte  de  per- 
sonnes de  couper  ni  faire  couper  du  bois  dans  ces  forêts 
pour  voitures  ou  faire  du  charbon,  sans  son  consente- 
ment, sous  peine  de  j,ooo  livres  d'amende;  ce  qui  lui 
fut  accordé  par  la  cour  le  25  septembre  1681,  suivant 
arrêt  signé  Prunier  de  Beauchêne  et  Gondoin. 

Cet  arrêt  devait  provoquer  l'ardeur  d'un  évêque  jus- 
tement jaloux  de  conserver  à  son  siège  les  débris  de 
ses  biens  d'autrefois.   En  effet,  il  s'en  suivit  devant  la 


(i)  Gitv-Allaro,  op.  cit.,  I,  116-7  >  "~  Choribr,  op.  et  t.  cit.,  p.  48. 


456      SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

cour  un  procès  pour  le  soutien  duquel  furent  rédigés 
en  1689  deux  mémoires,  Tun  pour  M.  de  Bardonnen- 
che,  l'autre  pour  Tévêque,  dont  nous  avons  tiré  la  plu- 
part de  nos  détails  sur  Vassieux,  et  qui  ont  pour  objet 
les  chefs  de  cette  concession.  Il  paraît  que  la  cour  ré- 
duisit en  partie  la  concession  accordée  aux  Bardonnen- 
che.  Toutefois  on  voit  Alexandre  de  Bardonnenche 
établir  Jean  Perrinet  juge  de  Vassieux  vers  1668,  et 
Serre  greffier  des  judicatures  de  Boule,  Sérionne  et 
Vassieux  vers  1706  ;  César  de  Bardonnenche  pourvoir 
Aubert  de  la  lieutenance  du  juge  de  Vassieux  vers  171 1, 
et  Alexandre- René  nommer  Reynaud  à  la  judicature 
dudit  lieu  vers  1718  (i). 

A  René  de  Bardonnenche,  seigneur  de  Vassieux, 
mort  avant  1745,  succéda  Antoine-César.  Celui-ci  avait 
Vassieux  vers  1770  ;  mais  cette  terre  fut  aliénée  bientôt 
après.  Le  26  juillet  1787,  M.  de  Bardonnenche  vendait 
à  M.  Vignon,  pour  le  prix  de  },6oo  livres,  tous  ses 
droits  sur  la  seigneurie  de  Vassieux,  les  propriétés  et 
privilèges  qu'il  pouvait  avoir  aux  terroir  et  forêts  du  lieu. 

En  vertu  de  cette  acquisition,  faite  par  un  de  ses  au- 
teurs, M.  Vignon-Laversanne,  avocat  et  juge  à  Monté- 
limar,  plaidait  en  1834,  contre  les  communes  de  Die, 
Marignac  et  Vassieux,  à  propos  des  bois  de  Vas- 
sieux (2). 

Malsang.  —  Noël  Malsang,  négociant  à  la  Chapelle- 


(i)  Arch.  de  la  Drôme,  B.,  1084,  1089,  1 100,  1 13 1-2,  1 138,  1 150,  1167, 
et  fonds  cit. 

(a)  Arch.  de  la  Drôme,  B,  12 12,  1268,  1362  ;  E,  1439,  144801  4085  ;  — 
Mémoire  imprimé  de  1834. 


.   ESSAI   HISTORIQUE   SUR    LE   VERCORS.  467 

en-Vercors,  décédé  entre  1718  et  17^4»  laissa  trois 
enfants,  Jean,  Philippe  et  Marie-Anne,  mariée  à  Jean 
Bec,  le  16  août  17 14. 

Jean  était  coseigneur  de  Vercors  dès  1754  et  à  sa 
mort,  arrivée  le  ij.février  1754.  Il  avait  i  part  sur  16  de 
la  coseigneurie  partagée  avec  Tévêque,  M.  de  Bonniot 
et  M.  de  Lamorte.  Son  héritage  fut  recueilli  par  les  fils 
de  son  frère. 

Celui-ci,  Philippe,  était  bourgeois  à  la  Chapelle,  en 
1 743  et  1760,  et  avait  épousé  Marie-Claudine  Magnan- 
Chabert,  dont  il  eut  7  enfants,  tous  indiqués  dans  le 
testament  de  celle-ci,  fait  le  28  février  1760,  savoir: 
Jean,  Joseph,  Louis,  Philippe,  André,  Jean-Baptiste,  et 
Marianne. 

L'aîné  de  ceux-ci,  Jean,  émancipé  en  1741,  recueillit 
la  coseigneurie  de  Vercors.  Marié  à  Louise  Grand,  il  en 
avait  eu,  antérieurement  à  août  1752,  deux  enfants  : 
Jean-Philippe,  coseigneur  de  Vercors,  résidant  aux  Cha- 
berts  en  1769  et  en  1778,  et  Joseph-Marie,  dit  Duclot, 
tonsuré,  quoique  mineur,  en  1772.  Veuf,  il  épousait  en 
1750,  Marie  Bellier,  qui  épousait  elle-même  le  5  février 
1760,  M*  Joseph  Guillot,  notaire  à  St-Martin-en- Ver- 
cors. 

Joseph,  2*  fils  de  Philippe  et  de  Marie-Claudine,  fut 
prêtre,  secrétaire  et  aumônier  de  Tévêque  de  Die  de- 
puis 1752  jusqu'à  1760,  prieur  de  St-Just-de-Claix 
depuis  1754  jusqu'à  1767,  coseigneur  de  Vercors  et 
habitant  de  la  Chapelle,  où  il  possédait  le  domaine  des 
Chaberts,  en  1766  et  1767,  puis  curé  d'Aouste,  et 
décédé  le  6  janvier  1772. 

Louis,  le  j*  était  clerc  tonsuré  habitant  la  Chapelle 


458       SOCIÉTÉ  d'archéologie  et  de  statistique. 

en  1755,  vicaire  à  Vassieux  en  1758  et  1760,  prieur- 
curé  de  Chichiliane  en  1772  et  1775,  de  plus  prieur  de 
St-Just-de-Claix  en  1775. 

Philippe,  André  et  Jean-Baptiste  vivaient  en  1760, 
ainsi  que  leur  soeur,  précédemment  mariée  à  Charles 
Voulet  (i). 

La  Roque^Pluvinel.  —  Entre  1735  et  1742,  le  marquis 
de  la  Roque-Pluvinel  déclarait,  devant  l'élection  de 
M ontélimar,  avoir  des  biens  ou  droits  seigneuriaux  à 
Saint-Andéol,  Saint- Etienne,  Saint-Croix,  Saint-Julien- 
en-Quint,  Saint-Julien  et  Saint-Martin-en-Vercors  (2). 

Et  c'est  tout  ce  que  nous  savons  sur  les  grandes  famil- 
les se  rattachant  au  Vercors  antérieurement  au  XIX* 
siècle. 


CHAPITRE     VIII. 

ÉMANCIPATION   DES    COMMUNES;   LEUR   ADMINISTRATION 
ancienne  ;     LEURS    FORÊTS     ET     BOIS  ;     STATISTIC^E 

actuelle. 

La  conquête  romaine  et  les  invasions  des  barbares 
avaient  mis  nos  populations  en  un  rang  d'infériorité  dont 
nous  ne  pouvons  guère  nous  faire  une  idée  complète. 
Seule  la  vue  des  nations  barbares  d'aujourd'hui,  de  ces 


(i)  Arch.  de  la  Drôme,  B,  1143,  121 1-2,  1259,  1268;  C,  95  ;  —  Mairie 
de  St-Agnan,  terrier;  —  Minutes  cit.,  passim;  —  Reg.  de  catholic.  de  St- 
Martin  de  1752  et  60. 

(2)  Lacroix,  Invent,  cit.,  C,  105. 


ESSAI   HISTORIQUE   SUR   LE  VERGORS.  469 

peuples  encore  assis  dans  les  ténèbres  et  à  V ombre  de  la 
mort,  pourrait  nous  révéler  les  misères  auxquelles  nos 
pères  furent  en  proie.  La  lumière  et  les  préceptes  de 
l'Evangile  réagirent  puissamment  contre  la  double  ser- 
vitude temporelle  et  spirituelle.  L'Eglise,  chargée  par  son 
divin  fondateur  de  procurer  aux  hommes  la  liberté  des 
ftmes  et  celle  des  corps,  réussit  assez  vite  à  leur  donner 
la  première  qui  dépendait  de  leur  volonté  personnelle. 
Mais  la  seconde,  fruit  d'une  régénération  sociale,  exigea 
un  travail  plusieurs  fois  séculaire,  et  au  XI*  siècle  on 
trouvait  encore  des  populations  taillables  et  exploitables 
à  merci. 

Cependant,  dès  la  fin  de  ce  même  siècle  l'esprit  évan- 
gélique  prévalait  dans  les  masses  sur  le  règne  exclusif 
et  abusif  de  la  force,  et  bientôt  son  action  doublement 
civilisatrice  réalisa  de  tout  point  cette  parole  du  Libéra- 
teur :  «  Si  le  Fils  de  Dieu  vous  met  en  liberté,  vous 
serez  véritablement  libres  (i).  » 

Au  XI r  siècle  furent  signées  les  premières  chartes 
constatant  et  sauvegardant  la  liberté  corporelle  et  maté- 
rielle ajoutée  à  celle  des  âmes  ;  et  cette  œuvre,  dont 
les  populations  agglomérées,  les  villes  et  les  gros 
bourgs,  profitèrent  les  premiers,  se  développa  pendant 
le  siècle  suivant,  pour  se  compléter  à  peu  près  au  XIV*. 
Seules  quelques  localités  faibles,  isolées,  et  où  parfois 
la  bonté  des  maîtres  et  seigneurs  rendait  l'affranchisse- 
ment moins  désirable,  ne  participèrent  que  plus  tard  à 
l'émancipation  sociale.   Du  reste,  ce  renvoi  s'entend 


(i)  Ev.  s.  Joan.,  VIII,  36. 


460  SOCIÉTÉ  D^ ARCHÉOLOGIE   ET  DE  STATISTIQUE. 

moins  de  rémancipation  sociale  proprement  dite,  que 
d'une  certaine  autonomie  temporelle  des  paroisses  de- 
venues par  elle  des  communes,  laquelle  ne  fut  pas  tou- 
jours la  condition  indispensable  ni  l'expression  complète 
de  celle-là. 

Mais  venons-en  spécialement  à  nos  localités. 

La  ville  de  Die,  ancien  municipe  et  seigneurie  épis- 
copale,  obtint  de  bonne  heure  des  libertés  municipales, 
qu'elle  conserva  avec  un  soin  jalo